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L' EUROPE EST DEVENUE CHRETIENNE PAR HASARD -Paul VEYNE

Pour Paul Veyne, il lui aura fallu trois coups de dés au IVe siècle

Étienne Dumont
Publié le 19 mars 2007

En 312, Constantin se convertit à la suite d'un songe. L'étendard du Christ doit apporter une victoire décisive à celui qui ne gouverne que la Gaule, l'Angleterre et l'Espagne. Le 28 octobre, le co-empereur bat à plates coutures en Italie son rival Maxence. Un usurpateur, mais Rome a l'habitude! Maxence est tué au Pont Milvius. Installé le lendemain dans la capitale, Constantin peut faire de sa foi une «religion favorisée».

La messe est-elle dite, au propre comme au figuré? Non. Professeur honoraire au Collège de France, Paul Veyne le démontre brillamment dans son essai, Quand notre monde est devenu chrétien. L'historien n'hésite pas à aller à l'encontre des idées reçues à force d'avoir été imposées. La progression du monothéisme ne possédait alors rien d'inexorable. Constantin n'avait-il pas adopté la religion de 5% à 10% de ses sujets?

363 et 394, les années fatidiques

Paganisme et christianisme coexistent donc en 312. Les anciens clergés n'en subissent pas moins des vexations, ce qui montre aux ambitieux où souffle le vent. Pour réussir, il faudra se convertir. Le passage se fera au mieux par conformisme, au pire par opportunisme. C'est que l'Eglise veut vite le pouvoir. Le paganisme se limitait à des gestes rituels. Le christianisme s'approprie les consciences.

A deux reprises, tout manquera néanmoins de basculer. Veyne donne deux dates clés: 363 et 394. Que se passe-t-il? En 363, Julien meurt prématurément.

Helléniste de pointe, l'empereur avait les moyens d'enrayer la progression du nouveau culte. Tout se jouera dans le choix de son successeur. Le païen Sallustius décline. Ce sera le chrétien Jovien, choisi par défaut.

En 394, la situation est devenue difficile pour les disciples de Minerve ou de Jupiter, dont la capitale est Rome, le «Vatican du paganisme». Le catholique modéré Eugène, qui règne sur l'Occident, va se retrouver poussé à attaquer l'intégriste Théodose, empereur à Byzance. Ce dernier l'emportera le 6 septembre. Dès lors, le paganisme devient sursitaire.

Mais la fin tardera! Les catholiques sont divisés par des querelles internes. Des hérésies. Dans un long chapitre, Veyne montre bien que le pire ennemi n'est pas l'autre, mais l'analogue. Le «mi chair, mi-poisson» fait peur. L'université païenne d'Athènes pourra du coup tenir jusqu'en 529, le temple d'Isis à Philae jusque vers 550. Certaines régions d'Egypte auront donc été chrétiennes trois générations à peine, avant de doucement s'islamiser.

L'Europe a-t-elle du coup vraiment des «racines chrétiennes»? Pas pour «l'incroyant» Paul Veyne. «Notre Europe est démocrate, laïque, partisane (…) des droits de l'homme, des libertés de penser et sexuelles, du féminisme et du socialisme. (…) Toutes choses qui sont étrangères et parfois opposées au catholicisme.»

 

«Quand notre monde est devenu chrétien, 312-394» de Paul Veyne aux éditions Albin Michel, 322 pages.



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