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Ecosia : Le Moteur De Recherch

16 mars 2007 5 16 /03 /mars /2007 15:36

Jacques Gernet l’avoue : les textes anciens des auteurs chinois ne nous sont guère accessibles et l’oeuvre de Wang Fuzhi (prononcez Fou-Tcheu) est "difficile et volumineuse". Après avoir travaillé sur cet auteur chinois du XVII ème siècle durant vingt ans, Jacques Gernet le tient pour le plus éminent penseur de son époque et nous permet ici de découvrir non seulement une personnalité intellectuelle très méconnue en occident mais également une pensée philosophique très éloignée de notre philosophie occidentale. Puisque Wang Fuzhi s’interroge sur la nature de la réalité, du visible, du sensible, du rapport entre l’homme et ce qui l’entoure, en ce sens, il est bien philosophe. Et pourtant, Jacques Gernet explique pourquoi on ne peut lui appliquer ce qualificatif.

Précisons, simplement pour mémoire, que Wang Fuzhi (1619-1692) est presque contemporain de Galilée (condamné en 1633), et de Descartes, mort en 1650. Les dates de Wang prouvent qu’il a rédigé ses oeuvres durant le Grand siècle, celui de Louis XIV... Et pourtant, lorsque le jésuite Mattéo Ricci portera en Chine l’idée d’un Créateur, un penseur tel que Wang ne pourra l’admettre, et Jacques Gernet explique pourquoi.

Un effondrement

Jacques Gernet estime qu’on ne peut comprendre la conception de Wang qu’en connaissant le contexte dans lequel il vécut. Il donne donc des précisions sur son lieu de naissance, son entourage familial, ses études et surtout sur cette période historique très dure que fut le renversement de la dynastie Ming au profit de celle des Mandchous.

Wang lui-même s’interroge longuement sur les causes de ce désastre, de cet effondrement : l’égoïsme du pouvoir impérial, le laisser-aller et le fatalisme qui s’emparent des élites sous l’influence de courants de pensée en vogue au siècle précédent qui vantent le rejet de toutes entraves et le détachement de ce monde. Wang rejette donc à la fois le bouddhisme, le taoisme et la tradition lettrée. Ces courants, il les qualifie de "beaux parleurs aux discours vicieux".

la critique du langage

L’une des principales critiques de Wang Fuzhi vise le langage qu’il tient pour artificiel. Le langage est en effet une création humaine qui, de ce fait, ne peut pas rendre compte de la réalité du monde. « les mots nous cachent la réalité du monde » dit en substance Wang.

Les choses, les êtres, nous sont insaisissables dans leur réalité même, parce que tout change en permanence. Mais, curieusement, Wang affirme aussi que le monde est fait de constantes. Comment concilier ces deux affirmations ? Parce que, explique Jacques Gernet, pour Wang, il y a une réalité invisible à nos yeux, parce que le rien n’est pas vide, il est plein, rempli d’énergies. Toute la face cachée des choses nous échappe. L’invisible et l’inaudible sont faits des mêmes éléments que ce que nous voyons et entendons.

Donc, il n’y a pas de différence de nature entre le visible et l’invisible, seulement une différence de perception. Wang pense qu’il n’y a pas de rapport adéquat entre l’image que nous avons de l’univers et ce qu’il est dans sa réalité.

Nos sens insuffisants

Selon Wang, nos sens sont insuffisants parce que les phénomènes que nous ne pouvons pas voir se produisent à un niveau d’énergies infinitésimales.

Wang écrit : « l’homme distingue les quatre points cardinaux afin de se repérer par rapport à ce qu’il a devant ou derrière lui ; il se conforme à la distinction du passé et du présent, du commencement et de la fin pour donner un ordre à ce qu’il voit et à ce qu’il entend... Mais du point de vue du principe d’organisation spontanée (li) et des énergies invisibles, il n’est pas vrai qu’il y ait un avant et un après... Dans l’absence de toute orientation temporelle ou spatiale du chaos dans lequel le principe d’organisation dirige les énergies, le commencement est aussi la fin, le créé est aussi l’origine du créé, ce qui est au repos est aussi ce qui circule, ce qui sépare est aussi ce qui unit . Il n’est rien qui ne commence, rien qui ne soit achevé ».

Mais, -et là on retrouve la critique de Wang envers le bouddhismse- la réalité n’est pas non plus une création de nos sens ni une illusion mentale.

La vie est organisation

Jacques Gernet résume : pour Wang comme pour les chinois en général, ce sont les mêmes mécanismes qui jouent dans le domaine des choses humaines et dans celui des réalités physiques ou naturelles. Il existe un principe spontané d’organisastion (li) inhérent aux énergies qui assurent la formation du vivant... La vie, la nature, l’être humain, la société, c’est une organisation, et cette organisation procède des mêmes mécanismes.

Un vocabulaire très moderne

Jacques Gernet souligne les termes utilisés par Wang : répartition, dosage, fusion, nouage, écoulement, arrêt, principe d’organisation, énergies, ordre, hasard...

Tout cela, rédigé, rappelons-le, au XVII ème siècle. On croirait lire les mathématiciens, les biologistes, les astrophysiciens les plus en pointe aujourd’hui... Les uns se penchent sur l’organisation de la vie, les autres remettent en question l’espace et le temps

Jacques Gernet considère donc Wang comme un auteur très moderne dont les conceptions philosophiques rejoignent, par analogie, celles des sciences les plus avancées :
-  les sciences contemporaines, libérées d’une longue tradition substantialiste et mécaniste, considèrent comme naturelle la coexistence de l’ordre et du hasard,
-  elles admettent que des phénomènes de natures très différentes puissent se fonder sur des mécanismes communs,
-  et que le comportement des énergies au niveau infinitésimal soit aberrant par rapport à celui de nos perceptions
-  elles identifient matière et énergie
-  elles se fondent en biologie sur des combinaisons dans lesquelles place et moment sont décisifs.

Un livre pour découvrir Wang Fuzhi

L’essai de Jacques Gernet consacré à Wang Fuzhi s’intitule La Raison des choses, paru chez Gallimard, en 2005, dans la collection « Bibliothèque de philosophie », dirigée par M. Marcel Gauchet.

Pour en savoir plus sur Jacques Gernet, deux sites à consulter :
- Académie des inscriptions et belles lettres
- Collège de France


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DominiqueGiraudet - dans penser
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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 23:11
 



Michel Henry

Livre broché - 19,00 €  Ajouter 
 
Résumé   |   Fiche technique
 

Michel Henry (1922-2002), philosophe et romancier, appartient à la famille des phénoménologues « sans monde » (avec Lévinas, et peut-être Derrida), que l’on pourrait opposer à celle des phénoménologues « du monde » (Heidegger, Merleau-Ponty).
Reprochant aux systèmes philosophiques d’oublier l’essentiel de la vie, Michel Henry élabore une « phénoménologie de la vie » qui entend ne pas trahir son mode de manifestation, qui reste dans cette sphère d’immanence où la vie apparaît comme ce qui se sent soi-même. Comprendre le « Moi » et les phénomènes du monde à partir du « vivre » et de son auto-affection, tel est le vrai ressort de cette œuvre dense et rigoureuse.
On se propose ici d’en restituer le mouvement, depuis l’Essence de la manifestation jusqu’à Paroles du Christ en passant notamment par Marx, Généalogie de la psychanalyse et Voir l’invisible. Sur Kandinsky, et d’expliciter certains de ses thèmes majeurs : la duplicité de l’apparaître ; la vie en tant qu’autorévélation dynamique et pathétique ; l’auto-affection comme essence de l’affectivité ; le corps ; l’ipséité du sujet ; le rapport à l’Autre ; l’immanence.
En conclusion, on fait le point sur la trajectoire parcourue par cette philosophie, partie d’une révélation phénoménologique pour aboutir à une Révélation religieuse. En quoi la rencontre d’Henry avec la « vérité du christianisme » demeure-t-elle de nature philosophique ? Penser « l’essence de la manifestation » permet-il d’emprunter d’autres chemins que ceux qui conduisent au seuil de la foi ? On proposera un début de réponse et quelques perspectives.

 

Langue français
258 p. (2006)
ISBN-10 2251760555
ISBN-13 978-2-251-76055-1
Prix 19,00 €
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DominiqueGiraudet - dans penser
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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 20:09

Michel Henry

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

 

Sommaire

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Michel Henry est un philosophe et un romancier français né le 10 janvier 1922 à Haiphong (Viêt Nam) et décédé le 3 juillet 2002 à Albi (France).

Vie et œuvre de Michel Henry [modifier]

Biographie [modifier]

Michel Henry a vécu au Viêt Nam jusqu’à l’âge de 7 ans où il a très tôt perdu son père dans un accident de voiture alors qu'il n'avait que dix-sept jours, qui était commandant dans la marine. Il s’est ensuite installé en France avec sa mère et a fait ses études à Paris. Il va se découvrir une véritable passion pour la philosophie qui va le conduire au désir d’en faire sa profession. Dès juin 1943, il s’engage dans la Résistance où il rejoint le maquis du Haut Jura sous le nom de code de Kant, et devra redescendre de la montagne pour accomplir ses missions dans Lyon occupé par les allemands et quadrillé par les nazis, une expérience de la clandestinité qui va profondément marquer sa philosophie.

À l’issue de la guerre, il passe l’agrégation de philosophie, puis se consacre à la préparation d’une thèse sous la direction de J. Hyppolite, J. Wahl, P. Ricoeur, F. Alquié et H. Gouhier. Il rédige ensuite à partir de cette thèse son premier livre : Philosophie et phénoménologie du corps et le termine en 1950. Puis il se consacre à son premier grand ouvrage qui sera publié en 1963, L’essence de la manifestation. Il lui a en effet fallu de longues années de recherche pour surmonter la principale lacune de toute philosophie intellectualiste qui est l’ignorance de la vie telle que chacun l’éprouve.

Michel Henry a été, à partir de 1960, professeur de philosophie à l’Université de Montpellier où il a patiemment édifié son œuvre à l’écart des modes philosophiques et loin des idéologies dominantes. Le sujet unique de sa philosophie, c’est la subjectivité vivante, c’est-à-dire la vie réelle des individus vivants, cette vie qui traverse toute son œuvre et qui en assure la profonde unité en dépit de la diversité des thèmes abordés.

Une phénoménologie de la vie [modifier]

Le travail de Michel Henry est fondé sur la phénoménologie, qui est la science du phénomène. Le phénomène n’est pas ce qui apparaît, mais l'acte même d'apparaître. Sa réflexion le conduit au renversement de la phénoménologie de Husserl, qui ne connaît comme phénomène que l'apparaître du monde, c'est-à-dire l'extériorité. Michel Henry oppose à cette conception de la phénoménalité une phénoménologie radicale de la vie.

Michel Henry définit la vie d'un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir de se sentir et de « s'éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour Michel Henry, la vie est essentiellement force et affect, elle est par essence invisible, elle consiste en une pure épreuve de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie, elle est un passage toujours recommencé de la souffrance à la joie. La pensée n'est pour lui qu'un mode de la vie car ce n’est pas la pensée qui nous donne accès à la vie, mais c’est la vie qui permet à la pensée d’accéder à soi.

La vie ne se voit pas de l’extérieur, elle n’apparaît jamais dans l’extériorité du monde. La vie se sent et s’éprouve elle-même dans son intériorité invisible et dans son immanence radicale. Dans le monde nous ne voyons jamais la vie elle-même, mais seulement des êtres vivants ou des organismes vivants, nous ne pouvons pas voir la vie en eux. De même qu’il est impossible de voir l’âme d’autrui avec nos yeux ou de l’apercevoir au bout de notre scalpel.

Notre vie n’est pas son propre fondement, nous ne nous sommes pas apportés nous-mêmes et par nos propres moyens dans la condition de vivant, la vie nous est donnée en permanence sans que nous n’y soyons pour rien. Nous subissons la vie dans une passivité radicale, nous sommes réduits à la supporter à chaque instant comme ce que nous n’avons pas voulu, c’est cette passivité radicale de la vie qui est le fondement et la cause de la souffrance. Dans le même temps, le simple fait de vivre, d’être vivant et de se sentir soi-même plutôt que de n’être rien et de ne pas exister est déjà la plus grande joie et le plus grand des bonheurs. La souffrance et la joie appartiennent à l’essence de la vie, elles sont les deux tonalités affectives fondamentales de sa manifestation et de son auto-révélation pathétique.

Pour Michel Henry, la vie n’est pas une substance universelle, aveugle, impersonnelle et abstraite, elle est nécessairement la vie personnelle et concrète d’un individu vivant, elle porte en elle une Ipséité qui lui est consubstantielle et qui désigne le fait d’être soi-même, le fait d’être un Soi. Qu’il s’agisse de la vie personnelle et finie des hommes, ou de la vie personnelle et infinie de Dieu.

Des informations complémentaires sur cette conception phénoménologique de la vie peuvent être trouvées dans les articles sur la vie et sur la philosophie de la vie.

Une théorie de la subjectivité [modifier]

Alors que la question de l'être reprenait de l'importance en France dans la postérité de Heidegger, et que la question du sujet était relancée, Michel Henry a su combiner les apports les plus vivants de la philosophie pour produire ce qui reste aujourd'hui le dernier système philosophique complet. La vie en est le socle, elle est le principe indéductible, et donc l'essence de la vérité, de toute vérité. La vie, échappant par essence à toute mise à distance, à toute transcendance, confondant dans l'unité d'une épreuve la puissance spéculative d'un principe et la présence matérielle d'une expérience, la vie est le propos unique de Michel Henry.

