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Ecosia : Le Moteur De Recherch

14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 14:35

Présentation de l'éditeur

Qui étaient les Celtes ? Des barbares grossiers que Rome a convertis, par le glaive d'abord, par la persuasion ensuite, à la civilisation ? Ou bien une aristocratie militaire brillante, conduite par des chefs spirituels, les druides, détenteurs de la plus haute initiation, et que Rome a délibérément détruite ? Les Celtes apparaissent enfin ici pour ce qu'ils furent réellement : des peuples différents, ayant sur la religion, la société, l'Etat, des conceptions inconciliables avec celles de la Rome antique sur lesquelles s'est fondée l'Europe médiévale et moderne. Mieux : ce sont les Celtes d'Irlande qui, profondément et sincèrement christianisés, ont sauvé la culture classique du néant des temps mérovingiens. Françoise Le Roux est spécialiste de l'histoire des religions. Christian-J. Guyonvarc'h a été professeur de celtique à l'université de Rennes-II. Il est notamment l'auteur chez Payot de Magie, médecine et divination chez les Celtes.

 

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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 23:38
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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 17:43
La Pensée Complexe

(Cette présentation succincte de la pensée complexe est extraite de l'avant propos rédigé par Edgar Morin à son ouvrage "Introduction à la Pensée Complexe" ESF Éditeur, 1990).

"Nous demandons légitimement à la pensée qu'elle dissipe les brouillards et les obscurités, qu'elle mette de l'ordre et de la clarté dans le réel, qu'elle révèle les lois qui le gouvernent. Le mot de complexité, lui, ne peut qu'exprimer notre embarras, notre confusion, notre incapacité de définir de façon simple, de nommer de façon claire, de mettre de l'ordre dans nos idées.

Aussi la connaissance scientifique fut longtemps et demeure encore souvent conçue comme ayant pour mission de dissiper l'apparente complexité des phénomènes afin de révéler l'ordre simple auquel ils obéissent.

Mais s'il apparaît que les modes simplificateurs de connaissance mutilent plus qu'ils n'expriment les réalités ou les phénomènes dont ils rendent compte, s'il devient évident qu'ils produisent plus d'aveuglement que d'élucidation, alors surgit le problème : comment envisager la complexité de façon non-simplifiante ? …

Sa définition première ne peut fournir aucune élucidation : est complexe ce qui ne peut se résumer en un maître mot, ce qui ne peut se ramener a une loi, ce qui ne peut se réduire à une idée simple. Autrement dit, le complexe ne peut se résumer dans le mot de complexité, se ramener à une loi de complexité, se réduire à l'idée de complexité. La complexité ne saurait être quelque chose qui se définirait de façon simple et prendrait la place de la simplicité.

… La nécessité de la pensée complexe ne peut s'imposer que progressivement au cours d'un cheminement où apparaîtraient tout d'abord les limites, les insuffisances et les carences de la pensée simplifiante, puis les conditions dans lesquelles nous ne pouvons éluder le défi du complexe. Il faudra ensuite se demander s'il y a des complexités différentes les unes des autres et si l'on peut lier ensemble ces complexités en un complexe des complexes. Il faudra enfin voir s'il est un mode de pensée, ou une méthode capable de relever le défi de la complexité. Il ne s'agira pas de reprendre l'ambition de la pensée simple qui était de contrôler et de maîtriser le réel. Il s'agit de s'exercer à une pensée capable de traiter avec le réel, de dialoguer avec lui, de négocier avec lui.

Il faudra dissiper deux illusions qui détournent les esprits du problème de la pensée complexe.

La première est de croire que la complexité conduit à l'élimination de la simplicité. La complexité apparaît certes là où la pensée simplifiante défaille, mais elle intègre en elle tout ce qui met de l'ordre, de la clarté, de la distinction, de la précision dans la connaissance. Alors que la pensée simplifiante désintègre la complexité du réel, la pensée complexe intègre le plus possible les modes simplifiants de penser, mais refuse les conséquences mutilantes, réductrices, unidimensionnalisantes et finalement aveuglantes d'une simplification qui se prend pour le reflet de ce qu'à y a de réel dans la réalité….

La seconde illusion est de confondre complexité et complétude. Certes, l'ambition de la pensée complexe est de rendre compte des articulations entre des domaines disciplinaires qui sont brisés par la pensée disjonctive e disjonctive (qui est un des aspects majeurs de la pensée simplifiante) ; celle-ci isole ce qu'elle sépare, et occulte tout ce qui relie, interagit, interfère. Dans ce sens la pensée complexe aspire à la connaissance multidimensionnelle. Mais elle sait au départ que la connaissance complète est impossible: un des axiomes de la complexité est l'impossibilité, même en théorie, d'une omniscience. …Elle comporte la reconnaissance d'un principe d'incomplétude et d'incertitude. Mais elle porte aussi en son principe la reconnaissance des liens entre les entités que notre pensée doit nécessairement distinguer, mais non isoler les unes des autres.

