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Ecosia : Le Moteur De Recherch

27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 14:59

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 14:24

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Socrate est un homme seul ! Seul devant une plèbe hypnotisée par le discours de ses accusateurs, Mélétos, Anytos et Lycon. Lui, que la Pythie avait déclaré investi d’une mission divine, comparait devant ses juges pour plusieurs chefs d’accusation dont celui d’athéisme. C’est donc un homme seul qui engage un long discours devant une foule qui bientôt lui donnera la mort : « Quelle impression mes accusateurs ont faite sur vous, Athéniens, je l’ignore. Pour moi, en les écoutant, j’ai presque oublié qui je suis, tant leurs discours étaient persuasifs. Et cependant, je puis l’assurer, ils n’ont pas dit un seul mot de vrai. Mais ce qui m’a le plus étonné parmi tant de mensonges, c’est quand ils ont dit que vous deviez prendre garde de vous laisser tromper par moi, parce que je suis habile à parler. […] Quoi qu’il en soit, je vous répète qu’ils n’ont rien dit ou presque rien qui soit vrai. Moi, au contraire, je vous dirai l’exacte vérité. » Voilà comment un homme de plus de soixante-dix ans, entame son éloge, son plaidoyer. Le voilà qui entonne sa défense. Et le voilà qui se prépare à faire son apologie. Oui ! Mais il ne le fera pas dans l’esprit de l’apologie de l’époque. Celle-ci servait plus à l’artifice de la rhétorique, à la flatterie ; on essayait d’émouvoir les juges, de les séduire. Alors que Socrate, s’en tenant aux faits, va en profiter pour réexpliquer ce qu’être philosophe veut dire…

 

Cet épisode de la vie de Socrate est décisif ! Car c’est celui de la fin d’un homme. L’histoire d’un amant de la vérité que la plèbe a assassiné.

 

 

 

C’est Mélétos qui, en 399, viendra déposer une plainte au greffe de l’archonte-roi contre un citoyen assez peu ordinaire : Socrate. A soixante-dix ans, cet homme, ce « gueux », ce « mendiant, ce quasi-clochard toujours prêt à battre la conversation avec les puissants, les honnêtes hommes, les sans-grades de la cité d’Athènes, est accusé de « corrompre les jeunes gens et de ne pas croire aux dieux auxquels croit la Cité et de leur substituer des divinités nouvelles ». Et le chef d’accusation n’est pas à prendre à la légère. Car, Socrate est célèbre dans l’Antiquité pour ses discours. Il a d’ailleurs la réputation d’être un philosophe qui intervient avec les armes les plus aiguisées, pour faire taire les discutailleurs les plus célèbres, lui qui s’est donné une mission, celle d’intervenir pour sauver les institutions fondamentales qui méritent d’être sauvées. C’est-à-dire sauver la justice contre la valorisation ambiante de l’injustice, sauver la loi contre la désobéissance, et plus fondamentalement, sauver le discours contre les discours trompeurs et antilogiques.

 

Mais il s’agit surtout pour Socrate de sauver le discours du naufrage du sens et des valeurs, c’est-à-dire de substituer aux logoi qui se contredisent, les logoi qui viennent se porter secours entre eux, afin de s’opposer aux sophistes et d’ainsi rendre possible un discours, un logos, un message, et sauver un autre logos, − ce qui lui coûtera évidemment le prix de sa propre vie, à son procès qui se tiendra bientôt. Voilà donc le premier rôle du philosophe. Le second rôle se trouve dans la célèbre affirmation socratique : « Je sais que je ne sais rien ». Amener ses interlocuteurs à prendre conscience de leur ignorance et de leurs non-savoirs. Lui, que la Pythie de Delphes a déclaré comme le plus sage des hommes, a depuis fait son enquête auprès de ses concitoyens ; politiciens, orateurs, poètes, techniciens croient ou prétendent tous posséder un savoir, mais en réalité, ils ne savent rien qui vaille. Corrompre les esprits, c’est donc les amener à examiner leurs savoirs, ou plutôt, l’étendu de leur ignorance ; c’est leur inspirer le sens du doute, de la remise en question. C’est les conduire à se poser la vraie question : Ti esti (qu’est-ce que ?) Et bien sûr, dans ces cas-là, la première à l’imiter est cette jeunesse cultivée.

 

 

Alors pourquoi ont-ils tué Socrate ? Lorsqu’on lit ce que Platon nous rapporte des paroles prononcées par son maître à son propre procès, on pourrait être étonnée du flegme qu’adopte le vieil homme, du peu de cas qu’il porte aux juges et au jury. Il n’a pas cessé, alors que son procès se déroule, de s’entretenir comme à l’ordinaire, avec ses disciples. Est-il sot ? Est-il inconscient ? En réalité, le procès qu’on lui intente est un faux procès, et Socrate veut démontrer à ses juges que sa mission, plus que politique ou pédagogique, est morale et philosophique. Notre ami a toujours visé la vérité. C’est donc par cette disponibilité à la vérité exclusivement, que son procès débutera, et c’est par elle également, qu’il s’achèvera. Rappelons le refus prompt que Socrate opposa en ce qui concerna la condamnation des généraux qui n'avaient pas recueilli les corps des naufragés à la bataille des Arginuses en 406 et en 404, sous la tyrannie des Trente. Sa critique ouverte des exécutions sommaires ordonnées par ces derniers, son refus de participer ne serait-ce qu’à une seule arrestation. C’est donc le courage de Socrate qu’il s’agit de souligner ! Un courage qui s'associe à une grande « maîtrise de soi » et ce, en toutes circonstances ! Jamais ivre, même après avoir beaucoup bu, Socrate ne s'emporte jamais, supporte avec flegme injures ou critiques, à la grande admiration d'Alcibiade, par exemple. Ses disciples louent cette attitude et ce caractère. Sa méthode d'enseignement qui est la philosophie, et la pratique de celle-ci n'étaient pas non plus de tout repos.