Qu'elle soit brimée, retournant ses forces contre elle-même, qu'elle se déploie dans l'art, dans l'amour, dans le travail, la vie focalise toutes les préoccupations de sa pensée. La phénoménologie atteint donc ses limites, puisque la texture elle-même du phénoménal nous renvoie sans cesse à l'effectivité de la vie, qu'elle nécessite à titre de condition. C'est le sens du titre de l'ouvrage principal de Michel Henry, L'essence de la manifestation : le monde ne se déploie que devant un sujet, qui ne découvre cet espace d'extériorité que parce qu'il est d'abord en relation de passivité à l'égard de lui-même, comme vivant. Michel Henry a proposé la théorie de la subjectivité la plus profonde du XXe siècle.

Deux modes de manifestation [modifier]

Il existe selon Michel Henry deux modes de manifestation des phénomènes qui sont deux façons d’apparaître : l’extériorité qui est le mode de manifestation du monde visible, et l’intériorité phénoménologique qui est le mode de manifestation de la vie invisible. Notre corps par exemple nous est donné de l’intérieur dans la vie ce qui nous permet par exemple de bouger notre main ou de la sentir, et il nous apparaît également de l’extérieur comme n’importe quel autre objet que l’on peut voir dans le monde.

L’invisible dont il est question ici ne correspond pas à ce qui est trop petit pour être vu à l’œil nu ou à des rayonnements auxquels notre œil n’est pas sensible, mais à cette vie à jamais invisible parce qu’elle est radicalement immanente et qu’elle n’apparaît jamais dans l’extériorité du monde : personne n’a jamais vu une force, une pensée ou un sentiment dans leur réalité intérieure apparaître dans le monde, personne ne les a jamais trouvés en creusant les couches d’argile du sol.

Certaines de ses affirmations semblent à première vue paradoxales et difficiles à comprendre, non seulement parce qu’elles sont extraites de leur contexte, mais surtout à cause de nos habitudes de penser qui nous conduisent à réduire toute chose à son apparence visible dans le monde au lieu de chercher à atteindre sa réalité invisible dans la vie. C’est cette séparation entre l’apparence visible et la réalité invisible qui permet la dissimulation de nos véritables sentiments et qui fonde la possibilité de la feinte et de l’hypocrisie qui sont des formes de mensonges.

L’originalité de sa pensée [modifier]

Toute la philosophie depuis ses origines grecques ne reconnaît que le monde visible et l’extériorité comme seul mode de manifestation, elle est enfermée dans ce que Michel Henry appelle dans L’essence de la manifestation le « monisme ontologique », elle ignore complètement l’intériorité invisible de la vie, son immanence radicale et son mode de révélation originaire qui est irréductible à toute forme de transcendance et à toute extériorité. Lorsqu’il est question de la subjectivité ou de la vie, celles-ci ne sont jamais saisies dans leur pureté, elles sont systématiquement ramenées à la vie biologique, à leur rapport extérieur au monde, ou comme chez Husserl à une intentionnalité c’est-à-dire à une orientation de la conscience vers un objet qui lui est extérieur.

Michel Henry rejette le matérialisme, qui n’admet comme réalité que la matière, puisque la manifestation de la matière dans la transcendance du monde présuppose constamment la révélation de la vie à elle-même, que ce soit pour y accéder, pour pouvoir la voir ou pour pouvoir la toucher. Il rejette également l’idéalisme, qui ramène l’être à la pensée et qui est incapable par principe de saisir la réalité de l’être qu’il réduit à une image irréelle, à une simple représentation. Pour Michel Henry, la révélation de l’absolu réside dans l’affectivité et se trouve constituée par elle.

La profonde originalité de la pensée de Michel Henry et sa nouveauté radicale par rapport à toute philosophie antérieure explique la réception assez limitée de sa philosophie, une philosophie pourtant admirable par sa rigueur et par sa profondeur. Mais il s’agit d’une pensée à la fois difficile et exigeante, même si le thème central et unique de la vie phénoménologique dont elle cherche à communiquer l’expérience est ce qu’il y a de plus simple et de plus immédiat. Une immédiateté et une transparence absolue de la vie qui explique la difficulté de la saisir au moyen d’une pensée : il est beaucoup plus facile de parler de ce que l’on voit que de cette vie invisible qui échappe par principe à tout regard extérieur.

La réception de sa philosophie [modifier]

Sa thèse sur L’essence de la manifestation a été accueillie chaleureusement par les membres du jury qui ont reconnu la valeur intellectuelle et le sérieux de son auteur, pourtant cette thèse n’a guère eu d’influence sur leurs travaux ultérieurs. Son ouvrage prophétique sur Marx a été rejeté par les marxistes qui étaient durement critiqués, comme par ceux qui refusaient de voir en Marx un philosophe et qui le réduisaient à un idéologue responsable du marxisme. Son livre sur La barbarie a été considéré par certains comme un discours anti-scientifique un peu simpliste et trop tranchant. Pourtant la technique poursuit son développement aveugle et sans limite au mépris trop souvent de la vie.

Quant à ses ouvrages sur le christianisme, ils semblent avoir plutôt déçu certains théologiens professionnels et exégètes catholiques qui se sont contentés de relever et de corriger ce qu’ils considéraient comme des « erreurs dogmatiques ». Son livre C’est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme a fait l’objet d’un pamphlet dans Le tournant théologique de la phénoménologie française de la part de Dominique Janicaud qui ne voit dans l’immanence de la vie que l’affirmation d’une intériorité tautologique. Antoine Vidalin vient cependant de publier un livre intitulé La parole de la Vie dans lequel il montre que la phénoménologie de Michel Henry permet une approche renouvelée de tous les domaines de la théologie.

Comme le dit Alain David dans un article paru dans la Revue philosophique de la France et de l’Etranger (numéro 3 de juillet - septembre 2001), la pensée de Michel Henry semble trop radicale, elle change trop profondément nos habitudes de penser, sa réception se fait difficilement, même si tous ses lecteurs se disent impressionnés par sa « puissance », par « l’effet sidérant » d’une pensée qui « déblaye tout sur son passage », qui « provoque l’admiration » et qui pourtant « n’emporte pas la conviction ». Car on ne sait pas si l’on est confronté à « la violence d’une parole prophétique ou à une pure folie ». Rolf Kühn affirme également dans cette même revue, pour expliquer la difficile réception de l’œuvre de Michel Henry, que « si l’on ne pactise avec aucun pouvoir de ce monde, on se soumet inévitablement au silence et aux critiques de tous les pouvoirs possibles, puisqu’on rappelle à toute institution que son pouvoir visible ou apparent n’est, en somme qu’une impuissance, car personne ne s’apporte lui-même dans la vie phénoménologique absolue. »

Ses ouvrages ont pourtant fait l’objet de nombreuses traductions, notamment en anglais, en allemand, en espagnol, en italien, en portugais et en japonais. Un nombre important d’ouvrages lui ont été consacrés, surtout en français, mais aussi en allemand, en espagnol et en italien. Plusieurs colloques internationaux ont également été consacrés à la pensée de Michel Henry à Beyrouth, Cerisy, Namur, Prague et Paris. Michel Henry est considéré par ceux qui connaissent son œuvre et qui reconnaissent la valeur de son travail comme l’un des philosophes contemporains les plus importants, et sa phénoménologie de la vie commence à « faire école ». Un Centre d’études Michel Henry a même été créé à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (Liban) sous la direction du Professeur Jad Hatem.

Conséquences de sa philosophie [modifier]

Sur les problèmes de société [modifier]

Michel Henry a fait un travail important sur Karl Marx, qu’il considère paradoxalement comme l'un des premiers penseurs chrétiens et comme l’un des plus grands philosophes de l’Occident, du fait de l'importance qu'il accorde dans sa pensée au travail vivant et à l'individu vivant en lequel il voit le fondement de la réalité économique. La raison pour laquelle la véritable pensée de Marx a été si mal comprise et si mal interprétée tient à l’ignorance complète des écrits philosophiques fondamentaux de cet auteur dans la constitution de la doctrine officielle du marxisme du fait de leur publication très tardive, par exemple en 1932 seulement pour L’idéologie allemande.

Dans son essai sur La barbarie, Michel Henry s’interroge sur la science, qui se fonde sur l’idée d’une vérité universelle et comme telle objective et qui conduit donc à l’élimination des qualités sensibles du monde, de la sensibilité et de la vie. La science n’est pas mauvaise en soi aussi longtemps qu’elle se borne à étudier la nature, mais elle tend à exclure toutes les formes traditionnelles de culture, à savoir l’art, l’éthique et la religion. La science livrée à elle-même conduit à la technique dont les processus aveugles se développent d’eux-mêmes de façon monstrueuse sans référence à la vie.

La science est une forme de culture dans laquelle la vie se nie elle-même et se refuse toute valeur, elle est une négation pratique de la vie, qui se prolonge dans une négation théorique sous la forme de toutes les idéologies qui ramènent tout savoir possible à celui de la science, à savoir les sciences humaines dont l’objectivité même les prive de leur objet : que valent des statistiques face au suicide, que disent-elles du désespoir dont il procède ? Ces idéologies ont envahi l’université et la précipitent vers sa destruction par l’élimination de la vie de ses recherches et de son enseignement. La télévision est la vérité de la technique, elle est la pratique par excellence de la barbarie, elle réduit tout événement à l’actualité, à des faits incohérents et insignifiants.

Cette négation de la vie résulte selon Michel Henry de la « maladie de la vie », de son secret mécontentement de soi qui la conduit à se nier elle-même, à se fuir elle-même pour fuir son angoisse et sa propre souffrance. Dans le monde moderne, nous sommes presque tous condamnés dès notre enfance à fuir notre angoisse et notre propre vie dans la médiocrité de l’univers médiatique, une fuite de soi et un mécontentement qui conduisent à la violence, au lieu de recourir aux formes traditionnelles les plus élaborées de la culture qui permettaient le dépassement de cette souffrance et sa transformation en joie. La culture subsiste malgré tout, mais dans une sorte d’incognito, elle est vouée à la clandestinité dans notre société matérialiste qui est en train de sombrer dans la barbarie.

Le communisme et le capitalisme ne sont pour Michel Henry que les deux visages d’une même mort, qui consiste en une même négation de la vie. Le marxisme élimine la vie individuelle au profit d’abstractions universelles comme la société, le peuple, l’histoire ou les classes sociales. Le marxisme est une forme de fascisme, c’est-à-dire une doctrine qui procède de l’abaissement de l’individu dont elle considère l’élimination comme légitime. Tandis que le capitalisme substitue des entités économiques telles que l’argent, le profit ou l’intérêt aux besoins véritables de la vie. Le capitalisme reconnaît cependant la vie comme source de la valeur, le salaire étant la représentation objective du travail réel subjectif et vivant. Mais le capitalisme cède progressivement la place à l’exclusion de la subjectivité par la technique moderne, qui remplace le travail vivant par des processus techniques automatisés, éliminant du même coup le pouvoir de créer de la valeur et ainsi la valeur elle-même : les biens sont produits en abondance, mais le chômage augmente et l’argent manque constamment pour les acheter. Ces thèmes sont développés dans son livre Du communisme au capitalisme, théorie d’une catastrophe.

Le prochain livre qu’il projetait d’écrire devait s’intituler Le Livre des Morts et devait traiter de ce qu’il appelait la "subjectivité clandestine". Un thème qui évoque la condition de la vie dans le monde moderne et qui fait aussi allusion à son engagement dans la Résistance et à son expérience personnelle de la clandestinité.

Sur l’art et la peinture [modifier]

Michel Henry était un grand admirateur et connaisseur de la peinture ancienne, de la grande peinture classique qui précède la figuration scientiste des XVIIIe et XIXe siècles, mais aussi des créations abstraites qui résultent d’une quête spirituelle authentique comme celles du fondateur de l’art abstrait, le peintre Wassily Kandinsky. Michel Henry lui a consacré un très beau livre intitulé Voir l’invisible, sur Kandinsky où il décrit son œuvre en des termes magnifiques. Il analyse dans cet ouvrage les écrits théoriques de Kandinsky sur l’art et sur la peinture dans leur dimension spirituelle et culturelle comme moyen d’accroissement de soi et d’affinement de notre sensibilité. Il explore les moyens de la peinture que sont les formes et les couleurs, il étudie leurs effets sur la vie intérieure de celui qui les regarde émerveillé en suivant les analyses rigoureuses et presque phénoménologiques qu’en propose Kandinsky. Il nous explique que toute forme de peinture susceptible de nous émouvoir est en réalité abstraite, c’est-à-dire qu’elle ne se contente pas de reproduire le monde, mais cherche à exprimer cette force invisible et cette vie invisible que nous sommes. Il évoque aussi la grande pensée de Kandinsky qui est la synthèse des arts, leur unité dans l’art monumental ainsi que la dimension cosmique de l’art.

Sur le christianisme [modifier]

La Vie s’aime elle-même d’un amour infini et ne cesse de s’engendrer elle-même, elle ne cesse d’engendrer chacun de nous comme son fils ou sa fille bien-aimés dans le présent éternel de la vie. La Vie n’est pas autre chose que cet absolu d’amour que la religion appelle Dieu. C’est pourquoi la Vie est sacrée et c’est pour cela que personne n’a le droit de l’agresser ou de porter atteinte à elle. Le problème du mal est celui de la mort, c’est-à-dire de la dégénérescence de cette condition originelle de Fils de Dieu, lorsque la vie se retourne contre elle-même dans la haine ou le ressentiment. Car comme le dit Jean dans sa première épître, celui qui n’aime pas demeure dans la mort, tandis que quiconque aime est né de Dieu. Le commandement d’aimer n’est pas une loi éthique, mais la Vie elle-même. Ces thèmes sont développés dans son livre C’est moi la Vérité, pour une philosophie du christianisme.

