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Ecosia : Le Moteur De Recherch

3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 15:40

Une société sans ennui, un monde sans humanité

Drôle de société que la nôtre. Imposant déjà un individualisme forcené et une frénésie de vitesse, elle semble abolir un état pourtant essentiel : celui de l’ennui, du rien faire, du néant.


 

C’est par un mode de constante stimulation qu’elle y parvient. Ainsi, pas un espace où le regard n’est pas, en zone urbaine, attiré par une publicité. Pas un lieu sans bruits, que ce soit le bruit de la vie comme celui de la musique omniprésente (magasins, parking, etc..).

Il serait devenu dangereux de ralentir, de freiner, de ne rien faire. Cela se stigmatise dans les messages donnés de partout : soyez rapides, faites ceci, faites cela, ne rester pas seul (!).

Et pourtant le repli sur soi, l’ennui, le "bullage", l’arrêt, sont primordiaux à l’être humain. Certes, l’ennui imposé (par la maladie par exemple qui nous cloue au lit) peut "taper largement sur le système", mais l’ennui léger, celui que l’on décide presque, est une source intense de bonheur.

Car comment apprécier les bons moments si nous ne connaissons pas les moments vides ? Comment être certain d’aimer quelque chose (ou quelqu’un) si nous n’avons pas de comparaison possible avec un état de vide, voire un moment désagréable ?

Notre société cherche à nous priver d’une chose fondamentale : la possibilité de vivre des choses neutres ou déplaisantes. Elle cherche à nous amputer de notre être pour simplement cacher la vacuité de ce qu’elle nous propose, et éviter que nous ne prenions le temps de voir que nous sommes loin du bonheur.

Cela commence très tôt. Combien de parents (ou pédagogues) disent aux enfants qui leur signalent qu’ils s’ennuient : "ben je sais pas, prend ta playstation, écoute de la musique, va faire un tour, joue au ballon". Ou bien culpabilise en se disant que leur enfant est triste ? Au lieu de simplement lui dire ce qui relève de l’incitation cognitive "réfléchis à ce que tu voudrais faire".

En limitant ainsi le recours à la réflexion, nous privons déjà l’enfant de sa part d’imaginaire (c’est à dire ce qui sort de son propre vécu, de ses propres fantasmes). Comme si la notion même de "non ennui" devenait un enjeu d’éducation ! Alors que c’est le contraire ! Comment ne pas comprendre que (même si des facteurs extérieurs jouent sûrement) l’hyperactivité croissante des enfant est plus liée à une sur-stimulation constante qu’autre chose ? Aucun arrêt, un être perpétuellement stimulé (cela commence parfois au niveau foetal avec les cours de langue via des casques audio et cela continue avec les activités extra-scolaires qui transforment les enfants en ministre : cours de judo, de musique, de langue, de religion, etc... En une semaine, l’enfant n’est jamais à l’arrêt !). L’humanité globale est niée au profit d’une déshumanité du mouvement permanent.

Et cela continue à l’âge adulte. Le travail répétitif, puis les transports (souvent en voiture avec la radio), puis la télévision (et son cortège de publicités) et enfin le sommeil (souvent artificiel, médicamenteux). A aucun moment nous ne prenons le temps de nous poser (un banc, un livre (ou pas), observer les gens, les paysages et le monde). Non, nous courons en permanence, à la recherche d’un bonheur jamais atteint et inatteigniable, car inconnu ! Au point aujourd’hui de mettre un écran devant tous les yeux, même en voiture pour les passagers. A croire que les équipes de Pixar avaient raison quand ils donnaient une vision technologique de l’avenir dans Wall-E et ses sièges à porteur munis d’écrans allumés en permanence.

Car la vie sans vide est tout sauf la vie. Cela revient à courir en permanence un marathon sans fin. La société nous impose, en fait, de ne pas prendre le temps du recul (contrôle social ? Sûrement). Comme si pouvoir se demander ce que nous sommes et où nous allons étaient les deux questions interdites.

Prendre le temps de la lenteur, de l’ennui, de ne rien faire est un acte bien plus important qu’il n’y paraît. C’est le moment où, comme si cela n’allait pas de soi, nous arrivions enfin à faire le point sur nos vies, à nous interroger vraiment sur l’essentiel et le superflu. Comprendre ce que nous aimons vraiment par rapport à ce que l’on nous impose d’aimer, via la publicité par exemple.

Prendre le temps de soi, d’être, devient un acte plus militant que ce que nous envisagions, et nous met hors normes de la société du spectacle permanent dans laquelle nous "vivons". Retrouver la lucidité du monde est aujourd’hui primordial.

Prenons le temps du temps, prenons le temps de vivre.

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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 17:53
Un bon blog qui fait réfléchir dans le bon sens :

ASSOCIATION  DES  ATHÉES  DES  PYRÉNÉES - ORIENTALES.                La force morale d'un athéisme en mouvement., http://associations.midiblogs.com/



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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 19:17

Elle ne croyait à rien; seul, son scepticisme l'empêchait d'être athée.

  • Les Mots (1964), Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, coll. folio, 1972 (ISBN 2-07-036607-3), partie Lire, p. 81-87

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 11:20
 DU BELLAY, Joachim - Les Regrets (Extraits). Posté le 27 mai 2009.
http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/du-bellay-joachim-les-regrets-extraits.html





Doux plaisir que l'écoute de ces vers de nos antiques poètes , si sensibles, si humains, si proches de nous malgrés les siècles écoulés ...

