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Ecosia : Le Moteur De Recherch

14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 10:07

Vision aveugle de Peter Watts



Critique

Note du livre L'espace intérieur

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Votre note

L'espace intérieur



Ecrivain canadien encore inconnu en France, Peter Watts débarque en librairie avec Vision aveugle, un livre de science-fiction d'une ambition rare qui concentre, sur un peu moins de 400 pages, propos scientifiques pointus, réflexions philosophiques et ambiance macabre au service d'un imaginaire débridé. Un parfait exemple de divertissement intelligent. On en redemande !
Sous ses dehors de space opera classique (une mission envoyée à la rencontre d'un artefact extra-terrestre), Vision aveugle, premier roman haletant traduit en France du canadien Peter Watts, abonde en questions cruciales sur le devenir de l'humanité et surtout sur le but de son évolution. Parmi celles-ci, certaines reviennent de manière récurrente : à partir de quand une société cesse t-elle d'évoluer ? Quel est le point de rupture entre évolution et destruction ? Existe t-il vraiment une nature humaine ?
 
En bonne auteur de science-fiction, Peter Watts fournit bien évidemment de nombreuses réponses. Biologiste marin de formation, fan de rock (son roman est truffé de référence à la musique psychédélique), il use de la physique, de la neurobiologie mais également de la métaphysique et de la philosophie pour retourner complètement le thème rebattu du "premier contact extra-terrestre". Virtuose, l'écrivain utilise également ce prétexte pour remettre en question le point de vue bien établie de la suprématie de la conscience. Ce que la plupart des scientifiques considèrent comme étant notre exclusivité en tant qu'espèce ainsi que la principal preuve de l'existence d'une " nature humaine ".

Homo Humanus Mutandis
Vision Aveugle porte en exergue une citation de Ted Bundy, fameux serial killer des 80's. Rien que cela devrait nous mettre la puce à l'oreille. Ne serait-ce qu'au niveau de son casting, le roman lui-même n'est pas banal. Imaginez une équipe de mutants, derniers représentants de ce qu'est devenu l'humanité dans un futur lointain, envoyé dans la ceinture de Kuiper sur un vaisseau au nom transparent, le Thésée, pour observer, puis entrer en contact avec un artefact extra-terrestre, ou ce qui semble, tout du moins, en être un. Parmi eux on trouve un biologiste cyborg capable de s'interfacer physiquement avec les machines, une soldate pacifiste mais surentrainée au passé trouble, une linguiste atteinte d'un trouble de la personnalité en une schizophrénie provoquée, un observateur n'ayant qu'une moitié de cerveau mais capable de déchiffrer à la perfection le langage corporel de ses interlocuteurs et un capitaine de vaisseau vampire (!), race recrée par l'humanité pour des missions spéciales.

On le voit, malgré un propos des plus sérieux, l'auteur n'hésite pas à user de la fantaisie la plus débridée. Ce n'est pourtant pas faute de doter ses personnages, aussi étonnants soient-ils, d'une personnalité et d'une épaisseur parfaitement crédible. Cette histoire d'outre-espace a beau se passer au fin fond de l'univers connu, elle n'en est pas moins un périple intérieur, où chacun, entre quelques escapades en dehors du vaisseau sous couvert d'exploration, devra se mesurer à lui-même, autant qu'aux entités incompréhensibles qui leur font face. Dans une ambiance oppressante digne d'Alien - à la différence près que les protagonistes doivent faire face à une entité mille fois plus évoluée même si paradoxalement dénuée de conscience - Peter Watts met en place un fabuleux huis-clos aux confins du cosmos, prétexte à explorer le plus noir de notre espace intérieur.

De la nature humaine ?

Le Rorschach est ce test proposé à la libre interprétation d'un sujet, utilisé en psychologie clinique afin d'étudier la personnalité de celui-ci. C'est bien connu, le patient, ou la personne soumise à ce test ne voit finalement que ce qu'il veut bien voir (ou plus justement, ce que sa psyché et son mécanisme neurologique veulent bien lui faire voir). Le cerveau humain étant ainsi fait qu'il ne présente qu'un miroir au sujet qui l'utilise. Or, il est intéressant de noter que c'est justement le nom que s'est choisi l'artefact extra-terrestre avec lequel l'équipe d'humains modifiés envoyé par la terre doit prendre contact. Un objet gigantesque dont les "occupants" parlent notre langue, répondent parfaitement aux questions qu'on leur pose, mais semble totalement dénués de conscience de soi. Des entités plus proches des abeilles donc, que de l'humain. Au fil du récit, le fait que le Rorschach parle notre langue tout en étant aussi totalement "étranger", rend évidemment la situation plus inquiétante encore et humain et E.T. vont bientôt s'affronter. Mais les choses, bien entendu, ne s'avéreront pas si simple.

