Paris, hôpital de la Salpêtrière, année 1880 : une pauvre vagabonde commence une longue vie de folle dans le service de Pierre Janet, qui la soignera pour délire mystique, vingt-deux ans
durant. On l'appelle Madeleine. Calcutta, temple de la déesse Kâli : au même moment, un pauvre brahmane visionnaire devient un grand saint sous le nom de Ramakrishna. Son mysticisme est
éclatant. Malgré la distance, malgré de profondes différences entre le Bengale et la France, on les dirait jumeaux. Mais l'un est déclaré saint, et l'autre folle. Madeleine et Ramakrishna
s'inscrivent dans deux traditions culturelles opposées : le positivisme médical du XIXème siècle français et le mysticisme extatique de l'Inde. Catherine Clément et Sudhir Kakar, en un brillant
chassé-croisé, nous entraînent à la rencontre de la "Folle" et du "Saint". Catherine Clément ouvre le dossier de Madeleine Le Bouc, patiente de l'illustre psychiatre français qui passe au
crible stigmates, discours aux animaux, contractures, suspension de la respiration, jeûnes, visions. Sudhir Kakar interroge la chronique de la vie du mystique bengali Ramakrishna, et, pour la
première fois, entreprend l'analyse des capacités thérapeutiques des gourous de l'Inde. Du délire mystique au mysticisme religieux, la frontière est poreuse, et ces enseignements aujourd'hui
impressionnants. Rien d'académique dans cette étude : le ton en est alerte, curieux, descriptif, impertinent.