Amicalement,
Dominique
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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 17:48
Merlin ,
hante,
décante,
enchante,
mon ame,
confuse,
bruissante,
claudicante ,
envahissante .
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 
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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 18:18


Michel Onfray miniNietzsche mais on le voit un maximum
Sur le site Actu Philosophia, l'écrivain François-Xavier Ajavon publie un article au vitriol à l'encontre du philosophe Michel Onfray. Un mini-Nietzsche ...
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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 11:23
« L’amour, c’est l’occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l’amour de l’être aimé. »
Rainer Maria Rilke


Rainer Maria Rilke
Les citations de Jostein Gaarder
«Nous savons depuis toujours que le monde est une grande énigme, et qui dit énigme dit aussi que chacun a le droit d'essayer de la résoudre à sa manière.»
[ Jostein Gaarder ] - Dans un miroir, obscur
«La vraie connaissance ne peut venir que de l'intérieur de chacun. Personne ne peut vous l'asséner.»
[ Jostein Gaarder ] - Le monde de Sophie
«Plus une femme est jolie, plus elle a du mal à savoir qui elle est.»
[ Jostein Gaarder ] - Le mystère de la patience
«Un philosophe est donc quelqu'un qui reconnaît comprendre fort peu de chose et qui en souffre.»
[ Jostein Gaarder ] - Le monde de Sophie
«Un philosophe, c'est quelqu'un qui n'a jamais vraiment pu s'habituer au monde.»
[ Jostein Gaarder ] - Le monde de Sophie
«Une réponse, c'est forcément le chemin qu'on a déjà parcouru. Seules les questions peuvent montrer le chemin qu'il reste à faire.»
[ Jostein Gaarder ] - Le petit frère tombé du ciel
«Ce sont toujours ceux qui posent des questions qui sont les plus dangereux. Répondre, ce n'est pas si compromettant. Une seule question peut être plus explosive que mille réponses.»
[ Jostein Gaarder ] - Le monde de Sophie
«Celui qui fait du tort à un seul en menace beaucoup.»
[ Jostein Gaarder ] - Vita Brevis
«Croire au destin veut dire que tout ce qui va arriver est décidé à l'avance.»
[ Jostein Gaarder ] - Le monde de Sophie
«Impossible de se sentir en vie si l'on ne pense pas aussi qu'on mourra un jour.»
[ Jostein Gaarder ]
«Nous ne vivons pas seulement à notre époque. Nous portons toute notre histoire avec nous.»
[ Jostein Gaarder ] - Le monde de Sophie
«Naître, c'est recevoir tout un univers en cadeau.»
[ Jostein Gaarder ] - Dans un miroir, obscur
«L'enfant est sans préjugés, qualité première d'un grand philosophe. Il perçoit le monde tel qu'il est sans idées a priori qui faussent notre vision d'adultes.»
[ Jostein Gaarder ] - Le Monde de Sophie
«Qui a le droit de qualifier la croyance des autres de "superstition" ?»
[ Jostein Gaarder ] - Le Monde de Sophie
«La seule qualité requise pour devenir un bon philosophe est de s'étonner.»
[ Jostein Gaarder ] - Le Monde de Sophie



Dans notre société saturée d'images et de communication, il est une voix dont la discrétion atteint un tel absolu qu'elle en devient silence : celle des musiciens classiques. (Katia Choquer)

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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 18:43
Un entretien avec Pierre Michon

C'est la Terreur !

Par Pierre Michon (Écrivain)

 

Dans un récit prodigieux, «les Onze», l'écrivain Pierre Michon raconte la Révolution de 1793, vue par un peintre chargé d'exécuter le portrait du Comité de Salut public. Explications

 

Le Nouvel Observateur. - «Les Onze» est un livre que vous aviez commencé il y a longtemps sans jamais l'achever Pourquoi?

 

Pierre Michon. - J'ai écrit les trois premiers chapitres de la première partie en 1993. Je voulais marquer le coup de la Terreur, puisque tout le monde avait célébré la Révolution de 1789. Mais, arrivé à la fin du troisième chapitre, j'étais gavé, j'avais dit tout ce que j'avais à dire. Je pensais ne jamais le publier, puisque ça ne suffisait pas, mais ça m'était égal.

 

 

 

N. O. - Qu'est-ce qui vous a poussé à terminer le livre?

 

P. Michon. - Il y a un an, Bob [Gérard Bobillier, directeur de Verdier] me dit : «Cette histoire des «Onze», il faudrait qu'on la règle. Tu vas nous faire un petit truc.» J'ai dit d'accord. Aussi sec, j'ai écrit le quatrième chapitre, toujours dans la coloration Ancien Régime de la première partie. Et j'ai tâté le terrain pour une seconde partie, mais je n'y suis pas arrivé. C'était la scène de la commande. [Le banquier Proli demande au peintre Corentin de représenter les onze membres du Comité de Salut public] Il y a une phrase que dit Proli à Corentin, qui était : «Veux-tu honorer une commande, citoyen peintre?» Ca ne marchait pas. Alors que : «Tu veux honorer une commande, citoyen peintre?», là, oui. Là, ça y était.

