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J'avais dit que je ferais une semaine française. Et comme je ne peux pas me
contenter de dézinguer tout le monde voici assez curieusement le Je, François Villon de Jean Teulé. Ceux qui se souviennent de Jean Teulé sur le plateau de l'Assiette Anglaise, l'émission de
Bernard Rapp, ont peut-être une image de ses interventions. Jean Teulé a pas mal écrit depuis et, comme on dit, trace un sillon singulier dans les lettres françaises autour de personnages
romantiques (Rimbaud, Verlaine, maintenant Villon), et d'un style assez proche finalement de ce qu'essaie de faire avec un grand succès Peter Ackroyd, dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises.
Ce Je, François Villon raconte de manière romancée et dans un style post-médiéval reconstruit, enrichi de fragments poétiques, la vie de cet homme, sorte de brigand vaguement sadien qui se pique de temps en temps de poésie (à moins qu'il ne soit un écrivain véritable dissimulé sous un masque de boucher). L'intrigue située entre 1431 et 1460 (en très gros) raconte la vie de François, ses ruffianeries et ses aventures avec notamment la bande des Ecorchés. Il finira en taule où il sera, en raison d'une constitution solide, l'un des seuls à ressortir en une seul morceau. Si l'on peut déplorer l'insistance de Teulé à faire de Villon, une sorte d'ancêtre de Sid Vicious (le 1er punk serait Villon ?), le bouquin fonctionne parfaitement et on se croirait à fond dans la France d'il y a cinq siècles. Teulé est tout sauf un réaliste mais ses romans parlent tout de même par allégorie du temps d'aujourd'hui et c'est ce qui le rend supérieur aux stylistes purs, aux Rey & co, dont on a parlé ces derniers jours.
Evidemment, Villon parle un peu comme ça et il faut s'y habituer :
Qu'en réalgar et en arsenic de roche, en orpiment, en salpêtre et chaux vive, qu'en plomb bouillant pour mieux les réduire en morceaux, qu'en suie et poix délayées dans l'eau d'une lessive
faite de merde et de pisse de Juive, qu'en lavures de jambes de lépreux, qu'en raclures de pieds et vieilles bottes, qu'en sang d'aspic et drogues venimeuses, qu'en fiel de loups, de renards,
de blaireaux, soient frites ces langues ennuyeuses.