Comme il le dit dans son dernier livre Paroles du Christ, c’est dans le cœur que parle la vie, dans son auto-révélation pathétique immédiate, mais ce cœur est aveugle à la Vérité, il est sourd à la parole de Vie, il est dur et égoïste, et c’est de lui que vient le mal. C’est dans la violence de son auto-révélation silencieuse et implacable, qui porte témoignage contre cette vie dégénérée et contre le mal qui en provient, que se tient le Jugement qui est identique à la venue de chaque Soi en lui-même et auquel nul ne peut échapper.

Dans son livre Incarnation, une philosophie de la chair, Michel Henry commence par opposer la chair vivante et sensible, telle que nous l’éprouvons en permanence de l’intérieur, au corps matériel et inerte, tel que nous pouvons le voir de l’extérieur, semblable aux autres objets que l’on trouve dans le monde. La chair ne correspond pas du tout dans sa terminologie à la partie molle de notre corps matériel et objectif, par opposition aux os par exemple, mais à ce qu’il appelait dans ses livres antérieurs notre corps subjectif. Pour Michel Henry, un objet ne possède pas d’intériorité, il n’est pas vivant, il ne se sent pas lui-même et ne sent pas qu’on le touche, il ne fait pas l’expérience subjective d’être touché. Après avoir situé le problème difficile de l’incarnation dans une perspective historique en remontant à la pensée des Pères de l’Église, il fait dans cet ouvrage une relecture critique de la tradition phénoménologique qui aboutit au renversement de la phénoménologie. Il propose ensuite d’élaborer une phénoménologie de la chair qui conduit à la notion de chair originaire non constituée mais donnée dans l’archi-révélation de la Vie, ainsi qu’une phénoménologie de l’Incarnation.

Bien que la chair soit traditionnellement comprise comme le siège du péché, elle est aussi pour le christianisme le lieu du salut, qui consiste en la déification de l’homme, c’est-à-dire dans le fait de devenir Fils de Dieu, de revenir à la Vie éternelle et de renaître à la Vie absolue que nous avions oubliée en nous perdant dans le monde, en ne nous souciant que des choses et de nous-mêmes. Dans la faute, nous faisons l’expérience tragique de notre impuissance à faire le bien que l’on voudrait faire et de notre incapacité à éviter le mal. Ainsi face au corps magique de l’autre, c’est le désir angoissé de rejoindre la vie en lui qui conduit à la faute. Dans la nuit des amants, l’acte sexuel accouple deux mouvements pulsionnels, mais le désir érotique échoue dans le désir d’atteindre le plaisir de l’autre là où il est éprouvé, dans une fusion amoureuse totale. La relation érotique se double cependant d’une relation affective pure, étrangère à l’accouplement charnel, une relation faite de reconnaissance réciproque ou d’amour. C’est cette dimension affective qui est niée dans cette forme de violence qu’est la pornographie, qui arrache la relation érotique au pathos de la vie pour la livrer au monde, et qui consiste en une véritable profanation de la vie.

Sur la psychanalyse [modifier]

Michel Henry a fait une étude de la genèse historique et philosophique de la psychanalyse à la lumière de la phénoménologie de la vie dans son livre Généalogie de la psychanalyse, le commencement perdu, dans lequel il montre que la notion freudienne d’inconscient résulte de l’incapacité de Freud, son fondateur, à penser l’essence de la vie dans sa pureté. La représentation refoulée n’est pas de l’inconscient, elle n’est simplement pas formée : l’inconscient n’est qu’une représentation vide, il n’existe pas, ou plutôt le véritable inconscient, c’est la vie elle-même dans sa réalité pathétique. Et ce n’est pas le refoulement qui provoque l’angoisse, dont l’existence tient au seul fait de pouvoir, mais l’énergie psychique ou la libido inemployée. Quant à la notion de conscience, elle signifie simplement le pouvoir de voir, elle n’est qu’une conscience d’objet qui conduit à une subjectivité vide.

Citations de Michel Henry [modifier]

Sur l’affectivité [modifier]

  • « L'affectivité a déjà accompli son œuvre quand se lève le monde. » (L'essence de la manifestation, § 54)
  • « La souffrance forme le tissu de l'existence, elle est le lieu où la vie devient vivante, la réalité et l'effectivité phénoménologique de ce devenir. » (L'essence de la manifestation, § 70)
  • « La puissance du sentiment est le rassemblement édificateur, l’être saisi par soi, son embrasement, sa fulguration, est le devenir de l’être, le surgissement triomphant de la révélation. Ce qui advient, dans le triomphe de ce surgissement, dans la fulguration de la présence, dans la Parousie et, enfin, quand il y a quelque chose plutôt que rien, c’est la joie. » (L'essence de la manifestation, § 70)
  • « Mais la joie n'est rien au sujet de quoi elle puisse être joyeuse. Loin de venir après la venue de l'être et de s'émerveiller devant lui, elle lui est consubstantielle, le fonde et le constitue. » (L'essence de la manifestation, § 70)

Sur les problèmes de société [modifier]

  • « Le marxisme est l'ensemble des contresens qui ont été faits sur Marx. » (Marx, une philosophie de la réalité)
  • « Ce n'est donc pas l'autoréalisation que l'existence médiatique propose à la vie, c'est la fuite, l'occasion pour tous ceux que leur paresse, refoulant leur énergie, rend à jamais mécontents d'eux-mêmes d'oublier ce mécontentement. » (La barbarie)
  • « Aucune abstraction, aucune idéalité n'a jamais été en mesure de produire une action réelle ni, par conséquent, ce qui ne fait que la figurer. » (Du communisme au capitalisme)
  • « Quand ce qui ne sent rien et ne se sent pas soi-même, n'a ni désir ni amour, est mis au principe de l'organisation du monde, c'est le temps de la folie qui vient, car la folie a tout perdu sauf la raison. » (Du communisme au capitalisme)

Sur l’art et la peinture [modifier]

  • « Le spectacle de la beauté qui s'incarne dans un être vivant est infiniment plus émouvant que celui de l'œuvre la plus grandiose. » (L'amour les yeux fermés)
  • « Qui voudra représenter cette force représentera la colonne, les lourds blocs de pierre du fronton et du toit – représentera le temple, représentera le monde. Briesen dessine la force de la musique, la force originelle de la Souffrance et de la Vie : il ne dessine rien. » (Article « Dessiner la musique, théorie pour l’art de Briesen », dans Phénoménologie de la vie, tome III)
  • « Nous regardons pétrifiés, immobiles eux aussi ou évoluant lentement sur le fond d’un firmament nocturne, les hiéroglyphes de l’invisible. Nous les regardons : des forces qui sommeillaient en nous et attendaient depuis des millénaires, depuis le commencement, obstinément, patiemment, les forces qui éclatent dans la violence et le rutilement des couleurs, qui déroulent les espaces et engendrent les formes des mondes, les forces du cosmos se sont levées en nous, elles nous entraînent hors du temps dans la ronde de leur jubilation et ne nous lâchent pas, elles n’arrêtent pas – parce que même elles ne pensaient pas qu’il fût possible d’atteindre « un tel bonheur ». L'art est la résurrection de la vie éternelle. » (Voir l'invisible, sur Kandinsky)

Sur le christianisme [modifier]

  • « La communauté est une nappe affective souterraine et chacun boit la même eau à cette source et à ce puits qu'il est lui-même. » (Phénoménologie matérielle)
  • « J'entends à jamais le bruit de ma naissance. » (C'est moi la Vérité, pour une philosophie du christianisme)
  • « Naître, ce n’est pas venir dans le monde. Naître, c’est venir dans la vie. » (C'est moi la Vérité, pour une philosophie du christianisme)
  • « Aucun objet n'a jamais fait l'expérience d'être touché. » (Incarnation, une philosophie de la chair)
  • « Ma chair n’est donc pas seulement le principe de la constitution de mon corps objectif, elle cache en elle sa substance invisible. Telle est l’étrange condition de cet objet que nous appelons un corps : il ne consiste nullement en ces espèces visibles auxquelles on le réduit depuis toujours ; en sa réalité précisément il est invisible. Personne n’a jamais vu un homme, mais personne n’a jamais vu non plus son corps, si du moins par « corps » on entend son corps réel. » (Incarnation, une philosophie de la chair)
  • « Notre chair porte en elle le principe de sa manifestation, et cette manifestation n’est pas l’apparaître du monde. En son auto-impressionnalité pathétique, en sa chair même, donnée à soi en l’Archi-passibilité de la Vie absolue, elle révèle celle-ci qui la révèle à soi, elle est en son pathos l’Archi-révélation de la Vie, la Parousie de l’absolu. Au fond de sa Nuit, notre chair est Dieu. » (Incarnation, une philosophie de la chair)
  • « La vie est incréée. Étranger à la création, étranger au monde, tout procès conférant la Vie est un procès de génération. » (Paroles du Christ)

Description de quelques livres [modifier]

Sur les problèmes de société [modifier]

  • La barbarie : La culture, qui est l'auto-développement de la vie, est menacée dans notre société par la barbarie de l’objectivité monstrueuse de la technoscience, dont les idéologies rejettent toute forme de subjectivité, tandis que la vie est condamnée à fuir son angoisse dans l'univers médiatique.
  • Du communisme au capitalisme, théorie d'une catastrophe : L'effondrement des régimes communistes de l'Est correspond à la faillite d'un système qui prétendait nier la réalité de la vie au profit d'abstractions faussement universelles. Mais la mort est aussi au rendez-vous dans l'empire du capitalisme et de la technique moderne.

Sur l'art et la peinture [modifier]

  • Voir l'invisible, sur Kandinsky : L'art peut sauver de son désarroi l'homme abandonné de notre civilisation technique. C’est cette quête qui a conduit Kandinsky à la création de la peinture abstraite. Il ne s'agit plus de représenter le monde mais notre vie intérieure, au moyen de lignes et de couleurs qui correspondent à des forces et à des sonorités intérieures.

Sur le christianisme [modifier]

  • C'est moi la Vérité, pour une philosophie du christianisme : Ce livre met en évidence le genre de vérité que le christianisme cherche à transmettre aux hommes. Le christianisme oppose à la vérité du monde la Vérité de la Vie, selon laquelle l'homme est le Fils de Dieu. L'autorévélation de la Vie qui s'éprouve elle-même dans son intériorité invisible est l'essence de Dieu qui fonde tout individu. Dans le monde, Jésus a l'apparence d'un homme, mais c'est dans la Vérité de la Vie qu’il est le Christ, le Premier Vivant.
  • Incarnation, une philosophie de la chair : La chair vivante s’oppose radicalement au corps matériel. Car c'est la chair qui, s'éprouvant soi-même, jouissant de soi selon des impressions toujours renaissantes, est capable de sentir le corps qui lui est extérieur, de le toucher et d'être touchée par lui. C'est la chair qui nous permet de connaître le corps. La parole fondamentale du prologue de l’Évangile de Jean, qui dit que le Verbe s’est fait chair, affirme cette thèse invraisemblable que Dieu s’est incarné dans une chair mortelle semblable à la notre, elle affirme l’unité du Verbe et de la chair dans le Christ. Qu’est-ce que la chair pour être le lieu de la révélation de Dieu, et en quoi consiste cette révélation ?
  • Paroles du Christ : L'homme peut-il entendre dans son propre langage la parole de Dieu, une parole qui parle dans un autre langage que le sien ? Les paroles du Christ semblent à beaucoup d’une prétention démesurée car elles ne prétendent pas seulement transmettre la vérité ou une révélation divine, mais être elle-même cette Révélation et cette Vérité, la Parole de Dieu lui-même, de ce Dieu que le Christ dit être lui-même.

Œuvres littéraires [modifier]

  • Le jeune officier : Ce premier roman évoque la lutte d’un jeune officier contre le mal incarné par des rats sur un navire.
  • L’amour les yeux fermés : Ce roman qui a obtenu le prix Renaudot est le récit de la destruction d’une ville arrivée au sommet de son développement et son raffinement et qui est atteinte par un mal insidieux.
  • Le fils du roi : Ce livre est l’histoire de la vie enfermée dans un hôpital psychiatrique et confrontée à la rationalité des psychiatres.
  • Le cadavre indiscret : Ce roman nous raconte l’inquiétude des assassins du trésorier occulte trop honnête d’un parti politique qui financent une enquête pour savoir ce que l’on sait vraiment d’eux et pour se rassurer.

Œuvres [modifier]

Œuvres philosophiques [modifier]

  • L’Essence de la manifestatio
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12 mars 2007 1 12 /03 /mars /2007 18:25

Philip K. Dick

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Philip Kindred Dick, mieux connu sous le nom de plume Philip K. Dick, (16 décembre 1928 à Chicago - 2 mars 1982 à Santa Ana, 56 km au sud de Los Angeles, Californie) était un auteur américain de romans et de nouvelles de science-fiction.

Sommaire

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Biographie [modifier]

Jeunesse [modifier]

La mort de sa sœur jumelle, Jane Charlotte, le 26 janvier 1929 (alors à peine âgée de 6 semaines), l'affecte profondément jusqu'à la fin de sa vie. Ce décès assez incompréhensible est attribué à une allergie au lait maternel. Toute sa vie Philip Dick ressent qu'une partie de lui-même est manquante, ce qui est très probablement à l'origine de la dualité exceptionnellement forte de son œuvre. (On en voit un écho dans son roman "Dr Bloodmoney", en la personne du petit frère "interne", mort-né, en relation télépathique avec son jumeau adulte ). Assez jeune, il souffre de vertiges et plus tard on lui diagnostique une schizophrénie qui sera réfutée par la suite. Terrorisé par ce qu'il imagine dans son esprit, il découvre la science-fiction dans le magazine de nouvelles Stirring Science Stories et y décèle la seule issue possible pour extérioriser ses angoisses intérieures.