 

N. O. - Tout est venu d'un coup?

 

P. Michon. - Oui. C'était en octobre dernier. J'ai eu le sentiment de me rebrancher sur le texte que j'avais écrit quinze ans avant.

 

N. O. - Vous racontez l'histoire d'un tableau imaginaire, exécuté par un peintre imaginaire. Mais le tour de force est que ce tableau, en lisant votre livre, on le voit. Comme s'il existait, comme si on pouvait encore l'admirer au Louvre, dans la salle où vous dites qu'il est exposé.

 

P. Michon. - La vérité, c'est que j'ai du mal à dire que le tableau est imaginaire. Parce que maintenant que je l'ai inventé, je me dis qu'il manquait à la Révolution. Quand j'ai pensé ce texte, je m'en souviens, c'était à Orléans, pendant l'hiver 1993, il était 6 heures du soir. J'étais en train de lire des choses sur Tiepolo. Je me suis dit : pourquoi un peintre de l'ancienne école, c'est-à-dire un Fragonard mais en plus puissant, n'aurait pas fait un tableau génial sur la Révolution, plutôt que de la laisser à David et aux néoclassiques, à l'esprit nouveau, à l'esprit républicain? Et ce tableau, d'un type qui aurait travaillé même avec Tiepolo, je me suis demandé ce qu'il aurait pu représenter. Des hommes de pouvoir. J'ai pensé au Richelieu de Champaigne, à des tableaux d'hommes debout. Je me suis saisi aussitôt d'un livre où il y avait les noms des membres du Comité de Salut public, et je les ai notés dans l'ordre : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André. Ca faisait onze pieds. C'est cette scansion qui a fait le tableau.

 

N. O. - La Révolution, ça fait partie de vous?

 

P. Michon. - C'est une de mes passions, très ancienne, qui vient d'un jour où je regardais avec ma grand-mère un livre d'histoire pour les enfants. Il y avait Louis XVI devant l'échafaud. J'ai éprouvé devant cette image, devant cette vision du meurtre du père, une sensation de honte et de joie à la fois. C'est pourquoi la Révolution est presque pour moi un événement familial. Je me souviens aussi de notre professeur d'histoire qui jouait tous les acteurs de la Révolution : Danton, Robespierre...

 

N. O. - Ce qui exerce pour vous un très grand attrait, c'est aussi le sacré de la langue, qui n'a jamais été aussi fiévreuse que pendant cette période.

 

P. Michon. - Ils étaient tous des écrivains en puissance. Ils avaient une vocation d'écrivain. Ils ont réintroduit sans nuance tout le discours romain politique, la grande rhétorique politique. Et il y avait une invention lexicale extraordinaire. Oui, ce furent de grands créateurs de langue. Ils ont élaboré une très forte langue de bois. Qui n'est pas née de rien. Elle vient des grands mystiques, Pascal, par exemple. Je pense à cette phrase de Saint-Just qui est une merveille : «Je méprise la poussière qui me compose et qui vous parle.»

 

 

 

N. O. - Langue de bois, langue de mort...

 

P. Michon. - Faite pour la mort. Tout comme dans la tragédie. A quoi sert le beau discours de Racine sinon pour introduire à la mort des protagonistes?

 

N. O. - Ce que vous montrez bien, c'est que les révolutionnaires n'étaient pas dans un état normal.

 

P. Michon. - Ils n'ont pas dormi pendant des mois. Les couches étaient toutes prêtes pour s'affaler dans les antichambres des comités. Beaucoup n'ont pas dessoûlé. Carrier n'a pas dessoûlé pendant tout le temps où il était à Nantes. C'était une période d'ivresse invraisemblable.

 

N. O.- Et vous concluez, coup de théâtre, sur Lascaux. Qu'est-ce que vous voulez dire?

 

P. Michon. - Que tout grand portrait de la peinture occidentale est toujours un portrait des dieux. Hegel le dit dans son «Esthétique», et je crois que c'est vrai : «L'art sert à représenter Dieu.» C'est ce qui manque à David. Quand il peint la Révolution, il ne représente pas des dieux mais des parlementaires. Quand il peint Mars et Vénus, c'est un garçon coiffeur et une coiffeuse. Ca ne marche pas. David était incapable de voir dans l'humain la ressemblance de Dieu, que les grands portraitistes, Vélasquez, Rembrandt, reconnaissent toujours.

 

 
Michon à Aix-en-Provence et à la Librairie de Paris
♦ La Cité du Livre d'Aix-en-Provence et les Ecritures croisées rendront hommage à Pierre Michon les 28 et 29 mai, à l'amphithéâtre de la Verrière. Le 29 mai, c'est le comédien François Marthouret qui lira «les Onze», à 18h.
Le mardi 26 mai, la Librairie de Paris organise une rencontre-signature avec Pierre Michon, qui lira à cette occasion des extraits de son livre. Ce sera à partir de 17h30, au 7-9-11 place de Clichy, 75017 Paris.

N. O. - Lascaux, la Terreur, même combat?

 

P. Michon. - Vous savez comment j'ai eu l'idée de cette fin? J'emmène ma fille faire du poney et, voyant les chevaux dans leurs stalles, j'en compte onze; je me dis : voilà.

