Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ecosia : Le Moteur De Recherch

5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 13:00

Pharmacopée n°7

Maître Eckhart est à n’en pas douter un maître en détachement. Je m’évertue quotidiennement à me dépouiller de livres, de nourriture parfois, d’habits. Bref, je crois que l’attachement me lie toujours à l’extérieur, au matériel. Mais le suprême attachement, c’est celui qui me ligote à moi-même, au petit personnage que je crois être. C’est pourquoi je trouve un tonique rappel en ses lignes. Dans les Entretiens spirituels, il écrit : « En vérité, si un homme abandonnait un royaume et le monde entier et qu’il se garde lui-même, il n’aurait rien abandonné. » Pourquoi ne pas commencer par rire un petit peu du bonhomme que je suis et prendre un peu mes distances à son endroit ? Se détacher de soi par le rire, voilà qui n’est pas sans charme ! Encore ne faut-il pas s’attacher, même pas à ce joyeux chemin !

Commentaire :

*

jean devriendt (maitre.eckhart.free.fr)

Lundi 4 octobre 2010 à 23 h 50 min

 

Le détachement d’Eckhart est au-delà de l’acte, il saisit l’être. Il faut se détacher aussi des images, même des grandes images de dieu fabriquées en nous. Et tout ceci a un but : enfanter le verbe en nous en devenant par grâce ce que Dieu est par nature ! Vaste programme. Quant à l’humilité, ce n’est pas l’humiliation. Être heureux d’être soi, et heureux que les autres soient ce qu’ils sont, c’est le premier pas. On n’a jamais vu deux vertus s’opposer. La joie est le premier pas vers l’humilité. Puis la colère contre tout ce qui est mauvais, sans distinguer entre soi et les autres. La sainte colère, calme et bienveillante, joyeuse et entièrement constructive. C’est tout cela aussi le détachement, car tout va par paire antinomique surtout chez Eckhart, et le détachement n’est rien sans l’amour. Eckhart le dit dans « l’oeuvre des sermons » : qui peut prétendre aimer son prochain en ne s’aimant pas soi-même ?

 

 

LIEN :link

 

 

5053489971_c6d34ddf7f.jpg

Partager cet article

Repost 0
DominiqueGiraudet - dans penser
commenter cet article

commentaires

Oscar 19/02/2011 21:03



Me pardonnerez-vous de considérer pour ma part que l'existence est non seulement inutile, mais que cette inutilité, loin d'être belle, est horrible et que ce monde est le pire, le plus cruel et
le plus laid qui pût exister,


 


les parcelles de beauté étant indispensables pour mieux faire ressortir par contraste la hideur de ce cauchemar, où tous les êtres passent le plus clair de leur temps à se torturer et à
s'entre-dévorer; au point que si j'étais croyant, je croirais avec les cathares que c'est le démon qui a créé l'univers matériel;


 


mais comme ils ont été "génocidés" par l'Eglise catholique et ses suppôts dominicains (pardon Dominique!!) et féodaux (le seul génocide vraiment réussi jusqu'au bout de l'Histoire, à ma
connaissance!), et que je ne crois pas plus à Dieu qu'au diable, je me contente de me résigner à subir la dure loi du "vouloir-vivre", n'ayant pu encore le détourner vers sa négation comme
Schopenhauer l'estime possible pour les génies, ce qui tendrait à montrer que je suis loin d'en être un!! Damned, je m'en étais douté, lol!!



dominique giraudet 19/02/2011 00:29



Merci Jean Devriendt et Oscar pour vos échanges bien intéressants , il y a bien longtemps que je ne me suis pas replongé dans la profonde pensée de Maitre Eckhart ! Oui il est certain que les
"anciens" ,Eckhart et bien d'autres avant lui savaient qu'il ne fallait pas prendre les écrits bibliques au pied de la lettre , au sens littéral , comme tout les livres dit "religieux" ou
"sacrés" car l'on tombe  alors  dans la fosse pestilentielle du fondamentalisme , de l 'extrémisme .


Avec mes plus amicales et attentives pensées,


Dominique Giraudet



jean devriendt 19/02/2011 00:10



Belle inutilité de l'existence : si elle est don d'un créateur, le don doit être total, et le créateur inutile à tout hormis du jaillissement de la capacité à exister hors du néant. Un lecteur
d'Eckhart au XVIIIe s, Angelius Silesius, a écrit ainsi ce distique admirable :


"La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit


N'a souci d'être vue, ni désir d'être connue".