Pascal avait justement posé que toutes choses sont " causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates, et que toutes (s'entretiennent) par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes ". Aussi la pensée complexe est animée par une tension permanente entre l'aspiration à un savoir non parcellaire, non cloisonné, non réducteur, et la reconnaissance de l'inachèvement et de l'incomplétude de toute connaissance…."

Le projet de l'APC

L'Association pour la pensée complexe, se propose de fonctionner à la maniére d'un catalyseur,, ses vocations étant aujourd'hui :

-de contribuer à la promotion d'une pensée complexe dans tous les domaines de la société et de la connaissance afin d'aider les sociétés à répondre aux défis défi de la complexité que rencontre la "Terre-Patrie"

- de stimuler et susciter dans le plus grand nombre possibles d'institutions, de cercles, de groupes. Des initiatives de recherches et d'animation des réflexion collectives sur l'action humaine en situation complexe.
d'œuvrer à l'insertion de la pensée complexe dans l'éducation, la formation, la recherche, les stratégies, les programmes.

- d'établir des relations en réseau avec les associations, les équipes universitaires, les groupes et les personnes dans le monde qui s'attachent au développement de la pensée complexe dans les cultures et les enseignements, en tirant parti notamment des multiples ressources permises par les communications et les documentations permises sur les toiles Internet.

Pour ce faire, l'APC a publié un annuaire intercontinental de la pensée complexe qui sera prochainement mis à jour.

Depuis leur formation, l'APC et le Programme européen MCX oeuvrent ensemble. Cette route commune s'est concrétisée à partir de 1997 par des publications "Chemin-Faisant" et par la co-animation du Site Web www.mcxapc.org

COMMENT ADHERER A L'ASSOCIATION

Adressez un message à mcxapc@mcxapc.org ayant pour objet : Demande d'adhésion APC.
En précisant vos noms, prénoms, fonction et coordonnées postales détaillées;
ou directement au Président :
Edgar Morin : 7 rue St Claude, 75003 Paris
edgarmorin.sescsp.org.br

_________________________________________________________________________

Voir le PV de l'AG 2003 21 novembre 2003

Voir le PV de l'AG 2001-2002

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DominiqueGiraudet - dans penser
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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 10:15

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L’hypocrisie de l’Occident quand les peuples arabes se soulèvent

Tribune

Par SLAVOJ ZIZEK Philosophe

Ce qui frappe d’emblée le regard dans les révoltes en Tunisie et en Egypte, c’est l’absence du fondamentalisme musulman. Dans la meilleure tradition laïque et démocratique, les gens se révoltent seulement contre un régime répressif, sa corruption et la pauvreté, en revendiquant la liberté et l’espoir de meilleures conditions économiques. La démonstration est faite que l’idéologie cynique du libéralisme occidental - qui part du principe que, dans les pays arabes, le véritable sentiment démocratique se limite aux élites libérales au sens strict alors que l’immense majorité ne peut se mobiliser que sur le fondamentalisme ou le nationalisme - est erronée. La grande question reste malgré tout : que se passera-t-il demain ? Qui émergera en vainqueur politique ?

Quand un gouvernement provisoire a été désigné à Tunis, les islamistes et la gauche la plus radicale en ont été écartés. La réaction des libéraux béats fut : bravo, ce sont bien les mêmes, deux extrémismes totalitaires. Mais les choses sont-elles aussi simples que cela ? Le véritable antagonisme n’est-il pas précisément, sur le long terme, entre les islamistes et la gauche ? Même s’ils sont momentanément unis contre le régime, quand ils approchent de la victoire, cette union éclate et ils se livrent une lutte sans merci, souvent plus cruelle encore que contre l’ennemi commun.

N’avons-nous pas assisté à cette lutte après les dernières élections en Iran ? Ce que les centaines de milliers de partisans de Hossein Moussavi défendaient, c’était le rêve populaire qui avait nourri la révolution de Khomeiny : liberté et justice. Même si ce rêve était une utopie, il signifiait l’explosion saisissante de la créativité politique et sociale, des expériences et des débats parmi les étudiants et les gens ordinaires. Cette authentique ouverture, qui a libéré des forces sans précédent de transformation sociale, un moment où «tout a semblé possible», fut alors progressivement étouffée par la mainmise politique de l’establishment islamiste.

Même dans le cas de mouvements clairement fondamentalistes, la composante sociale ne doit pas être négligée. Les talibans sont régulièrement présentés comme un groupe fondamentaliste qui s’impose par le terrorisme. Cependant, quand, au printemps 2009, ils ont repris la vallée de Swat au Pakistan, le New York Times a écrit qu’ils avaient monté une «révolte de classe qui exploitait le profond clivage entre un petit groupe de propriétaires terriens aisés et leurs métayers». Si on pouvait craindre que les talibans, en «tirant profit» de la situation lamentable des fermiers, «présentent des risques politiques pour le Pakistan, qui restait largement féodal», qu’est-ce qui empêchait les démocrates libéraux au Pakistan, et aux Etats Unis, de tirer profit eux aussi de la même situation lamentable pour venir en aide à ces paysans sans terre ? Les forces féodales du Pakistan seraient-elles les «alliés naturels» de la démocratie libérale ?