À quatre ans, ses parents divorcent et il reste seul avec sa mère, à Berkeley. Bien que le psychologue conjugal ait prédit que la séparation n'affecterait pas l'enfant, celui-ci s'en plaindra pourtant toute sa vie. Son père rompt définitivement toute relation avec la famille.

Après avoir commencé à l'Université de Californie des études philosophiques qu'il ne terminera jamais (le maccarthysme étant alors à son apogée, il est renvoyé pour sympathies communistes), il s'adonne à sa passion principale : la musique, au point d'en faire son métier. Il travaille en effet comme programmateur pour une station de radio, et dans le même temps, comme vendeur de disques dans un magasin à Berkeley, Universal Music. On reconnaît là de nombreux éléments autobiographiques utilisés dans "Radio free Albemuth", son fascinant roman posthume et paranoïde, qui recrée avec un remarquable pouvoir évocateur l'époque très particulière ou se préparait, à Berkeley, la vague hippie et les mouvements ultérieurs des années 60.

La plupart des biographes supposent que ce sont les pulps américains (Galaxy, Fantasy and Science-fiction, Astounding Stories, etc.) qui lui ont fait découvrir la science-fiction. Alors qu'il est encore au collège, il commence à écrire ses premiers textes de SF (et de poésie), dont certains sont publiés dans le Berkeley Gazette, le tout premier étant The Devil, daté du 23 janvier 1942.

En mai 1948, Jeanette Marlin devient sa première femme. Il en divorcera 6 mois plus tard (leurs centres d'intérêt divergeaient totalement) pour se remarier en juin 1950 avec Kleo Apostolides, d'origine grecque, militante gauchiste mineure, fichée au FBI car accusée de communisme. Dick doit alors affronter la visite de deux agents fédéraux, qui lui demandent d'enquêter sur sa femme. Il refuse, mais finit pourtant par se lier avec l'un d'entre eux, George Scruggs, fasciné par les discours de Dick et sa profession mystérieuse d'écrivain. Là encore, cette épouse ultragauchiste et ces évènements sont relatés presque sans changement dans "Radio free albemuth"

Écrivain [modifier]

Poussé par sa femme, il entame en 1952 une carrière d'écrivain professionnel. Ses débuts sont ignorés par le monde de la SF qui regarde avec circonspection cet auteur dont les concepts scientifiques sont assez bizarres et le style littéraire non exempt de défauts. Après de très nombreuses nouvelles écrites durant cette période, comme Beyond Lies the Wub, Mr Spaceship, The Gun, The Variable Man, The Builder, Second Variety, pour ne citer que les plus connues, il décide de se lancer dans le roman, plus rémunérateur.

Son premier roman, Loterie solaire, très politique, est publié en 1955. Il s'inspire de l'idée des stratégies mixtes en théorie des jeux pour suggérer l'idée qu'en contexte concurrentiel des nations il peut être avantageux de tirer au sort les gouvernants avec une périodicité aléatoire.

Côté vie de famille, les relations se dégradent peu à peu. Dick, qui écrit surtout la nuit, ne peut plus supporter de voir sa femme plus active que lui, et le regard des voisins, qui le voient chaque matin paresser dans la véranda, le met mal à l'aise. Il se sent sans cesse traqué, épié, surveillé. Pour réussir à soutenir un rythme de travail rapide, il prend toutes sortes de médicaments, en particulier des amphétamines, qui le plongent régulièrement dans des dépressions terribles.

Son côté paranoïde s'amplifie au fil des mois : s'il ne réussit pas, estime-t-il, c'est parce qu'il est victime de complots fomentés contre lui. Un double effet joue en fait contre lui :

  • la science-fiction n'est plus un genre à la mode, le phénomène des pulps étant passé.
  • le style de Dick arrive trop en avance pour le public des États-Unis de l'époque, dont l'humeur est davantage à l'euphorie qu'à la suspicion. Ses nouvelles et romans ne rencontreront le succès en France qu'après 1968 et aux États-Unis que dans la foulée du film Blade runner.

Cela n'arrange en rien, dans l'immédiat, la situation psychologique ni financière du romancier.

Il divorce de sa femme en 1958 et rencontre Anne Williams Rubinstein, dont le mari vient de mourir. Commence un flirt où Anne et Philip ont l'impression de se comprendre l'un et l'autre comme s'ils n'avaient jamais connu personne d'autre. Les trois petites filles de Anne se lient très vite avec ce gros homme barbu qui débarque chez elles sans crier gare et épouse leur mère le 1eravril 1959. Une fille, Laura Archer, naît de cette union le 25 février 1960.

La femme de Philip l'encourage à écrire une œuvre qui fasse de lui un auteur célèbre et reconnu. Il commence alors la rédaction du Maître du Haut Château.

Encore une fois, le couple tourne mal. Anne voit en Dick l'image d'un écrivain qu'il n'est pas et ne tient pas à être, celui-ci ne pouvant se décider à abandonner son genre de prédilection, la science-fiction, bien que son rêve soit d'être reconnu comme écrivain de littérature générale. Sa femme ouvre une bijouterie. Philip se sent une nouvelle fois entretenu par sa femme, bon à rien. Il soupçonne Anne d'avoir contre lui des idées de meurtres.

Il déclarera plus tard : « C'était une psychotique meurtrière. Elle me faisait peur et par deux fois elle a tenté de me tuer. »

Lorsque Anne quitte la maison en emmenant sa fille, il sombre dans la dépression. Le divorce a lieu en 1964.

En 1962, Le Maître du Haut Château est publié : c'est un immense succès. Un public "dickien" commence à se créer, enthousiasmé par l'œuvre. L'année suivante, le roman gagne le prix Hugo. En 1963 et 1964, il enchaîne les romans : Les Clans de la lune alphane, Nous les martiens, Simulacres et le Dieu venu du Centaure, ce dernier étant l'un de ses romans les plus connus.

En 1964, il se remarie avec Nancy Hackett, qui a 21 ans. Il a avec elle un second enfant, Isolde Freya (surnommée tout simplement Isa). À nouveau, le mariage ne fonctionne pas. Dick accuse sa femme de « vouloir faire comme les autres », et de chercher malgré lui à l'intégrer dans ce qu'il appelle « la bonne société californienne ». La vie mondaine ne l'intéresse pas : il se consacre entièrement à ses livres, et sort de moins en moins de chez lui. Les assassinats de John F. Kennedy et de Martin Luther King le révoltent, et il cesse de voter cette même année.

Durant cette période, Dick écrit Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, qui servira de base au film Blade Runner, mais aussi et surtout Ubik qui sera plus tard vu comme le chef-d'œuvre de l'écrivain.

En 1970, il est au bout du rouleau : il a de forts ennuis avec le fisc et sa femme, l'actualité mondiale le rend amer (en particulier la guerre du Viêt Nam). Il écrit à cette époque Coulez mes larmes, dit le policier, qui porte l'empreinte de sa déprime du moment. Nancy part en emmenant Isa en septembre.

Cette période est la plus sombre de sa vie. Seul, abandonné par sa femme, l'auteur ouvre sa maison à tous les drogués, hippies ou junkies de passage. Plus une journée ne passe sans qu'il se drogue, ce qui provoque chez lui de longues périodes de délire. Cette expérience le pousse à écrire Substance mort, écrit en 1975, publié en 1977.

Il cherche à plusieurs reprises, sans succès, à se faire interner en hôpital psychiatrique, parvenant cependant à passer quelques jours en salle d'examination. Dick est peut-être paranoïaque, schizophrène, mais ne présente pas les symptômes caractéristiques d'un drogué dur : il est bien en chair et en forme physiquement.

Le 17 novembre 1971, un événement bouleverse sa vie. Lorsqu'il rentre chez lui, il trouve « les fenêtres fracassées, les portes fracturées, les serrures forcées » et constate « la disparition de plusieurs de [ses] affaires : on avait fait sauter [son] armoire-classeur à l'épreuve du feu, manifestement au moyen d'explosifs du type plastic », classeur où il conservait tous ses « trésors » : textes, vieux pulps de sa jeunesse, collections diverses... Aussitôt, ses peurs paranoïaques remontent à la surface : il accuse tour à tour le FBI et le KGB de vouloir attenter à sa vie.

Puis il part s'installer à Vancouver, qu'il a découvert lors d'une conférence de science-fiction le 12 février 1972, et où il a directement envisagé d'émigrer. Il tente de refaire sa vie là-bas, tombe plusieurs fois amoureux de filles bien plus jeunes que lui, qui le repoussent à chaque fois, prenant souvent peur devant cet homme gauche qui réclame leur affection. Il tente alors de se suicider, en prenant une forte dose de tranquillisants.

Il survit, et se fait interner à X-Kalay, centre de désintoxication pour héroïnomanes (bien qu'il ne ressemblât pas du tout, comme on l'a vu auparavant, à un drogué de ce type, ni n'en fût réellement un). Il y découvre l'enfer des drogués durs, dont le cerveau a subi des lésions irrémédiables.

Après trois semaines à X-Kalay, Dick émigre à Fullerton. Il est hébergé par deux étudiantes fans de ses œuvres, et rencontre l'écrivain amateur Tim Powers.

En juillet, il fait la connaissance de Tessa Busby, jeune fille réservée, qui a alors dix-huit ans. Le couple emménage et ils fondent ensemble un foyer. Il recommence alors à écrire.

L'Europe, en particulier la France, commence à s'intéresser à lui. Substance Mort se voit publié durant cette période, ainsi que la version finale de Coulez mes larmes, dit le policier, qui gagne en février 1974 le prix Nebula et le prix Hugo. On lui propose d'adapter Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? en film.

Dick avait fait de son corps, comme l'écrit Emmanuel Carrère dans sa biographie, « un shaker à cocktails chimiques ». À cette époque, on parlait beaucoup des flashbacks d'acide, où les anciens drogués des années soixante avaient soudain des hallucinations hors du commun, et pouvaient être pris de pulsions meurtrières inattendues, phénomène qui faisait peur et fascinait les américains moyens. Peut-être cela explique-t-il la raison qui poussa Philip à verser dans le mystique, lui qui avait toujours voulu prouver que notre monde était faux, qu'il existait une réalité supérieure, et que lui seul semblait s'en apercevoir.

Il s'abonna à des revues sectaires, lut les publications de l'église de scientologie, prétendit avoir plusieurs révélations divines, et, invité en 1977 à une conférence de SF à Metz en France, prononça devant une foule ébahie un discours très étrange où il expliqua qu'il aurait été contacté par des extra-terrestres en mars 1974 et qu'il entretenait avec eux, depuis cette date, une correspondance.

L'Exégèse, ouvrage énorme, date de cette époque. Il s'agit d'un essai où toutes ses révélations sont soigneusement notées, et où s'affrontent Philip K. Dick et Horselover Fat, unique et même personnage (Philippe signifie en grec « l'ami des chevaux » qui s'écrit en anglais « horse lover » ; Dick signifie gros en allemand, « fat » en anglais). Dans plusieurs de ses romans de cette dernière période, l'ancien président Richard Nixon, sous son nom (dans VALIS) ou une version fictive, apparaît comme une figure maléfique de ce que Dick qualifie d'"Empire" (L'Empire n'a jamais pris fin est une phrase récurrente dans VALIS).

Il a un accident vasculaire cérébral le 18 février 1982, et meurt le 2 mars 1982 d'une défaillance cardiaque quelques jours avant la sortie du film Blade Runner tiré de son roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Il commençait juste à en recevoir les droits d'auteur. Il est enterré à Fort Morgan, aux côtés de sa sœur Jane, sans avoir jamais su à quel point son œuvre allait devenir mythique.

En France, le quotidien Libération a publié sa nécrologie le même jour que celle d'un autre écrivain, Georges Perec, décédé le 3 mars. Les deux articles se trouvaient des deux côtés d'une même feuille du journal.

Il a publié 36 romans et cinq recueils de nouvelles.

En 1983, un an après sa mort, un prix littéraire est créé en son hommage et baptisé le Prix Memorial Philip K. Dick.

Œuvre [modifier]

Toutes les histoires de Philip K. Dick ont pour thèmes la modification de la réalité et la manipulation de cette réalité. Ils sont particulièrement présents dans les nouvelles Jeu de guerre, Souvenir à vendre, ainsi que dans les romans Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, La vérité avant-dernière, Le dieu venu du centaure ou Ubik.

Nombreux sont ceux qui pensent que ces caractéristiques proviennent directement de la paranoïa qui marquait sa santé mentale fragile, notamment en raison de sa consommation de drogues (surtout des amphétamines) et de médicaments. Mais la critique sociale et le cynisme des puissants qui "imposent une réalité fictive" sont aussi très présents chez lui.

Il est très connu pour avoir créé dans ses romans une atmosphère glauque, inspirant ainsi les cyberpunks bien qu'il ait vécu trop tôt pour les connaître. Mais cette atmosphère « glauque » tient en fait à l'intrigue héritée du gnosticisme qui hante la plupart des romans de Dick : le faux, qui régit ce monde, et que nous percevons comme le vrai, doit être démasqué.

