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Ecosia : Le Moteur De Recherch

17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 10:10

John Cowper Powys

Écrivain anglais, romancier, essayiste et conférencier dont l'ensemble de l'oeuvre tend à réhabiliter les sens comme moyens d'accéder à la vérité, qui est vie, et à la vie qui est vérité.

Biographie

Cet écrivain anglais, romancier, essayiste, conférencier mérite aussi le titre de philosophe, si l'on veut bien admettre dans cette confrérie un auteur qui atteint le coeur des choses soit avec les mots de tous les jours, soit avec des mots qui semblent tirés d'une imagination délirante, comme moi ichthyosaure. Ce mot est peut-être celui qui évoque le mieux l'intuition première de Powys.Le moi ichthyosaure est celui qui a des racines profondes à la fois dans le sub-humain, jusqu'aux poissons primitifs et dans le sur-humain, ce dont témoignent ces extases éphémères, mais nécessaires, qui rappellent le bond des poissons hors de l'eau.

 

Personne ne me reprochera de présenter un tel auteur sur le mode subjectif. La raison pour laquelle je l'ai cherché, découvert et aimé, montre bien son originalité. De longs travaux en anthropologie médicale m'avait amené à poser la question suivante: quelle est cette faculté en nous qui nous permet de distinguer spontanément ce qui nous fait du bien? Cette question m'avait été inspiré par ce mot de Nietzsche sur la maladie: «L'homme dégénéré est celui qui ne sait pas distinguer ce qui lui fait du mal.» Il me semblait évident que c'était la question la plus importante à poser à propos de la santé humaine. Le XXe siècle a produit en surabondance des ouvrages théoriques sur la vie saine, les gouvernements publient des chartes de la nourriture. Il n'empêche que dans le pays phare de notre époque, les États-Unis, le taux d'obésité atteint des proportions alarmantes. Ce mal semble gagner les autres pays riches du monde. Cela signifie qu'en dépit de toute la science mise à notre disposition, nous ne savons plus distinguer ce qui nous fait du bien.

 

Je n'ai pas trouvé de réponse à ma question dans les nombreux ouvrages de médecine et d'anthropologie médicale que j'ai consultés et aucun des savants à qui j'ai posé ma question n'a pu m'élairer davantage. J'en ai été réduit à formuler l'hypothèse vague qu'un imaginaire riche favorisait le développement de l'aptitude à distinguer ce qui nous fait du bien. Mais qu'est-ce qu'un imaginaire riche, et comment l'enrichir lorsqu'il est pauvre? Je tenais pour acquis que le rapport au monde par les sens était la réponse à cette question. D'où mon vif intérêt pour un livre intitulé L'apologie des sens aperçu dans une vitrine de librairie. Voici le premier commentaire que ce livre m'a inspiré:

 

«Dans sa réflexion sur les causes de la perte d'authenticité, et du malheur qui en résulte, John Cowper Powys dénonce le moi grégaire, le moi sensible aux opinions et aux images de la multitude. Il le tient responsable de la rupture de nos liens avec les éléments sub-humains comme avec les éléments super-humains de notre être. Au moi grégaire, il oppose «le moi-ichtyosaure afin de mettre en lumière le lointain arrière-plan, végétal-reptile-saurien, de l'âme humaine.»

 

"Si nous semblons de nos jours lamentablement malheureux, tous tant que nous sommes, c'est que les éléments humains grégaires de notre "Je suis moi"ont chassé de celui-ci les éléments sub-humains comme les éléments super-humains. Ce livre se propose donc de battre en brèche certains éléments grégaires de la vie dans le monde contemporain, ainsi que certaines traditions grégaires de l'humanité qui ont force de loi parmi nous, et qui me paraissent en passe d'exterminer à petit feu toute forme de bonheur calme et extatique, le seul qui soit réellement digne d'organismes comme les nôtres, avec derrière eux cette longue histoire et devant eux ces amples espérances."(1)

 

La faculté par laquelle, nous distinguons ce qui fait notre bonheur, Powys l'appelle raison imaginative: "une sorte de vision complexe et sublimée de la totalité de la nature individuelle de chacun, y compris ses cinq sens, ses facultés d'intuition et de connaissance, ses réactions imaginatives et émotionnelles, en même temps que ce que les dieux, dans leur bonté, lui ont donné en sus de raison et de logique."(2)

 

N'accusons pas trop vite Powys d'en être resté à la pensée naïve. Il avait prévu les objections à sa raison imaginative.

 

«It is often very late in a person's life when he makes the exciting and illuminating discovery that we all have a right to sink down into the depths of our individual being and judge everything from that standpoint. This extreme point of private judgement, this philosophical "solipsism," has been ably and acutely refuted again and again.There can be no doubt that an immense number of cogent trains of logical thinking are capable of exposing this attitude and reduce it to nothing. But all the same I think it is the right attitude. One comes by degrees, as one gets older, to regard learning and logic and all those lower forms of of the mind's activity - such as the older German philosophers used to name the understanding - with more and more suspicion. If you give me a mathematical proof that an objectiv philosophy is superior to a subjectiv one,, your reasoning does not influence me, no not one jot or tittle.