 

 

De fait, si on a tué Socrate, c’est parce qu’il dérangeait les puissants en instruisant les ignorants. Les esprits conservateurs ont vu d’un très mauvais œil cette novation sur le plan de la pensée ; aussi accusèrent-ils Socrate d’athéisme, de corrompre la jeunesse et de nier les vieilles valeurs morales, – probablement plus pour s'en débarrasser que pour faire surgir la vérité ! – soulignant combien Socrate constituait un réel danger pour l'ordre social.

 

 

 

Mais surtout, durant son procès, – qui se déroule en trois temps : Socrate discute le réquisitoire de ses accusateurs ; il fixe sa peine ; il montre aux juges qui l’ont condamné le tort qu’ils se sont fait à eux-mêmes – cet amant de la sagesse va dessiner la figure du philosophe. Or, que constate-t-on ? Que la philosophie n’est pas quelque chose de désincarnée. Qu’elle n’est pas un nuage d’idées, ou un jeu formel ; la philosophie a un visage, et ce visage est celui du philosophe. Socrate est ce visage. Il s’interroge ; il s’étonne devant le monde. Il interroge la justesse de ses savoirs. Il est cet homme qui se place entre l’idéal d’une connaissance vraie et l’ignorance. Aussi la philosophie prend-elle ainsi le visage de celui qui est parti à la recherche de l’absolu.

 

Et d’ailleurs, lorsqu’en 399, Socrate est accusé par Anytos et deux autres hommes d’être « coupable du crime de ne pas reconnaître les dieux reconnus par l'Etat et d'introduire des divinités nouvelles (…) de corrompre la jeunesse », en réalité on feint de ne point comprendre ce qu’être un philosophe veut dire. On ne retient pas ce que Pythagore, à la naissance de la philosophie, avait proposé comme définition, avant Socrate lui-même, définition que ce dernier ne reniera pas : le philosophe est l’amant de la vérité.

 

 

 

La formule est brillante. D’ailleurs, il faut préférer dire que le philosophe est un amant de la sagesse, plutôt qu’un ami du savoir. Parce que le philosophe est un être de désir ; sa recherche de l’idéal s’origine dans une recherche de la vie droite, de la vie mesurée ; c’est une tentative d’élévation, c’est une ascension vers le Bien, le Beau et le Vrai, autrement dit, vers ce qui est transcendant. Plus tard, dans Le Banquet de Platon, la recherche du Beau sera une recherche du Bien. D’ailleurs, n’est-ce pas avec le sentiment de la Beauté que commence la philosophie ? Car la Beauté se marie nécessairement avec l’Idée de Bien. En ce sens, pour le philosophe, la vérité du désir est un désir de vérité. De fait, cette recherche de la vérité se transforme en une aventure ; une aventure qui s’annonce sous les meilleures auspices : celle de la méthode, – qui signifie étymologiquement, précisons-le, « manière d’avancer ».

 

La philosophie se fait alors ce chemin existentiel interrogeant les multiples manières d’être-au-monde. Sans doute, nous faut-il désormais affirmer que la philosophie ne peut faire fi de l’expérience. Car pour être juste, on doit dire que le philosophe est amant de la sagesse quand il désire une vie mesurée ; pour cela, son attention et sa réflexion n’ont pour seul but qu’éclairer les multiples formes de l’expérience humaine. Car être philosophe demande de bien s’interroger sur ce qui nous est donné de vivre, c’est-à-dire l’expérience la plus simple : l’expérience sensible.

 

 

 

Après un procès retentissant, où Socrate refuse qu'on le défende, voulant s'en charger tout seul, il propose comme peine, pour sa conduite passée... d'être nourri au prytanée (honneur suprême !) pour le restant de ses jours. Cette proposition est prise comme une provocation, et il sera condamné à mort.

 

 

Socrate dit alors un dernier adieu à ses juges en les laissant sur cette formule ouverte : « Il est temps pour nous de nous quitter, moi pour mourir et vous pour vivre, et seul le dieu sait quel est le pire des châtiments ».

 

 

 

Puis, enfermé en prison, Socrate n'est cependant pas exécuté immédiatement. Il faut pour cela que le vaisseau qui part à Délos chaque année porter des offrandes à Apollon soit de retour pour qu’une exécution capitale puisse avoir lieu. Pendant les trente jours de son emprisonnement, Socrate s'entretient alors avec ses disciples qui lui proposent en vain un plan d'évasion.

 

Face à son vieil ami Criton qui le presse de s'évader, Socrate oppose un refus catégorique. Criton, en voulant le convaincre de fuir, se fait l'écho de l'opinion du plus grand nombre : « pourquoi mourir quand il est si facile de s'échapper ? » Mais Socrate choisit de mourir. Pourquoi ? Certes il est convaincu que sa condamnation est injuste. Mais lorsqu'il en discute avec ses amis, faisant intervenir les Lois de la cité dans la prosopopée, c’est une véritable profession de foi de civisme qu’il accomplit. Une profession de foi qui nous parle à nous, lecteurs d'aujourd'hui ! Comment rester insensibles aux affirmations de Socrate, à sa conception loyaliste de l'Etat, qui ne peut effectivement exister sans cette reconnaissance implicite du bien-fondé de ses institutions. Athènes à abrité et protégé Socrate. Il en a accepté les droits et les devoirs. Sa sentence est peut-être injuste. Mais ce n’est pas à Socrate de le dire. Car Socrate est citoyen d’Athènes. Il le restera jusque dans sa condamnation. Pas de traîtrise. Pas de désolidarisation du groupe dont il est membre à part entière. Platon fera de sa mort un événement qui ne cesse de nous faire réfléchir.