Durant les dernières années de sa vie, il consacre la plupart de son temps à écrire l'Exégèse, texte monumental sur son œuvre dont une seule partie est publiée aux États-Unis. Elle est issue des interrogations de Dick sur une expérience mystique qu'il a vécue en mars 1974, laquelle est aussi à l'origine de Siva, œuvre emblématique de la fin de sa vie. On y trouve des fragments de l'Exégèse, à l'intérieur d'une histoire qui est une véritable mise en abyme de sa propre vie. À sa mort on découvre chez lui plus de 8 000 pages du dialogue qu'il entretient avec lui-même depuis cette expérience. Un exemple parmi d'autres : en écoutant la chanson des Beatles Strawberry Fields Forever, il diagnostique que son fils est atteint d'une hernie inguinale, ce qui sera confirmé par des examens ultérieurs.

Il existe deux biographies en français sur Dick :

  • Emmanuel Carrère Je suis vivant et vous êtes morts, Seuil - collection Points, 1993. Carrère aborde la vie de Dick sous forme romanesque.
  • Lawrence Sutin Invasions divines. Très complète et détaillée.

Citations de Philip K. Dick [modifier]

  • La réalité, c'est ce qui continue d'exister lorsqu'on cesse d'y croire.
  • Notre perception est limitée parce que nous n’avons que des aperçus fragmentaires de la réalité. (À rebrousse-temps)
  • Reality is just a point of view ("La réalité n'est qu'une façon de voir les choses.")
  • Votre réalité n’est pas la mienne. La vôtre n’est qu’une illusion que votre perception a figée.
  • La science-fiction est une nouvelle dimension de nous-mêmes et une extension de notre sphère de réalité tout entière ; elle ne connaît de ce point de vue aucune limite.

Œuvres [modifier]

Les recueils publiés chez Omnibus comportent une bibliographie ayant 294 entrées rien que pour ses œuvres de fictions.

Romans [modifier]

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DominiqueGiraudet - dans penser
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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 12:42

Henri Laborit

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Henri Laborit (Hanoï, 21 novembre 1914 - 18 mai 1995) était un biologiste,un philosophe du comportement animal et surtout du comportement humain.

Henri Laborit a dirigé la revue d'Agressologie de 1958 à 1983.

Il se montra toute sa vie esprit curieux et par ailleurs anticonformiste (défense inattendue de la revue Planète contre les attaques de l'Union rationaliste dans les années 1960, rappel discret des massacres de Vendée dans « Mon oncle d'Amérique » en 1980, participation au comité de direction de l'Institut de Sémantique générale de Lakeville). On ne le vit pas néanmoins se laisser étiqueter sous quelque mouvement que ce soit.

En 1969, les étudiants en urbanisme de l'Université de Vincennes, qui est en train de se créer, l'invitent à animer une unité de valeur biologie et urbanisme (jusqu'en 1974)

C'est avec son livre La Nouvelle grille (1974) qu'il fit connaître ses idées sur la biologie comportementale au grand public dans le contexte favorable post-68.
Ses travaux sur le conditionnement sont à la base du film Mon oncle d'Amérique d'Alain Resnais en 1980. Il fait montre de l'expérience scientifique sur des rats qui l'a amené à développer le concept d'Inhibition de l'action (titre de l'un de ses livres voir plus bas) et qui explique dans qeulles conditions se stress des rats isolés somatisent (ulcères).

On doit à Laborit l'introduction (1952) de la chlorpromazine (le premier neuroleptique, dont le nom commercial est Largactil) dans le traitement de la schizophrénie. Avant, il avait introduit l'hibernation artificielle (1951).
Il a donné sa vraie importance à la névroglie ou ensemble de cellules gliales, et aux radicaux libres, bien avant leur irruption dans la presse-radio-TV et même dans la presse scientifique. Il a également été le premier à synthétiser le GHB au début des années années 1960.
Prix Lasker (USA) en 1957, médaillé de l'O.M.S. en 1972, il reçut le prix Anokhin (URSS) en 1981.
Il n'a pas eu le prix Nobel (il était nominé) parce qu'il ne faisait pas partie de l'élite scientifique: il n'était pas membre d'un grand Institut ni d'un grand Centre de recherche.

Un hôpital de Poitiers porte son nom. Il est le grand-père de l'actrice Emmanuelle Laborit.

Sommaire

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Inhibition de l'action [modifier]

Dès la première page de son livre « Inhibition de l'action » (Masson, Paris, 1980), le Professeur Henri Laborit (1914-1995) évoque le PBD (programme biologique de survie) : « Quand l'action [pour résoudre un conflit] est impossible, l'inhibition de l'action permet encore la survie puisqu'elle évite parfois la destruction, le nivellement entropique avec l'environnement. C'est en ce sens que la « maladie » [les guillemets sont de Laborit] sous toutes ses formes peut être considérée comme un moindre mal, comme un sursis donné à l'organisme avant de disparaître.» (...) « Le manichéisme qui caractérise la majorité des conduites humaines ne permet d'envisager jusqu'ici que deux conduites à l'égard de la maladie : l'une consiste à agir sur l'organisme malade en ignorant son environnement, l'autre à agir sur l'environnement en croyant que cela suffira à résoudre tous les problèmes organiques. Il serait sans doute préférable dans certains cas, pour traiter un ulcère d'estomac, d'éloigner la belle-mère par exemple plutôt que de pratiquer une gastrectomie qui ne changera rien au facteur environnemental." (...) "Nous sommes les autres, c'est-à-dire que nous sommes devenus avec le temps ce que les autres - nos parents, les membres de notre famille, nos éducateurs - ont fait de nous, consciemment ou non. Nous sommes donc toujours influencés, le plus souvent à notre insu, par les divers systèmes dont nous faisons partie."

Voici l'expérimentation scientifique avec des rats conduisant à l'observation de l'inhibition de l'action: Expérimentation de la cage d'inhibition

1. Un rat est placé dans une cage à plancher grillagé et séparée en deux compartiments par une cloison, dans laquelle se trouve une porte Un signal sonore et un flash lumineux sont enclenchés et après quatre secondes un courant électrique est envoyé dans le plancher grillagé. La porte est ouverte. Le rat apprend très vite la relation temporelle entre les signaux sonores et lumineux et la décharge électrique qu'il reçoit dans les pattes. Il ne tarde pas à éviter cette "punition" en passant dans le compartiment adjacent. A peine est-il arrivé que le plancher bascule légèrement et active les signaux et quatre secondes plus tard le choc électrique. Il doit cette fois parcourir le chemin inverse et le jeu de bascule recommence, ainsi que les signaux et le choc électrique. Il est soumis à ce va et vient pendant dix minutes par jour pendant huit jours consécutifs. A l'auscultation, son état biologique est excellent.

2. Cette fois deux rats sont placés dans la cage mais la porte de communication est fermée. Ils vont subir le choc électrique sans pouvoir s'enfuir. Rapidement ils se battent, se mordent et se griffent. Après une expérimentation d'une durée analogue à la phase 1, ils sont auscultés et leur état biologique, à part les morsures et les griffures, est excellent.

3. Dans cette nouvelle expérience, un rat est placé seul dans la cage avec la porte de communication fermée. Le protocole est identique aux précédentes expérimentations. Au huitième jour, les examens biologiques révèlent : - une chute de poids importante ; - une hypertension artérielle qui persiste plusieurs semaines ; - de multiples lésions ulcéreuses sur l'estomac.

Constatation : L'animal qui peut réagir par la fuite (expérience N°1), ou par la lutte (expérience N°2) ne développe pas de troubles organiques. L'animal qui ne peut ni fuir ni lutter (expérience N°3) se trouve en inhibition de son action et présente des perturbations pathologiques. Il en est de même pour l'être humain. Dès qu'il se trouve enfermé, coincé dans une situation sans issue et qu'il ne peut réagir par la fuite ni l'attaque il se trouve dans une situation qui provoque des symptômes plus ou moins importants selon son état de santé physique et psychique antérieur et la durée de la situation.

4. L'expérience numéro trois est à nouveau proposée à un rat avec le même protocole. Chaque jour l'animal isolé est soumis, immédiatement après les dix minutes d'inhibition dans la cage fermée, un électrochoc convulsivant avec coma. Au bout des huit jours, et malgré l'intensité agressive de l'électrochoc, l'état de santé du rat est excellent. Dans cette expérience il est démontré que l'électrochoc interdit le passage de la mémoire immédiate, à court terme, à la mémoire à long terme. L'oubli forcé est ici, pour le rat, un moyen efficace de sauvegarde face à une situation inhibitrice qui se répète."

Ces expérimentations sont aussi à mettre en lien avec les découvertes concernant l'origine psychobiologique de la plupart des maladies du Dr Geerd Hamer ; en effet, sa première des 5 Lois biologiques, la "Loi d'airain du cancer" (prendre suivant ce qu'en dit le Dr Hamer le mot cancer comme désignant toute maladie) montre qu'un "cancer" apparaît suite à un choc, vécu dans l'isolement, ayant entraîné un conflit psychique et qui ne se résout pas (cf. cas du rat seul dans la cage dans l'expérience N°3) [1]. Ses découvertes ont reçu de nombreuses vérifications scientifiques [2] ; il faut encore noter qu'elles sont à mettre en résonnance et en concordance compatible avec les autres découvertes scientifiques de notamment Hans Selye [3].

Citations [modifier]

"Au delà de la vision étroite des perturbations "psychosomatiques" auxquelles on se référait alors, il ouvre la voie de la neuro-psycho-immunologie, une des approches les plus prometteuse du comportement humain en relation avec les mécanismes moléculaires et cellulaires. L'inhibition de l'action peut être le facteur déclenchant de désordres neuro-psycho-immulogiques. La preuve est faite aujourd'hui des interrelations entre macrophages, hormones peptidiques et régulateurs du fonctionnement cérébral. Les trois réseaux qui assurent l'homéostasie du corps (système nerveux, immunitaire et hormonal) convergent et s'interpénètrent. " "Henri Laborit, homme total et libre dans l'univers fragmenté des disciplines, restera en cette fin du 20ème siècle comme un pionnier de la pensée complexe et l'inspirateur d'un nouveau sens de la vie" Joël de Rosnay (Directeur de la Prospective et de l'Evaluation Cité des Sciences et de l'Industrie – Paris )

"(…) pour faire une infection ou une affection néoplasique [cancer], il ne suffit pas d'un contact avec un microbe ou un virus ou un irritant local chroniquement subi. On a trop focalisé sur le microbe, le virus ou le toxique cancérogène et pas assez sur le sujet, sur son histoire passée et présente, ses rapports avec son environnement. Les toxiques eux-mêmes doivent sans doute présenter une toxicité variable suivant le contexte et le statut social de l'individu qu'ils atteignent. (...) Contentons-nous maintenant de rappeler que les schizophrènes parvenus au stade de la démence, isolés du contexte social par leur folie, sont parmi les populations les moins atteintes par les affections cancéreuses, infectieuses et psychosomatiques (...)". "(...).il n'y a pas que les maladies psychiques et psychosomatiques qui soient du ressort des comportements individuels en situation sociale (…) , sans doute toute la pathologie en dépend." (...) "Nous sommes les autres, c'est-à-dire que nous sommes devenus avec le temps ce que les autres - nos parents, les membres de notre famille, nos éducateurs - ont fait de nous, consciemment ou non. Nous sommes donc toujours influencés, le plus souvent à notre insu, par les divers systèmes dont nous faisons partie." (...) "la pathologie réactionnelle aiguë à une lésion, elle-même brutale et soudaine, dépend aussi de ce qu'il est convenu d'appeler le "terrain" et qui nous paraît être l'état de la dynamique métabolique tissulaire au moment où elle s'installe. Cette dynamique elle-même dépend de toute l'histoire antérieure du sujet, c'est-à-dire de ses rapports historiques avec ses environnements.".(…) "Quand, il y a peu d'années encore, un médecin observait chez un malade une raideur des muscles de la nuque, une céphalée avec obnubilation, coma parfois, hyperthermie, pouls ralenti, vomissements, il faisait le diagnostic de syndrome méningé. Notons qu'il avait fallu des millénaires pour réunir ces signes disparates en faisceau et montrer qu'ils exprimaient un état d'irritation des méninges. Mais en se limitant aux symptômes par ignorance des processus sous-jacents, la thérapeutique se limitait généralement à prescrire de la glace sur la tête et de l'aspirine. La plupart des malades mouraient."(…) "La séparation entre l'esprit et le corps est sans doute un des concepts les plus difficiles à détruire, car fondé sur une apparente évidence. C'est lui qui distingue encore les écoles philosophiques, les sciences humaines des sciences physiques, et par exemple les psychiatries pavlovienne et freudienne, c'est-à-dire les méthodes cherchant à s'appuyer sur des mesures objectives de faits observés de celles basées sur une approche entièrement subjective et introspective des comportements humains. C'est la barrière qui persiste entre la pathologie cortico-viscérale et la pathologie psychosomatique." Henri LABORIT « Inhibition de l'action » (Editions Masson Paris & Presses Universitaires de Montréal, 1980)

A l'issue d'une conférence que donnait Laborit en 1966, un psychiatre se leva pour déclarer, non sans emphase, qu'il le voyait comme un " hardi explorateur qui, tel un Viking, s'élance sans peur sur les eaux profondes et dangereuses de la pensée scientifique à la découverte de nouveaux rivages".Laborit étudie systématiquement toutes les grandes familles de molécules agissant au niveau du système nerveux central. Il déplore les effets abrutissants de tranquillisants tels l'équanil et les benzodiazépines qui ne remédient en rien aux causes de l'anxiété. [4].

