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LIEN VERS LE SITE DE SYD KYMRII :
Marie de France naquit en France, comme l’indique son nom, mais si nous soupçonnons qu’elle naquit en Normandie c’est en Angleterre qu’elle écrivit. A cette époque la France est à moitié anglaise (Henri II Plantagenet et Aliénor d’Aquitaine) et les échanges entre les deux pays sont coutumiers.
Elle est la première femme écrivain d’expression française connue. On ne sait rien d’elle, sauf ce qu’elle écrivit elle-même dans l’épilogue de ses Fables :« Marie ai num, si sui de France »(J’ai pour nom Marie et je suis de France), c’est-à-dire, à cette époque, l’Île-de-France. Elle serait morte en 1268.
Le mot Lai signifie chanson et a d’abord désigné une œuvre musicale, exécutée par les musiciens bretons sur un thème des vieilles légendes celtes.
Les Lais de Marie de France (1160-1175) se composent de douze courts récits en octosyllabes à rimes plates, de dimensions variables (118 vers pour le Lai du Chèvrefeuille et 1184 vers pour Eliaduc). Marie dit avoir écrit et « assemblé » ses textes à partir de « lais bretons ». Un seul de ces contes, le Lai de Lanval, est à proprement parler arthurien. Le plus court mais peut-être le plus beau de ces textes, le Lai du chèvrefeuille, se rapporte ainsi à l’histoire de Tristan et Iseut. L’amour, le plus souvent en marge de la société est le sujet principal du recueil. Plusieurs lais font intervenir le merveilleux et renferment des aventures galantes arrivées à de vaillants chevaliers. Ils peuvent être classés en deux catégories : lais féeriques (Lanval, Yonec…) et lais réalistes (Eliduc, Le Laostic…).
Outre les Lais, Marie de France est l’auteur de l’Ysopet première adaptation en français des fables d’Ésope, composé entre 1167 et 1189.
Sa dernière production est le conte du Purgatoire de Saint-Patrice.
Le style de Marie de France se situe dans le sillage de ce que communément nous appelons la Révolution poétique inaugurée par les troubadours au XIIème siècle. Un changement de la littérature se
fait à cette époque et commence à naître un esprit de création et une inspiration autre que les lettres latines, car jusqu’au XIIème siècle, on se contentait de « recopier » les grands
textes de l’Antiquité latine. Le XIIème, voit naître la notion d’adaptation des œuvres. On reprend des grands textes latins que l’on traduit et surtout on les adapte aux valeurs morales
et intellectuelles de l’époque.
Autre fait nouveau, le retour aux sources non latines : on adapte la tradition orale et en particulier la tradition celtique.
Tous comme les bardes de l’antiquité les « poètes » du XII, consciemment ou pas, se resituent dans une tradition : ils plongent dans la mythologie celtique.
Les Lais de Marie de France elle-même sont inspirés de vieux contes celtiques. Contes celtiques qu’elle doit parfaitement connaitre ne serait ce que par son approche de la Bretagne dont elle dit
« Bretaigne est poésie »*
La donnée folklorique celte est adaptée, transposée à l’écrit, et transcrite en langue romane. C’est l’époque où on puise dans les récits celtes des idéaux que l’on réactualise, notamment ce qui
concerne le rôle de la femme, et ses pouvoirs magiques (« alors que les mythologies romaine ou grecque sont trop misogynes »*). On y retrouve aussi le thème de l’Autre Monde, un monde de
fées. Tout comme dans la mythologie celtique la frontière entre l’Autre-Monde et le monde des humains est si ténue que la rencontre entre un mortel et une fée (Dames du Sydh) est très possible,
et fonde la matière narrative de plusieurs des lais de Marie de France. Cette culture sera dite « courtoise ».
Le style d’écriture reflète tout autant que les thèmes l’inspiration celtique du travail de Marie de France, dans le sens d’une concision de la forme qui va s’éloignant de la
lourdeur classique. Le lai exige concision et densité du texte et sont assez courts – (jamais plus de six cents vers*).
Tout comme dans la mythologie celtique, c’est plus un art de la suggestion que de description, voire une « esthétique du silence »*. C’est le non-dit qui prime, et ainsi, on se trouve
face à un texte qui évoque et qui suscite de la part du lecteur un pouvoir d’interprétation. Nous sommes comme chez les anciens Celtes dans le pouvoir de la métaphore, de la périphrase
qu’utilisaient les Druides :
« En effet, en apparence, le lai est assez innocent, il conte des histoires d’amour qui parfois finissent bien, parfois sont tragiques, mais tout est raconté d’une façon assez brève, et
linéaire. Pourtant, c’est tout un art du symbole qui régit les Lais de Marie de France. »*
Le mot est dit, nous sommes en mode symbolique et c’est alors que devient efficient la notion de silence et de sacré qui porte le travail de Marie de France :
« Elle élabore une écriture basée sur les images qui enrichissent la valeur poétique des textes. »*
En ce sens Marie de France, serait la dernière grande Barde de l’antiquité, ou bien la première grande Barde moderne. A moins que nous voyions en elle, le lien entre les deux, le passage de
l’antique au présent et qu’alors son travail continue ce qui dans la Tradition des Celtes permettait la reliance . Par ses mots elle nous relie à la source première de ce qui fut le
monde des Celtes, elle nous nourrit de la Tradition.
Voilà une manière de voir à l’œuvre une tradition vivante, en ce qu’elle glisse à travers l’Histoire par l’esprit des poètes, peut-être une manière de savoir comment être Barde, Poète
aujourd’hui .. dans la Tradition.
*sources :
-http://www.lettres-et-arts.net/
-http://www.shanaweb.net/les-fabulistes/marie-de-france/marie-de-france.html
-Camille le Mercier d’Erm, Les Bardes et Poètes Nationaux de la Bretagne Armoricaine, introduction, IIII, Beltane fac similé de l’impression de 1919