 

 

 

La mort de Socrate est pour nous très instructive. Socrate voulut-il mourir ? Souvent on recourt un peu facilement à cette solution, ne comprenant guère pourquoi il défia jusqu’au bout ses juges. En réalité, par cette dernière pirouette il nous a montré que l’expérience de la réflexion est un exercice spirituel dont le discernement devient à la fois belle vertu, bel exercice, belle action, et belle âme. Alors que tout le monde se rue sur le faux, le philosophe vise le Bien. Or, c’est par le Beau que le philosophe accède au Bien. Imaginez, si l’on aime une chose belle, alors on veut le Bien pour cette chose. Aussi, aimant le Beau, on aime consécutivement le Bien.

 

A partir de là, on peut également parler d’expérience métaphysique. Le philosophe ne vise pas seulement à interroger l’expérience. Il lui faut également interpréter son existence, et lui donner un sens. On touche alors au domaine de l’expérience métaphysique. C’est le domaine du transcendant, de ce qui dépasse l’humain : c’est l’Âme, le Monde, Dieu. Et, contrairement à ce que l’on pourrait croire, dans l’expérience métaphysique, l’interrogation importe plus que la réponse ; la réponse n’existant bien souvent pas.

 

 

 

On comprend à présent pourquoi ils ont tué Socrate. D’abord, parce que les bouleversements politiques et culturels qu’il provoqua ne furent pas entièrement compris tout de suite. Ensuite, parce que la méthode qu’il employa pour y parvenir fut très vite sujet à controverse – d’autant qu’à l’inverse des poètes ou des sophistes, ces messages n’ont pas un contenu de paroles belles, mais vraies ; se posant en contre les rhéteurs minables, les messages de Socrate ne privilégiaient pas la forme mais le fond. Mais surtout, s’ils ont tué Socrate, c’est parce que philosopher pour ce dernier correspondait à cet homme bon et beau (Kalos Kagatos) dont le discours ridiculise les faux-savants, et séduit, voire convertie la jeunesse. C’est parce qu’il nous a montré que l’enjeu de la vie philosophique, loin d’être toujours dans le ciel, à fuir le réel, comme le prétend les poètes, ou l’opinion populaire, est une véritable conversion de tout un chacun, à suivre la vertu. C’est parce qu’il nous a montré aussi que la vie philosophique est la vie vertueuse par excellence. C’est l’expression de ce nouvel eudémonisme qui a eu la peau de Socrate. On lui en a sûrement voulu de nous rappeler que c’est précisément la vertu qui amène au bonheur. Et qu’il n’y a rien d’autre.

 

(Paru dans Les Carnets de la philosophie, n°16, avril-mai-juin 2011)

 

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 15:44

« C’est dans la maladie que nous nous rendons compte que nous ne vivons pas seuls mais enchaînés à un être d’un règne différent, dont des abîmes nous séparent, qui ne nous connaît pas : notre corps. Quelque brigand que nous rencontrions sur une route, peut-être pourrions-nous arriver à le rendre sensible à son intérêt personnel sinon à notre malheur. Mais demander pitié à notre corps, c’est discourir devant une pieuvre, pour qui nos paroles ne peuvent pas avoir plus de sens que le bruit de l’eau, et avec laquelle nous serions épouvantés d’être condamnés à vivre. »

 

http://us.123rf.com/400wm/400/400/pr2is/pr2is1101/pr2is110100007/8592343-pieuvre-g-ante-de-pacifique-octopus-dofleini.jpg

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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 16:04

 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 18:12

 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 14:54

 

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NOTE DE L ' AUTEUR :

 

 

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© — Les textes sur le Zen et sur Mаrtіn Heіdegger de Frаnçoіs Demoly аppаrtіennent de droіt à Julіen Demoly.

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(émаіl : іnfo@luxіmаgіnа.net) quі vous donnerаіt les moyens de le fаіre.

 

 

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Présentation de Martin Heidegger (1889-1976)

16 avril 2011

 

 

 

PRÉSENTER un phіlosophe dont seіze tіtres seulement ont été publіés аlors que ses œuvres complètes en comporteront cіnquаnte-sept peut sembler une gаgeure. Cependаnt Mаrtіn Heіdegger n’а jаmаіs fаіt аutre chose que de questіonner l’être que ce soіt celuі de lа chose, de l’homme, de lа technіque, du lаngаge, de lа poésіe, ou bіen encore l’être en tаnt que concept générаl.

 

Certаіns ont cru pouvoіr fаіre succéder аu Heіdegger quі écrіvаіt « l’Être et le Temps » et dont lа préoccupаtіon étаіt l’être de l’homme, un аutre Heіdegger, un Heіdegger n° 2 іnterrogeаnt l’être en générаl. Mаrtіn Heіdegger а toujours soutenu qu’іl n’y аvаіt pаs de rupture ou de conflіt dаns son œuvre quі est un chemіnement, et аprès tout іl n’y а аucune rаіson de ne pаs le croіre. Aussі nous est-іl permіs de l’аccompаgner sur lа voіe qu’іl pаrcourut sаns que nous sаchіons encore аujourd’huі où elle mène.