La conclusion inévitable est que la montée de l’islamisme radical est toujours allée de pair avec la disparition de la gauche laïque dans les pays musulmans. Quand on présente l’Afghanistan comme le pays au fondamentalisme le plus radical, se souvient-on qu’il y a quarante ans, il avait une forte tradition laïque, grâce à un parti communiste puissant qui avait accédé au pouvoir indépendamment de l’Union soviétique ? Où est passée cette tradition laïque ? Et il est essentiel de lire les événements en cours en Tunisie et en Egypte (et au Yémen et… peut-être, espérons-le, en Arabie Saoudite) à la lumière de ce contexte. Si la situation est «stabilisée» de sorte que l’ancien régime perdure avec une chirurgie esthétique libérale, il faut s’attendre à une poussée de fondamentalisme insurmontable. Pour que puisse survivre l’héritage libéral essentiel, une aide fraternelle de la part de la gauche radicale sera indispensable.

Pour en revenir à l’Egypte, la réaction la plus honteuse et la plus dangereusement opportuniste revient à Tony Blair, rapportée par CNN : un changement est nécessaire, mais cela devrait être un changement stable. Un changement stable en Egypte ne peut que signifier un compromis avec les forces de Moubarak en élargissant légèrement le cercle du pouvoir. C’est pourquoi parler de transition pacifique maintenant est une indécence : en écrasant l’opposition, le raïs a rendu cela impossible. Après qu’il eut envoyé l’armée contre les manifestants, le choix était clair : un changement cosmétique dans lequel quelque chose change pour que tout reste pareil, ou bien une véritable rupture.

C’est donc maintenant l’instant de vérité : on ne peut prétendre, comme dans le cas de l’Algérie il y a dix ans, qu’autoriser des élections vraiment libres équivaut à donner le pouvoir aux fondamentalistes. Israël a fait tomber le masque de l’hypocrisie démocratique en soutenant ouvertement Moubarak. Une autre préoccupation libérale est qu’il n’y a pas de pouvoir politique organisé pour lui succéder s’il s’en va… Evidemment, puisque Moubarak y a veillé en réduisant toute l’opposition à des potiches décoratives - de sorte que le résultat évoque ce roman d’Agatha Christie, And Then There Were None («Et il n’en resta plus aucun», paru en français sous le titre Dix Petits nègres, ndlr). L’argument de Moubarak - moi ou le chaos - joue contre lui.

L’hypocrisie des libéraux occidentaux est à vous couper le souffle. Ils soutiennent publiquement la démocratie et quand le peuple se soulève contre les tyrans au nom de la liberté et de la justice, et pas au nom de la religion, ils sont «profondément inquiets» ! Pourquoi être inquiets au lieu de se réjouir que la liberté ait enfin sa chance ? Aujourd’hui plus que jamais, la devise de Mao Zedong est de mise : «Sous le ciel tout est en grand chaos ; la situation est excellente.»

Où donc devrait aller Moubarak ? Ici, la réponse est claire : à La Haye. S’il y a un dirigeant qui mérite d’y comparaître, c’est lui !

Traduit de l’anglais par Edith Ochs

 

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 18:30

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Au Vietnam, trente ans après la guerre, les fantômes du passé n’ont pas fini de hanter les vivants : des centaines de milliers de soldats sont morts sans sépulture, réduits ou triste destin d’âmes errantes. Munis des registres de leur unité, Tho et Doon, deux anciens combattants vietcongs, se mettent en quête des tombes de leurs camarades, dons l’espoir de ramener leurs corps à leurs familles. De champs de bataille oubliés en cimetières de « soldats inconnus », leur quête les ramène sur les lieux, qui ont marqué leur jeunesse et forgé leur destin, Dans un présent parfois indifférent à cette histoire tragique, ils rencontrent une femme encore hantée : Madame Tiêp.

 

entretien avec Boris Lojkine L’un des étonnements, lorsque l’on découvre le film, c’est que ce film si vietnamien dans son sujet et son approche soit réalisé par un Français. D’où t’est venu ce projet ? J’ai vécu au Vietnam en 1993-94. J’étais parti là-bzs pour enseigner la philosophie, mois je me souviens surtout d’une année extraordinaire de liberté, d’aventure. J’ai appris la langue, j’ai beaucoup sillonné le pays. Le Vietnam s’ouvrait tout juste, tout était nouveau, excitant. Pour moi, ça a été un vrai coup de foudre. En 2001, j’ai réalisé un premier film documentaire là-bas, Ceux qui restent, un portrait des anciens combattants vietnamiens de la guerre du Vietnam, qui montre notamment l’étrange nostalgie qui unit les anciens camarades de guerre. C’est en faisant ce premier film que l’ai compris l’importance de la recherche des corps pour les Vietnamiens. Cette recherche concerne-t-elle beaucoup de familles au Vietnam ?