 

N. O. - Vous les comprenez, ces membres du Comité? Ces «Onze», ces tueurs?

 

P. Michon. - Oui. Ce sont des gens qui s'adoraient et qui se flinguaient. Comme si la dernière amitié, c'était de s'envoyer à la guillotine. Robespierre était au même niveau que Danton, que Desmoulins. Robespierre a été témoin au mariage de Desmoulins. C'étaient des frères. Et l'entretuerie était d'autant plus forte qu'ils étaient frères. Ils étaient dans la démesure absolue, dans l'«hybris» grecque. Ils étaient dans la transe, la transe du discours, chauffés à mort. La mort n'était plus qu'un accident. Oui, je les comprends, je les absous et je les admire.

 

Propos recueillis par Didier Jacob

 

«Les Onze», par Pierre Michon, Verdier, 144 p., 14 euros.
«Pierre Michon», livre-CD, par Agnès Castiglione,
Textuel-INA-Culturesfrance Editions, 136 p., 19 euros.

 

L'intégralité de cet entretien est sur le blog de Didier Jacob, Rebuts de presse

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©Martin Bureau-Afp
Né le 28 mars 1945 aux Cards, dans la Creuse, Pierre Michon a étudié à l'université de Clermont-Ferrand, où il a écrit une maîtrise sur Artaud. Il est l'auteur d'une douzaine de livres parmi lesquels figure notamment "Vies minuscules".
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DominiqueGiraudet - dans penser
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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 11:49

L’or du rein

Avec la crise, le désespoir ne connaît plus la politesse

20 mai 2009 • RecommanderImprimer

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François Miclo

François Miclo est philosophe et éditeur.

Pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, tout est dans Shakespeare. L’amour, la vie, la mort et le reste qui, en comparaison, est toujours futile. “A horse ! a horse ! my kingdom for a horse !” Le cri que lance Richard III à Catesby dispense à lui seul de lire des bibliothèques entières de philosophie – et d’équitation. Pourtant, la fréquentation assidue de Shakespeare, et même de ses Sonnets dont on ne saura jamais à quelle dame ils étaient destinés, ne nous dispense pas de la lecture quotidienne de la presse : tout n’y est pas, mais on y trouve de tout.

Le 15 mai, le quotidien La Dépêche consacrait un article faussement fait-diversier à Alain Canovaro. Ce Toulousain de quarante-trois ans, enfant de la DDASS – ça ne gâche rien –, cherche un emploi depuis six mois. On comprend que les dernières années n’ont pas été, pour lui, de tout repos : rupture, déprime, départ à l’étranger et retour en France, poches vides, fins de mois difficiles surtout après le 1er du mois.

Lui vient alors sa chienne d’idée : il y a en France 6.000 patients qui attendent une greffe de rein, peut-être l’un d’entre eux sera patron ou en connaîtra un… Notre Toulousain y va. Il n’a pas Internet et demande à une amie de lui poster une annonce sur une dizaine de sites : “Échange rein contre emploi.” Non seulement cet homme est au fond, mais il a des “amis” qui l’enfoncent encore plus, sans le dissuader, l’arrêter et, au final, faire toujours ce qu’un vrai ami fait dans ces cas-là, débiter du Brel par cœur : “Non, Jef, t’es pas tout seul, mais arrête de pleurer, comme ça devant tout le monde parce qu’une demi-vieille, parce qu’une fausse blonde t’a relaissé tomber…” Du côté des Aminches sans frontière, qui ont le mérite d’avoir chez eux une connexion haut débit, y a des coups de pied au cul qui se perdent.

Les coups de tatane ne seraient pas non plus superflus pour certains de nos estimés confrères. À commencer par l’excellentissime journaliste de La Dépêche qui commence son article par un magnifique : “Alain Canovaro, 43 ans, est loin d’être un illuminé. Au contraire. Il a un sens aigu des réalités.” Si je comprends bien, pour avoir le sens des réalités, se faire amputer d’un rein suffit. Et la lucidité, c’est combien ? Il faut donner son cœur ou son cerveau ? De même, l’on passera très vite, par charité chrétienne, sur la notion de “don”, de peur de réveiller Marcel Mauss.

Mais la palme – ou plutôt le bistouri d’Or – revient au Post. Le 15 mai, notre chômeur toulousain lance son cri désespéré et, trois jours plus tard, un branquignole d’investigation du Post – filiale numérique du quotidien Le Monde – l’appelle pour rédiger un articulet pas piqué des hannetons :

“Sur Le Post, Alain Canovaro fait le point trois jours après sa proposition :
– Où en êtes-vous ?
– Nulle part. Absolument nulle part. Je suis déçu, très déçu, presque dépité.”

Voilà un homme qui est au bout du bout. Pas de fric, pas de job, la déprime, le sentiment de déréliction, ce truc qui vous casse, vous empêche non seulement de dormir mais aussi de rester éveillé. Alain Canovaro, lui, le RMI, le RSA et le visage rubicond de Martin Hirsch, il n’en veut pas. En crèverait même d’être assisté. Et les ronds-de-cuir de notre presse libre et indépendante qui tournent autour de vous pour poser la question : alors, coco, trois jours après, on fait le point ? Non contents de le justifier dans sa douce folie – car c’est bien une folie désespérée que de proposer un organe contre un job –, ils l’enfoncent dans son désespoir. Messieurs, chers confrères, procurez-lui un flingue. Il n’a pas de fric pour les munitions. Qu’à cela ne tienne : la profession se cotisera pour la balle et n’aura pas l’indécence, malgré les maoïstes qu’elle compte à la pelle, de la facturer à sa famille.