What I use when I think, or when I come to a tentative and suspended conclusion is what Cardinal Newman (who Carlyle said had no more brain than a rabbit) was accustomed to call the illative sense. By this I fancy Newman meant very much what Mattehew Arnold indicated when he used the expression imaginative reason. (3)

 

Bien que je ne connaisse encore qu'une infime partie de l'oeuvre de Powys, j'ai le sentiment d'avoir trouvé chez lui la seule réponse possible à ma question et j'ai acquis la conviction que s'il existe une façon de rétablir ou d'enrichir la faculté de distinguer ce qui nous fait du bien, ce ne peut être qu'en suivant les conseils de Powys sur l'art de vivre et le bonheur.

 

«Que pourriez-vous faire de mieux, jeune homme, jeune fille, pour la race humaine aujourd'hui? Simplifier votre vie individuelle, jusqu'à ce qu'elle devienne un épitome microcosmique de ce lointain Age d'Or! Simplifier vos désirs, jusqu'à savourer chaque sensation physique avec une extase sacramentale. Simplifier pour votre bonheur vos exigences auprès de ceux que vous aimez sans exprimer revendications pleurnichardes, attendrissements sur soi, reproches exaspérants envers eux. Ce n'est pas seulement votre propre bonheur qui viendra alors à vous à travers cette attitude solitaire, stoïque, détachée envers l'altérité de ces vies si intimement reliées à la vôtre.

Tout ce mouvement secret en faveur d'un anarchisme contemplatif, spirituel, n'est pas simple retour à une vie de sensation, opposée à une vie d'action. C'est s'abandonner à la seule chose, en ce bref moment d'Etre entre deux Silences impénétrables, qui possède une grandeur authentique et majestueuse digne des traditions les plus nobles de notre race.

Se battre pour le pouvoir sur les masses n'est pas une chose noble ou digne, ni une chose digne de réelle noblesse. Il faut faire trop de sacrifices. Personne ne peut conserver son respect de soi et manier les foules. Tous ceux qui gouvernent vraiment—sauf ceux qui ont la chance de pouvoir se cacher—deviennent les esclaves de leurs propres ruses et les victimes de leur propre despotisme.

 

(1)John Cowper Powys, Apologie des sens, Jean-Jacques Pauvert, Paris 1975, p.27.

(2) Ibidem, p.29.

(3) John Cowper Powys, In defense of Sensuality, The Camelot Press, London, 1930, p.12

(4)John Cowper Powys, A Philosophy of Solitude (pp.190-1 traduit par Jacqueline Peltier

Commentaire sur l'autobiographie de John Cowper Powys.

 

«Les relations de JCP avec les autres sont marquées par un sentiment, une sensibilité humaine particuliers. Leur présence est au plus haut point réelle et physique, quelque important que soit le nombre d’acteurs présents sur la scène.

Et ils partagent les souffrances de la vie, étant sur le plan existentiel aussi vulnérables que lui. Tous les êtres sont ainsi perçus comme des organismes vivants, avec des capacités différentes pour exercer une activité mentale et rayonner " apportant en quelque sorte une preuve d’existence au milieu de son scepticisme. Cette preuve émerge dans son commentaire sur les mots de Jésus:"Je suis la Vérité":

Quelles qu’aient pu être Ses erreurs au sujet de Dieu, du Péché et du Jugement, sur ce point essentiel le Christ avait sûrement raison: en ce monde composé de bulles mentales, l’ultime "vérité" réside en un organisme vivant.

Son incessante défense du droit de jouir et de profiter des perceptions sensorielles dérive de ce principe " sans doute sujet à controverse théologique " que la vérité, au"delà de toutes "les bulles mentales", de toutes les vérités", c’est l’organisme vivant. Mais la dimension religieuse est aussi manifeste, comme lorsque dans un certain contexte, il souhaite changer le fameux aphorisme cher à Carlyle: "travailler c’est prier" en une devise à lui: "endurer, c’est prier" qui à son tour s’élargit en "endurer avec allégresse, c’est voir la face de Dieu."

Cette preuve fondamentale de l’existence est aussi à la racine de sa conviction égalitaire très marquée qu’il trouve réalisée à une plus vaste échelle dans l’Amérique démocratique que dans son propre pays avec son système de classes; et profondément ancré en lui, du sens d’identité avec toutes les choses vivantes, ce qui le conduit à son empathie avec elles, et à ses tirades contre l’oppression sociale, l’enfance maltraitée et la vivisection " contre toute cette souffrance qui menace les organismes vivants, surtout ceux qui sont les plus opprimés, mis à l’écart, vulnérables. Il prend le parti des gens privés de droits sociaux, défend la cause des animaux. Il est ainsi indéniable qu’une dimension sociale se développe autour de ses cellules nerveuses d’idéaliste, créant l’espace

d’une dialectique qui va au delà de la tour d’ivoire de "la conscience sensorielle purifiée."