 

C’est difficile à chiffrer, cor il s’agit d’initiatives individuelles à travers tout le pays, mois elles se comptent de toute évidence par dizaines de milliers. C’est un « retour du refoulé » qui s’explique facilement. À la fin de la guerre, en 1975, la priorité a été donnée à la construction d’une mémoire collective, c’est l’époque notamment où l’on a construit tous ces grands cimetières militaires que l’on trouve sur tout le territoire vietnamien. Les corps des « martyrs » y ont été rassemblés un peu n’importe comment. Et le chagrin des proches est resté confiné dans la sphère familiale. Mais depuis les années 1990, depuis l’ouverture du pays et l’effritement de l’idéologie communiste, les exigences des familles sont revenues au premier plan. Désormais, les « mères héroïques » ne se contentent plus d’être citées en exemples de vertu patriotique. Elles veulent qu’on leur rende le corps de leurs fils pour pouvoir accomplir les rites qui leurs sont dus. Chercher ses morts fait-il partie de la culture vietnamienne ?

 

Qu’ils soient communistes, catholiques, bouddhistes, les Vietnamiens rendent tous le culte à leurs ancêtres au moins une fois par mois et aux jours anniversaires. Les morts sont donc bien plus présents dans le quotidien des Vietnamiens que dans le nôtre. Ils trônent sur l’autel des ancêtres, ou coeur de la maison, ou centre de la famille. On comprend dès lors le drame de ne pas avoir pu ramener le corps d’un membre de sa famille : privés de sépulture, ou enterrés en terre étrangère, là où les parents ne pourront plus les honorer, les morts sont des âmes errantes, des âmes qui n’ont pas trouvé le repos au pays natal. Pour les vivants, c’est une source de culpabilité sans fin. Ils ont le sentiment de ne pas avoir fait leur devoir. Il y a donc quelque chose de très vietnamien dans ce souci de retrouver ses morts. Et en même temps, c’est un phénomène assez universel. Les Américains aussi ont cherché leurs MIA (missinq in action) ou Vietnam. Et en France, nous avons connu massivement de semblables recherches après la Première Guerre Mondiale. Il y a au fond de ces démarches un sentiment assez compréhensible : tant que le corps n’est pas rendu, il manque la preuve tangible qui force à se rendre à l’évidence, et permet de faire son deuil. Chacun peut donc comprendre ces histoires vietnamiennes avec les références qui sont les siennes. Moi-même, en tournant le pensais souvent à la mythologie, à Antigone bravant l’interdit pour enterrer ses frères, ou à Ulysse rendant visite à Achille ou royaume des morts. Le propos n’était donc pas du tout de décrire un trait de la « culture vietnamienne ». Au contraire, ou montage, nous avons systématiquement gommé tout ce qui était de l’ordre de l’exotique - les beaux paysages, le folklore, la couleur locale - pour nous tenir ou plus près des personnages, dans l’intensité dramatique de ce qu’ils ressentent. Le film ne parle au fond que de sentiments universels que n’importe qui peut comprendre : l’amour d’une femme pour son mari, la fraternité des combattants, la nostalgie de la jeunesse, la douleur de la perte d’un être aimé. On est loin de l’ethnographie.

 

Comment as-tu rencontré ces deux soldats que tu suis pendant la première partie du film ?

 

Pendant deux ans, j’ai rencontré de nombreuses familles de soldats disparus sans parvenir à me décider sur la manière de raconter cette histoire, jusqu au jour où le suis tombé sur les anciens combattants du KI 0 - une unité de commandos qui s’était illustrée dans l’attaque des bases américaines du Centre Vietnam. C’étaient des héros, avec des faits d’armes incroyables. Mais surtout, ils venaient tout juste de retrouver les registres de leur unité enterrés dans une caisse pendant la guerre et ils se préparaient à partir à la recherche de leurs camarades dispersés aux quatre coins du pays. J’ai vu tout de suite la richesse de cette situation : les registres contenaient les adresses de tous les soldats du bataillon, les vivants comme les morts, et rendaient donc enfin possible toute une série de retrouvailles, de rencontres et de recherches longtemps différées. Cette liasse de papier rendue par la terre était comme un objet envoyé par les dieux pour pousser les vivants à accomplir leur devoir sacré envers les morts. De fait, Tho et Doon, qui se sont vite distingués dons le groupe par leur dynamisme et leur motivation, ont laissé toutes leurs activités pour se lancer dans j’aventure. Et ce qui est tout aussi important, ils m’ont accueilli avec enthousiasme. Malgré la différence d’âge, de nationalité, ils m’ont considéré comme un camarade et intégré à leurs recherches. Le sentiment d’une collaboration d’égal à égal avec eux a été très précieux pour moi dans ce tournage.