 

Mаrtіn Heіdegger est né le 26 septembre 1889 à Messkіrch en pаys souаbe. Après аvoіr termіné ses études secondаіres аu lycée de Frіbourg-en-Brіsgаu, іl entre à l’unіversіté de Frіbourg, suіt les cours de théologіe et de phіlosophіe et en 1913 obtіent le tіtre de docteur en phіlosophіe. En 1914 іl s’engаge dаns l’аrmée, mаіs on le réforme temporаіrement. En 1915, іl reprendrа l’unіforme et serа envoyé sur le front. Après lа fіn de lа guerre, M. Heіdegger serа nommé professeur à l’unіversіté de Mаrbourg, puіs à Frіbourg-en-Brіsgаu, où іl succéderа à son аncіen mаître E. Hüsserl. En 1933, іl fut nommé recteur de cette Unіversіté et s’іnscrіvіt offіcіellement аu pаrtі nаtіonаl socіаlіste. L’exаmen des documents de l’époque montre qu’іl аdhérа sіncèrement à l’іdéologіe du pаrtі nаzі et qu’іl rédіgeа même un аppel en fаveur de Hіtler, mаіs аprès l’аrrіvée de celuі-cі аu pouvoіr en 1934, déçu, іl démіssіonnerа de ses fonctіons de recteur et observerа une réserve аbsolue quі luі vаlut lа suspіcіon des аutorіtés polіcіères. Il contіnuа cependаnt à enseіgner à l’unіversіté de Frіbourg jusqu’en 1944. Après l’effondrement du régіme hіtlérіen, les аutorіtés аllіées suspendіrent son enseіgnement de 1945 à 1951, puіs іl réіntégrа lа chаіre de phіlosophіe de Frіbourg. Le professeur M. Heіdegger prіt sа retrаіte en 1959 et pаssа le plus clаіr de son temps à Todtnаuberg, un refuge (qu’іl аppelаіt lа hutte) en Forêt-Noіre, іl mourut аu cours de l’аnnée 1976, à l’âge de quаtre-vіngt-sept аns.

 

Mаrtіn Heіdegger eut une vіe très réglée, voyаgeаnt très peu et trаvаіllаnt beаucoup. Aussі son œuvre très volumіneuse est loіn d’être аujourd’huі іntégrаlement clаssée et répertorіée, et encore moіns publіée. Quаnt аux trаductіons frаnçаіses, çà ne suіt pаs, comme on dіt. Ses ouvrаges les plus novаteurs sont : l’Être et le temps (Seіn und zeіt pаru en 1927), qu’est-ce que lа métаphysіque ? (Wаs іst métаphysіk ? pаru en 1929), De l’essence de lа vérіté (vom Wesen der Wаhreіt, pаru en 1943), Lettre sur l’humаnіsme (Uber den Humаnіsmus, pаru en 1946), Chemіns quі ne mènent nulle pаrt (Holzwege, pаru en 1950), Approches de Hölderlіn (Erläuterungen zu Hölderlіn Dіchtung, pаru en 1951), Nіetzsche en 2 vols (Nіetzsche pаru en 1961).

 

Rаres sont les phіlosophes quі ont été l’objet de crіtіques ou de louаnges аussі extrêmes. Consіdéré pаr les uns comme un chаrlаtаn employаnt une termіnologіe personnelle volontаіrement hermétіque, et pаr les аutres comme le créаteur d’un métаlаngаge né de lа constаtаtіon que lа lаngue n’est pаs le moyen prіvіlégіé quі permet de phіlosopher, mаіs qu’аu contrаіre lа phіlosophіe est іssue du lаngаge (pаr exemple exіster vіent d’ex-sіstere quі veut dіre : se tenіr à l’extérіeur, émerger ; mаіs émerger de quoі : émerger de ce quі est, ne pаs être ce quі аppаrаît, en être dіfférent). Aіnsі pour luі le lаngаge nous lіvre l’essence de lа phіlosophіe, donc étudіer lа phіlosophіe pаsse pаr une herméneutіque de lа lаngue, d’où suіt que pour exprіmer sа phіlosophіe personnelle on doіt mettre celle-cі en conformіté аvec le lаngаge quі est chаrgé de l’exprіmer (donc sі je veux exprіmer ce que sіgnіfіe « exіster », je doіs forger, un mot quі exprіme ce qu’est l’exіstence : ex-sіster, ne pаs s’іdentіfіer à, être détаché de). Heіdegger quі tout en employаnt un іdіome personnel revіent donc аux sources du lаngаge et ne peut donc pаs être tаxé d’hermétіsme, n’en demeure pаs moіns un phіlosophe dіffіcіle d’аccès.

Sі Mаrtіn Heіdegger а souvent été аppelé « le terrorіste de l’esprіt », ce quі est exаgéré, on l’а surnommé аussі « le phіlosophe de l’être » ce quі luі convіent pаrfаіtement. L’être fut sа seule préoccupаtіon et à cаuse de celа on аurаіt pu l’аppeler аussі : le penseur de lа trаnscendаnce, ce quі аurаіt eu le mérіte de sіgnаler sа grаnde proxіmіté аvec le bouddhіsme.

 

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 10:26

Quelques pensées de Gunther Anders :

 

Günther Anders, né le 12 juillet 1902 à Breslau et mort le 17 décembre 1992 à Vienne, est un penseur et essayiste allemand.

 L'Obsolescence de l'homme, 1956

 

Si la philosophie populaire n'existe pas, c'est qu'il existe tout aussi peu une voie de masse qu'une "voie royale" pour résoudre les problèmes philosophiques, et que philosopher signifie essentiellement "exposer quelque chose en respectant sa complexité".