 

Conclu par un twist totalement pervers et désespéré, loin du manichéisme de nombreux space operas ("les méchants aliens contre les bons humains"), Vision Aveugle est hanté par le spectre de la nature humaine face à l'incompréhensible. Une nature pourtant souvent considérée comme supérieur, alors qu'elle n'est que cupidité et violence (au point qu'elle livrerait la société à l'anarchie si on ne la soumettait pas à quelque gouvernement, ici en l'occurrence, au commandement surréaliste d'un "vampire", être supérieur, symbole de la peur suprême et donc de la soumission de l'équipage). Peter Watts souligne l'incroyable capacité de l'humain à provoquer l'irréparable et la catastrophe quand il ne comprend pas quelque chose. Certainement l'un des meilleurs romans de science-fiction de l'année.

Peter Watts, Vision Aveugle, Fleuve Noir, 2009.

Maxence Grugier 

Le 12 May 2009

Sur Flu :

- L'actu de la science-fiction sur le blog livres 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 10:52


Groupe International de Recherches sur Nietzsche

Fondé par Giuliano Campioni et Patrick Wotling, le GIRN est issu des échanges menés depuis plusieurs années par un ensemble de spécialistes italiens et français de la pensée de Nietzsche.
Il est dirigé par Giuliano Campioni (Università degli Studi di Pisa), Werner Stegmaier (Ernst Moritz Arndt Universität, Greifswald) et Patrick Wotling (Université de Reims), et coordonné par Céline Denat (Université de Reims) et Chiara Piazzesi (Università degli Studi di Pisa). Il s’adosse notamment au Centro Colli-Montinari (Università degli Studi di Pisa / Università degli Studi di Lecce) et au Centre Interdisciplinaire de Recherches sur les Langues et la Philosophie (CIRLEP, EA 3794, Université de Reims).
Cette structure a pour vocation d’encourager la coopération internationale en matière de recherches sur le corpus et la pensée de Nietzsche. Elle trouve son origine dans la constatation conjointe du renouvellement considérable qu’a entraîné dans les études nietzschéennes la réalisation de l’édition de référence des textes du philosophe, à l’initiative de G. Colli et M. Montinari. Elle prend acte également de la richesse mais aussi de la diversité des approches de Nietzsche élaborées dans les traditions universitaires nationales, en Europe et hors d’Europe, qui ont abouti ces dernières décennies à la publication d’études novatrices qui font désormais autorité. Considérant le dialogue international comme une condition essentielle de l’avancée de la recherche, tout autant que de la formation des chercheurs, le GIRN se propose de favoriser le développement de la communication entre les différents courants de réflexion aujourd’hui fermement structurés en instaurant une collaboration régulière entre spécialistes travaillant sur Nietzsche, en Allemagne, au Brésil, en Espagne, en France, en Grande-Bretagne, en Italie, et au Portugal, en y associant étroitement des chercheurs de pays tiers.
Il se donne notamment pour objectifs de promouvoir la confrontation des méthodes d’analyse du corpus nietzschéen et d’approfondir la compréhension de Nietzsche en accueillant des travaux consacrés à l’étude des sources, innombrables, qui ont constamment nourri la réflexion du philosophe, à l’étude de la structure et des enjeux de ses ouvrages publiés, de même que de ses notes et cahiers posthumes, ainsi qu’à l’étude des problématiques et des modes de réflexion spécifiques de la pensée nietzschéenne. _ Le GIRN contribue à promouvoir la traduction des textes de Nietzsche, tout comme la publication d’articles et de monographies présentant des études historiques et philosophiques sur sa pensée. Il organise en Italie, en France et en Allemagne des colloques, journées d’étude et conférences qui présenteront périodiquement les résultats des travaux conjoints, avec le souci de favoriser la mise en relation des spécialistes et jeunes chercheurs des différents pays participant aux échanges

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DominiqueGiraudet - dans penser
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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 15:36

culture [ Article du journal : L'Humanité ]

À la recherche du paradis perdu

Berlin . Triomphe au festival de Berlin pour le nouveau film de Terrence Malick, qui sort aujourd’hui sur les écrans français.

Le Nouveau Monde,

de Terrence Malick.

États-Unis, 2 h 15.

Berlin, envoyé spécial.

Terrence Malick est un cinéaste rare. Le Nouveau Monde n’est que son quatrième film au cours d’une carrière qui s’étale sur trente-deux ans : la Ballade sauvage en 1973, petit road-movie nerveux, les Moissons du ciel en 1978, ample fresque dont la folle exigence mettra la patience des producteurs à rude épreuve, la Ligne rouge en 1998 (vingt ans plus tard, tel aura été le prix à payer), vaste exploration cosmogonique sur fond de guerre à Guadalcanal balayant les territoires de la psyché tout autant que du corps. Par ailleurs le cinéaste, attendu à Berlin, s’est fait excuser, trop pris par la rédaction de son nouveau projet. On rêve. Cela n’a pas empêché le Nouveau Monde de recueillir les bravos dans une version de deux heures et quinze minutes (15 minutes de coupes par rapport à la première version américaine, 45 minutes de moins que la version DVD à venir), tant il est évident à chaque instant que Malick joue dans une catégorie où ne figure guère aussi que Michael Cimino, autre perfectionniste torturé dont l’égale rareté de l’oeuvre témoigne de l’incapacité de là absorber l’ambition de tels créateurs.

