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On a beau savoir que la bêtise de l’Homme atteint souvent des sommets, mais là…
Extrait du dernier courrier international.
Guillaume
TANZANIE • Les albinos en insécurité permanente
Victimes de croyances et de préjugés, les membres de cette “communauté” vivent dans l’angoisse d’être assassinés et transformés en amulettes. Les autorités commencent à peine à s’en
préoccuper.
Al-Shaymaa Kwegyir, une parlementaire tanzanienne, raconte cette terrible histoire
avec tristesse et horreur : la famille d’une femme appelée Salma lui a dit d’habiller son bébé, une petite fille, tout en noir et de le laisser tout seul dans une case. “La maman ne
comprenait pas pourquoi mais elle a obéi aux anciens. Quelques heures plus tard, des inconnus sont arrivés et sont allés droit à la case. Ils ont coupé les jambes de l’enfant à coups de
machette. Puis ils lui ont tranché la gorge, ont versé le sang dans un pot et l’ont bu.” La Tanzanie a connu au moins 29 meurtres d’albinos depuis un an, et Al-Shaymaa Kwegyir, qui
est elle-même albinos, est devenue l’une des personnalités politiques les plus engagées sur la question. Elle a prouvé que les tueurs, qui travaillent pour des sorciers, pratiquent le
cannibalisme et revendent des morceaux de corps pour fabriquer des amulettes.
Les acheteurs, qui viennent parfois de République démocratique du Congo, du Burundi, du Kenya et d’Ouganda, sont convaincus que les jambes, les parties génitales et les cheveux des albinos
leur permettront de devenir riches instantanément. La plus jeune victime à ce jour avait 7 mois. Al-Shaymaa Kwegyir, 48 ans, a rencontré Salma dans son village, dans le district de
Mwanga, près du Kilimandjaro. “C’est le premier cas de cannibalisme recensé mais, pour les autres aspects, c’est un exemple classique. Un membre de la famille étendue qui a des liens avec
un sorcier organise l’enlèvement ou l’assassinat. Ces meurtres sont inspirés par l’ignorance et la cupidité. Une main d’albinos se vend 2 millions de shillings
[1 220 euros]”, explique-t-elle.
“Dans les rues, on entend les gens comploter”
Même si le gouvernement a pris des mesures pour protéger les albinos, ces meurtres, qui ont été signalés pour la première fois il y a un an, se poursuivent. “Deux semaines passent sans
que rien n’arrive. On croit alors que les choses s’améliorent, et il s’en produit un autre”, ajoute Al-Shaymaa Kwegyir, qui a été nommée au Parlement en avril 2008 par le président
Jakaya Kikwete pour combattre les préjugés. Ces meurtres sont la conséquence d’une série de croyances apparemment contradictoires. Selon les sorciers, les albinos sont soit maudits soit dotés
de propriétés surnaturelles. Certains pêcheurs sont persuadés qu’en entremêlant des cheveux d’albinos dans leurs filets, ils attireront le poisson, qui sera séduit par leurs reflets dorés.
Les chercheurs d’or, de rubis et de tanzanite paient de grosses sommes pour des amulettes fabriquées avec des morceaux de corps d’albinos qu’ils portent autour du cou ou attachées au bras.
D’autres enterrent des os d’albinos dans le terrain qu’ils prospectent. Le petit parc situé devant l’Institut du cancer de Dar es-Salaam constitue un havre relativement sûr pour les albinos
de Tanzanie. Dans les allées qui courent entre les bâtiments, des albinos, la tête et les pieds bandés ou le bras en écharpe, attendent leur consultation. Ils ont les cheveux brun-roux et la
peau d’un blanc laiteux mais des traits africains. Nombre d’entre eux sont couverts de zébrures, de croûtes et de brûlures. Le cancer fait des ravages chez eux, et si les albinos peuvent
espérer vivre jusqu’à un âge avancé dans les pays développés, ils dépassent rarement les 40 ans en Afrique.
Naguère, la plus grande peur de Zihada Msembo, c’était le soleil. Aujourd’hui, elle vit dans la crainte où qu’elle aille. “Dans les rues, on entend les gens comploter. Ils
disent : ‘Regarde le zeru (fantôme). On peut se le faire.’ On est terrifié de sortir ou d’aller au lit la nuit”, confie-t-elle. Le corps de garde délabré de
l’hôpital est le siège de la Société des albinos tanzaniens. Ernest Kimaya, son président, déclare que l’organisation fonctionne grâce à une allocation annuelle accordée par le gouvernement,
qui équivaut au “budget hebdomadaire de la présidence pour acheter son thé”. Les albinos ont besoin de crème pour la peau, de lunettes et de livres en gros caractères mais ne
reçoivent aucun financement pour cela. Ernest Kimaya porte des lunettes mais, quand il travaille sur son ordinateur, il a le nez à moins de dix centimètres de l’écran. Les albinos tanzaniens
ont toujours fait l’objet de discriminations à l’école ou au travail. “Les gens croient qu’une femme qui a un enfant albinos a été maudite et que la malchance va frapper toute la famille.
Dans l’ancien temps, les sages-femmes tuaient les bébés à la naissance, mais maintenant qu’il y a des centres de santé, les bébés albinos survivent.”
Un homme aurait tenté de vendre sa femme albinos
Il y a deux semaines, un quotidien local a rapporté l’arrestation d’un pêcheur du lac Tanganyika. L’homme, âgé de 35 ans, était accusé d’avoir tenté de vendre sa femme albinos, âgée de 24
ans, à deux hommes d’affaires de République populaire du Congo pour 3,6 millions de shillings.
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Un autre article évoque le cas d’un homme arrêté à la frontière avec un sac contenant une tête de bébé. Il a déclaré à la police qu’un sorcier tanzanien lui avait proposé de le payer
au poids. Plus de 170 personnes, essentiellement des sorciers, ont été arrêtées en Tanzanie cette année. Cinquante-trois sont en détention, mais Ernest Kimaya souhaite des mesures
plus fermes et plus rapides. “Nous avons besoin d’argent pour payer un avocat. Le gouvernement a ordonné à la police de procéder à un recensement des albinos pour savoir combien
nous sommes, explique-t-il. La police a également reçu l’ordre de collaborer avec les gens des villages et d’escorter les enfants albinos à l’école. C’est un grand pas en
avant, mais il faut que ces affaires soient portées devant les tribunaux pour que les Tanzaniens entendent parler de cette injustice.” Ernest Kimaya a sept frères et sœurs, dont
deux sont albinos comme lui. Il a épousé une femme noire, et leurs quatre enfants sont noirs. |
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Alex Duval Smith |
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