Le droit sacré d’un organisme vivant d’aller où il veut, de poursuivre son développement intérieur jusqu’aux ultimes limites de ses possibilités sensorielles et mentales semble être la toile de fond et mettre l’accent sur la virtuosité linguistique qui éclate dans Autobiographie. Car cette autobiographie, dans sa langue, représente un exploit incomparable, marqué par son dynamisme, ses paradoxes réitérés, ses conjurations chaotiques. Ceka nous rappelle que Rabelais fut l’un des modèles de JCP comme écrivain. Pour tous deux le vocabulaire doit être extrêmement étendu. Aucune inhibition ne doit limiter cet acte de jonglerie verbale. Des digressions, des répétitions incessantes et voluptueuses de "péchés, vices, faiblesses, manies", des commentaires inépuisables sur le monde et la vie, et contredisant souvent mais qui forment à la fin une large encyclopédie d’idées et de spéculations autres " toutes attrayantes et susceptibles d’une réalisation collective " ou d’une brusque réfutation..

 

Ingemar Algulin

La lettre powysienne, No 5, Printemps 2003

 

 

 

Powys et Goethe

«Tandis que pour des causes diverses " parmi elles on pourrait citer l’influence mondiale de la culture américaine, les deux guerres " les Anglais perdaient au XXème siècle tout intérêt pour la culture allemande, il resta au moins un auteur qui en dépit des modes garda toute sa vie une admiration profonde pour Goethe. John Cowper Powys (1872"1963) se sentait parfois être une réincarnation du poète"philosophe allemand. Dans son Autobiographie, chef d’oeuvre bizarre et magnifique, il se définit comme "un Goethe né dans le

Derbyshire." Jeune homme, Le voyage en Italie de Goethe l’accompagnait, et il se jouait le rôle de "John Powys visitant les Fontaines de Rome." Bien qu’il aimât Goethe et la culture allemande classique, il haïssait la politique allemande. Pendant les deux guerres mondiales, il composa des livres contre l’idéologie impériale et nationale de l’Allemagne. Dans The War and Culture (1914), où il encourage un engagement américain, il oppose la culture allemande, symbolisée par Weimar et Goethe, à l’Allemagne prussienne»

 

Elmar Schenkel,

La Lettre Powysienne No. 3 printemps 2002

 

Jugements de Henry Miller et George Steiner

 

 

"S'il me fallait définir en peu de mots la magie de cet auteur, je dirais qu'il est “possédé par le souffle des dieux", formule qui ne rend qu'imparfaitement le double aspect ténébreux et lumineux de son œuvre.

[...] A quoi bon la fraternité des hommes, semble-t-il dire, si elle n'inclut pas tout ce qui vit et respire ?

[...] Oui, un type tout à fait remarquable. De ce monde-ci et du suivant. Et des mondes à naître. Frère John est son surnom.

[...] Lui seul était capable de faire décrire un tour complet à sa tête. Lui seul entre tous possédait le langage universel."

Henry Miller, traduction de Roger Giroux dans John Cowper Powys, Granit, 1973.

 

John Cowper Powys était un maître de la langue anglaise, peut-être le plus grand de notre temps.

George Steiner (op. cité)

 

 

Oeuvres

En français, chez José Corti:

 

 

 

L’art d’oublier le déplaisir, 1997.

Petrouchka et la danseuse, 1998.

L’art de vieillir, 1999.

Esprits-frères, 2001.

La Religion d'un sceptique, 2004

 

Chez d'autres éditeurs:

 

Autobiographie, Gallimard, 1965.

Toits pointus, Mercure de France, 1965.

Wolf Solent, Gallimard, 1967.

Les Enchantements de Glastonbury, 4 vol., Gallimard, 1976.

La Fosse aux Chiens, Le Seuil, 1976.

Morwyn, Veyrier, 1978.

Le Sens de la culture, L’Âge d’Homme, 1982.

Givre et sang, Le Seuil, 1982.

Les Sables de la mer, Bourgois, 1983.

Une Philosophie de la Solitude, La Différence, 1984.

L’Art du Bonheur, L’Âge d’Homme, 1984.

Tout ou rien, Minerve, 1988.

Camp retranché, Grasset, 1988.

Cahier J.-C. Powys, Granit, 1989.

Comme je l’entends, Le Seuil, 1989.

Romer Mowl, P. Desmoulains, 1989.

Les Montagnes de la Lune, Minerve, 1991.

Les Plaisirs de la Littérature, L’Âge d’Homme, 1995.