 

Et Madame Tiêp ?

 

Cela s’est passé comme dans le film : je l’ai rencontrée en suivant Tho et Doon dans les visites qu’ils ont commencé à rendre aux familles de leurs anciens camarades. Quand j’ai vu madame Tiêp, j’ai ressenti ce sentiment d’évidence que je cherchais depuis le début. Nous étions tous émus aux larmes, aussi bien les anciens combattants que nous qui filmions. J’ai su tout de suite que c’était le personnage qu’il me fallait : quelqu’un pour qui le temps n’avait rien changé, une femme qui était toujours hantée par un passé où sa vie s’était arrêtée. Ensuite, en revoyant les images au montage, j’ai été frappé par la grâce de ses gestes, lo manière dont son corps fluet s’impose dons l’espace. je me souviens qu’un jour où je la filmais dans une gare routière, un conducteur de moto-taxi m’a interpellé : « Eh, pourquoi tu filmes une vieille moche comme ça ? il y a tellement de jolies filles ou Vietnam »J’espère que le film est une réponse suffisante à cette apostrophe. Madame Tiêp, c’est une amoureuse, une femme magnifique, qui sans rien revendiquer impose une leçon à tous les hommes qui croient la dominer. Il y a des moments très durs dans le film, dont on se dit qu’ils ont dû être difficiles à filmer. Oui et non. il y a eu pendant toute la réalisation de ce film une ambiance très particulière, une ambiance extrêmement sentimentale. Des gens que je ne connaissais pas la veille m’ont raconté leur vie, des secrets de famille, ont pleuré dans mes bras, et m’ont tiré du coup quelques larmes. Avec Madame Tiêp c’est plus fort encore, car j’ai fait un bon bout de chemin avec elle. Je l’ai aidé à préparer son voyage, le l’ai accompagnée, aidée, soutenue, je l’ai écoutée, parfois même tenue dons mes bras. C’est pourquoi lorsque je l’ai filmée qui pleurait, le n’ai ressenti aucune gêne, parce que je n’avais pas le sentiment de lui faire offense, que je ressentais seulement de la compassion pour elle. Pour voir pleurer quelqu’un, il faut être avec lui. Alors tout est possible. Cette dernière scène avec Madame Tiêp est pénible, il y a quelque chose d’insoutenable dans ces pleurs qui confinent à l’hystérie. Mais ils me semblent nécessaires. Ces pleurs, c’est son cri, son acte d’accusation contre la guerre et les hommes qui Io font, y compris ceux-ià qui sont à ses côtés et qui continuent à vouloir lui imposer leur loi : « Prie comme-ci, plante ton bâton d’encens comme ça. C’est pourquoi il fout l’entendre jusqu’au bout, même lorsque l’expression de sa douleur dépasse la mesure du socialement admissible. Ces pleurs ont une vertu cathartique. Il y Passe tout ce que Madame Tiêp a souffert, tout ce qu’elle n’a jamais pu dire, ce qu’elle ne dira jamais, sa révolte, tous ses reproches contre cette société et ces hommes qui lui ont dérobé son « printemps de jeune fille ».

 

Il y a des moments où l’on ri dans le film, sans trop savoir si on y est autorisé, vue la gravité du sujet.

 

Au contraire, je ne voulais pas que le film soit trop uniquement mélodramatique. Dans leur chambre d’hôtel, Tho et Doon me faisaient penser à un vieux couple, toujours à se chamailler, comme on le voit dans cette scène du film où ils discutent sur la responsabilité dans la disparition des corps. Ils ont quelque chose d’un tandem comique, car tout les oppose : Tho, c’est le petit nerveux, rapide, blagueur, le vrai soldat. Doon ou contraire, c’est un sentimental, un peu alangui, souvent à côté de la plaque, mais avec une profondeur inconnue à Tho. Au montage, nous avons joué sur les contrastes, par exemple autour de cette scène un peu délirante où Tho et Doon retrouvent leur ancien chef aux cheveux tout blancs, et rient comme des fous, avant d’aller trouver Madame Tiêp qui stoppe tout net leur hilarité. Ce qui me fait plaisir, c’est qu’en voyant le film, Tho et Doon ont ri aussi. Je ne me suis donc pas trompé sur la nature de leur humour. On ne rit pas d’eux, mois bien avec eux.

 

Lorsque le film part avec Madame Tiêp, on quitte les deux anciens combattants. Pourquoi les avoir fait revenir à la fin ?