Car le plus étrange – et le plus indigne dans cette histoire – est qu’il n’est venu à l’esprit de personne que le vrai scandale ne résidait pas dans l’absence de réponses favorables à la proposition d’Alain Canovaro, mais dans sa proposition-même.

Médiatiquement, je comprends mes confrères : ils vivent, sans en être eux-mêmes affectés, dans une mythologie de la crise lue chez Horace McCoy ou vue chez Stanley Kubrick : rien n’est plus vendeur que de commenter, le petit doigt levé, un remake de On achève bien les chevaux. Or, dans la vraie vie, il n’y pas de Robert et de Gloria, ni de marathons de danse, ni de gens qui crèvent au long des épreuves qui leur sont infligées : il y a de braves types, des Alain Canovaro, qui essaient de surnager, de se débrouiller, de ne pas sombrer dans l’indignité sociale même s’ils doivent payer le prix d’une indignité plus grande encore. Tout le reste n’est que diversion. On les voit, mes chers et bien-aimés confrères, condamner le “mourir pour Dantzig” de Marcel Déat, mais ne rien trouver du tout à redire face au “se dépecer pour un job” d’un type comme vous et moi.

Car mon brillant confrère de La Dépêche, ne trouve rien d’autre à faire, pour conclure son article, qu’agiter la loi du 6 août 2004 relative à la bioéthique : “On ne peut faire don d’un organe, de son vivant, qu’à un membre de sa famille ou à quelqu’un avec qui on vit depuis au moins deux ans. Sa proposition n’a donc aucune chance d’aboutir légalement.” Et la quasi-totalité de la presse nationale reprend l’info : “La loi s’y oppose.”

Bien, camarades. Mais face au désespoir d’un homme, quand on est un homme, ce n’est pas son Code civil que l’on ressort. Les Dalloz rouges n’ont jamais sauvé personne. La question n’est pas celle de la légalité ; elle n’est pas même un cas moral ou éthique, mais une affaire de civilisation, un point de détail, mais le point d’un détail qui s’appelle humanité.

La loi autoriserait-elle à faire commerce des organes ou des restes humains que cela ne changerait rien. D’ailleurs, Jean-Pierre Baud l’a montré dans L’Affaire de la main volée (Seuil, 1993) : le statut juridique des organes humains varie, d’une manière assez étonnante, au gré de l’histoire. La législation sur la bioéthique a beau être sous les projecteurs de l’actualité, puisque le Parlement a entamé sa révision : elle ne nous dispense pas d’avoir une conscience. Depuis quand les journalistes doivent-ils se comporter en petit greffier de tribunal d’instance, agiter de la loi bioéthique à longueur d’articles quand il s’agit en fin de compte, non pas de questions juridiques, mais de sentiments humains ?

Jean-Luc Nancy dans son très beau Corpus (Métaillé, 2000) et Jacques Derrida dans un de ses textes les plus extraordinaires, Le Toucher (Galilée, 2000) ont formulé le problème : notre impensé contemporain est celui de la “prise de corps”, ce hoc est enim corpus meum, qui avait régenté la civilisation occidentale jusqu’à ce qu’elle perde trace de tout, jusqu’à la signification de cela. Or, comme le professait non seulement le sensualisme de Locke mais aussi tout l’aristotélisme (nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu), rien n’existe qui ne prenne corps. Rien n’existe qui ne soit corps. C’est une question si cruciale pour notre époque qu’on s’apercevra, d’ici huit ou neuf cents ans, qu’elle était en 1995 le centre de l’encyclique Evangelium Vitae, lorsque l’on aura proclamé docteurs de l’Eglise, Jean-Paul II et Benoît XVI.

On ne peut, en effet, résumer le problème de l’incarnation ni à la foi chrétienne en l’Incarnation, ni à la vulgate mécaniste – celle, par exemple, de Deleuze et Guétary : “Ça respire, ça chauffe, ça mange. Ça chie, ça baise.” Il y a quelque chose d’autre que cette mécanique fonctionnelle. Comment, au moment même où j’écris, ai-je besoin de mes doigts sur le clavier pour vous transmettre ma pensée ? Dans les premiers chapitres de Sein und Zeit, Heidegger pousse le questionnement plus loin : comment le son qui sort de ma bouche, entrechoquant physiquement l’air, peut prendre corps pour devenir un message intelligible ? La dualité cartésienne entre la matière et l’esprit ne valent rien quand l’esprit a besoin de la matière pour se manifester.

Partant de là, et par d’abrupts et d’obscurs raccourcis, de multiples chemins qui ne mènent nulle part, on devrait s’en tenir, en matière bioéthique, à une seule règle : notre corps ne nous appartient pas. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne nie pas ici le slogan des féministes des années 1960 et suivantes. Je dis seulement que ce n’est là qu’un slogan, un manifeste politique, et qu’au-delà notre corps ne nous appartient pas. Même si vous ne croyez pas après saint Paul qu’il soit le temple de l’Esprit, il reste le temple de notre esprit. Nous n’existons pas sans notre corps, nous ne pouvons rien dire, voir, penser sans lui. Et pourtant, il n’est pas à nous. Il est, même les pieds sales, le propre de nous.