Documentation

 

 

Abonnement:

Jacqueline Peltier

Penn Maen

14 rue Pasteur

22300 LANNION

France

J.Peltier@laposte.net

 

La lettre powysienne dans un premier temps s'est concentrée sur John Cowper, sans doute le plus connu en France des trois frères écrivains. J'aimerais à l'avenir faire connaître les autres membres importants de la fratrie Powys, dont Theodore et Llewelyn, moins bien connus. La lettre powysienne est à parts presque égales bilingue, français/anglais, car elle nourrit l'ambition d'être européenne; je me propose aussi de publier, si l'occasion se présente, des textes autres que français ou anglais, avec la traduction en regard bien sûr, chaque fois que ce sera possible. La lettre powysienne ne se veut pas académique, savante, mais un lieu de rencontre ouvert à tous, qui rendra compte autant que possible des événements importants, des nouvelles parutions, des conférences autour de Powys, mais permettra aussi l'échange, à travers des articles, la discussion, les découvertes...

Date de création:2005-10-30 | Date de modification:2007-07-01

 

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 10:08

                                                                            LA MORT DU LOUP

 

                                                         I

 

 

 

                  ... Le Loup vient et s ' assied,  les deux jambes dressées

                  Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.

                  Il s' est jugé perdu, puisqu ' il était surpris,

                  Sa retraite coupée et tous ses chemins pris;

                  Alors, il a saisi, dans sa gueule brulante,

                  Du chien le plus hardi la gorge pantelante

                  Et  n 'a  pas desserré ses machoires de fer,

                  Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair

                  Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,

                  Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,

                  Jusqu ' au dernier moment ou le chien étranglé,

                  Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.

                  Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.

                  Les couteaux lui restaient au flanc jusqu' à la garde,

                  Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;

                  Nos fusils l ' entouraient en sinistre croissant.

                  - Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,

                  Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,

                  Et , sans daigner savoir comment il a péri,

                  Refermant ses grands yeux , meurt sans jeter un cri.

 

 

 

                                                          II

 

 

 

                   J ' ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,

                    Me prenant à penser , et n' ai pu me résoudre

                   A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,

                   Avaient voulu l ' attendre , et, comme je le crois,

                   Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve

                   Ne l' eut pas laissé seul subir la grande épreuve;

                   Mais son devoir était de les sauver, afin

                   De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,

                   A ne jamais entrer dans le pacte des villes

                   Que l' homme a fait avec les animaux serviles

                   Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,

                   Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

 

 

                                                     

                                                      III

 

 

 

                     Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,

                    Que j' ai honte de nous, débiles que nous sommes ! 

                    Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,

                    C ' est vous qui le savez ,   sublimes animaux !

                    A voir ce que l ' on fut sur terre et ce qu' on laisse,

                    Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.

                    - Ah ! je t ' ai bien compris, sauvage voyageur,

                    Et ton dernier regard m' est allé jusqu' au coeur !

                    Il disait : << Si tu peux ,  fais que ton ame arrive,

                   A force de rester studieuse et pensive,

                  Jusqu ' à ce haut degrés de stoique  fierté 

                  Ou ,  naissant dans les bois , j' ai tout d' abord monté.

                  Gémir, pleurer, prier est également lache. 

                   Fais énergiquement ta longue et lourde tache 

                   Dans la voie ou le Sort a voulu t ' appeler,

                   Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler . >>  

 

 

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PS: Il y a quelques fautes d'accent, car je ne suis pas très doué au clavier..Désolé.             

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DominiqueGiraudet - dans penser
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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 23:45


          



     La vie personnelle poussée à son plus haut degré d'intensité et de subtilité est, pour moi, le seul but intelligible du Cosmos.
     
Autobiographie.

     Je suppose que pour moi l'existence idéale, en dehors des limites humaines, serait celle d'une méduse heureuse, irisée, épanouissant son corps ensoleillé par une tiédeur placide au fond d'un bassin de pierre, ne blessant personne et n'étant blessée par rien — et vivant entièrement pour la sensation. À part l'existence de la méduse, j'envie celle du Bison des Prairies. Les lézards du désert me paraissent aussi enviables; et il y a beaucoup à dire, à mon sens, du rôle innocent joué dans la confusion de la vie par le lichen sur un pommier, ou par la mousse sur les racines d'un orme.
     
Confessions de deux frères, Granit.

    
 Parvenir au secret de l'art de vivre revient à parvenir au secret de l'art d'oublier.
     L'art de d'oublier le déplaisir.

 

LIEN : link      

 

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 12:41

Soyez vigilants, ô jeunes païens! Que les libres agissements de votre esprit, de votre corps ne soient ni entravés ni réprimés par les psalmodies sonores de prêtres vêtus de dentelles déambulant en procession. Il est des ravissements autrement plus réels que ces béatitudes rentrées. Le vin de la vie est bon, il vient du fruit de la terre qui donne la vigne. Le pain de la vie est bon, il vient du fruit de la terre qui donne le blé. Qu'importe la décomposition inhérente à toutes choses existantes? Notre heure nous appartient. Tout passe. Toute chose va à sa fin. Soyez généreux, libres, passionnés, soyez compréhensifs, enfants des "herbes, des fruits et des abstinences."(1) Ne donnez pas créance à ces faux maîtres, mais d'un cœur libéré assurez votre fuite. Vos loyautés païennes seront plus profondes, plus vraies que leurs loyautés. Abandonnez aux infirmes et aux vieillards ces temples obscurs aux bougies mal mouchées. A cet instant même votre heure s'écoule. Avec une inéluctable jubilation, plongez profond vos mains dans la fraîche mer salée de la vie. Levez les yeux, voyez le soleil.