 

On ne pouvait finir sur la scène du cimetière, où la noirceur désespérante de cette histoire atteint son point d’intensité et de concentration maximales. Ça aurait été insupportable. La remontée de la rivière, avec cette très jolie chanson d’amour populaire que chante le batelier, offre un apaisement nécessaire. Et la dernière scène ouvre le récit : à la nature, tout d’un coup si présente au son et à l’image, à l’avenir. Ce n’est pas un happy end. Il y a quelque chose de poignant aussi chez ces hommes dont la jeunesse s’est enfuie et qui, le temps d’une baignade, retrouvent leurs jeux d’adolescents. Mais avec eux, on peut dire « au revoir et fermer le film. La spiritualité occupe une place importante dans le film. Quand j’ai vu ces gens parler aux morts, l’ai été saisi. Lorsque le vieux Phi, ou début du film, s’adresse à son camarade mort et le supplie de le posséder, ou bien lorsque Madame Tiêp se rend à la pagode pour demander la protection des dieux pour son voyage, je suis frappé par leur art de la prière. L’un comme l’autre sont des gens sans instruction, mais leurs prières sont pleines de poésie, d’une grande force évocatrice, ils invoquent le ciel, les océans, ils invoquent les forces cosmiques.

 

Au départ, je pensais que le film suivrait beaucoup plus la recherche factuelle des corps. Mais en définitive, au montage, tout ce travail d’enquête s’est révélé presque anecdotique au regard des scènes d’invocation des morts, de tous les moments où l’on touche une dimension mythologique - et qui sont aussi les vrais moments de cinéma du film. Entre le projet de film et le résultat final, il y a donc un net déplacement vers le symbolique. Les morts se sont emparés du film. Mais c’est tout l’intérêt du documentaire que de pouvoir être surpris par le réel !

 

Quel a été l’accueil du film au Vietnam ? Comment les Vietnamiens ont-ils apprécié le fait que ce soit un regard étranger qui se porte sur cette partie intime de leur histoire et de leur spiritualité ?

 

En faisant ce film, j’ai toujours cherché à dépasser le simple « regard d’un étranger », j’ai essayé de comprendre les choses de l’intérieur, comme un Vietnamien pourrait le faire. Montrer le film ou Vietnam m’apparaissait donc comme un prolongement naturel de ma démarche de réalisation. C’est leur histoire que je raconte. Au Vietnam, dans presque chaque famille, il y a un mort de guerre. Le film les concerne donc au premier chef. L’accueil a dépassé mes espérances. J’ai eu la chance de pouvoir montrer le film à la télévision, à un horaire où il a bénéficié d’une audience considérable. Ensuite, pendant quinze jours, il y a eu une vraie déferlante de presse. Dans la rue, les gens venaient me voir pour me remercier. C’était très émouvant. Aujourd’hui, j’ai un peu l’impression d’être devenu un cinéaste vietnamien. C’est une belle récompense.

 

Boris Lojkine Boris Loikine suit d’abord un parcours universitaire classique : Ecole Normale Supérieure, agrégation de philosophie, rédaction d’une thèse sur la « Question du présent » dans la philosophie de la première moitié du XXe siècle (Crise et Histoire, Le Problème d’une pensée philosophique du présent). À l’issue de cette thèse, en 1999, il décide de quitter la philosophie et de rompre les ponts avec l’enseignement. Il retourne ou Vietnam où il avait déjà passé un an et y commence, sur le tas, son apprentissage du cinéma, en réalisant un premier film documentaire : CEUX QUI RESTENT, un portrait de la génération des anciens combattants vietnamiens de la guerre américaine. Cette première réalisation marque le début d’un long travail d’immersion dans l’univers des anciens combattants vietnamiens dont LES AMES ERRANTES est l’aboutissement.

 

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« Bonjour les âmes... Pendant toute la durée du film, maintes fois je n’ai pas pu retenir mes larmes. Je pleurais silencieusement comme les personnages de Boris pleurent. Et je pense que peut-être des dizaines de milliers de spectateurs qui ont vu le film de Boris ont pleuré comme moi. Mon peuple a pleuré en voyant que sa douleur n’était pas éteinte, que son vœu n’était pas encore exaucé, et il a regardé « ces âmes errantes » égarées dans l’immensité comme s’il s’agissait de ses propres enfants, de ses camarades, de ses pères, de ses maris. Trente, quarante ans après leur mort, ils n’ont toujours pas retrouvé leur famille. On croyait qu’avec le temps cette douleur, était peu à peu apaisée. Mais pas du tout. je ne vois pas comment Boris a pu saisir aussi justement cette « dimension », comment il a su pénétrer cette spiritualité et comprendre le souhait profond de mon peuple. Comme s’il était son fils, il a accompagné cette femme qui a perdu son mari depuis sa toute petite maison, il est parti avec elle pour accomplir ce pèlerinage sacré et pénible à la recherche « des âmes errantes ». Et cette recherche est aussi une plongée dans les profondeurs des sentiments de fidélité et d’attachement spécifiquement vietnamiens ; les vertus ancestrales les plus profondes des Vietnamiens s’y manifestent de la façon la plus naturelle. Sans commentaire, sans musique, le film n’utilise que les paroles, les larmes, les voeux, le bruit lourd des pioches qui frappent le sol... On y voit seulement un amour malheureux et une camaraderie profonde, des souhaits modestes, une patience infinie et toute cette endurance apparaît comme une chose normale... En tout cela, c’est l’âme de mon peuple qu’a su saisir Boris. » THAN NIÊN - (article du poète Tan Thao - 26 juillet 2006