Œuvres [modifier]

  • Physiologie et biologie du système nerveux végétatif au service de la chirurgie (1950)
  • L’anesthésie facilitée par les synergies médicamenteuses (1951)
  • Réaction organique à l’agression et choc (1952)
  • Pratique de l’hibernothérapie en chirurgie et en médecine (1954)
  • Résistance et soumission en physio-biologie : l’hibernation artificielle (1954)
  • Excitabilité neuro-musculaire et équilibre ionique. Intérêt pratique en chirurgie et hibernothérapie (1955)
  • Le delirium tremens (1956)
  • Bases physio-biologiques et principes généraux de réanimation (1958)
  • Les destins de la vie et de l’homme. Controverses par lettres sur des thèmes biologiques (1959)
  • Physiologie humaine (cellulaire et organique) (1961)
  • Du soleil à l’homme (1963)
  • Les régulations métaboliques (1965)
  • Biologie et structure (1968)
  • Neurophysiologie. Aspects métaboliques et pharmacologiques (1969)
  • L’homme imaginant : Essai de biologie politique (1970)
  • L’homme et la ville (1971)
  • L’agressivité détournée : Introduction à une biologie du comportement social (1970)
  • La Société informationnelle : Idées pour l’autogestion (1973)
  • Les Comportements : Biologie, physiologie, pharmacologie (1973)
  • La Nouvelle grille (1974)
  • Éloge de la fuite (1976)
  • Discours sans méthode (1978)
  • L’Inhibition de l’action (1979)
  • La Colombe assassinée (1983)
  • Dieu ne joue pas aux dés (1987)
  • La vie antérieure (1987)
  • Les récepteurs centraux et la transduction de signaux (1990)
  • L’esprit dans le grenier (1992)
  • Etoiles et molécules (1992)
  • La légende des comportements (1994)
  • Une Vie - Derniers entretiens (1996)

Liens externes [modifier]

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DominiqueGiraudet - dans penser
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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 18:50
Vis ta Vie
Auteur: Antoni Charles
  18.00EUR
Vis ta Vie
Cliquer pour agrandir

ISBN 2-910677-66-4
180 Pages


Il nous faut apprendre à rêver, à rêver encore. Mais il s'agit là du véritable rêve, du rêve créateur, et non pas du rêve de l'homme endormi.
C'est lorsque l'on rêve, paradoxalement, que l'on est éveillé.
La puissance du rêve est gigantesque, il nous faut rêver comme des enfants, aux choses les plus inconcevables, auxquelles l'homme social ne peut avoir accès.
Rêve, jeu, et non plus cette triste réalité dont se gargarisent les bien-pensants.

Téléchargez des extraits du livre :
Article Corse Hebdo (97,5 Ko)
Le jeu
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DominiqueGiraudet - dans penser
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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 15:34
J'apprécie aussi ce style direct et franc ,cette limpidité
d'écriture est trés reposante et fait du bien..(le début n'est pas
emprunté à Jean-Pierre Coffe , je puis vous le confirmer!)

__________________________________________________________

Chapitre I : Se vider par la bouche .

Une chose est évidente : tout est de la merde . Les humains sont de
la merde . Ce qu'ils aiment c'est parler ,éjaculer de la bouche . Il
suffit de leur préter l'oreille et ils vous déballent tous leurs
problèmes . Ensuite, ils sont trés contents et ils vous remercient de
leur avoir prété attention . Ils se fichent pas mal de ce que vous
pensez . Et encore moins si en réalité vous les avez écoutés ou non .
Ce qu'ils veulent c'est avoir l'impression d' ètre entendus .

C'est la raison pour laquelle les psychothérapies de toutes sortent
fonctionnent parfaitement . Combien de psychanalystes pendant que
leur client débite sa problématique ,rèvent à autre chose ,et s'ils
ne disent mot,à la fin de la séance ,cela doit ètre interprété par le
patient comme un acte voulu de compréhension .

Pas étonnant par conséquent si sur notre misérable planète terre des
foyers de luttes s'allument chaque jour . Personne n'entend personne
et tout le monde voudrait ètre écouté . Pas étonnant aussi que les
moments de paix ne soient que des instants transitoires .Comme disait
le Christ : " Je suis venu apporter le glaive et non la paix " .

Il est vrai que parfois c'en est beaucoup trop . En effet ,lorsque
toute la journée on les entend déblatérer sur tout et sur
rien ,parfois il suffirait de peu pour vous faire sortir de vos
gonds ,et de tirer dans le tas ,comme dans un jeu de quilles.

Un monde de fous ou certains enferment d'autres fous pensant qu'ils
sont encore plus fous qu' eux .

Ainsi va le monde . Cirque sans fin . Bien entendu ,il n'est pas
question de le leur montrer ,sinon ils vous enferment . Tout ce qu'il
faut faire c'est écouter , puis conclure par un : " Oui, C'est
exact " . Et ensuite faire ce que vous estimez devoir faire .

Pendant longtemps j'ai cru que toutes ces personnes avaient quelque
chose à dire ,quelque chose à partager ,et que j'avais mème quelque
chose à apprendre . Mais pas du tout ,la seule chose que j'avais à
apprendre ,c'est ce que je viens de dire : rien .

Il faut comprendre définitivement que les gens sont là uniquement
pour se vider en vous ,sans aucune retenue . Vous n'existez pas ,vous
n' ètes qu'un prétexte à leurs vomissements . Rien d'autre .

Je n'ai jusqu' à présent jamais vraiment compris la nature humaine .
S 'il existe un bon dieu ,comme le disent certains ,pourquoi en est-
il ainsi ? Qu'avons -nous exactement à expier ? Car ici c'est un
véritable purgatoire .

On peut s'interroger quant à cette gigantesque farce : peut-on y
échapper ? Oui, certes ,sans aucun doute . Cela j'en suis
certain .Mais la raison exacte de cet enfer je ne parviens toujours
pas à la saisir .

__._,_.___
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DominiqueGiraudet - dans penser
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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 10:47
UN TEXTE INÉDIT DU PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 2004

Le mot déguisé en chairFaut-il se mettre en colère face au besoin de tant de gens d’avoir un dieu, ou prendre la fuite devant le danger ? Quelle éducation humaine peut éviter le sang des martyrs ? Pourquoi ces « sacrificateurs » croient-ils que leur personne est la chose la plus précieuse qu’ils puissent offrir à leur Dieu ? Et quelles sont ces « promesses d’éternelle récompense » qui les réconfortent ? De quoi doivent-ils se protéger ? Pourquoi cette envie de punitions et de récompenses, si c’est pour entrer au paradis juste après sans avoir eu besoin de contribuer aux merveilles de ce paradis qui se présente comme une table bien mise – en fait, ils craignent de revenir sur terre. Bien entendu, on leur a dit que ce n’était possible qu’à condition d’oublier qu’ils y avaient été. Donc, à quoi bon ? On préfère alors s’installer au paradis des vierges qui ne sont peut-être que des raisins blancs (1).

Je ne fais pas jaillir du sang, seulement des mots. Mais qui en a besoin, si contemporains qu’ils s’efforcent d’être, qui donc en a besoin ? J’ai fignolé, j’ai tout fait pour que les mots s’améliorent, pour qu’ils aient droit de cité. Tout cela pour qu’ils soient oubliés, même par moi. Je ne peux me projeter dans l’éternité pour me convaincre que tout ce que je « dois oublier » aujourd’hui ne sera pas « oublié pour toujours », comme dit Lessing dans le livre généalogique des hommes (2). A quoi servent ces armées entières qui viennent à ma rencontre mais qui courent en sens inverse et me rouleraient dessus sans crier gare ? Dans quelle direction dois-je souffler mes mots quand d’autres ne demandent qu’à mourir poussés par un instinct de vérité et non d’un vide intérieur – poussés, en fait, par le manque d’instinct ou une sorte d’excès d’honneur ou quelque chose de ce genre, dans le seul but de se débarrasser de leur vie ?

Moi, par exemple, je n’ai même pas de but. Disons qu’il m’est déjà arrivé de croire à un but en écrivant, non pas pour laisser une certaine impression ou pour éduquer le genre humain – j’ai eu assez d’éducation dans ma vie, et elle m’a fait si peu de bien que je ne voudrais pas en encombrer d’autres, comme avec un costume sur mesure qui ne sied pas bien à l’homme et ne le grandit guère, peu importe de quoi le genre humain est submergé tous les jours et avec quel matraquage. Non, même l’arrosage intensif ne sert à rien. J’aurais dû prendre les mesures avant, mais les êtres humains sont souvent si terriblement démesurés.

***
Il est vrai que souvent ils ne sont pas faits pour ma mesure, qui n’est pourtant pas démesurée. Elle rentre parfaitement dans la reliure d’un livre. Les gens veulent s’adapter à des mesures de plus en plus grandes dans lesquelles ils gigotent alors nerveusement – à quoi bon se seraient-ils gonflés autant ? – sans atteindre les limites, sans même les trouver. Ils ont aussi oublié de bien mesurer les êtres humains qu’ils tuent ou qu’ils veulent tuer, pour ne pas tuer les mauvais avec une fausse mesure et en quantité démesurée. Cela leur est égal. Pourvu qu’ils soient nombreux ! Pour leur cause, ils se mettent à déchiqueter la chair et les os d’autres hommes tout en croyant que c’est un honneur de payer avec leur propre vie. La chair pour la chair, la chair contre la chair. Contre cela, les lunettes. Le livre. Il paraît que ce sont là les derniers mots de Heiner Müller.

***
Pendant longtemps je me souciais de ce que j’écrivais, pour qui et pourquoi. Maintenant ça m’est devenu égal. Ecrire n’a pas eu de conséquences, le prétendu engagement non plus, sauf peut-être pour moi-même. Maintenant je m’en fiche, car quoi qu’on dise cela ne sert à rien. Je continue à dire des choses, mais j’ai compris que ceux qui m’écoutent m’écouteront par hasard. Et cela non plus n’a pas d’importance. Car il ne s’agit pas de savoir pour qui et pourquoi on écrit. Au contraire. Ce que l’on dit ne doit pas avoir d’effet, il faut volontairement renoncer – totalement renoncer – à l’efficacité, à tout pouvoir d’influence. Personne ne doit s’agenouiller devant personne, encore moins devant moi. Moi non plus, je ne me mets à genoux devant personne, je suis tout au plus allongée calmement sur mon lit, à mes côtés d’autres élèves, plus ou moins bons, qui lisent également et ne font rien d’autre, devenant ainsi d’éternels élèves du cours élémentaire, une condition qu’ils devraient d’ailleurs dépasser.

Non, nous n’avons pas le temps pour la chair maintenant, bien qu’on soit déjà au lit, ce qui est pratique. Nous refusons par principe la chair humaine, bien qu’il soit intéressant de la regarder. Il y a là quelqu’un qui est pendu et qui saigne, ça peut être intéressant, supposons-nous, moi et mes coélèves. On en a même tiré un film à suspense dernièrement (3) ! Remarquons-nous déjà cette chair qui dépasse le livre et qui nous intéresse sous toutes ses formes ? La chair de Dieu, du martyr crucifié ?

Non, nous ne nous agenouillons pas non plus devant une doctrine. La parole de Dieu, peu importe le Dieu, est devenue si connue qu’elle est à nouveau oubliée. Cette parole a fait son temps, elle a eu sa chance. C’est fini, maintenant. Elle ne nous a même pas effleurés. Ce sont la chair ou l’image qui l’ont emporté, le mot ne peut sortir vainqueur, quelle que soit la célébrité atteinte, depuis qu’on l’a vu ou entendu pour la dernière fois.

Idem pour la parole écrite dans le Coran qui « à chaque page ébranle le bons sens », comme polémique Voltaire. L’imaginaire est chauffé à blanc dans le four charnel, jusqu’à ce que l’on croie n’importe quoi et que l’on fasse ce qui a été impossible jusqu’à présent. Après l’avoir bien inspecté, Lessing retourne alors tout cela pour voir si l’envers est aussi présentable. Et tout d’un coup l’islam devient la religion la plus raisonnable et le christianisme une doctrine qui fait croire les choses les plus déraisonnables. Peu importe ce qu’on croit pour avoir raison, je piétine tout cela et le laisse sans premier secours. Je n’en ai que faire. Une de ces religions a besoin de miracles pour faire croire – et pour que d’autres croient – en elle ; l’autre s’en passe, elle n’a pas besoin de faire croire à l’inintelligible par d’autres faits inintelligibles. Elle diffuse des doctrines contenues dans un livre, ça lui suffit. Mais malheureusement certains ne se contentent pas de lunettes, du livre et pas davantage de « Lumières » – qu’ils jugent insuffisants.

***
L’Ancien Testament, le Nouveau Testament, le Coran, pas de livre du tout, mes quelques pauvres livres à moi, ceux-ci, heureusement, ne représentant même pas la lie sur les ondulations de l’étang de mon jardin. Lorsqu’un orage approche, il n’a pas de drapeau, il survient tout simplement, on n’y peut rien. Où sont les enfants qui lisent maintenant les livres élémentaires, où sont les enfants de l’humanité pour lire les livres de l’humanité (heureusement, ce ne sont pas les miens !), qui croient les comprendre, qui croient en avoir besoin ? L’Ancien Testament est le livre de l’enfance, le livre du cours élémentaire, le bon élément pour le petit enfant, mais avec l’enfant doit prendre ses distances, dit Lessing. Qui peut savoir comment il doit évoluer ? S’il évolue, c’est pour arriver chez lui, et il n’a toujours rien d’autre à perdre que lui-même et rien d’autre à rater que l’éternité. Presque personne ne peut penser plus loin que le jet d’une pierre, pas plus que l’enfant qui grandit aujourd’hui quelque part dans le monde. A peine grandi, il lance déjà la pierre. D’autres qui entourent leur corps d’explosifs pensent d’autant plus loin ; ils pensent plus loin que ne peuvent voler leurs propres morceaux de chair et ceux des autres ; ils pensent au Tout dans sa Totalité. Ils sont prêts, à tout moment, à entrer dans l’ici-bas pour accéder à l’éternité.