Un peu comme les films précédents, le Nouveau Monde est l’histoire d’une genèse, cette fois au sens propre puisqu’il s’agit d’un récit des origines, celles de la fondation des États-Unis, alors qu’en 1607 des marins britanniques débarquent en Virginie pour y installer un premier avant-poste économique, religieux et culturel de colonisation. À l’image, une nature primitive comme ne l’ont saisi que les plus grands peintres, le ciel, l’air, la terre, l’eau qui reflète le ciel et la terre… Au son, le prélude de l’Or du Rhin. C’est alors que surgissent les trois caravelles, qui amènent ces hommes avec leurs armes et leur dieu. Bien entendu, on ne peut que penser à Tabou, ce film unique né de la conjonction des talents de Murnau et de Flaherty où, déjà, un monde se présumant supérieur venait en déflorer un autre, culture contre nature, civilisation d’après la faute contre pureté originelle. Ainsi se déroule ce qu’on appellerait le premier acte au théâtre ou le premier mouvement dans une symphonie. D’un côté des brutes à des degrés divers, anglophones venus dans l’esprit de conquête, forts de leur certitude en leur bon droit. De l’autre, des autochtones s’exprimant en algonquin, en symbiose avec leur milieu, société ayant une sophistication propre que les Britanniques ne peuvent évidemment percevoir.

Et, comme il faut bien que tout cela se personnalise, d’un côté il y a le capitaine John Smith (Colin Farrell), vingt-sept ans, condamné aux fers pour insubordination par le capitaine Newport (Christopher Plummer), mais néanmoins relâché afin qu’il puisse conduire une expédition exploratrice, et, de l’autre, la princesse Pocahontas (Q’Orianka Kilcher), dont il est inutile de vanter les charmes, les productions Walt Disney s’étant déjà chargées d’illustrer cette légende connue de tout Américain. L’amour va naître - un amour pur ne cédant pas à la sexualité (Malick a choisi une comédienne ayant quatorze ans au moment du tournage) -, qui pourrait conduire à la fraternisation entre les deux peuples. Pourtant, tels l’eau et le feu, les valeurs et les buts en jeu ici et là sont si antagonistes qu’il n’en sera rien. Après la chute, il n’y a plus de place pour Adam et Ève, seulement pour Roméo et Juliette. Le deuxième acte nous montre, tandis que la chrétienté détruit le jardin d’Eden, Pocahontas bannie par les siens pour avoir pris le parti de John puis vendue aux Anglais alors que ce dernier, rappelé à Londres pour d’autres missions, diffuse la nouvelle de sa mort afin de libérer la princesse de ses attaches sentimentales. Au troisième acte (c’est nous qui subdivisons), inverse du premier, Pocahontas, amenée en Angleterre pour y découvrir la vie de cour, cède finalement aux avances d’un autre colon qui en était épris, John Rolfe (Christian Bale). Elle et John Smith ne se reverront qu’une fois, quand il est trop tard pour refaire ensemble le chemin qui les a désunis.

Comme il se doit chez Malick, nous sommes là dans la forme poétique ample. Sur l’écran, une reconstitution que n’aurait pas reniée Kubrick de la vie quotidienne dans deux mondes il y a tout juste quatre siècles. Par-derrière, souvent servi par la place laissée à l’imagination que permet la voix off, un vaste suintement qui embrasse, de Rousseau à Thoreau, tout ce que la métaphysique et les religions ont pu produire en matière de réflexion sur l’ordre naturel et le contrat social. Le Nouveau Monde est une oeuvre immense dans laquelle il fait bon se perdre. Jean Roy

Marsiglia -monile maori

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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 12:05
Page d'introduction au livre de Charles Antoni "Vis ta vie" :

Vis ta vie . Ne sois pas vécu par elle .
Dans la vérité et dans l' erreur,dans le plaisir et
dans l'ennui ,sois ton ètre véritable . Tu n' y par-
viendras qu' en rèvant ,parce que ta vie réelle ,ta
vie humaine ,c'est celle qui,loin de t'appartenir ,
appartient aux autres . Tu remplaceras donc ta vie
par le rève,et tu ne te soucieras que de rèver à la
perfection . Dans aucun des actes de la vie-réelle ,
depuis l'acte de naitre jusqu' à celui de mourir ,tu
n' agis vraiment :tu es agi; tu ne vis pas :
tu es seulement vécu .
Deviens aux yeux des autres un sphynx absurde .
Enferme-toi mais sans claquer la porte , dans ta
tour d'ivoire . Et cette tour d'ivoire ,c'est toi-
mème .

