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Ecosia : Le Moteur De Recherch

25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 12:21
DENIS TOURET

 

Rosat

LUX, i, 1

 

I. - OF THE INDIVIDUAL IN THE UNIVERSE
DE L'INDIVIDU DANS L'UNIVERS

1. A system is a set of interacting elements.
Un système est un ensemble d'éléments en intéraction.

2. The universe is a system of which mankind is an element.
L'univers est un système dont l'humanité est un élément.

3. Mankind is a system of social groups dominating and complementing one another.
L'humanité est un système de groupes sociaux ayant entre eux des rapports de dominance et de complémentarité.

4. A social group is a system consisting of individuals dominating and complementing one another.
Tout groupe social est un système composé d'individus ayant entre eux des rapports de dominance et de complémentarité.

5. The less visible the domination, the more patent is the complementarity.
Moins la dominance est apparente et plus la complémentarité est évidente.

6. An individual is a system of natural and cultural elements.
Tout individu est un système d'éléments naturels et culturels.

7. Every individual is more or less intelligent (likely to understand the fundamental relations existing between beings and things).
Tout individu est plus ou moins intelligent (susceptible de comprendre les rapports fondamentaux existant entre les êtres et les choses).

8. Every individual is more or less aggressive (likely to take action).
Tout individu est plus ou moins agressif (susceptible d'agir).

9. Every action is either positive or negative.
Tout agissement est positif ou négatif.

10. Every individual is personalizable (realizable).
Tout individu est personnalisable (réalisable).

11. Personalization is the realization of all positive potentialities.
La personnalisation est la réalisation de toutes les potentialités positives.

12. Positive potentialities tend towards hominization.
Les potentialités positives vont dans le sens de l'hominisation.

13. Hominization is the total realization of the positive potentialities of mankind as a whole (hominization is the total personalization of mankind as a whole).
L'hominisation est la totale réalisation des potentialités positives de l'humanité toute entière (l'hominisation est la totale personnalisation de l'humanité toute entière).

14. Negative realization is the negation of personalization (negative aggressiveness is frustrating and alienating, it is de-hominizing).
La réalisation négative est la négation de la personnalisation (l'agressivité négative est frustrante et aliénante, déshominisante).

15. A positive action does not necessarily yield a positive result.
Tout agissement positif ne produit pas nécessairement un résultat positif.

16. A negative action does not necessarily yield a negative result.
Tout agissement négatif ne produit pas nécessairement un résultat négatif.

17. Every things is complex and relative.
Tout est complexe et relatif.

18. Fanatism is the absolute negative.
Le fanatisme est le négatif absolu.

19. The individual is aware that he exists, but is concerned with the purpose of his existence.
Tout individu est conscient d'exister mais inquiet du pourquoi de son existence.

20. Every individual needs to give a meaning to his existence.
Tout individu a besoin de donner un sens à son existence.

21. Every individual feels a need to be.
Tout individu a soif d'être.

22. To be is to develop to the full one's positive potentialities.
Etre c'est développer au maximum ses potentialités positives.

23. Every individual bas his own character structure and his own personality.
Tout individu a une structure de caractère et une personnalité propres.

24. Willpower is a means to emerge from the state of wanting-to-be to that of being, from intention to rea lization.
La volonté peut permettre de passer du vouloir-être à l'être, de l'intention à la réalisation.

25. Realization depends upon willpower and existing structures.
La réalisation est fonction de la volonté et des structures existantes.

26. Feminine and masculine character structures complement and depend upon one another.
Les structures de caractère féminine et masculine sont complémentaires et en corrélation fonctionnelle.

27. The individual is a passionate being, believing himself to be reasonable.
L'individu est un être de passsion, qui pense être raisonnable.

28. Every individual tries to justify positively his every action, especially the negative ones.
Tout individu entend justifier positivement le moindre de ses agissements, surtout négatifs.

29. Each individual thinks he is right to be what he is, until he justifies his changing.
Tout individu estime avoir raison d'être ce qu'il est, jusqu'à ce qu'il justifie d'être devenu différent.

30. Logic can justify every action although my logic isn't necessarily the same as yours.
La logique est justifiante de tout agissement si ma logique n'est pas nécessairement la vôtre.

31. My interests are always reasonable, whereas yours can only be reasonable in relation to mine.
Mes intérêts sont toujours raisonnables si les vôtres ne le sont que corrélativement aux miens.