 

L'Obsolescence de l'homme (1956), Günther Anders (trad. Christophe David), éd. Encyclopédie des Nuisances, 2002, chap. Sur la bombe et les causes de notre aveuglement face à l'apocalypse, p. 263

 

 

On ne mesure pas la puissance d'une idéologie aux seules réponses qu'elle est capable de donner, mais aussi aux questions qu'elle parvient à étouffer.

 

L'Obsolescence de l'homme (1956), Günther Anders (trad. Christophe David), éd. Encyclopédie des Nuisances, 2002, chap. Sur la bombe et les causes de notre aveuglement face à l'apocalypse, p. 312

 

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LIEN :  link

 

 

Günther Anders (Günther Stern) est né le 12 juillet 1902 à Breslau (actuellement Wrocław, en Pologne). Il est le deuxième enfant des psychologues William et Clara Stern et mort le 17 décembre 1992 à Vienne. De 1929 à 1937, il fut marié à Hannah Arendt. Penseur et essayiste allemand, Günther Anders a régulièrement récusé la désignation de philosophe.

 

Anders a reçu de nombreux prix dont le prix de la critique allemande (1967), le prix de littérature de l'Académie bavaroise des beaux-arts (Bayerische Akademie der Schönen Künste) (1978), le prix de l'État autrichien pour la publication culturelle (1979), le prix de la ville de Vienne (1980), et le prix Theodor W. Adorno de la ville de Francfort (1983).

Sommaire

 

 

1 Biographie

2 L'exagération comme méthode

3 Œuvre

3.1 Livres

3.2 Traductions françaises

3.2.1 Livres

3.2.2 Articles

4 Annexes

4.1 Bibliographie

4.2 Liens externes

 

Biographie

 

1917 : enrôlé de force dans une association scolaire paramilitaire et envoyé à Rimogne pour détruire les cultures sous couvert de les récolter, il voit des soldats estropiés et des traitements humiliants infligés aux populations civiles, il est lui-même torturé par les autres du groupe car il est le seul juif.

1924 : thèse de doctorat sous la direction d'Edmund Husserl.

1925 : participe aux séminaires de Heidegger avec Hans Jonas et Hannah Arendt.

1928 : habilitation à diriger les recherches à l'Université de Francfort sous la direction de Theodor Adorno sur la sociologie de la musique.

1929 : épouse Hannah Arendt à Berlin.

1933 : émigre à Paris. Fait la connaissance de son neveu Walter Benjamin, de Stefan Zweig et d'Alfred Döblin.

1936 : émigre aux États-Unis, s'installe en Californie où son père a une chaire de professeur; exerce divers petits métiers : répétiteur d'une fille d'Irving Berlin, travail en usine.

1937 : divorce de Hannah Arendt.

1939 : suit sa seconde épouse Elisabeth Freundlich à Hollywood. Essaye sans succès d'écrire des scripts et se retrouve à travailler comme accessoiriste. Réside pendant quelque temps dans la maison de Herbert Marcuse.

1950 : retour en Europe. Refuse de retourner en Allemagne et refuse le poste de professeur à l'université de Halle (en ex-RDA), proposé par Ernst Bloch. Anders vit d'abord à Vienne, puis à Bad Ischl, une station thermale près de Salzbourg.

1959 : début de la correspondance avec Claude Eatherly, le commandant de bord de l'avion météorologique qui accompagnait le bombardier de Hiroshima. Anders refuse le poste de professeur à l'Université libre de Berlin.

1968 : participe au tribunal de Bertrand Russell sur les crimes contre l'humanité comme membre du jury. Voir G. Anders : Visit beautiful Vietnam.

1992 : mort à Vienne.

 

L'exagération comme méthode

 

L’étrange exagération méthodique de Günther Anders semble tout d’abord s’inscrire dans ce rapport problématique à la notion traditionnelle de la vérité. Ce qui plus est, Anders ne motive pas sa démarche critique par des raisons métaphysiques, logiques, ou même épistémologiques ou linguistiques. Avant toute chose, l’exagération de Anders correspond à une intention politique :

 

« Le mignon est donc une catégorie politique.

La contre-action : l’activité de ceux qui mènent les faits minimisés à la hauteur du visible, qui rendent leur format approprié aux phénomènes réprimés, qui corrigent le défiguré, est désignée d'‘exagération’. L’expression est d’un usage si courant que nous ne voyons aucune raison de ne pas la reprendre. […] Si les philosophes, habitués à travailler à l’œil nu, rejettent l’exagération comme non sérieuse – et la plupart le font évidemment – ils ne valent nullement mieux, c’est-à-dire : ils ne sont pas moins obsolètes et ridicules, que ne le seraient des virologues qui rejetteraient les microscopes, qui défendraient donc une « virologie à l’œil nu » ». (Günther Anders, Philosophische Stenogramme, Munich, C.H. Beck, 1965, 2002, p. 65 ; trad. par Thierry Simonelli)

 

Dans l’optique d’une vérité comme correspondance entre chose et pensée, objet et jugement, l’exagération paraît inadmissible. La pensée ou le jugement exagéré ne représente pas les choses telles qu’elles sont, ne dit pas de l’être qu’il est, mais le déforme dans son expression. L’exagération relève du discours faux, de l’inadéquation des choses et de l’intellect. Dans ce cas, il n’y aurait sans doute pas lieu de s’intéresser davantage à l’exagération.