Fernando Pessoa

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DominiqueGiraudet - dans penser
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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 10:08
Charles Antoni dans le chapitre I de son livre " Vis ta vie" , intitulé : Se vider par la bouche :

Une chose est évidente : tout est de la merde . Les humains sont de la merde . Ce qu'ils aiment c'est parler , éjaculer de la bouche . Il suffit de leur prèter l'oreille
et ils vous déballent tous leurs problèmes . Ensuite , ils sont trés contents et ils vous remercient de leur avoir prété attention . Ils se fichent pas mal de ce que vous pensez et mème de savoir si vous pensez . Et encore moins si en réalité vous les avez écoutés ou non . Ce qu'ils veulent c'est avoir l'impression d' ètre entendus .

[ Premier paragraphe du livre ]

L'arbre de vie dans ma rivière sauvage ....!



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DominiqueGiraudet - dans penser
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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 09:19

Sciences humaines

ISBN 978-2-7381-2050-2,
février 2009, 155 x 240,
432 pages. (35   €)

http://www.odilejacob.fr/images/fleche2.png 

Scott Atran

Au nom du Seigneur

La religion au crible de l’évolution

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Philipe Sicard

Comment expliquer le poids culturel de la religion à travers l’histoire ? Pourquoi les idées surnaturelles sont-elles aussi répandues dans toutes les cultures ? Que nous apprennent la biologie, la psychologie, l’anthropologie et les sciences cognitives sur les différences et les similitudes entre les groupes religieux ? Et comment se fait-il que les explications religieuses des phénomènes naturels influent plus sur notre imaginaire collectif que les connaissances scientifiques ?
Du point de vue de l’évolution, la religion ne devrait pas exister : elle est coûteuse en sacrifices matériels et en dépenses émotionnelles ; elle impose des efforts pour adhérer à des croyances qui défient le bon sens. Alors, pourquoi la religion ?

Scott Atran passe en revue toutes les explications — sociologiques, psychologiques, neurologiques, métaphysiques — et montre leurs insuffisances. Et si le sacrifice de soi qu’impose toute religion servait avant tout à stabiliser l’ordre moral dans le groupe ? Ce faisant, n’incite-t-elle pas à la compétition avec d’autres groupes ? Et, dès lors, n’est-elle pas toujours source de guerre ?

Appuyée par les recherches les plus originales et les plus actuelles, une puissante réévaluation du fait religieux au cœur même de l’humain.


Scott Atran est directeur de recherches à l’Institut Jean-Nicod du CNRS.

Anthropologue cognitiviste, il est professeur associé à l’Université du Michigan à Ann Arbor.

 

 

Une critique paru dans « le matin » journal Haitien du 6-7 mai 2009

 

Religion et anthropologie cognitive

Le lecteur initié aux travaux de

l’anthropologue Pascal Boyer,

ou plus récemment de l’éthologiste

Richard Dawkin trouvera dans

cette somme un complément

inégalé d’anthropologie cognitive

évolutionniste ayant pour objet

principal de recherche les croyances

religieuses (commensurables) et

leurs origines potentielles (universellement

distribuées). Le public

non anglophone y découvrira une

traduction de son précédent

ouvrage largement salué par les cri -

tiques.

Une structure stable

À travers les multiples disciplines

abordées (biologie évolutionniste,

génétique, sociobiologie, éthologie,

écologie comportementale, neurologie,

philosophie, psychologie cognitive, sociologie,...) Scott Atran

peut nous surprendre quand il

affirme que « les structures biologiques

et cognitives qui permettent la

vie humaine sur la Terre semblent

avoir peu, ou pas du tout changé – du

moins depuis “ Eve mitochondriale ”

qui aurait vécu dans la savane

africaine il y a plus de cent mille ans “

». Ce constat, sur cet état quasiment

stable où le temps n’aurait eu que

peu d’effet, pourrait expliquer

pourquoi les structures cognitives de

l’esprit semblent avoir permis à un

ensemble d’objets socioculturels,

connus dans toutes les sociétés, de

traverser les âges, d’être transmis et

intégrés : agents surnaturels, entités

spirituelles, mondes contrefactuels

et contre- intuitifs, rites, sacrifices,

symboles, cosmologie,... consolidant

et faisant perdurer ces simples

produits de « processus ordinaires

de l’esprit humain » que sont les

religions.

Que les différentes religions

donnent du sens aux individus,

mobilisent l’affectivité, apportent

espoir et promesses, provoquent des

états de con science modifiée (transe,

méditation, vision, révélation, hallucination auditive ou visuelle, etc.),

engagent le système corporel,

forment des mondes magiques via

ses capacités cognitives de métareprésentation,

s’investissent dans le

champ socioéconomique, ne les distingue pas entre-elles au niveau des

structures cognitives de croyance.