En étant le propre de nous, il échappe à toute notion de propriété. Il n’est ni négociable, ni soldable. Et notre civilisation s’est construite sur cette idée-là, quand on a considéré que le corps humain n’était pas un morceau de viande débitable en tranches à l’envi dans des pique-niques champêtres et anthropophages. Que tout soit commerce aujourd’hui, un objet d’échange et de troc, soit ! Mais là où nous aurons transformé jusqu’à notre fondement en part du CAC40, nous aurons perdu ce qui nous reste, une idée de l’homme. Et jamais nous ne pourrons désormais être Catesby, réconfortant comme il le peut Richard III sans toutefois le déposséder de son royaume : “Withdraw, my lord. I’ll help you to a horse.”

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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 17:56

« «A ton avis ?», une expression disséquée | Accueil

18/05/2009

L'humain est une enveloppe, Facebook est son message

Par Luis de Miranda, éditeur, essayiste

Facebook est, en direct, une expérience tragique, belle et douloureuse. Sartre parlait de l’incommunicabilité des êtres. Et c’est bien ce qui se joue à chaque instant au fil des statuts et des posts: la volonté de formes vivantes de trouver un analogue, un double, une structure qui résonnerait, vibrerait selon la même fréquence. Mais aussi semblables que les artifices de la société tentent de nous rendre (le langage, la culture, les expériences partagées du divertissement ou des rites), nous restons tous radicalement différents les uns des autres: nous sommes, comme le disaient Bergson puis Deleuze, des gerbes de création en devenir et reconfiguration incessante, dont seul l’effet de surface est commun. Facebook met en jeu, en temps réel, cette gesticulation humaine: celle d’une série d’entités individuelles étrangères les unes aux autres cherchant leur impossible double.

Chacun de nous est une planète, un monstre baroque, composé de mille points d’expérience modulés en un assemblage unique et mouvant. Nous cherchons non pas notre moitié, mais notre double structurel, celui qui pourrait entrer en résonance avec les points de suture qui nous composent –nous sommes chacun un Frankenstein singulier poursuivant sa fiancée fantasmatique. Facebook exhibe plus que de raison notre vain effort pour trouver notre monstre frère, alors que les chances pour rencontrer quelqu’un qui soit structuré comme nous sont plus infimes que celles, pour la France, de remporter l'Eurovision.

Certains ont compris cette solitude humaine radicale. Ils ne cherchent plus leur double composite, mais plutôt à transformer les autres structures, par influence. À rendre l’autre un peu plus proche de soi, en attaquant point par point son édifice. Admettons que chacun de nous soit composé de mille points de structure –de mille plateaux, diraient Deleuze et Guattari. Je poste telle vidéo qui m’anime et tente par là de planter une punaise dans la structure de l’autre, espérant qu’au final, à force d’exposer mon goût, j’aurais, à défaut de rencontrer mon monstre frère, transformé l’autre en un reflet de mon territoire. Là encore, c’est illusoire. La carte n'est jamais le territoire, on le sait depuis Alfred Korzybski et sa mise en garde contre la réification des symboles. Nous évoluons à chaque instant, notre structure se recompose sous des influences diverses et incessantes. Quand bien même pourrais-je, à un moment donné, avoir l’impression de coïncider avec quelqu’un en assez de points pour vibrer d'une passion commune, cette coïncidence amoureuse ne durera pas. Elle sera, le plus souvent, un effet d'attente.

Alors sommes-nous condamnés à être seuls et à chercher la fiancée de Frankenstein? Nous pouvons cesser de poursuivre notre double. Nous pouvons par exemple opter pour la démarche inverse et nous dire que nous avons tout à gagner à interagir avec des structures totalement différentes de la nôtre (je parle de micro-différences, pas de ces clichés sous lesquels on catalogue telle ou telle minorité factice). Ainsi, une manière amusante et peut-être moins morne d’user de Facebook serait de ne poster que des vidéos que l’on n’aime pas, ou d’écrire des statuts qui reflètent le contraire de ce que l’on ressent. Certains le font déjà, par dérision. Une autre idée? Utiliser Facebook non pas pour exprimer des goûts ou des envies, ni pour tenter de rencontrer son double monstrueux, encore moins comme un réseau d'influence ou de publicité, mais pour créer de nouvelles valeurs, de nouveaux concepts, de nouvelles manières de voir. Bref, en faire un laboratoire parmi d'autres, pour un nouveau kit humain de présence au monde, pour des agencements plus favorables aux échanges d'intensités.

Jouer d'une apparence qui se sait telle et ne cherche plus l’humain à l’intérieur, dans une âme qui ne sera jamais sœur que par sa profusion disparate de possibilités, que par sa monstruosité difforme et imprévisible. Si l’humain est un écran et que Facebook est son message, soignons nos manifestations. Nos statuts d'aujourd'hui peuvent devenir nos statues de demain. À nous de choisir la matière première de nos rigidités à venir. Ou de construire un monde plus fluide, plus délicieusement monstrueux. C'est-à-dire plus réel. "La différence, c'est le monstre", écrivait Deleuze. Et ce beau monstre intérieur a toujours suscité en nous une passion d'abolition et de normativité que nous confondons trop souvent avec la civilisation, un pathos qui aujourd'hui a tendance à se rejouer sur Facebook, trop souvent reproducteur de normes standardisantes.