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Les ateliers Varan

 

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 11:49

Une pensée pour 2011:

          J'ai découvert que la sagesse est de me considérer au plus profond de moi-même, comme un chétif insecte, comme un banal ver de terre, à la fois humble et inoffensif. Adopter cette attitude, c'est situer ce que j'appelle l'illusion vitale à son niveau le plus bas, c'est être prêt aux coups, aux rebuffades, aux traumatismes, aux injures, aux incompréhensions, aux froideurs, aux dédains, aux inimitiés, aux antipathies, aux répulsions, qui, tôt ou tard, sont infligés par la vie à la plupart d'entre nous.

          Ce qu'il y a d'extraordinaire dans cette illusion vitale qui consiste à s'imaginer petit, chétif, insignifiant, c'est qu'on évite ainsi de gaspiller sa vie dans des projets ambitieux, dans l'absurde poursuite d'une carrière, dans de ridicules efforts pour se faire connaître, pour atteindre à la célébrité, pour devenir ce que les journaux appellent un grand homme, c'est-à-dire un être grotesque dont la stupidité n'a d'égale que la suffisance.

          Il nous suffit d'évoquer, d'imaginer intensément notre avenir pour lui donner une existence. Ceci est vrai pour la planète tout entière, dont l'avenir, loin d'être prédéterminé, reste plongé dans l'ombre. Cet avenir s'ouvre à toutes les possibilités, merveilleuses ou terribles. Mais il demeure un abîme de néant tant que nous ne l'avons pas comblé en y projetant nos désirs, que nous soyons insectes, vers de terre, plantes, oiseaux, bêtes sauvages, dieux ou demi-dieux.

John Cowper Powys, 'Ma Philosophie à ce jour' in Obstinate Cymric, tr. Didier Coupaye, Granit, Automne/Hiver 1973.

 

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 15:20
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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 11:49

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En 1623, dans un village du Danemark, le pasteur Absalon vit avec sa mère, Merete, et la très jeune Anne, qu'il a épousée au prix d'un odieux chantage. Lorsque Martin, fils d'Absalon et du même âge qu'Anne revient chez son père, l'amour est rapidement partagé entre les deux jeunes gens. Par ailleurs, Marte, une vieille femme qui soigne les paysans avec des plantes est arrêtée pour sorcellerie après avoir tenté de se réfugier auprès d'Anne. Tous ces événements vont se retrouver peu à peu intriqués et bouleverser toutes les existences.

 

J'imagine qu'évoquer ce vieux film de 1942 ne va pas intéresser les foules mais je tenais à vous en parler un peu car j'ai décidé (depuis que j'ai trouvé mon prof en cinéma) d'essayer de me rendre le plus régulièrement possible au ciné-club de mon Art And Try pour parfaire mon éducation cinéphile. Je ne sais comment je vais faire pour y traîner le warrior par les cheveux étant donné qu'il n'en a plus... mais revoir des films oubliés, en découvrir d'autres (comme celui-ci) auquel je n'aurais eu accès autrement, c'est tout simplement PASSIONNANT. Mais en plus du film exhumé, le débat qui s'ensuit est lui aussi très intéressant parce que le Monsieur qui l'anime est un puits de science cinéphilique et que je m'aperçois devant la multitude des interprétations, à quel point un film est un objet abandonné aux spectateurs...

 

Ici il est question d'une jeune femme frustrée de tout, d'amour, de tendresse, de sexe mais aussi privée de sa jeunesse. Face à Martin elle imagine l'évidence du coup de foudre réciproque. Or, il n'y a rien qui ressemble plus à un père que son fils. En s'offrant à Martin, elle met en place une tragédie alors qu'elle n'aspire qu'au bonheur. Martin se révèlera aussi bigot que son abruti et hypocrite de père. Et même si Anne trouvera également le courage de s'opposer à son impitoyable belle-mère, son existence comme celle des femmes de cette époque sera niée. Victime de l'hypocrisie, de la religion (et surtout de l'hypocrisie de la religion qui préfère considérer les femmes comme des sorcières dès lors qu'elles n'entrent pas dans le rang...), elle finira par renoncer, découragée persuadée de n'avoir fait qu'un rêve, mais un beau rêve.

 

Le noir et blanc sublime permet à Dreyer de composer de véritables tableaux entre ombre et lumière. Plus méconnu que sa Passion de Jeanne d'Arc considéré comme son chef d'oeuvre (alors que définitivement je préfère et de loin ce film ci... les yeux de Falconetti, mouais bon !), Dies Irae dénonce l'intolérance et le fanatisme et démontre que les hommes ne parlent qu'en termes de péché et que les femmes sont toujours les éternelles sacrifiées.