La différence se situerait simplement

au niveau des contenus, celui du rap -

port avec ses semblables, à la société,

à la nature, etc.

Scientifique et agnostique, non

essentialiste et plutôt matérialiste, la

thèse de Scott Atran dissout toute

dichotomie entre l’homme neuronal

théiste/déiste et l’homme neuronal

agnostique/athée, car selon lui « les

croyances et pratiques religieuses

impliquent exactement les mêmes

structures cognitives et affectives

que les croyances et pratiques non

religieuses – et pas d’autres – mais

selon des modes (plus ou moins)

systématiquement distincts ». Com -

ment ne pas se rappeler une célèbre

sentence de David Hume ? Ceux qui

soutiennent philosophiquement

que notre cognition, c’est-à-dire « la

structure interne d’idées représentant

le monde et commandant les

comportements appropriés au

monde représenté », crée les

croyances, les dieux et les religions,

ne démontrent pas grand chose s’ils

ne vont pas au-delà de cette simple

affirmation. D’où ce long voyage

multidisciplinaire basé sur de

nombreuses expériences de

laboratoire et de terrain, au sein de

cul tures variées, passées et présentes.

Au nom du Seigneur. La religion au

crible de l’évolution, Scott Atran,

éditions Odile Jacob. Titre original :

In Gods We Trust: The Evolution -

ary Land scape of Religion, Philippe

Sicard (traducteur).


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DominiqueGiraudet - dans penser
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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 18:12

Entretien avec Phan Huy Duong

Quand la littérature effraye le pouvoir

lundi 14 septembre 1998 par Emmanuel Deslouis

Traducteur de romans vietnamiens en français et responsable de la collection « Vietnam » chez l’éditeur Philippe Picquier, Phan Huy Duong connait sur le bout des doigts la littérature vietnamienne. Il explique la raison pour laquelle ces écrivains, encore mal connus en France, sont si craints par les dirigeants vietnamiens.

Eurasie : Pourriez-vous nous dresser un panorama de la littérature vietnamienne contemporaine traduite en français ?

Phan Huy Duong : Moins de cinquante auteurs vietnamiens sont traduits en français. La plupart sont connus par leurs nouvelles. Sur ce total, ceux dont les romans ou recueils de nouvelles sont traduits ne sont plus qu’une quinzaine. Seule l’écrivain Duong Thu Huong a vu son oeuvre intégralement traduite en français.

Eurasie : Pourquoi est-elle la seule ?

Phan Huy Duong : Elle est très connue au Vietnam : le tirage de ses oeuvres va de quarante mille jusqu’à cent mille exemplaires. Depuis son arrestation en 1991, aucun de ses écrits nouveaux n’a été publié au Vietnam. Ainsi « Roman sans titre » et « Myosotis », édités en France, ne sont jamais sortis au Vietnam. Cette personnalité est connue sur le plan international pour sa lutte en faveur de la démocratie et des libertés. Son succès vient aussi de son extraordinaire talent de conteuse. En quelques pages, elle réussit à captiver le lecteur. On la respecte car elle dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas au Vietnam. Avant Duong Thu Huong, aucun auteur vietnamien n’osait envoyer ses manuscrits à l’étranger. Maintenant la majorité des écrivains suit son exemple ! Elle a fait s’écrouler de nombreux tabous. Dans son roman « Les paradis aveugles », elle fut la première écrivain à avoir le courage de traiter des thèmes de la réforme agraire et du processus de dégradation du statut d’intellectuel sous la contrainte du pouvoir communiste.

Eurasie : En quoi cette période était-elle gênante à évoquer ?

Phan Huy Duong : La réforme agraire est restée tabou pendant cinquante ans car c’est un des tournants de la révolution vietnamienne. A partir de la réforme agraire (1951-53), la plupart des cadres compétents ont été évincés ou exécutés puis remplacés par des ignares. En 1956 a eu lieu la répression des intellectuels et des artistes. Toute la culture a dès lors été contrôlée par le « département de la culture et des arts » dirigé par des incultes. Les seuls cadres compétents restés en poste sont devenus des mandarins. Il a fallu attendre 1986, année du « Doi Moi » (la politique de renouveau), une perestroïka à la vietnamienne, pour voir l’apparition de jeunes auteurs. Avec la chute de Gorbatchev, les dirigeants vietnamiens ont craint pour leur propre pouvoir et ont mis fin à cette période de liberté. Les arts ont de nouveau été très contrôlés.

Eurasie : Pour quelles raisons les écrivains sont-ils une cible si privilégiée du pouvoir communiste ?