J’adore les calembours. Vous ne pouvez rien contre cela, je vous le dis tout de suite, avec moi, il faut en passer par là ! Car les calembours vous font rapidement perdre votre efficacité, et c’est finalement ce que je veux. De toute façon il vaut mieux écrire que faire. Vous n’arriverez pas à me faire renoncer à mes blagues stupides, à mes bons mots désabusés, même en employant la force – bon, peut-être avec la force. Lorsque je veux dire quelque chose, je le dis comme je veux. Je veux au moins avoir cette gratification-là, même si je ne récolte rien d’autre, même si je n’ai plus aucun écho.

***
Chaque livre élémentaire est adapté à un âge, dit Lessing. Il s’agit donc d’y mettre plus que ce que l’enfant peut absorber, le maximum. Autrefois, on s’est d’ailleurs servi de presses d’imprimerie qu’on n’utilise plus que pour des livres particulièrement beaux. L’enfant doit être serré comme une botte de foin pour qu’il puisse atteindre Dieu. On le bourre de secrets dont personne ne possède la clé. Comment Lessing appelle-t-il encore l’intelligence de l’enfant ? Mesquine, alambiquée, vétilleuse. Bien dit ! Cela le rend mystérieux, superstitieux, plein de mépris envers tout ce qui est intelligible et facile. Le rabbin éduque ses enfants avec l’écriture, il bourre ces enfants du genre humain avec tout ce qu’ils peuvent absorber. Le caractère du peuple ainsi éduqué devient exactement semblable à ce qui entre dans l’écriture, et ce qui en sort aussi, mais cela reste de l’écriture. Cela reste cette écriture merveilleuse, qui ne porte pas à conséquence, qu’on peut suivre, ou non. Ne suivez pas la mienne, restez en arrière ! Ne m’approchez pas trop !

L’écriture peut fustiger, agiter, enfoncer, mais elle ne peut pas tuer et ne peut pas être tuée. Elle peut être raisonnable, mais néanmoins provoquer la plus grande bêtise, justement là où elle est le plus raisonnable. Tout est possible. La doctrine peut rendre un enfant intelligent, parce qu’il croit aux miracles, et ainsi, au fond, rien ne peut lui arriver. Malheureusement, une autre doctrine peut rendre un autre enfant stupide, parce qu’il ne croit pas aux miracles, et, ainsi, tout peut lui arriver. Il peut tout faire à tous les autres. La patrie peut tuer, la science peut tuer, la guerre le peut évidemment depuis longtemps. Même Jésus a été tué, pour que d’autres, en son nom, puissent encore tuer.

Mais l’écriture en tant qu’écriture ne tue personne. Intelligence et vérité, oui, je crois bien que les mots nous sont nécessaires, car celui qui s’arrête de parler assassine peut-être juste après. Il faut donc un meilleur pédagogue pour enfin arracher « le livre élémentaire épuisé » aux mains de l’enfant. Le Christ est venu et même lui s’est mis à déchirer. Le rideau du Temple s’est déchiré, Jésus a déchiré aussi, littéralement, et une nouvelle ère d’immortalité a commencé, mais une immortalité pour laquelle il fallait d’abord mourir. Impossible de faire le contraire, ça ne donne même pas une chaussure, un morceau de pied déchiqueté qui dépasse, la chaussure gisant sur le sol. Donc le Christ est venu, et si vous voulez savoir, je n’aurais pas voulu être à sa place. Il vaut mille fois mieux rester sans écho et sans écoute que de devenir un Christ ! Enfant, il a révélé des vérités, mais l’enfance est finie, maintenant Dieu s’ouvre lui-même, on lui ouvre un côté pour voir ce que contient la chair humaine : du sang. Et, quand elle est morte, du sang et de l’eau.

Lorsque j’étais enfant, Dieu m’a souvent parlé, et longtemps je craignais même d’être stigmatisée, tellement j’ai cru à tout ce que j’ai entendu de lui. « Qu’est-ce qui fait que tous les philosophes confondent leurs convictions avec la vérité ? Leur supériorité, leur intelligence pratique ? », demande Nietzsche. Je ne sais pas. Mais j’ai comme une petite idée sur cette arrogance que j’avais aussi autrefois, même si je n’ai jamais pu être philosophe. De toute façon, cette place ne convient pas à une femme, il y a des courants d’air, plus on pense, moins on devient attirante. Alors la femme – qui n’est que chair et donc particulièrement périssable – commence tout de suite à coller un poème dans l’album de poésie, pour qu’il y ait moins de courants d’air. Car la femme a un côté pratique. Autrefois, elle a volontiers renoncé à tout pouvoir. Mais, maintenant, la femme aussi se fait exploser pour sa cause, pour qu’il y ait le plus grand nombre de morts possible. C’est horrible. Je peux le dire seulement comme je le sens, et j’aime beaucoup le mot horreur, toutefois je le préfère dans des histoires qui font frissonner, pas dans la réalité. Malheureusement, la réalité n’est pas une histoire à frissons, elle devient Histoire.

Pour ce qui est du frisson, d’autres le provoquent, pas les poètes qui ont écrit du mieux qu’ils pouvaient, mais cela ne leur a pas suffi. Moi, ça me suffit. Je voulais prendre quelque chose pour la vérité, et le dire au plus grand nombre. L’envie d’un peu plus de justice, je crois bien qu’il était là, mon premier élan, mais en Autriche où je vis, ce qui compte davantage ce sont les élans [NdT : traces] qui s’inscrivent dans la neige (et la neige fraîche les recouvre tout en favorisant le tourisme et en effaçant tout). Cette « écriture »-là y a toujours plus compté que tout ce que l’on pourrait « fixer » sur le papier – c’est ridicule, on dit « bannir » en allemand, car ce qu’on « bannit » prétendument sur le papier a souvent conduit à la mise au ban dans ce pays, alors il vaut mieux ne rien dire.

On me l’a souvent conseillé. Gentiment, s’entend. Maintenant, je ne veux plus essayer d’avoir de l’effet. Non, je tricote et je n’ai pas d’effet, je ne peux pas faire des miracles. Si ce martyr sur la croix n’y est pas arrivé avec tout son corps, alors comment puis-je y arriver avec mon ridicule « bannissement sur le papier » ? Ou bien est-ce que je fais passer pour un bannissement incontournable ce qui n’était en fait que l’amour du papier ? N’ai-je pas, tout simplement, aimé faire quelque chose, parce que je ne savais rien faire d’autre ? Et n’ai-je pas amplifié ce que j’ai fait, afin de pouvoir le faire passer, avec vantardise, pour une obligation d’éduquer le genre humain, ne l’ai-je pas grandi jusqu’à ce qu’il ne tienne plus debout tout seul, parce que la pesanteur le fait retomber à sa place, par terre, même si ce n’est pas le terrain des réalités, réalités que je ne connais malheureusement pas personnellement, parce que je ne connais rien, et que je ne sors que rarement pour connaître quelqu’un. Est-ce un avantage de se mentir à soi-même, en se persuadant qu’on poursuit un grand objectif avec ce que l’on fait, et en quoi le pathos de ce mensonge envers soi-même se distingue-t-il du pathos de la conviction, demanderait Nietzsche.

Je produis moi-même. Imaginez cela ! Je n’ai produit personne d’autre. Je ne me suis même pas produite moi-même, Je ne veux rien produire qui puisse aller au-delà de moi-même. Mais j’entretiens quand même une petite manufacture, vous n’imaginez pas à quel point elle est minuscule ! Elle ne lance rien, elle ne tire pas, elle ne fait rien sauter, peut-être offense-t-elle, mais elle marche, c’est sain. J’utilise des idées pour me fabriquer mon propre dieu ou n’importe quoi d’autre, la nature par exemple, peu importe les idées que je me fais, en tout cas, c’est moi qui les fais. Et si vous voulez savoir de quoi je peux me faire une idée, vous n’avez qu’à lire, rien de plus.

(Traduction de Brigitte Pätzold.)
Elfriede Jelinek.Culture, Femmes, Idées, Littérature, Religion, Autriche

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Elfriede Jelinek
Le texte publié ci-dessus est extrait du discours prononcé par Elfriede Jelinek, le 3 mai 2004, à l’académie Lessing (RFA).

(1) NDLR. Le terme de « houris » qui figure dans le Coran et qui désigne les vierges est traduit par certains spécialistes de la langue de l’époque par « raisins blancs ».

(2) NdT. Gotthold Ephraim Lessing (1729-1781), auteur notamment de Nathan le Sage (1779).

(3) NdT. L’auteure fait allusion à La Passion du Christ, film de Mel Gibson (mars 2004).

A découvrir en français
- Avidité, Seuil, Paris, 2003.

- Les Amantes, Jacqueline Chambon, Nîmes, 2003.

- Maladie ou femmes modernes, L’Arche, Paris 2001.

- Méfions-nous de la nature sauvage, Jacqueline Chambon, Nîmes, 1995.

- Tolenauberg, Jacqueline Chambon, Nîmes, 1994.

- Ce qui arriva quand Nora quitta son mari, L’Arche, Paris, 1993 (théâtre).

- Lust, Jacqueline Chambon, Nîmes, 1992 (réédition 2004).

- Les Exclus, Jacqueline Chambon, Nîmes, 1989 (théâtre).

- La Pianiste, Jacqueline Chambon, Nîmes, 1988.

Lire : La « scandaleuse » de Vienne
Édition imprimée — décembre 2004 — Pages 28 et 29
Traductions de cet article >> Português do Brasil — A palavra disfarçada em carne Qui sommes-nous ? - Ours - Abonnements - Boutique - Informatique et libertés - Logiciels - Articles récents




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DominiqueGiraudet - dans penser
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2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 19:18
par Claire Mercier
La non-dualité comme voie d'éveil
Quel est le problème maintenant, si vous n'y pensez pas ?
Conversations avec Bob Adamson « Le marin ».


Bob Adamson
"Le marin"
La recherche de Bob s'est terminée en la présence de Nisargadatta : « Nisargadatta m'a montré la réalité que JE SUIS. Maintenant je réside en Cela. » Bob Adamson.
Depuis, il partage sa compréhension avec ceux qui recherchent des réponses aux questions essentielles de la vie. Ce livre rassemble des échanges qui ont lieu chaque semaine, chez lui, à Melbourne, en Australie. (Extrait)




Q : Où commence la dualité ?

Avec l'habitude ou la croyance que je suis celui qui fait !

Q : Je n'ai pas le courage d'accepter que je ne contrôle pas ma vie.

Voyez la limitation que vous vous imposez. Qu'est-ce que l'intelligence et l'énergie ? N'est-ce pas le courage même ? N'est-ce pas l'amour, la compassion ? Vous avez tout le courage dont vous avez besoin. Mais nous nous imposons une limitation avec "je n'ai pas le courage". Une fois qu'il est clairement vu qu'il n'y a pas de centre, même si vous vous laissez reprendre par l'habitude, vous ne l'aviez perdue qu'en apparence. Dans la connaissance et la profonde réalité de la connaissance, cela ne se perd jamais. Cela ne possède ni début, ni fin. Y a-t-il seulement une séparation ? Etes-vous séparé de l'air que vous respirez ? Etes-vous séparé de la terre sur laquelle vous vous tenez ? Quelle est donc cette séparation ? N'est-ce pas juste un autre concept ?

Vous entendez le tram rouler, dehors ?

Q : Oui.

Vous savez immédiatement que c'est le tram, avant même que la pensée ne parvienne au mental. C'est l'intelligence pure qui enregistre tout, tel quel. Une fraction de seconde plus tard, vous direz : "C'est un tram" ou "quelqu'un vient de tousser" ou "quelqu'un a bougé". À ce moment-là, vous n'êtes plus sur le fil du rasoir. Juste avant, c'est le simple enregistrement de tout ce qui est, tel qu'il est. L'intelligence pure ne change rien, ne modifie rien, elle se comporte comme un miroir, elle reflète chaque chose telle qu'elle est. La seule différence dans cette analogie avec un miroir, c'est que le miroir lui, a besoin d'objets extérieurs à lui-même.


Quel est le problème maintenant,
si vous n`y pensez pas ?

Comme le soleil, cette intelligence pure rayonne. Toutes ces vibrations, ces mouvements d'énergie sont enregistrés tels quels. Le mental lui, se présente avec des discriminations. Il a des préférences, il est partial et utilise des comparaisons. C'est la nature même du mental que de diviser. C'est la nature de cette manifestation que de fonctionner par couples d'opposés. Le silence pourrait-il exister sans le son, le calme sans le mouvement ? À quoi pourriez-vous les comparer, sans ces opposés ? De ce point de vue, il n'y a pas de grand méchant loup dans tous ces couples d'opposés, ils sont compris pour ce qu'ils sont.

Votre expérience directe est donc bien là, ici, maintenant, à l'instant présent. Cela constituera toujours une expérience directe. Stop, arrêtez-vous !