 

Llewelyn Powys, The Cradle of God, Jonathan Cape, 1929, p.306

 

(1) St. Jérôme, dans un moment de générosité inhabituelle, se réfère à Epicure comme à "un enfant d'herbes et de fruits et d'abstinences."

 

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 20:41

LA GENTILLESSE

Journée de la gentillesse ...ce 13 Novembre
...comme il y a la journée des Femmes ,la journée de la Misère(?) etc etc..ou bien,pourquoi pas ,celle des imbéciles...(nous le sommes tous un peu).Mais revenons à ce qui nous préoccupe ...Pourquoi avoir instauré cette journée de la gentillesse?Je ne connais pas la source de cet évènement ,il serait intéressant de la connaître ,je vais tâcher d'en savoir davantage
.
Car enfin,s'agit-il de réparer toutes le vilénies des autres jours?S'agit-il de prôner la gentillesse comme ce modèle de comportement qu'il faudrait mettre en oeuvre dans la logique de la rentabilité?Alors que la gentillesse passe habituellement pour l'attitude de l'idiot du village
il faudrait peut-être se demander aujourd'hui de quoi la gentillesse est le nom...

Pour ma part elle est une posture philosophique et suppose un apprentissage de tous les instants.
Je prône en effet un art de la gentillesse et n'est pas gentil qui ne met pas sa volonté au service de cet art de vivre.
Dans ce monde où l'on a érigé comme modèle dominant la figure de l'homme "calculateur cynique et inculte" je me réjouis de fêter le plus possible ,chaque jour,la gentillesse bien comprise celle qui n'est pas née de la dernière pluie...(voir la météo!!)
La gentillesse digne de ce nom n'est probablement pas spontanée ,elle implique une dialectique intérieure assise sur la mesure que l'on prend de notre mortalité...Être gentil est selon moi avoir conscience permanente de la mort(sans morbidité aucune) et tenter de ne pas être mortifère à l'endroit d'autrui.Quitte à répondre aux attaques éventuelles mais par l'ironie douce...
Socrate en son temps défendait l'idée que "Nul n'est méchant volontairement" et dans sa bienveillance il accordait cette part d'inconscience à notre tropisme commun:celui de pouvoir faire mal ...je propose de défendre la thèse que nul n'est gentil involontairement parce que la gentillesse mobilise nécessairemnet nos forces puisqu'elle est la manifestation d'une lutte contre l'adversité...
Il suffit de vérifier ,par delà le Bien et le Mal,ce qui est bon pour soi lorsque la VIE de l'autre est respectée...sauf à choisir par délectation de faire le contraire...Voilà où va se loger la gentillese bien comprise...

PS:Pour l'origine ..je crois savoir que c'est au Japon qu'est née l'idée dans les années 60...

 

LIEN VERS LE BLOG DE PAULE ORSONI : link

 

 

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 18:59

 

 

Espagne : Le lynx ibérique rencontre de nouvelles difficultés

 

Véritable icône médiatique, le félin le plus menacé de la planète fait l’objet d’un programme de reproduction en captivité qui souffre de l’opportunisme politique et de la sur-médiatisation.Une annonce récente indique que la moitié des 70 lynx vivant en captivité souffrent d’insuffisance rénale chronique (IRC), une maladie non transmissible, développée généralement en fin de vie par les félins. Elle a déjà tué quatre individus, et dix autres devraient en être victime au cours de l’année à venir.

 

Ce sont les animaux des centres de reproduction d’El Acebuche (Doñana), de La Olivilla (Sierra Morena) et de Silves (Portugal) qui sont touchés. Les deux cents individus vivant en liberté semblent épargnés.

 

Parmi les causes possibles, la vingtaine de scientifiques qui s’intéressent à cette maladie évoquent l’alimentation ou les vaccins défectueux.

 

Pour Astrid Vargas, directrice du programme à qui l’on doit la première reproduction de lynx en captivité en 2005, l’IRC restera circonscrite à l’année 2009 et ne remet pas en cause la stratégie employée.

 

Pourtant, celle-ci prévoyait que les lynx commencent à être relâchés cette année, et les experts avaient estimé qu’au moins 56 individus devaient être libérés afin d’assurer la réussite du projet. Or seuls 46 des 70 lynx élevés en captivité ne souffrent pas d’IRC. Le nombre de naissances annuelles a également été affecté par la maladie.