Les sens de la vie sont des lectures, donc des moments, contingents, dans le cheminement de la pensée,  et ne doivent pas cacher le goût de la vie. Si la création était une chiquenaude
initiale,  et non l'éventail des potentialités extraites du néant, placées à l'orée de l'espace et du temps, dans le "toujours futur permanent"… Dans ce cas-là, Darwin aurait tort. Par
chance, nous pouvons faire confiance aux paléontologues, et extraire l'acte créateur de l'idée de commencement temporel. Ce déterminisme serait intenable.


La cause première est un leurre. Eckhart avec soin a extrait la création (nous avons tenu un colloque, publié je crois au Cerf sur ce thème) de ce fourvoiement, tout comme avant lui Augustin,
Thomas d'Aquin, et Cie. Le créationnisme est le signe de notre faiblesse intellectuelle actuelle.


Au XIIe siècle, un maître de l'école de Chartres, dont le nom me reviendra, déclarait déjà que tout dans le Genèse n'est pas à prendre au sens historique ou littéral, mais au sens allégorique.
C'était au XIIe siècle ! Nous sommes des ignorants, décidément… 



Oscar 18/02/2011 22:08



Votre réaction est pétillante d'esprit à tous les sens du terme, et je serais désolé que vous voyiez ne serait-ce que l'ombre d'une raillerie dans ces propos!


 


N'ayant reçu aucune éducation religieuse mais ayant lu dans mon enfance un livre d'ailleurs toujours disponible dans le commerce je crois, intitulé "Les merveilles de la nature", j' ai été
impressionné surtout par les premières pages, avec leurs illustrations saisissantes surtout à l'âge de 7-8 ans, consacrées à l'origine de la vie et aux animaux préhistoriques,


 


et j'ai au fil des ans glissé vers un athéisme fondé surtout sur l'idée que pour comprendre la naissance et la formation du monde -ainsi que des espèces vivantes et de leur évolution
ajoutera Darwin- l'hypothèse de Dieu (pour paraphraser un peu Laplace) était inutile;


 


du reste Darwin était peut-être croyant dans sa vie privée, mais cela importe peu: ses idées permettent de se passer de la notion d'un Dieu créateur et même l'"écornent" pas mal avec la
confirmation de l'évolution, pressentie bien que mal comprise dans son fonctionnement, par Lamarck, et c'est cela qui compte.


 


Mon athéisme au départ purement matérialiste trouve là son origine et son fondement; quelques années plus tard, durant mon adolescence, il m'a en outre semblé que le phénomène du Mal est
irréductible à toutes les tentatives de "théodicée", et pas seulement à celle de Leibniz... La théorie du libre arbitre notamment m'a paru une plaisanterie ou une mystification, déterminisme
oblige...


 


"Reste" le problème de la conscience comme vécu subjectif dont par définition il est impossible de rendre compte par une démarche scientifique, puisque la connaissance scientifique est...
objective!


 


Cela réintroduit-il la nécessité d'envisager une transcendance divine? Non, à mon avis tout au moins. L'idéalisme pessimiste de Schopenhauer par exemple, me semble proposer une explication" plus
plausible...


 


Et j'en resterai là pour l'instant, de peur de vous ennuyer avec des dissertations aussi banales qu'oiseuses!


 


Respectueusement, Oscar!



jean devriendt 18/02/2011 20:59



Je découvre seulement votre réaction, désolé. Ce débat prend belle tournure. Oui, vous êtes athée. Moi aussi, sinon je ne serai pas croyant. Vous êtes athée, précisez-vous avec intelligence, de
ce dieu super créateur étouffant tout. Je suis athée de ce dieu-là itou. Vous faites raisonner, ou résonner qu'importe, ad hominem la parole d'Eckhart dans un monde surchargé de consommations
superficielles. Sur ce point, au nom des Stoïciens, comment ne pas vous croiser dans la foule - de plus en plus clairsemée - des détracteurs ?


Je suis, grâce à Eckhart, athée de bien des dieux, et voilà ma créance. Créance et non croyance. Je suis en dette. Je dois au génie de grands hommes, dont Eckhart mais aussi Pessoa ou Rilke, de
m'avoir délesté de vaines croyances.


Suis-je détaché ?


Non.


mais je sais que la voie de la Gellasenheît, qui mène à l'Überbildung n'est pas la voie des surhommes, mais celle des hommes, nus parce que naissant sans cesse. Mais vagissant sans trouver les
mots, comme des nouveaux-nés. 


Détaché ? Mon intérêt pour le détachement est ou sera la dernière chose dont me détacher...


Merci beaucoup pour cet échange : entre nos "croyances" et nos incroyances, gît un espace où la parole peut germer si partagée.