 

Anders rajoute néanmoins une nuance ontologique nouvelle à la situation épistémique traditionnelle : les faits ne paraissent pas tels qu’ils sont, ils sont minimisés. Que l’on ne se précipite pas d’y reconnaître une variante de la critique de la connaissance traditionnelle. Pour ne citer qu’un exemple, Anders n’est pas kantien au sens où il affirmerait une non adéquation de principe entre la chose en soi et son phénomène. Le non rapport n’est ni d’essence, ni de principe, ni même une donnée contingente. La chose, le monde auquel s’intéresse Anders n’est pas celui de la théorie de la connaissance traditionnelle, n’est pas le monde de la nature, ou celui des outils artisanaux. Le monde de Anders est celui de l'« immense accumulation de marchandises » (Marx).

Œuvre

Livres

 

1928: Über das Haben. Sieben Kapitel zur Ontologie der Erkenntnis. Bonn, Cohen. (sous le nom de Günther Stern)

1935 : Une Interprétation de l'Aposteriori. In: "Recherches Philosophiques", (sous le nom de Günther Stern)

1936 : Pathologie de la Liberté. In: "Recherches Philosophiques", (sous le nom de Günther Stern)

1948 : On the Pseudo-Concreteness of Heidegger's Philosophy. In: Philosophy and Phenomenological Research Vol. 3, (sous le nom de Günther Stern)

1951: Kafka pro und contra. Die Prozess-Unterlagen. Munich, C.H. Beck.

1956 : Die Antiquiertheit des Menschen 1. Über die Seele im Zeitalter der zweiten industriellen Revolution. Munich, C.H. Beck.

1959 : Der Mann auf der Brücke. Tagebuch aus Hiroshima und Nagasaki. Munich, C.H. Beck.

1961 : George Grosz. Zurich, Arche.

1961 : Off limits für das Gewissen. Der Briefwechsel zwischen dem Hiroshima-Piloten Claude Eatherly und Günther Anders. Berlin, Rowohlt.

1962 : Bert Brecht. Gespräche und Erinnerungen. Zurich, Arche.

1967 : Die Schrift an der Wand. Tagebücher 1941 bis 1966. Munich, C.H. Beck.

1968 : Nürnberg und Vietnam – Synoptisches Mosaik. Berlin, Voltaire.

Visit beautiful Vietnam. ABC der Aggressionen heute. Cologne, Pahl-Rugenstein.

1972 : Endzeit und Zeitende. Munich, C.H. Beck.

1978 : Kosmologische Humoreske und andere Erzählungen. Francfort, Suhrkamp.

1980 : Die Antiquiertheit des Menschen 2. Über die Zerstörung des Lebens im Zeitalter der dritten industriellen Revolution. Munich, C.H. Beck.

1985 : Besuch im Hades. Auschwitz und Breslau 1966. (2. Éd.) Munich, C.H. Beck.

1987 : Günther Anders antwortet. Interviews und Erklärungen. Édité par Elke Schubert, Berlin, Ed. Tiamat.

1988 : Der Blick vom Turm. Fabeln. (3. Éd.) Munich, C.H. Beck.

1988 : Wir Eichmannsöhne. Offener Brief an Klaus Eichmann. (2. Éd.) Munich, C.H. Beck.

1989 : Lieben gestern. Notizen zur Geschichte des Liebens. (2e éd.) Munich, C.H. Beck.

1991 : Ketzereien. Munich, C.H. Beck.

1992 : Die molussische Katakombe. Roman. Munich, C.H. Beck.

1992 : Über philosophische Diktion und das Problem der Popularisierung. Göttingen, Wallstein Verlag.

1993 : Die atomare Drohung. Radikale Überlegungen zum atomaren Zeitalter. (6e éd.) Munich, C.H. Beck.

1993 : Mariechen. Munich, C.H. Beck.

1993 : Mensch ohne Welt. (2. Éd.) Munich, C.H. Beck.

1993 : Philosophische Stenogramme. (2. Éd.) Munich, C.H. Beck.

1994 : Blick vom Mond. (2. Éd.) Munich, C.H. Beck.

1994 : Obdachlose Skulptur. Munich, C.H. Beck.

1994 : Tagebücher und Gedichte. Munich, C.H. Beck.

1994 : Übertreibungen in Richtung Wahrheit. Munich, C.H. Beck.

1995 : Hiroschima ist überall. Munich, C.H. Beck.

2001 : Über Heidegger. Édité par Gerhard Oberschlick, Munich, C.H. Beck.

 

Traductions françaises

Livres

 

Kafka pour et contre, Strasbourg, Circé, 1990.

George Grosz : Suivi de Un mort est mort (trad. par Catherine Wermester) Paris, Allia, 2005

Hiroshima est partout, Paris, Seuil, 2008.

Sur la pseudo-concrétude de la philosophie de Heidegger (trad. par Luc Mercier) Paris, Sens & Tonka, 2003.

Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j'y fasse ? : entretien avec Mathias Greffrath (trad. par Catherine Weinzorn), Paris, Allia, 2001.

Tome I de L'Obsolescence de l'homme, Éditions Ivrea en coédition avec les Éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, (traduit par Christophe David), Paris, 2002.

Nous, fils d'Eichmann (trad. par Sabine Cornille & Philippe Ivernel), Paris, Payot & Rivages, 1999, 2003 pour l'éd. de poche

La Haine à l'état d'Antiquité, Paris, Payot - Bibliothèque Rivages, 2007 (trad. fr. Ph. Ivernel).

La Menace atomique. Considérations radicales sur l'âge atomique, Paris, Le Serpent à Plumes, 2006 (trad. fr. Ch. David) ; le dernier chapitre de cet ouvrage a été repris sous le titre Le Temps de la fin, Paris, [1]L'Herne, 2007.

Divers chapitres de livres parus dans la revue Conférence (http://www.revue-conference.com/modele.php?idobjet=1291&page=auteur) et dans la revue fario (http://www.editionsfario.fr)

Tome II de L'Obsolescence de l'homme — Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle, mars 2011, Éditions fario, Paris; traduction Christophe David.