 

L’envoi de lynx vers d’autres centres est donc compromis, d’autant plus que la capture d’individus sauvages est dorénavant écartée. En effet, l’Andalousie, où vivent l’essentiel des lynx sauvages, préfère maintenant les réintroduire directement dans la zone de Córdoba.

 

Symboles de la préservation environnementale, ces programmes se heurtent à de nombreux obstacles : leur coût colossal (30 millions d’euros pour le projet LIFE d’Andalousie) les rend impopulaires auprès d’une partie de la population, et les enjeux politiques qu’ils génèrent créent une pression médiatique excessive, qui nuit parfois aux animaux. Un grand nombre de journalistes et de politiciens assistent à chaque lâcher, malgré l’opposition catégorique des experts. Des affrontements entre politiciens, voire même entre chercheurs, ont eu lieu pour se disputer la primeur de chaque succès obtenu, ou pour se rejeter la faute des revers essuyés.

 

Cette pression a également entrainé un manque de transparence flagrant, par exemple lorsque dix des plus beaux mâles ont été emportés en 2007 par la leucémie féline, ou comme c’est le cas aujourd’hui avec l’IRC, qui a été annoncée lors d’une conférence de presse précipitée après des mois de silence.

 

L’IRC est un coup dur pour la réintroduction du lynx. Pourtant, elle permettra peut-être de remettre en question la pression politique et médiatique à laquelle sont confrontés ceux qui depuis près de cinquante ans s’efforcent de sauver l’espèce la plus emblématique de la péninsule ibérique.

 

Source : www.elmundo.es

Tags :

animaux en voie d'extinction - biodeversité - biodiversité

 

 

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 17:33

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Les propos sensibles et intelligents d'un écrivain de notre temps .

 

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 16:34
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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 22:17

Henri Laborit

 

 

Henri Laborit, né à Hanoï alors en Indochine le 21 novembre 1914 et décédé le 18 mai 1995, est un biologiste, un philosophe du comportement animal et surtout du comportement humain.

Henri Laborit a dirigé la Revue d'agressologie de 1958 à 1983.

Il se montra toute sa vie esprit curieux et par ailleurs anticonformiste (défense inattendue de la revue Planète contre les attaques de l'Union rationaliste dans les années 1960, rappel discret des massacres de Vendée dans « Mon oncle d'Amérique » en 1980, participation au comité de direction de l'Institut de Sémantique générale de Lakeville). On ne le vit pas néanmoins se laisser étiqueter sous quelque mouvement que ce soit.

En 1969, les étudiants en urbanisme de l'Université de Vincennes, qui est en train de se créer, l'invitent à animer une unité de valeur biologie et urbanisme (jusqu'en 1974)

C'est avec son livre La Nouvelle grille (1974) qu'il fit connaître ses idées sur la biologie comportementale au grand public dans le contexte favorable post-68.

Ses travaux sur le conditionnement sont à la base du film Mon oncle d'Amérique d'Alain Resnais en 1980. Il fait montre de l'expérience scientifique sur des rats qui l'a amené à développer le concept d'Inhibition de l'action (titre de l'un de ses livres voir plus bas) et qui explique dans quelles conditions de stress des rats isolés somatisent (ulcères).

On doit à Laborit l'introduction (1952) de la chlorpromazine (le premier neuroleptique, dont le nom commercial est Largactil) dans le traitement de la schizophrénie. Avant, il avait introduit l'hibernation artificielle (1951).

Il a donné sa vraie importance à la névroglie ou ensemble de cellules gliales, et aux radicaux libres, bien avant leur irruption dans la presse-radio-TV et même dans la presse scientifique. Il a également été le premier à synthétiser le GHB au début des années 1960.

Récompensé par le Prix Albert Lasker pour la recherche médicale en 1957, médaillé de l'O.M.S en 1972, il reçut le prix Anokhin (URSS) en 1981. Il n'a pas eu le prix Nobel (il était nominé) (D'après Pierre HUGUENARD, Professeur émérite à la Faculté de Médecine de l'Université de Paris XII (Sic)" à cause de l'hostilité du microcosme médical civil Français,et plus précisément parisien " ) parce qu'il ne faisait pas partie de l'élite scientifique : il n'était pas membre d'un grand Institut ni d'un grand Centre de recherche.[réf. nécessaire]

Un hôpital de Poitiers porte son nom. Il est le grand-père de l'actrice Emmanuelle Laborit.

 

 

 

citation

 

Confronté à une épreuve, l'homme ne dispose que de trois choix : 1) combattre ; 2) ne rien faire ; 3) fuir.

 

«Le bonheur ou le malheur, à partir du moment où l’on possède de quoi se nourrir, se couvrir, se loger, on les porte en soi.»

[ Henri Laborit ] - Copernic n’y a pas changé grand-chose

 

Il est bon de noter combien la charge affective des mots : bien-être, joie, plaisir est différente. Le bien-être est acceptable, la joie est noble, le plaisir est suspect.

 

 

Dire que Dieu n'existe pas, c'est déjà de la prétention, c'est prétendre connaître son absence.