32. Power and pleasure are the driving forces of all things.
Puissance et jouissance sont les moteurs de toute chose.

33. A renunciation is only a deferment, a secret pleasure and an arcane power, unless it is an alienation and a de-hominization.
Le renoncement n'est que partie remise, jouissance secrète et puissance occulte, à moins qu'il ne soit aliénation et déshominisation.

34. However small one is, one always can find someone smaller still.
Il n'est petit qui ne puisse trouver plus petit que lui.

35. However great one is, one always wishes to achieve immensity.
Il n'est grand qui ne souhaite l'immensité.

36. The craving for pleasure and power (for freedom) cannot be measured or extinguished.
La soif de jouissance et de puissance (de liberte') est incommensurable et inextinguible.

37. The craving for pleasure and power (for freedom) can be self-restrained.
La soif de jouissance et de puissance (de liberté) est autolimitable.

38. Self-restraint requires wisdom, intelligence and wil1-power.
L'autolimitation nécessite sagesse, intelligence et volonté.

39. My craving restrains yours and vice-versa.
Ma soif limite la tienne et réciproquement.

40. The sense of deprivation should be the beginning of wisdom.
La souffrance du manque devrait être le début de la sagesse.

41. Selfishness leads to unhappiness, but altruism reduces its beneficiaries to helplessness.
L'égoïsme conduit au malheur si l'altruisme à l'impuissance des assistés.

42. To have is necessary for being, but to have more is destructive.
Avoir est nécessaire à être si avoir plus est destructif.

43. Having too much is harmful.
Trop avoir nuit.

44. Being is positive.
Etre est positif.

45. Having too much is negative.
Trop avoir est négatif.

46. Well-being is the fulfillment of all positive potentialities.
Le bien-être est l'épanouissement des potentialités positives.

47. The quest for well-being is a constructive agent of hominization.
La quête du bien-être est constructive de l'hominisation.

 

II. - THE INDIVIDUAL, A SOCIAL BEIND, IS A PRODUCER OF IDEOLOGIES AND RULES
L'INDIVIDU, ETRE SOCIAL, EST UN PRODUCTEUR D'IDEOLOGIES ET DE REGLES

A. SOCIABILITY
LA SOCIABILITE.

48. Every individual needs to attach himself to, and to cooperate with, others (to be a social being).
Tout individu a besoin de s'attacher et de coopérer (être un être sociable).

49. Sociability is more feminine than masculine (more yin than yang).
La sociabilité est plus féminine que masculine (yin que yang).

50. Verbalization is an expression of sociability.
La verbalisation est une expression de la sociabilité.

51. Every social group comprises leaders and followers.
Tout groupe social comprend des dirigeants et des dirigés.

52. The followers generally tend to trust the leaders.
Les dirigés tendent, généralement, à faire confiance aux dirigeants.

53. Attachment and obedience are the foundations of social cohesion.
L'attachement et l'obéissance fondent la cohésion sociale.

54. Obedience through trust is saler than obedience through fear.
Obéissance par confiance est plus sûre qu'obéissance par crainte.

55. Trust betrayed breeds betrayal.
La confiance déçue est de la graine de trahison.

56. Every individual needs living space (an individual territory).
Tout individu a besoin d'un espace vital (d'une territorialité individuelle).

57. Culture may drastically reduce any individual living space.
La culture peut réduire extrêmement tout espace vital individuel.

58. Every social group needs living space (a social territory).
Tout groupe social a besoin d'un espace vital (d'une territorialité sociale).

59. Geopolitics can drastically reduce any social territory.
La géopolitique peut réduire extrêmement toute territorialité sociale.

60. Interdependence of social groups extends the field of territoriality.
L'interdépendance des groupes sociaux accroît le champ de la territorialité.

61. From the family to the tribe, to the race, to the clan, to the state, interdependence works up to mankind.
De la famille à la tribu, à l'ethnie, au clan, à l'Etat, l'interdépendance conduit à l'humanité.

62. Any social group dominates and is subject to domination.
Tout groupe social domine et est soumis à la dominance.

63. Domination is based on blood, physical force, cunning, experience, possession of a capitai andor a technology .
La dominance est fondée sur le sang, la force physique, la ruse, l'expérience, la possession d'un capital etou d'une technique.