 

Articles

 

« Ecrire de la poésie aujourd’hui », dans Conférence, 21, Paris, automne 2005 ; trad. Laurent Margantin

« La désuétude de la réalité », dans Conférence, 21, Paris, automne 2005 ; trad. Thierry Simonelli.

« Obsolescence des machines » dans Conférence, 20, printemps 2005, pp. 423-437 ; trad. Vincent Deroche.

« La mort du monde devant les yeux », dans Conférence, 17, automne 2003 ; trad. Thierry Simonelli.

« Obsolescence du travail », dans Conférence, 17, automne 2003, pp. 81-104 ; trad. Vincent Deroche.

« La mort du monde devant les yeux » dans Conférence, 17, automne 2003, pp. 269-283 ; trad. Thierry Simonelli.

« L’humanité dépassée » dans Conférence, 14, printemps 2002, pp. 249-276 ; trad. Pauline Bouteiller, Clémence Fallet et Pierre Peigné.

« L'homme sans monde » dans Conférence, 12, printemps 2001, pp. 311-338 ; trad. Michèle Colombo.

« Désuétude de la méchanceté » dans Conférence, 9, automne 1999, pp. 167-187 ; trad. Michèle Colombo.

 

Annexes

Bibliographie

 

Raimund Bahr et Dirk Röpcke (éd.), Geheimagent der Masseneremiten - Günther Anders, Vienne, Ed. A & S, 2002.

Detlef Clemens Günther Anders. Eine Studie über die Ursprünge seiner Philosophie, Francfort, Haag und Herchen, 1996.

Edouard Jolly, Nihilisme et technique. Etude sur Günther Anders, EuroPhilosophie Editions, coll. "Bibliothèque de philosophie sociale et politique", février 2010

Volker Kempf Günther Anders, Anschlusstheoretiker an Georg Simmel.

Jürgen Langenbach, Günther Anders. Eine Monographie, Vienne, Falter, 1986.

Konrad Paul Liessmann, Günther Anders, Munich, C.H. Beck, 2002.

Konrad Paul Liessmann (éd.), Günther Anders kontrovers, Munich, C.H. Beck, 1992.

Ludger Lütkehaus, Schwarze Ontologie, Über Günther Anders, Lüneburg, zu Klampen Verlag, 2002. (Deuxième édition : Ludger Lütkehaus, Philosophieren nach Hiroshima, Über Günther Anders, Francfort, Fischer Verlag, 1992.)

Werner Reimann, Verweigerte Versöhnung. Zur Philosophie Günther Anders, Vienne, Passagen, 1990.

Daglind Sonolet, Günther Anders : phénoménologue de la technique, Presses universitaires de Bordeaux, 2006.

Elke Schubert, Günther Anders, in Selbstzeugnissen und Bilddokumenten, rororo Bildmonographien, Hambourg, Rowohlt Verlag, 1982.

Thierry Simonelli, « Vérité et exagération. Remarques sur la méthode de Günther Anders », dans Conférence, 21, automne 2005.

Thierry Simonelli, Günther Anders. De la désuétude de l’homme, Paris, Éd. du Jasmin, collection « Désaccords », dirigée par Angèle Kremer-Marietti, 2004. (Publié avec le concours du Centre National du Livre), (Descriptif)

Paul Van Dijk, Anthropology in the Age of Technology: The Philosophical Contribution of Gunther Anders, Editions Rodopi, Amsterdam/Atlanta, GA, 2000.

Eckhard Wittulski, Kein Ort. Nirgends. Zur Gesellschaftskritik Günther Anders, Francfort, Haag und Herchen, 1998.

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DominiqueGiraudet - dans penser
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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 16:10

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Utopie, liberté et réalité

Isaiah Berlin Le Sens des réalités

Les Belles Lettres - Le goût des idées 2011 / 14 € - 91.7 ffr. / 365 pages

ISBN : 978-2-251-20009-5

FORMAT : 12,4cm x 18,9cm

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D'origine russe-juive, Isaiah Berlin (1909-1997) obtient la nationalité britannique puis américaine. Il fut président de la British Academy de 1974 à 1978 et a inscrit son œuvre dans la tradition libérale. Isaiah Berlin est encore un auteur peu lu en France. Penseur critique pertinent, il est connu pour son développement de la distinction entre les notions de liberté positive des anciens et de liberté négative des modernes qu'il développe en 1958 dans Deux concepts de liberté.

 

Isaiah Berlin n’est pas un penseur commun et remet en cause bien des idées «généreuses». Selon lui, les ennemis de la liberté sont les philosophes d'une partie des Lumières, de la Contre-Révolution et du socialisme naissant, comme Helvétius, Rousseau, Fichte, Saint-Simon, car ils défendent une conception autoritaire de la liberté dont la Révolution française fut l'héritière. Il pense que les Philosophes des Lumières ont eu un rôle trouble dans l'Histoire des idées. On les retrouve chez les idéalistes allemands et les philosophes de la modernité, avec un idéalisme qui ne peut mener qu’à de grands désastres. En ce sens, Berlin est un représentant de la culture anti-Lumières.

 

Le Sens des réalités résume à cet égard l'essentiel de la pensée d'Isaiah Berlin. L'ouvrage rassemble des articles et conférences rédigés entre 1950 et 1972. On retrouve tous les thèmes qui ont nourri son œuvre ; il suffit pour cela de consulter la table des matières qui égrène les sujets les plus divers : Le Sens des réalités, Du jugement politique, Philosophie et répression gouvernementale, Le Socialisme et les théories socialistes, Le Marxisme et l'Internationale au XIXe siècle, La Révolution romantique, L'Engagement de l'artiste : un héritage russe, La Pensée de Kant comme source paradoxale du nationalisme, Rabindranath Tagore et la conscience nationale.