 

Le tragique de la destinée humaine ne vient-il pas de ce que l'homme comprend qu'il en connaît assez pour savoir qu'il ne connaît rien de sa destinée, et qu'il n'en connaîtra jamais suffisamment pour savoir s'il y aura autre chose à connaître.

 

Pendant que l'on cherche à comprendre, le temps passe et la vie avec lui.

 

 

On parle du droit à la vie, mais jamais du droit à la non-existence. Est-ce que vous avez décidé de naître ? Non, sans doute, mais ensuite, débrouillez-vous, même si vous naissez au Sahel en période de famine.

Beaucoup d'entre nous mourront ainsi sans jamais être nés à leur humanité, ayant confiné leurs systèmes associatifs à l'innovation marchande, en couvrant de mots la nudité simpliste de leur inconscient dominateur.

[ ]

Henri Laborit

 

Ce n'est pas l'Utopie qui est dangereuse, car elle est indispensable à l'évolution. C'est le dogmatisme, que certains utilisent pour maintenir leur pouvoir, leurs prérogatives et leur dominance.

[ Eloge de la fuite ]

Henri Laborit

 

On ne peut être heureux si l'on ne désire rien

 

En ce qui concerne la douleur, je ne puis me convaincre qu'elle élève, et les hommes que j'ai vus souffrir m'ont toujours paru enfermés dans leur douleur et non point ouverts sur des vues cosmiques. Si la douleur élève, je voudrais savoir vers quoi.

[ Eloge de la fuite ]

Henri Laborit

 

 

Il est plus facile de professer en paroles un humanisme de bon aloi, que de rendre service à son voisin de palier.

[ ]

Henri Laborit

 

Il y a eu plus de crimes perpétrés au nom de l'amour qu'au nom de la haine, qui a pourtant plus mauvaise presse.

[ Dieu ne joue pas aux dés (1987) ]

Henri Laborit

 

 

J'espérais que ce que je sais, ou crois savoir de l'homme me permettrait de mieux le situer dans cet univers tout nouveau et qui nous laisse pantelants d'admiration. - ... - Pendant que l'on cherche à comprendre, le temps passe et la vie avec lui.

[ Dieu ne joue pas aux dés, Conclusions ]

Henri Laborit

 

Je sais bien que certains prétendent que le stalinisme a été prévu. Mais, alors, pourquoi n'a-t-il pas été évité? Le danger de l'histoire, c'est de faire croire après coup à une causalité linéaire qui n'existe jamais.

[ Eloge de la fuite ]

Henri Laborit

 

L'Homme est un être de désir. Le travail ne peut qu'assouvir des besoins. Rares sont les privilégiés qui réussissent à satisfaire les seconds en répondant au premier. Ceux-là ne travaillent jamais.

[ Eloge de la fuite ]

Henri Laborit

 

 

Le racisme est une théorie biologiquement sans fondement au stade où est parvenue l'espèce humaine, mais dont on comprend la généralisation par la nécessité, à tous les niveaux d'organisation, de la défense des structures périmées.

[ Eloge de la fuite ]

Henri Laborit

 

 

Mais en vertu de quel principe biologique fondamental, le plus grand nombre serait-il préservé de l'erreur?

[ L'homme imaginant (1970) ]

Henri Laborit

 

Une action humaine n'est jamais gratuite et quand on croit connaître les mécanismes fondamentaux des comportements humains, on peut toujours déceler un égoïsme biologique et trivial dans toute action en apparence désintéressée.

[ Dieu ne joue pas aux dés, Conclusions ]

Henri Laborit

 

 

LIEN : link

 

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 11:22

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LIEN VERS LE SITE DE SYD KYMRII :  

 

link    

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie de France naquit en France, comme l’indique son nom, mais si nous soupçonnons qu’elle naquit en Normandie c’est en Angleterre qu’elle écrivit. A cette époque la France est à moitié anglaise (Henri II Plantagenet et Aliénor d’Aquitaine) et les échanges entre les deux pays sont coutumiers.

Elle est la première femme écrivain d’expression française connue. On ne sait rien d’elle, sauf ce qu’elle écrivit elle-même dans l’épilogue de ses Fables :« Marie ai num, si sui de France »(J’ai pour nom Marie et je suis de France), c’est-à-dire, à cette époque, l’Île-de-France. Elle serait morte en 1268.

Le mot Lai signifie chanson et a d’abord désigné une œuvre musicale, exécutée par les musiciens bretons sur un thème des vieilles légendes celtes.

Les Lais de Marie de France (1160-1175) se composent de douze courts récits en octosyllabes à rimes plates, de dimensions variables (118 vers pour le Lai du Chèvrefeuille et 1184 vers pour Eliaduc). Marie dit avoir écrit et « assemblé » ses textes à partir de « lais bretons ». Un seul de ces contes, le Lai de Lanval, est à proprement parler arthurien. Le plus court mais peut-être le plus beau de ces textes, le Lai du chèvrefeuille, se rapporte ainsi à l’histoire de Tristan et Iseut. L’amour, le plus souvent en marge de la société est le sujet principal du recueil. Plusieurs lais font intervenir le merveilleux et renferment des aventures galantes arrivées à de vaillants chevaliers. Ils peuvent être classés en deux catégories : lais féeriques (Lanval, Yonec…) et lais réalistes (Eliduc, Le Laostic…).