Phan Huy Duong : La place de la littérature dans la civilisation vietnamienne est énorme pour deux raisons : la première a une origine nationale et la seconde étrangère. Le Vietnam a une culture très ancienne mais cette grande civilisation n’avait pas d’écriture propre. Le savoir oral se transmettait par une forme d’art populaire appelé le « Ca Dao » (les chants populaires), une poésie à la rythmique typiquement vietnamienne chantée à travers les différentes régions. Cette langue archaïque représente la moitié de la langue vietnamienne. C’était une langue formée d’adages, les Vietnamiens les utilisaient souvent pour exprimer une idée. Le principe ? Recueillir la tradition populaire pour ensuite l’enrichir, d’où l’importance de la littérature qui véhicule la tradition et la fait évoluer, vivre. La seconde moitié de la langue vietnamienne vient du chinois. N’oublions pas que les Chinois ont occupé notre pays pendant dix siècles. Or, dans la culture chinoise l’ « honnête homme » est le lettré. Pour les Vietnamiens, c’est celui qui « paye sa dette de vie », autrement dit celui qui doit s’engager dans la société pour devenir un véritable être humain. Conclusion : au Vietnam, il n’y a pas de frontière entre la littérature et la politique à cause de cet engagement nécessaire du lettré. Cela explique la grande estime dans laquelle les Vietnamiens tiennent les poètes et les écrivains. Le pouvoir les craint pour cette même raison.

Eurasie : L’histoire de la langue vietnamienne s’arrête t-elle à la colonisation chinoise ?

Phan Huy Duong : Le Vietnam a rencontré l’occident avec la colonisation française. Ce fut une période riche car les intellectuels ont découvert un monde nouveau, moderne, avec des valeurs démocratiques. De 1925 à 1945, une centaine d’intellectuels vietnamiens ont promu l’écriture latine. Malgré une utilisation de l’écriture chinoise pendant dix siècles, les Vietnamiens ont su éviter d’être écrasé culturellement par la Chine. Le vietnamien actuel, en écriture latine, a été créé par des jésuites portugais. Il fut longtemps considéré comme la langue des ennemis car utilisé par les missionnaires. Au début du vingtième siècle, des intellectuels ont compris que c’était une chance pour le Vietnam : elle permettait d’alphabétiser plus facilement la population vietnamienne. De 1930 à 1945, ils se sont donc mis à écrire leurs oeuvres de cette manière. Ils ont intégré dans leur manière d’écrire le vietnamien la construction des phrases françaises. La langue française est très rationaliste inspirée du développement des sciences. Une langue tellement rationaliste qu’elle comprend 26 000 exceptions ! Une centaine d’intellectuels ont donc recréé en trente ans toutes les formes écrites de l’occident. La langue que les vietnamiens parlent actuellement est directement inspirée de ces auteurs, d’où l’importance des écrivains. Vu Ngoc Phan a recensé ces intellectuels dans un livre qu’il a publié en 1944 : « Les écrivains modernes du Vietnam ». Pendant la guerre, tous les écrivains et poètes se sont rangés du côté de la résistance, avec conviction, pour la libération de l’art. La désillusion s’est propagée avec la réforme agraire à la suite de laquelle beaucoup sont devenus des valets du pouvoir. Même les écrits patriotiques étaient censurés quand ils étaient négatifs. Tous les apparatchiks du Parti Communiste Vietnamien ont fermé la porte aux créateurs.
Citons l’exemple de Bui Minh Quoc, militant communiste pendant la guerre contre les Etats-Unis, ex-président de l’association des artistes, qui vit aujourd’hui en résidence surveillée à Da Lat. Il a fondé un journal, Lang bian, regroupant des idéalistes militants qui ne se soumettaient pas aux apparatchiks. Devant l’interdiction de publication de leur journal, ils ont fait une marche pour réclamer des droits démocratiques. Ils ont recueilli 118 signatures. En 1988, Buo Minh Quoc a été exclu du parti puis depuis 1997 il est en résidence surveillée, aussi appelée « détention administrative ». Les militants communistes ne sont pas toujours récompensés !

Eurasie : Quels écrivains sont apparus à la faveur de la politique de renouveau en 1986 ?

Phan Huy Duong : Nguyen Huy Thiep s’est révélé comme un grand écrivain de nouvelles. On peut citer Nguyen Quang Than, un auteur peu accommodant avec le régime. Bao Ninh a probablement écrit le meilleur livre sur la guerre avec « Le chagrin de la guerre ». Sans oublier Duong Thu Huong, une des personnes les plus surveillées du Vietnam mais aussi une des plus libres. Elle refuse de vivre dans la crainte du pouvoir. Elle n’accepte pas de voir les étrangers qui passent par le Ministère de l’information pour la rencontrer. Le recueil « Terre des éphémères » dresse un panorama de ces auteurs de 1986.

Eurasie : Quels autres auteurs se distinguent actuellement ?