(Pause)

Le mental commence à pouvoir s'échapper avec des : "Et si… ? " Entendre, voir, sentir, vivre, respirer ! C'est immédiat ! Immédiat ! Vous verrez, c'est toujours là en premier, et c'est seulement l'habitude du mental que de s'accrocher et de vous entraîner en apparence. Mais quand cela arrive-t-il ? C'est bien maintenant, non ? Vous ne pouvez penser que dans l'instant présent. Si vous pensez au passé, vous le faites dans l'instant présent. De même que pour le futur, vous y pensez au présent. Vous n'êtes jamais sorti du présent, vous en avez seulement l'impression.

Un peu d'attention soutenue et vous voyez ce qui se passe en réalité, allez-vous, pour autant, en être dépendant ? Non. Vous en avez perçu le faux. Cela ne va pas vous empêcher d'aller dans le passé ou le futur, mais vous avez compris, vous avez vu au travers de l'illusion.

Q : Alors comment fonctionne le Jnani (le sage) ?

Comme tout le monde. Les choses se font. Il sait qu'il n'y a pas de sujet qui agit, car il a vu précisément qu'il ne pouvait pas y en avoir. L'idée d'une personne s'avère être une croyance complètement erronée, la croyance en ce sentiment de « séparation », le "moi".



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Quel est le problème maintenant, si vous n`y pensez pas ?



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DominiqueGiraudet - dans penser
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2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 18:56
Un karma du tonnerre
Malgré ses 44 ans passés en exil, le chef spirituel tibétain croit toujours en sa bonne étoile

PAR MARY AIKINS


Quand on discute avec Tenzin Gyatso, on sent dans la pièce une autre présence: la joie. Le «simple moine» salue la vie avec une bonne humeur qu’il ponctue souvent de grands éclats de rire.

Né en 1935 dans une famille de fermiers, Tenzin Gyatso est reconnu, à l’âge de deux ans, comme le 14e dalaï-lama. Trois ans plus tard, il devient le chef spirituel des bouddhistes tibétains.

Les dalaï-lamas sont restés pendant des siècles les souverains temporels et spirituels de ce «pays des neiges». Puis, en 1950, la Chine envahit le Tibet. Durant neuf ans, le dalaï-lama résiste et tente de négocier la paix avec l’occupant. Ce n’est qu’en 1959, après la sanglante répression d’un soulèvement populaire, qu’il s’exile en Inde avec 80 000 Tibétains.

Même expatrié, Tenzin Gyatso reste le souverain politique et spirituel de tous les Tibétains. Symbole du Tibet libre, il est admiré dans le monde entier par des fidèles de toutes les
religions.

Nous nous entretenons avec lui dans la salle de réception du monastère indien Theckchen Choeling, de Dharmshala, où il vit la plus grande partie de l’année. L’écho des psalmodies d’une centaine de moines bouddhistes en robe safran s’élève au-dessus des pinèdes odorantes tapissant les contreforts himalayens.

Sélection: Votre assistant nous dit que vous êtes à moitié végétarien. Comment peut-on être à moitié végétarien?

Dalaï-lama: [Rires.] Je suis devenu végétarien au début des années 60, et je le suis resté pendant près de deux ans. Puis j’ai contracté une hépatite, mon corps est devenu jaune. Mes pupilles, mes ongles étaient jaunes ! J’étais comme le Bouddha, mais cela n’avait rien à voir avec la spiritualité, c’était la maladie! Alors je suis revenu à mon régime précédent. Végétarien un jour, non-végétarien le lendemain.

Depuis l’année dernière, mon régime est surtout constitué de légumes et de riz ; c’est bon pour mon tour de taille. Mais on ne peut pas dire que je suis tout à fait orthodoxe: quand je suis ailleurs, je mange ce qu’on me sert.

Sélection: Quels sont vos animaux favoris?

Dalaï-lama: Les oiseaux. Je nourris ceux qui sont pacifiques. Je suis contre la violence, mais, si un faucon attaque mes protégés, je me fâche et je vais chercher ma carabine à air comprimé.

Sélection: Vous avez une carabine?

Dalaï-lama: Uniquement pour faire peur aux faucons.

Sélection: Chaque matin, vous vous levez à trois heures et vous méditez jusqu’à six heures. Quand le temps vous manque pour méditer, ça vous rend bougon?

Dalaï-lama: Il faut une certaine accumulation de journées stressantes, pendant plusieurs mois, pour que je devienne bougon. Ça m’arrive aussi quand je côtoie des gens qui manquent de sérieux. Mais j’ai toujours envie de découvrir de nouveaux endroits, de nouveaux visages.

Sélection: Les personnes avec lesquelles vous avez le plus d’affinités ?

Dalaï-lama: Des chefs religieux, bien sûr. Le pape. Vaclav Havel, l’ex-président tchèque. C’est de lui que je me sens le plus proche. Sa spiritualité est très profonde.

Le pandit Nehru [artisan, avec Ghandi, de l’indépendance de l’Inde] manifestait un profond intérêt pour le règlement du problème tibétain; sur cette question, c’est avec lui que j’ai eu la relation la plus étroite. J’admire aussi Willy Brandt, l’ancien chancelier de l’Allemagne de l’Ouest. En pleine guerre froide, il a réussi à gagner la confiance des dirigeants de l’Union soviétique sans que cela porte atteinte aux droits de son pays. C’est la meilleure stratégie: défendre ses droits et ses valeurs tout en gardant une attitude amicale.

Sélection: Qui d’autre?

Dalaï-lama: Le président Mao. Notre première rencontre a été plutôt formelle. J’étais très inquiet. Plus tard, lors de dîners officiels, il m’a souvent fait asseoir à ses côtés. Il me traitait comme un fils. Il allait jusqu’à me faire goûter certains plats avec ses baguettes! Ça me rendait un peu nerveux: il toussait tellement que j’avais peur d’attraper ses microbes! [Rires.]

Il m’a souvent félicité de ne pas fumer. Il était incapable d’arrêter. J’aimais la candeur avec laquelle il m’avouait ça. Je crois que nous avons fini par devenir amis. J’avais beaucoup de respect pour lui; il était un grand révolutionnaire. Son comportement était parfois fruste, mais il était très attentionné.

Sélection: Les relations peuvent-elles s’améliorer entre la Chine et le Tibet?

Dalaï-lama: En septembre dernier, une délégation tibétaine s’est rendue en Chine et a été bien accueillie. Auparavant, les Chinois sermonnaient durement nos représentants, mais, cette fois, ils se sont montrés plus conciliants. La Chine évolue. Tôt ou tard, le système communiste changera lui aussi.

Sélection: Mais plus lentement, sans doute…

Dalaï-lama: Je préfère cela. Un changement trop radical engendre parfois le chaos. Personne n’y trouve son compte. Je crois que certaines personnalités chinoises réalisent que le pouvoir devra être plus décentralisé. La situation présente au Tibet est dangereuse pour les Chinois. C’est pour ça qu’ils suppriment tant de gens ou qu’ils les endoctrinent. Mais je crois que l’intelligentsia et certains dirigeants éclairés trouveront des solutions plus raisonnables et plus réalistes. Quand ? Je ne le sais pas.

Sélection: Croyez que de jeunes Tibétains pourraient recourir à la violence si les négociations échouaient?

Dalaï-lama: Ce danger existe.

Sélection: Comment réagiriez-vous?

Dalaï-lama: Je démissionnerais.

Sélection: En tant que chef du gouvernement tibétain ou en tant que dalaï-lama?

Dalaï-lama: [Rires.] La réincarnation du dalaï-lama ne peut abdiquer. Pour cela, il faudrait que je change de corps!

Depuis 2001, nous avons un gouvernement élu. Je suis donc quasi retraité. Mais il est certain que, jusqu’à ma mort, je continuerai à promouvoir les valeurs humaines, l’harmonie entre les religions et la protection de l’environnement.

Sélection: En tant que moine, vous êtes passé à côté de certains plaisirs. Vous le regrettez?

Dalaï-lama: Non. La chasteté, pour les moines et les moniales, est plus qu’une règle. Notre but primordial est de faire en sorte de réduire toutes les émotions négatives. Le désir sexuel et l’attachement sont agréables, mais ils peuvent produire colère, jalousie et haine.

Les moines jeûnent, leur habillement est très simple. Ces pratiques n’apportent pas seulement la paix de l’esprit, mais la moksha, la libération.

Sélection: Il y a plus de 40 ans, vous avez été forcé de fuir votre terre natale. Depuis, la culture tibétaine a été anéantie et beaucoup de gens sont morts. Ressentez-vous de la colère et de la haine?

Dalaï-lama: De la colère, parfois. De la haine, presque jamais. Un moine ne peut se laisser aller à de tels sentiments.

J’ai rencontré récemment un vieux moine tibétain qui a passé près de 20 ans dans un goulag chinois. Il m’a décrit ce qu’il y avait subi. Puis il a évoqué des moments particulièrement difficiles. Je croyais qu’il faisait allusion aux dangers pour sa vie, mais ce n’était pas cela. Le véritable danger, m’a-t-il expliqué, était de perdre sa compassion envers les Chinois. Il savait que ces gens qui le faisaient souffrir créaient un nouveau karma qu’ils devraient affronter pendant très longtemps. Alors, il s’inquiétait pour eux.

Mais atténuer la colère ne veut pas dire qu’on abandonne la lutte. Nous continuons à nous battre pour nos droits, pour la justice, mais nous le faisons sans colère. Je crois que l’essence de la non-violence ne réside pas seulement dans l’action, mais dans la motivation.

Dans l’une de ses vies antérieures, le Bouddha a tué un homme pour sauver la vie de 499 personnes. Cet homme avait l’intention d’éliminer ses compagnons pour s’emparer de leurs biens ; s’il mettait son dessein à exécution, s’est dit le Bouddha, non seulement toutes ces personnes mourraient, mais il commettrait un péché. Alors, par pure compassion, le Bouddha a pris le péché sur ses épaules et a ainsi sauvé 499 personnes.

Sélection: Quel message donnez-vous aux parents?

Dalaï-lama: S’aimer et se respecter l’un l’autre. Cette attitude a une influence positive sur l’esprit des enfants. Les parents doivent saisir toutes les occasions de manifester leur affection envers leur progéniture. C’est primordial.

Je ne suis pas sûr que j’aurais été un bon père, car j’ai mauvais caractère… Je tiens cela de mon père, qui s’emportait facilement.

Sélection: Il vous punissait?

Dalaï-lama: Oh oui!

Sélection: La leçon la plus importante à donner aux enfants?

Dalaï-lama: Leur apprendre la compassion, l’affection. Leur démontrer que tout est dans l’action, pas dans les mots.

Sélection: L’intolérance religieuse est une source majeure de violence dans le monde. Comment l’endiguer?

Dalaï-lama: J’ai quatre suggestions. Premièrement, des rencontres au cours desquelles des érudits discuteraient des religions, de leurs différences et de leurs similarités. Deuxièmement, des entretiens entre des pratiquants de différentes religions. Ces échanges leur permettraient de comprendre les autres traditions.

Troisièmement, des pèlerinages dans les lieux saints. Je suis allé à Jérusalem, à Lourdes et à Fatima, au Portugal. Ici, en Inde, j’ai visité des églises, des synagogues, des mosquées et des temples jaïns et hindous. Je ne crois pas en Dieu. Je ne crois pas qu’il y ait un créateur. Mais je respecte toutes les religions.

Il y a quelques années, des catholiques d’Angleterre sont venus en Inde, à Bodh Gaya (la ville où le Bouddha a reçu l’« éveil ») pour y participer à un séminaire. Chaque matin, sous un figuier, chrétiens, bouddhistes, musulmans et jaïns se réunissaient pour méditer. Leurs croyances étaient différentes, mais ils recherchaient tous la paix intérieure et voulaient devenir des êtres meilleurs.

Ma quatrième suggestion est de tenir des conférences comme celles d’Assise, où des chefs religieux se retrouvent pour parler de leur foi.

Pour ce qui est des intégristes, je crois qu’une des causes principales de leur intolérance est l’isolement. Lorsqu’ils étaient au Tibet, beaucoup de moines, y compris moi-même, pensaient que le bouddhisme surpassait tout. Mais, lorsqu’on rencontre d’autres croyants, on devient plus ouvert, plus respectueux de leur religion. Essayer de convertir est contre-productif et crée un tas de problèmes.

C’est sans doute parce qu’il y a beaucoup d’hindous, de jaïns et de sikhs en Inde que l’attitude des musulmans indiens est plus ouverte que celle des musulmans arabes, qui sont isolés. Des contacts plus étroits, plus fréquents, avec d’autres traditions permettraient d’atténuer l’intégrisme.

Sélection: Existe-t-il aujourd’hui un plus grand esprit d’œcuménisme chez les dirigeants religieux ?

Dalaï-lama: Oui, ils respectent le pluralisme. Il y a longtemps, à Paris, un prêtre catholique a essayé de me convertir au christianisme. C’était perdu d’avance ! [Rires.]

Sélection: Avez-vous une pensée que vous vous répétez souvent ?

Dalaï-lama: Oui. Une prière. Quand je suis triste ou découragé, quand je me demande si la vie a un sens, ces quelques mots me donnent une réponse et restaurent ma force intérieure :

Tant que durera l’univers
Tant que des êtres y souffriront
Je serai là pour aider, pour servir…

Quand les gens font les louanges du dalaï-lama, ce poème m’inspire davantage. Je ne suis qu’un serviteur. S’il en était autrement, cela voudrait dire que je m’accorde trop d’importance. C’est cela qui crée l’arrogance et le désir d’exploiter les autres.

Lorsqu’on apporte bonheur et réconfort à ses semblables, on est en accord avec soi-même et avec la vie. Lorsqu’on ne leur apporte que problèmes et souffrances, cette vie perd tout son sens.

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