  • Lai de Yonec
  • Lai de Frêne
  • Lai du Chaitivel
  • Lai de Lanval
  • Lai de Milun
  • Lai des deux Amants
  • Lai d’Eliduc
  • Lai du Bisclavret
  • Lai de Guigemar
  • Lai d’Equitan
  • Lai du Chèvrefeuille
  • Le loup-garou
  • Lai du Laostic

Outre les Lais, Marie de France est l’auteur de l’Ysopet première adaptation en français des fables d’Ésope, composé entre 1167 et 1189.
Sa dernière production est le conte du Purgatoire de Saint-Patrice.

Le style de Marie de France se situe dans le sillage de ce que communément nous appelons la Révolution poétique inaugurée par les troubadours au XIIème siècle. Un changement de la littérature se fait à cette époque et commence à naître un esprit de création et une inspiration autre que les lettres latines, car jusqu’au XIIème siècle, on se contentait de « recopier » les grands textes de l’Antiquité latine. Le XIIème, voit naître la notion d’adaptation des œuvres. On reprend des grands textes latins que l’on traduit et surtout on les adapte aux valeurs morales et intellectuelles de l’époque.
Autre fait nouveau, le retour aux sources non latines : on adapte la tradition orale et en particulier la tradition celtique.
Tous comme les bardes de l’antiquité les « poètes » du XII, consciemment ou pas, se resituent dans une tradition : ils plongent dans la mythologie celtique.
Les Lais de Marie de France elle-même sont inspirés de vieux contes celtiques. Contes celtiques qu’elle doit parfaitement connaitre ne serait ce que par son approche de la Bretagne dont elle dit « Bretaigne est poésie »*
La donnée folklorique celte est adaptée, transposée à l’écrit, et transcrite en langue romane. C’est l’époque où on puise dans les récits celtes des idéaux que l’on réactualise, notamment ce qui concerne le rôle de la femme, et ses pouvoirs magiques (« alors que les mythologies romaine ou grecque sont trop misogynes »*). On y retrouve aussi le thème de l’Autre Monde, un monde de fées. Tout comme dans la mythologie celtique la frontière entre l’Autre-Monde et le monde des humains est si ténue que la rencontre entre un mortel et une fée (Dames du Sydh) est très possible, et fonde la matière narrative de plusieurs des lais de Marie de France. Cette culture sera dite « courtoise ».

Le style d’écriture reflète tout autant que les thèmes l’inspiration celtique du travail de Marie de France, dans le sens d’une concision de la forme qui va s’éloignant de la lourdeur classique. Le lai exige concision et densité du texte et sont assez courts – (jamais plus de six cents vers*).
Tout comme dans la mythologie celtique, c’est plus un art de la suggestion que de description, voire une « esthétique du silence »*. C’est le non-dit qui prime, et ainsi, on se trouve face à un texte qui évoque et qui suscite de la part du lecteur un pouvoir d’interprétation. Nous sommes comme chez les anciens Celtes dans le pouvoir de la métaphore, de la périphrase qu’utilisaient les Druides :
« En effet, en apparence, le lai est assez innocent, il conte des histoires d’amour qui parfois finissent bien, parfois sont tragiques, mais tout est raconté d’une façon assez brève, et linéaire. Pourtant, c’est tout un art du symbole qui régit les Lais de Marie de France. »*
Le mot est dit, nous sommes en mode symbolique et c’est alors que devient efficient la notion de silence et de sacré qui porte le travail de Marie de France :
« Elle élabore une écriture basée sur les images qui enrichissent la valeur poétique des textes. »*

En ce sens Marie de France, serait la dernière grande Barde de l’antiquité, ou bien la première grande Barde moderne. A moins que nous voyions en elle, le lien entre les deux, le passage de l’antique au présent et qu’alors son travail continue ce qui dans la Tradition des Celtes permettait la reliance . Par ses mots elle nous relie à la source première de ce qui fut le monde des Celtes, elle nous nourrit de la Tradition.
Voilà une manière de voir à l’œuvre une tradition vivante, en ce qu’elle glisse à travers l’Histoire par l’esprit des poètes, peut-être une manière de savoir comment être Barde, Poète aujourd’hui .. dans la Tradition.

*sources :

-http://www.lettres-et-arts.net/
-http://www.shanaweb.net/les-fabulistes/marie-de-france/marie-de-france.html
-Camille le Mercier d’Erm, Les Bardes et Poètes Nationaux de la Bretagne Armoricaine, introduction, IIII, Beltane fac similé de l’impression de 1919

 

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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