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Philosophie,coups de coeurs philosophiques et littéraires,éthique,morale,environnement,culture,réflexions personnelles .

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NOTE TROUVEE SUR "LE PHILOBLOGZOPHE"-PHILOSOPHIE ET POLITIQUE

Bonjour Monsieur Domeracki,

L’invitation que vous me faites dans votre dernier message à “parler philosophie” me convient tout à fait, même si ma façon de lire la philosophie n’est pas celle d’un spécialiste ou d’un professeur de philosophie. En fait, à mes yeux, tout le monde fait de la philosophie en ce sens que tout le monde, à un moment ou à un autre, est contraint à se poser des questions. C’est pour cela, par exemple, que je lis Ludwig (Wittgenstein) avec plaisir, parce qu’il ne propose pas de philosophie, c.à.d. de système, de synthèse, de vision, mais qu’il adopte une méthode de penser analytique et critique. A mes yeux, c’est cela l’attitude philosophique, socratique en somme (pas platonicienne, même si Platon est quand même superbe, non?). D’autre part, j’ai acquis aussi à force de m’intéresser à l’intelligence dite artificielle la conviction que nos perceptions, nos émotions, nos pensées sont des simulations, ce qui rejoint le transcendentalisme de Kant et de Husserl. Notre cerveau est un simulateur et, que ça nous fasse plaisir ou non, toutes nos pensées sont liées à cet organe. D’où mon opposition frontale à toute forme de pensée qui prétendrait que nous avons la capacité de surmonter notre “prison” transcendentale et de parvenir à rejoindre le transcendant. D’où ma réserve à l’égard de la distinction heidegerrienne être/étant. Cette distinction relève pour moi du religieux, dans le sens de C. Rosset (j’ai adoré son livre: “L’anti-nature”), je veux dire d’une tendance humaine à imaginer derrière les phénomènes (”phainomena”!)autre chose de plus fondamental, de moins relatif, de plus certain, de plus crédible etc etc. Pour moi, c’est une forme de pensée magique, enfantine, et cela fait longtemps que j’ai renoncé à me sentir concerné par ce genre de simulation. Or, de l’insistance maniaque de Heide sur ce qu’il appelle “l’oubli de l’être”, je pourrais en somme simplement en sourire, comme me font sourire les êtres humains en quête d’absolu, de Dieu, d’arrières-mondes (comme disait Friedrich), etc etc. Mais voilà, ce genre de simulation ne me fait pas sourire tous les jours, surtout pas en politique. Si Heidegger a pu trouver dans le projet politique des nazis, tel qu’il lui apparaissait, un attrait, c’est que ce projet, comme du reste celui de l’ennemi idéologique des nazis, je veux parler du communisme, avait un caractère absolu, religieux, totalisant. Or, je m’oppose, pour des raisons philsophiques, à toutes les formes de projets politiques à caractère totalisant: la pensée religieuse me fait peur! Et je partage avec M. Faye, même si ce n’est peut-être pas pour les mêmes raisons, son hypothèse de travail (comme nous disons en sciences) à savoir qu’il y a un lien organique entre l’oeuvre de Heide et son engagement politique. Ce dernier n’était pas qu’une Dummheit, à moins qu’il faille appeler Dummheit toutes les formes de pensées religieuses qui sont pour moi, en effet, de malheureuses “nostalgies de l’être” pour parler comme M. Alquié.
Bien cordialement
R. Misslin

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