Philosophie,coups de coeurs philosophiques et littéraires,éthique,morale,environnement,culture,réflexions personnelles .
Voici le texte:
Il est des philosophes qui imaginent que nous sommes à chaque instant intimement conscients de ce que nous appelons notre MOI, que nous en sentons lexistence et la continuité dexistence, et que
nous sommes certains, avec une évidence qui dépasse celle dune démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaites. La sensation la plus forte, la passion la plus violente, disent ils,
loin de nous détourner de cette vue, ne le fixent que plus intensément et nous font considérer, par la douleur ou le plaisir qui les accompagne, linfluence quelles exercent sur le moi. Tenter
den trouver une preuve supplémentaire serait en atténuer lévidence puisquon ne peut tirer aucune preuve dun fait dont nous sommes si intimement conscients, et que nous ne pouvons être sûrs de
rien si nous en doutons.
Malheureusement ces affirmations positives sont contraires à cette expérience même que lon invoque en leur faveur et nous navons aucune idée du moi de la manière quon vient dexpliquer. De
quelle impression, en effet, cette idée pourrait-elle provenir ? Il est impossible de répondre à cette question sans une contradiction et une absurdité manifestes et pourtant, cest une question
qui doit trouver une réponse si nous voulons que lidée du moi passe pour claire et intelligible. Toute idée réelle doit provenir dune impression particulière. Mais le moi ou la personne, ce
nest pas une impression particulière, mais ce à quoi nos diverses idées et impression sont censées se rapporter. Si une impression donne naissance à lidée du moi, cette impression doit
nécessairement demeurer la même invariablement pendant toute la durée de notre vie, puisque cest ainsi que le moi est supposé exister. Mais il ny a pas dimpression constante et invariable. La
douleur et le plaisir, le chagrin et la joie, les passions et les sensations se succèdent et nexistent jamais toutes en même temps. Ce ne peut donc pas être dune de ces impressions, ni de toute
autre, que provient lidée du moi et en conséquences, il ny a pas une telle idée.