CLÉMENT ROSSET
LE PRINCIPE DE CRUAUTÉ
"Par «cruauté» du réel, j’entends d’abord, il va sans dire, la nature intrinsèquement douloureuse et tragique de la réalité. (...) qu’il me suffise de rappeler ici le caractère
insignifiant et éphémère de toute chose au monde. Mais j’entends aussi par cruauté du réel le caractère unique, et par conséquent irrémédiable et sans appel, de cette réalité - caractère qui
interdit à la fois de tenir celle-ci à distance et d’en atténuer la rigueur par la prise en considération de quelque instance que ce soit qui serait extérieure à elle.
Cruor, d’où
dérive
crudelis (cruel) ainsi que
crudis (cru, non digéré, indigeste), désigne la chair écorchée et sanglante : soit la chose elle même dénuée de ses atours ou accompagnements
ordinaires, en l'occurrence la peau, et réduite ainsi à son unique réalité, aussi saignante qu’indigeste. Ainsi la réalité est-elle cruelle - et indigeste - dès lors qu’on la dépouille de tout
ce qui n’est pas elle pour ne la considérer qu’en elle-même..."
CRUE
Huile sur toile 180x80cm
2010