 

19:13 Publié dans *** NECESSAIRE, CINE-CLUB | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : jour de colere de carl theodor dreyer

 

Commentaires

 

Argh ! Dreyer ! ton prof à du goût. Compte-t-il passer Ordet ? ou Vampyr ?

Pour ton warrior, passe lui donc une corde autour du cou (ah oui c'est déjà fait) et tire

 

Écrit par : FredMJG | dimanche, 30 janvier 2011

 

Ah évidemment toi tu connaissais !!! Merci de mettre un comm ici en tout cas.

Non, il ne passera pas Ordet et Vampyr, mais il en a beaucoup parlé et donne envie comme personne. Ce type est incroyable.

Le ciné club part dans tous les sens pour attirer du monde. Il ne s'arrête pas à un réalisateur en particulier. La salle était pleine, il ne s'y attendait pas, pensant qu'il ne ferait pas 'mieux' que pour le Guépard...

Je crois que le prochain sera "Johnny Guitar" et ensuite un Minelli -me souviens plus duquel.

 

Pour le warrior, je crois qu'il est intrigué et qu'il va vouloir voir la tête du "prof" :-) Il sait que je suis sensible aux beaux garçons qui prennent des bains !

 

Écrit par : de Pascale @ Fred | dimanche, 30 janvier 2011

 

Je crois bien avoir vu ce film il y a longtemps quand la télé nous offrait encore de belles fin de soirées "ciné club" ; j'en ai avalé des splendeurs en noir et blanc, j'adorerais les revoir.

 

Écrit par : Aifelle | lundi, 31 janvier 2011

 

Ah oui c'était bien le temps du ciné club du soir... Mais bon maintenant regarder des films si tard et en plus dans le poste, c'est plus du tout ma tasse !

 

Écrit par : de Pascale @ Aifelle | lundi, 31 janvier 2011

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 15:47

LIEN VERS LE FORUM :       link

L'altruisme véritable existe-t-il ?

Le 1/9/2010

Comment remédier à ce culte de l'égoïsme qui sous-tend tant de courants de pensée dans des domaines aussi différents que la théorie de l’évolution, la psychologie et l’économie, et ce alors même que cette tyrannie du moi n’est pas corroborée par les données expérimentales ?

L'acharnement avec lequel de nombreux penseurs cherchent à retrouver un intérêt personnel au fondement de tous nos actes n’a-t-il pas de quoi surprendre ? L’égoïsme universel a non seulement ses théoriciens mais aussi ses champions, comme la philosophe américaine Ayn Rand, dont les écrits continuent d’avoir une influence considérable aux USA, qui soutient que l’égoïsme est éminemment désirable et que nous ne devons pas nous sentir coupables de ne penser qu’à nous, ou encore Sigmund Freud, pour qui l’altruisme est une compensation dysfonctionnelle de notre agressivité naturelle.

D'autres chercheurs en revanche, montrent clairement que l’hypothèse de l’égoïsme universel ne rend correctement compte ni de la réalité, c'est-à-dire de l'expérience vécue, ni des résultats de l'investigation scientifique. Daniel Batson, de l'Université du Kansas, fut le premier psychologue contemporain qui s'attacha à démontrer à l'aide de protocoles scientifiques élaborés que l'altruisme véritable existait bien et qu’on ne pouvait le réduire à n’être qu’une forme d’égoïsme déguisée.

De nombreux exemples, tel celui des hommes et des femmes qui, au risque de leur vie et de celle de leurs proches, ont protégé et caché des juifs persécutés et menacés de mort durant l'oppression nazie, semblent déjà indiquer qu'un altruiste parfaitement désintéressé peut exister.

Des économistes de talent, comme Ernst Fehr a montré qu’il fallait également cesser d’ignorer l’influence de l’altruisme sur l’économie et qu’il convenait dorénavant de tenir compte de ce facteur dans l’élaboration des modèles économiques

Dans le domaine de l’évolution, les travaux de Boyd et Richerson montrent que chez les humains, l'évolution des cultures est plus rapide que celle des gènes individuels, et que ce phénomène pourrait permettre l'émergence d'une société plus altruiste, dans laquelle la coopération jouerait un plus grand rôle.

L'expérience des sciences contemplatives et les recherches récentes en neurosciences montre en outre qu'il est possible de cultiver l'altruisme par l'entraînement de l'esprit. La méditation en particulier est un puissant moyen d’effectuer cette transformation.

Pensez-vous que l'altruisme véritable existe et qu'il puisse être favorisé, voire cultivé, afin de jouer un rôle encore plus important dans le fonctionnement de nos sociétés ?

Pour éclairer ce débat, faites-nous part de vos idées, n’hésitez pas à nous suggérer des lectures, à signaler des références ou à envoyer des documents électroniques.

Mais.... pour permettre à ce forum de rester centré sur les questions posées, nous vous remercions d’éviter les échanges personnels qui n’ont pas pour objet de faire progresser le débat.

Matthieu Ricard

 

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 18:07

Cheetah Purring
http://www.casolaphoto.com

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dominique giraudet
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