Phan Huy Duong : Le recueil de nouvelles d’auteurs vivant au Vietnam et à l’étranger « En traversant le fleuve » présente un bon éventail des nouveaux auteurs. Pham Thi Hoai a testé plusieurs formes d’écriture occidentale. Phan Thi Vang Anh, une jeune femme, fille d’un grand poète vietnamien, s’est illustrée par un recueil de nouvelles. Fils d’un colonel, Do Phuoc Thien est l’auteur de la magnifique nouvelle « Terre des éphémères ».

Eurasie : Comment qualifier la situation de la littérature vietnamienne ?

Phan Huy Duong : Elle est dans une situation très grave car les dirigeants ont fait table rase du passé culturel. Toutes ces valeurs humanistes balayées, il ne restait que le marxisme qui n’a pas résisté à la chute du mur de Berlin. Que reste t-il ? Rien. Uniquement le capitalisme. Le pouvoir prend des formes mafieuses avec le développement de la corruption. Il n’y a plus de valeurs. Maintenant on importe la littérature de bas étage de l’occident, on introduit la culture de consommation. Donc, les seuls tenants de la culture locale restent les écrivains qui sont aussi les plus opprimés par le pouvoir.

Eurasie : En quoi les écrivains inquiètent plus le pouvoir que les mouvements pro-démocratiques de la diaspora ?

Phan Huy Duong : Les mouvements politiques de la diaspora n’effrayent pas le pouvoir, ils sont trop éloignés de la population vietnamienne. Ils ne parlent pas la même langue (au sens propre comme figuré). Ce sont d’anciens résistants comme Bao Ninh ou Duong Thu Huong qui inquiètent le pouvoir car ils ont toujours vécu aux côtés de la population. Les écrivains sont les seuls à pouvoir ressusciter, faire refleurir la culture du passé et apporter des valeurs nouvelles pour faire avancer la société.

Eurasie : Quel héritage a laissé la colonisation française au Vietnam ?

Phan Huy Duong : Les apports de la France à la culture vietnamienne ? L’écriture latine, car elle a introduit une forme de pensée analytique opposée à l’écriture en idéogrammes. La structure des phrases en langue française influence la manière de penser. Parfois, en traduisant des phrases mot à mot, du vietnamien vers le français, je tombe sur des phrases syntaxiquement correctes. Il est possible qu’il y ait communion de pensée ! Au Vietnam, lorsqu’on parle de « bon goût », c’est souvent en référence à la France. Cela n’enlève rien à l’exploitation économique et à l’oppression politique qui ont mené à la guerre. Cependant on ne peut pas effacer une centaine d’années d’échanges culturels et autres. Seule la littérature peut en témoigner. Le colonialisme véhiculait bien sûr une certaine violence. Duong Thu Huong montre que le pouvoir communiste ne repose que sur la violence. D’abord la violence populaire contre le colonialisme puis celle du pouvoir contre les Vietnamiens eux-mêmes.

Eurasie : Quelles sont les plus grandes difficultés auxquelles vous vous trouvez confronté dans vos traductions ?

Phan Huy Duong : Il n’y a pas de correspondances entre les concepts. Les rapports entre les hommes et leur environnement diffèrent selon les pays. La langue vietnamienne est tellement musicale qu’il y a des centaines de mots pour qualifier une chose quand en français le même mot n’a que deux ou trois synonymes. En vietnamien, le mot traduit un son réel ou des sensations charnelles. Il y a dix-huit sortes de A en vietnamien ! Le français est abstrait quand le vietnamien colle au plus près de la réalité charnelle. La poésie vietnamienne est très difficile à traduire en français à cause de la richesse de sa musicalité. Dans la structure de la langue, il y a le métissage (vietnamien, chinois, français). La conjugaison française est liée au temps universel. La langue vietnamienne est extrêmement liée au contexte. La plus grande difficulté de la traduction n’est pas spécifique au français ou au vietnamien : il s’agit de restituer le style, la singularité de l’auteur. Mais ça, c’est une autre histoire !

Propos recueillis par Emmanuel Deslouis

Emmanuel Deslouis

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DominiqueGiraudet - dans penser
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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 16:13
J.G. Ballard : des lendemains qui déchantent

par André Clavel
Lire, mai 2009

 

 Auteur de romans visionnaires, J.G. Ballard a su montrer les dérives de notre société de consommation.

C'est dans le pavillon de banlieue où il vivait depuis un demi-siècle, à l'ouest de Londres, que James Graham Ballard est mort, le 19 avril dernier, des suites d'un cancer. Avec lui, les lettres britanniques ont perdu leur Tirésias. Car ce visionnaire n'aura cessé d'anticiper les désordres et les crises morales qui sont en train de secouer la planète: amateur de politique-fiction, Ballard racontait comment Big Brother fera son come-back dans un monde qui, à ses yeux, se transforme peu à peu en cauchemar climatisé, un cauchemar d'autant plus redoutable qu'il se dissimule derrière les vitrines aguichantes de la société de consommation. Dans un de ses récents romans - Millenium People -, par exemple, Ballard suggérait que les classes moyennes occidentales sont une poudrière prête à exploser parce que l'excès de bien-être y devient une maladie incurable. Et dans Que notre règne arrive (Denoël, 2007), le Britannique montrait que le sacro-saint consumérisme, désormais transformé en absolu, est une version moderne du totalitarisme.