 

Se lit en filigrane dans ces essais la question essentielle qui traverse toute l’œuvre du philosophe : comment construire une société solide ou viable ? Et en un corollaire aussi beau que menaçant, le ciel étoilé des idées qui vient se fracasser sur la tête des hommes et jeter l'enfer sur terre. Car pour Isaiah Berlin, il est indispensable d'avoir le ''sens des réalités''; de confronter les idées avec la réalité et d’y coller le plus possible. Rien de moins simple, car il ne faut délaisser aucune complexité, ne laisser aucune nuance de côté. L'auteur revient ensuite sur cette question dans différents textes ici proposés.

 

Le Socialisme et les théories socialistes (1950), essai marqué par le contexte de la Guerre froide, illustre comment l’utopie socialiste et/ou communiste a pu, au nom de la liberté et du Salut des travailleurs, mener et aveugler des millions d'hommes depuis le XIXe siècle. On pourrait rajouter une question plus contemporaine : qu'en est-il des idées développées au nom d'un Bien qui exclut sous prétexte de soigner, c’est-à-dire en reconstruisant de nouveaux dogmes ? Avons-nous pris la mesure d'une telle leçon ? Le philosophe touche à quelque chose de fondamental : Comment développer une idée de la réalité, un réel tangible, qui se déploie en même temps sous un ciel lucide et plutôt serein ?

 

Car cette réalité, il faut l'interpréter, la comprendre au plus près. Une telle compréhension s'est souvent accompagnée d'erreurs funestes, une interprétation devenue dogme intangible et provoquant des morts par milliers ou par millions. Isaiah Berlin aborde en des chapitres serrés et denses la question qui parcourt une grande partie de l'imaginaire occidental : une société idéale émergeant d'idéaux bienfaiteurs comme le socialisme.

 

Les théoriciens de ces idéologies, sur lesquels Berlin revient succinctement un par un, ont tous cru à de telles idées enchanteresses sans se rendre bien compte de la folie qu'elles renfermaient. Pourquoi ? Comment cela a-t-il été possible ? N'est-il pas simpliste d’en référer sans arrêt au contexte historique qui «excuse» toutes les erreurs sous prétexte que nous sommes toujours prisonniers d’un temps particulier. Qu’en est-il alors du sang versé, des brimades, des expulsions opérées dans la réalité alors que nous prétendons lutter pour la tolérance, le bienfait de l’humanité, l’égalité entre hommes et femmes ? On retrouve là le débat sur le bilan comparé du nazisme et du communisme. A cet égard, le communisme ne fut-il plus funeste que le nazisme pour avoir fait croire à un paradis ouvrier, à une libération ? Le nazisme, plus radical et éphémère, aura finalement fait moins de morts. On «excuse» encore des films comme Le Cuirassé Potemkine et l'on censure Le Juif Süss. Du danger des idées généreuses…

 

Comment les hommes ne prennent-ils que rarement en compte leurs erreurs ? Ayant l’impression de toucher la réalité du doigt en prônant une conception matérialiste du réel, ces régimes aboutirent à la création d'un homme modelable à loisir, un être préfabriqué. Que faire alors ? Sans doute avoir le sens des réalités pour ne jamais, ou presque, faillir…

 

Les textes Kant, source inattendue du nationalisme (1972) et surtout La Révolution romantique (1960) abordent les thèmes de prédilection de l'auteur. Ce dernier revient sur un phénomène (dans la droite ligne des chapitres précédents) qui remonte aux Lumières, une nouvelle conception de l'Homme, coupable d’avoir attribué à la liberté une importance «sans limites» et de l'avoir enracinée exclusivement dans le ressenti humain. "Les conséquences politiques de ce mouvement sont très nouvelles. Si nous seuls sommes les auteurs de nos valeurs, alors c'est notre sentiment intérieur qui compte, c'est l'intention et non pas la conséquence. Car nous ne pouvons pas nous porter garants des conséquences : elles font partie du monde naturel, celui de la cause, de l'effet, de la nécessité et non du monde de la liberté" (p.250).

 

Une morale de l'abnégation, de l'engagement, de l'affirmation de soi au détriment du concret, ou du réalisme. Peu importe si les résultats peuvent être dérisoires, seules comptent les intentions, bonnes de préférence puisque nous en serons les juges. On mesure effectivement l'ampleur de ce subjectivisme qui méprise secrètement toute critique sceptique, voire même la rationalité, toute lucidité dérangeante, faisant primer le sentiment de bien faire ou de faire le bien contre l'ampleur des désastres ou de toute remise en cause concrète de l'idée de départ.

 

On le voit, le livre d’Isaiah Berlin est bien plus corrosif qu’on pourrait le croire car il sape les idéaux généreux qui illusionnent, refaçonnant joliment et en surface la réalité quand bien même leurs applications causent des désastres. Il faut sans aucun doute retrouver ce sens des réalités si fragile, ne plus s'emporter pour des illusions au goût de cendres. Là est tout le problème de l’engagement. Convaincu sur le moment, tel ou tel militant voit ses espérances déçues une fois le temps passé, amer d’avoir cru en des idéologies ou des idées simplistes qu’il pensait pourtant si proches de la compréhension même de cette réalité.

 

En cela, Le Sens des réalités est un essai humble et courageux.

 

Jean-Laurent Glémin

( Mis en ligne le 19/04/2011 )

 

 

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