Si Nietzsche était sur Facebook, il préférerait qu'on l'ajoute comme ennemi. Moins pour être haï que pour être surpris.

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Voici les sites qui parlent de L'humain est une enveloppe, Facebook est son message :

Commentaires

L'observation est pertinente, mais l'ennui est que l'objet évolue pendant l'observation.
La plupart d'entre nous ont autant besoin de leur semblable que de leur contraire, et de toutes les graduations qui les séparent. Savoir ou découvrir comment communiquer avec cet éventail de propositions s'apprend et, nombreux sont ceux qui, peut être souvent avec maladresse, s'y essayent. L'important, reste toujours et d'abord de vouloir participer et de trouver assez d'humilité pour savoir s'enrichir de l'expérience, heureuse ou malheureuse, des autres.
Les forums internet et les réseaux sociaux possèdent une autre dimension, qui effraye souvent les gens qui sont responsables de la sécurité et de l'ordre : la personnalité que l'individu y expose, est, par nature, une construction. Elle peut offrir, par conséquent des développement schizophrènes, mais elle peut aussi permettre d'en résoudre aussi, en offrant, par exemple, à certains l'opportunité de comblerle décalage, entre leur avatar social habituel, et leur personnalité réelle. En caricaturant : celui ou celle qui est né avec un cuillère en argent dans la bouche, mais que les hasards de la vie ont mis dans un autre état social, peut, par exemple, tomber la combinaison réelle de travail, et y revêtir, à nouveau, les atours de haute couture qui conviennent mieux à leur éducation et à leur interprétation du monde.
Communiquer n'induit jamais mécaniquement l'incommunicabilité ou la solitude. Si quelqu'un identifie qu'il est la cause ou la victime de l'une ou de l'autre, le bon sens indique simplement qu'il y a quelque chose à changer quelque part, et qu'il vaut mieux commencer tout de suite. Que l'on soit convenablement armé pour le faire constitue une autre paire de manche, mais, dans le fond, est ce qui rend le jeu intéressant.

" "La différence, c'est le monstre", écrivait Deleuze. Et ce beau monstre intérieur a toujours suscité en nous une passion d'abolition et de normativité que nous confondons trop souvent avec la civilisation (...) "

Cher monsieur, je vous en prie, parlez pour vous :-)
La différence éveille en d'autres (différents, sans doute, de vous), j'en témoigne, la curiosité de prime abord... et non point normativité ni moins encore passion d'abolition !

"Certains ont compris cette solitude humaine radicale" : oui mais pas tous ; d'autres ont compris que la solitude n'est que pure contingence. Qu'elle est le fruit d'un sentiment bien partagé d'incomplétude, lequel est le lot du sujet existant. Mais que l'humain, pour autant, n'est pas intrinsèquement contraint à cette extrémité de la solitude. Cette situation de fait est seulement favorisée par certains modes de relations sociales. Or notre époque techno-structurée sélectionne préférentiellement celles-ci. Et la communication virtuelle par medium électronique n'est certes pas la moindre :-)

primo, conceptualiser facebook seulement comme une agence matrimoniale est une erreur, secundo, l'image du double monstrueux est quelque peu ridicule, tertio il est absolument naïf de croire que des valeurs radicalement nouvelles puissent émerger d'un tel outil. Enfin, le sujet est captivant et mériterait une analyse sociologique qui étudie réellement les pratiques, les représentations et les affects liés à facebook en puisant dans l'empirie suffisamment riche au lieu de philosopher platement sur des généralités

Excellent papier.
bravo, j'ai beaucoup aimé :
« Nos statuts d'aujourd'hui peuvent devenir nos statues de demain. »
Ce qui nous pousse à imaginer, dès à présent, les nouveaux contre-pouvoirs à ces nouveaux statuts qui ont tout de liquides (Z. Bauman)
Hier les Tribunaux étaient ce contre-pouvoir (document contre document). quel sera le nouveau contre-pouvoir de l'influence et de la réputation, mouvantes et peut-être plus difficiles à encadrer ?