C'est à Shanghai, où son père dirigeait une entreprise de textile, qu'est né Ballard, en 1930. Lorsque les troupes japonaises occupèrent la ville en 1941, après Pearl Harbor, il fut emprisonné dans un camp de détention avec sa famille: de cette expérience terrible, il tira en 1984 le roman qui le rendit célèbre, Empire du Soleil, adapté trois ans plus tard au cinéma par Steven Spielberg. Conjuguant autobiographie, futurisme et sociologie, l'oeuvre de Ballard est gigantesque, avec quelques sommets parés de titres catastrophistes: Cauchemar à quatre dimensions, Le monde englouti, La foire aux atrocités, Fièvre guerrière ou le fameux Crash!, qui mêle jusqu'à la nausée fantasmes érotiques et violence routière - ce roman a lui aussi été adapté au cinéma, par David Cronenberg. D'un livre à l'autre, Ballard prophétise des lendemains qui déchantent et l'avenir qu'il imagine est la proie des pires dérives, comme s'il avait bien retenu la leçon de son maître en inquiétude, George Orwell.

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DominiqueGiraudet - dans penser
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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 15:30
« Une croyance forte ne prouve que sa force, nullement la vérité de ce qu'elle croit. » Nietzsche : Humain, trop humain, I, § 15, p.42.


 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 09:38

Et Nietzsche a pleuré



Il aura fallu du temps pour que la France découvre Irvin Yalom. Avec la traduction toute récente d'un de ses ouvrages publiés en 1992, Et Nietzsche a pleuré, c'est désormais chose faite, et il n'est donc plus d'excuse pour ne pas s'intéresser aux romans du psychiatre californien. Ce dernier livre ainsi mis à la portée du lecteur français encore rétif, on le sait bien, à la lecture en version originale, permet de se convaincre du talent de l'écrivain.

L'idée est intéressante, il s'agit d'imaginer une éventuelle rencontre entre Joseph Breuer et Friedrich Nietzsche. Quand ? En 1882. Où ? A Vienne. Le premier est un médecin viennois, excellent diagnosticien. Mais c'est aussi l'un des pères de la psychanalyse moderne, le premier médecin d'Anna O, hystérique, elle-même bien connue pour avoir été ensuite soignée par Freud, ami de la famille Breuer. Le second, naturellement, nul n'est besoin de le présenter.

Et c'est par la séduisante Lou Salomé, amour éphémère du philosophe, que les deux hommes furent amenés à se rencontrer. Celle-ci, au détour d'un café pris à Venise, réussit à convaincre Breuer de s'occuper du cas de son ancien amant. Celui-ci, éconduit, se porterait au plus mal. C'est donc d'un "médecin du désespoir" - l'expression est jolie - qu'il aurait besoin. Une cure par la parole.

Le stratagème se met en place, Nietzsche ne doit pas être au courant. Rancuneux à l'endroit de la jeune Lou, il ne serait certainement pas enthousiaste à l'idée de consulter un médecin de cette sorte. Ses amis réussissent toutefois à le persuader de se rendre à Vienne pour consulter le Docteur Breuer, afin de frotter le cas de ses atroces migraines à l'excellent diagnostic de ce dernier. Et c'est là, progressivement, que se scelle le pacte entre les deux hommes. Nietzsche, non sans réticence, accepte de rester. Toutefois, c'est à un véritable échange que les deux hommes devront se livrer. Nietzsche s'occupe de Breuer, un Breuer supposé simuler. Breuer s'occupe de Nietzsche. Analyse - bien que le concept soit encore anachronique - réciproque.

L'allemand se prend au jeu, et la conversation entre les deux sommités est brillante. D'un semblant de patient, Breuer en devient un véritable, guérissant ainsi ses obsessions, tout pénétré qu'il est des préceptes philosophiques de Nietzsche. "Deviens qui tu es" résonne, les deux hommes se livrent. Yalom parvient à récréer les conditions de cette formidable émulation intellectuelle. Au surplus, et au détour d'une écriture agréable, ce roman est une invite à redécouvrir l'oeuvre du philosophe dont l'écrivain réussit le tour de force d'en mettre les éléments cardinaux à la portée du lecteur. Breuer versus Nietzsche, Nietzsche versus Breuer, des balbutiements de la psychothérapie à l'initiation philosophique, c'est assurément là un roman complet que livre Yalom.


Irvin Yalom, Et Nietzsche a pleuré, Galaade Editions, 2007, 416 pages, 24 €
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DominiqueGiraudet - dans penser
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