Philosophie,coups de coeurs philosophiques et littéraires,éthique,morale,environnement,culture,réflexions personnelles .
" Imaginons que dans les années 1910-1920 Valéry,
Cocteau, Cendrars, Apollinaire et Larbaud aient été un seul et même homme, caché sous plusieurs « masques » : on aura une idée de l'aventure vécue à la même époque au Portugal par
celui qui a écrit à lui tout seul les œuvres d'au moins cinq « écrivains de génie. »
Bureau de Tabac
Recueil de poésie
Editions Caractères
Langue d'origine : portugais,
Traduit par Armand Guibert 2000,
Première édition : 1955
Extrait
« Je ne suis rien
Jamais je ne serai rien.
Je ne puis vouloir être rien.
Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.
Fenêtres de ma chambre,
de ma chambre dans la fourmilière humaine unité ignorée (et si l'on savait ce qu'elle est, que saurait-on de plus ?),
vous donnez sur le mystère d'une rue au va-et-vient continuel,
sur une rue inaccessible à toutes les pensées,
réelle, impossiblement réelle, précise, inconnaissablement précise,
avec le mystère des choses enfoui sous les pierres et les êtres,
avec la mort qui parsème les murs de moisissure et de cheveux blancs les humains,
avec le destin qui conduit la guimbarde de tout sur la route de rien.
Je suis aujourd'hui vaincu, comme si je connaissais la vérité;
lucide aujourd'hui, comme si j "étais à l'article de la mort,
n'ayant plus d'autre fraternité avec les choses
que celle d'un adieu, cette maison et ce côté de la rue
se muant en une file de wagons, avec un départ au sifflet venu du fond de ma tête,
un ébranlement de mes nerfs et un grincement de mes os qui démarrent.
Je suis aujourd'hui perplexe. comme qui a réfléchi, trouvé, puis oublié.
Je suis aujourd'hui partagé entre la loyauté que je dois
au Bureau de Tabac d'en face, en tant que chose extérieurement réelle
et la sensation que tout est songe, en tant que chose réelle vue du dedans.
J'ai tout raté.
Comme j'étais sans ambition, peut-être ce tout n'était-il rien.
Les bons principes qu'on m'a inculqués,
je les ai fuis par la fenêtre de la cour.
Je m'en fus aux champs avec de grands desseins,
mais là je n'ai trouvé qu'herbes et arbres,
et les gens, s'il y en avait, étaient pareils à tout le monde.
Je quitte la fenêtre, je m'assieds sur une chaise. A quoi penser ? … »
La première traduction française de ce livre, par Armand Guibert, fut publiée par Bruno Durocher en 1955. Le recueil réédité en 2000 reste un ouvrage de référence.
Une édition bilingue de l'ouvrage est parue chez Unes, augmentée d'une préface de Adolfo Casais Monteiro et d'une postface de Pierre Hourcade.
Sites pour découvrir Fernando Pessoa
Publications sur Pessoa et le Portugal
Association Française des Amis de Fernando Pessoa
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lundi 31 décembre 2007 - par Claire Mercier
Naissance Le blog de L'Originel Meilleurs Voeux pour 2008
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