Merci pour votre fine analyse. J'y ajouterais ceci en tant qu'utilisatrice régulière, mi-accro, mi-cynique. Tout est merveilleux sur facebook. Tout le monde il est gentil, beau, drôle et s'éclate en permanence. Le facebooker de base a beaucoup d'amis, il a toujours un truc à faire ou à dire, son « statut » (quelle ironie) est une compète permanente sur le mur des lamentations. Je fais moi-même partie de ceux qui tentent de trouver le jeu de mot le plus obscur ou le plus cultivé, et les plus malins ripostent par un jeu de mots encore plus obscur et plus cultivé, ce qui nous donne l'illusion que nous faisons partie d'une communauté super élitiste.
Sur facebook, tout le monde il a fait des études, tout le monde il bosse dans des boîtes prestigieuses et tout le monde il a des références littéraires, cinématographiques et artistiques poussées à mort. Sur facebook, tout le monde il regarde Arte et passe des vacances de folie en Malaisie.
L'envers de Facebook, c'est cet enthousiasme gnagnan quand il s'agit de retrouver ses vieux potes d'il y a dix ans, pas de nouvelles depuis, de se dire ouououééééé, trop génial on va se retrouver, t'as fait quoi depuis ?
Il y a celles qui n'ont pas réussi ou pas encore, ceux qui sont tombés malades, celles qui n'ont pas eu de chance. Il y a ceux qui ont dû bosser pendant leurs études, il y a celles qui paient encore aujourd'hui, il y en a qui ont tout envoyé valser et ceux qui ont déménagé à l'autre bout du monde. Il a eu des séparations, des déchirures, des peines, de la solitude, des grandes périodes d'ennui, de dépression et de doutes. Il y a eu le chômage, la perte, l'angoisse, la fin des illusions, mais de tout cela, évidemment, on ne parlera jamais sur facebook.

détail : "Frankenstein", quoiqu'il soit lui-même chez Shelley une "créature composite" bien incapable de savoir qui il est et ce qu'il veut, est le docteur, et non la créature.

C'est une chance unique: l'article et ses commentaires cadrent avec mes propositions. Je m'exprime: l'allusion à Frankenstein est parfaite, adéquate, les remarques plausibles, la courtoisie, au rendez_vous. J'ai mon point de vue a faire partager, ma nuance indiscrète. Facebook est un instrument dont l'utilité apparait au fur et a mesure. Je ne crois pas qu'il y ait une authentique censure ou un profil dont quiconque serait exclu, il s'adresse peut etre a une majorité lettrée mais celle_ci est en constant devenir.
Pour ma part la formule de Deleuze ne croit pas aussi bien dire et l'auteur de l'article lancé sur Nietzsche a raison de croire qu'il peut etre urgent d'en parler. L'idée simple du double mimétique qui reste la base de cet outil conceptuel lance une balle dont le poids résonne , certes, avec densité. Cela faisait très longtemps que j'attendais pareille vrille du temps. La notion ancienne d'ennemi dont la forme revet des oripeaux m'oblige à tendre une main vers le mot. Je ne recherche pas quelque monstre personel dont l'empreinte ferait signe à ma grammaire mais mon lien amoureux autour des choses m'oblige à prononcer des velleités dont la somme unique fait flèche vers un point: les lignes sont pour moi autant de sommets abyssaux dont la courbe épouse mon desseim d'écrire à tous ceux dont la vie a commencé par servir un difficile poison. La philosophie dont je pratique quelques monosyllabes m'a toujours trahie!

>Alors sommes-nous condamnés à être seuls et à chercher la fiancée de Frankenstein?

Oui, seul nous le sommes, c'est indéniable, sur Facebook ou ailleurs, surtout face à la mort.

>Une autre idée? Utiliser Facebook non pas pour exprimer des goûts ou des envies, ni pour tenter de rencontrer son double monstrueux, encore moins comme un réseau d'influence ou de publicité, mais pour créer de nouvelles valeurs, de nouveaux concepts, de nouvelles manières de voir.

Je ne vois pas, personnellement, d'autre intérêt à Facebook, sinon celui de partager ces nouvelles valeurs, nouveaux concepts, nouvelles manières de voir créées, ce par quoi elles se créent.

>Si Nietzsche était sur Facebook, il préférerait qu'on l'ajoute comme ennemi. Moins pour être haï que pour être surpris.

La surprise. Oui, voilà, c'est bien ce que je recherche le plus sur Facebook, et désormais sur Twitter, et demain aileurs, et peut-être partout depuis toujours, la surprise.

Merci pour votre "ajout" Marie, qui met pour moi le doigt sur l'analyse elle-même édulcorée de l'utilité et de la dimension existentielle facebookienne faite dans cet article.
"Facebook est et restera je le pense un mode de communication plaisant "divertissant" qui peut certes mettre en jeu l'écriture( entendons-nous pas la simple écriture de son statut ou de messages rapides,laconiques souvent laissés sur les murs de ses "amis") qui permet un échange d'informations, un partage très intéressant (évènements culturels ou évènements tout court notamment).
Il est en définitive bien souvent un petit joujou narcissique grâce auquel on arborre différents "masques" pour tenter de maîtriser une image de nous, toujours fugace d'une part et qui d'autre part ne nous appartiendra jamais.

De ce type de "débat" illusoirement rendu possible sur Facebook , de surcroît à une échelle énorme," débat"rapide, incomplet, immédiat et sans cesse faussé (décalage si bien temporel qu'entre les registres des "interlocuteurs" en présence, expression insuffisante des intentions par manque de temps dans la formulation etc...) ne viendra jamais l'avènement de nouvelles valeurs.et puis desquelles pourrait-t-il s'agir quand les échanges sont si anodins? Au mieux peut-on réagir sur l'actualité,s'insurger, fédérer des groupes autour de certaines causes, mais un autre type de débat, direct, de visu, sera toujours j'en reste persuadée, indispensable pour mener une réflexion plus approfondie et crédible et ce quel qu'en soit l'objet.
Croire le contraire est plus que naïf...
Remettons les choses à leur place...

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DominiqueGiraudet - dans penser
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