64. Domination is based on filiation andor mutual benefit.
La dominance repose sur l'héritage etou l'utilité commune .

65. The best domination is the one that isn't seen.
La meilleure des dominances est l'invisible.

 

B. VALUES
LES VALEURS

66. Every man bas a vital capacity to believe.
Tout homme a une vitale faculté de croire.

67. Responding to his fear of death, man endeavours to explain the world in such way as to be able to live and develop, to define his position in relation to the world and to others and that of his social group in relation to other social groups.
Face à l'angoisse de la mort, l'homme entend donner du monde une explication qui lui permette de vivre et de se développer, de se situer par rapport au monde et par rapport aux autres groupes sociaux.

68. Ideology is life, life of the individual, of the group, of the species, life comforted and solaced against the uncertainty of change.
L'idéologie c'est la vie, la vie de l'individu, du groupe, de l'espèce, confortée et réconfortée face à l'incertitude du devenir.

69. Ideology is a system of justifying thoughts concerning the existence and the future of man.
L'idéologie est un système de pensées justifiantes quant à l'existence et au devenir de l'homme.

70. Ideology is al1 wind. But wind is needed to inflate the sails of the human ship.
L'idéologie ? c'est du vent. Mais il faut du vent pour tendre les voiles du navire humain.

71. Ideology is a legitimation, especially a legitimation of power.
L'idéologie est une légitimation, notamment du pouvoir.

72. Every state justifies itself by an ideology.
Tout Etat se réclame d'une idéologie.

73. Every state ideology is said to be just.
Toute idéologie d'Etat est dite juste.

74. Whether it be deistic or secular, reactionary, conservative, reformist or revolutionary, every ideology is a camouflage.
Déiste ou laïque, réactionnaire, conservatrice, réformiste ou révolutionnaire, toute idéologie est camou flage.

75. Ideological camouflage is used by those who wish to take power as weIl as those who want to keep it.
Le camouflage idéologique est utilisé par ceux qui désirent s'emparer du pouvoir comme par ceux qui entendent le conserver.

76. Ideology is used by the ruling social group to legitimate its power.
L'idéologie est utilisée par le groupe social dirigeant pour légitimer son pouvoir.

77. Ideology is used by the opposition to challenge the ruling power.
L'idéologie est utilisée par les oppositions pour contester le pouvoir dirigeant.

78. The challenging ideology becomes a conservative one once the social group using it becomes the ruling group.
L'idéologie contestataire devient conservatrice lorsque le groupe social qui l'utilise de dirigé devient dirigeant.

79. The ruling ideology can only be conservative since its aim is to maintain the existing social order.
L'idéologie du pouvoir ne peut être que conservatrice puisqu'elle a pour objet le maintien de l'ordre social existant.

80. Any ruling group which bases itself on an opposing ideology to remain in power is fatuous, hence decaying and dying.
Tout pouvoir qui s'appuie, pour se maintenir, sur une idéologie adverse est imbécile, donc dégénérescent et agonique.

81. Every social group has an ideologal notion of its existence and its place in the world.
Tout groupe social a une conception idéologique de son existence et de sa place dans le monde.

82. Every social group bas its own operating rules aimed at enabling it to survive and to develop.
Tout groupe social possède ses règles de fonctionnement destinées à permettre sa survie et son dévelop- pement.

83. ln any social group, the ideology and operating rules are adjusted at the same rate as vital needs are identified.
L'idéologie et les règles de fonctionnement de tout groupe social sont dans un rapport constant d'iden- tification-adaptation aux nécessités vitales.

84. ln any social group, the more advanced is the stage of development, the wider the distorsion between theory and practice, ideology and vital rules.
Les distorsions entre théorie et pratique, idéologie et règles vitales, sont d'autant plus importantes que le groupe est en développement.

85. Any static social group is threatened with regression and ultimately extinction.
Tout groupe social statique est menacé de régression puis de disparition.

86. Any group is always in a state of precarious balance as a result of the profusion of vital (positive) and mortal (negative) forces.
Tout groupe est toujours en équilibre précaire du fait du foisonnement des forces vitales (positives) et nécrophiles (négatives).

87. The peace of graveyards is but an illusion of peace.
La paix des cimetières n'est qu'une illusion de paix.

88. Social rules are essentially rules of domination, as it is vital for the rulers to control the functioning of the group.
Les règles sociales sont pour l'essentiel les règles de la dominance, car il est vital pour les dominants de contrôler le fonctionnement du groupe.

89. It is vital for the rulers that the social rules which they (rightly or wrongly) deem to be indispensable to their survival be obeyed.
Il est vital pour les dominants que les règles sociales qu'ils estiment indispensables (à tort ou à raison) à leur survie soient respectées.

90. Obedience to social rules results rather from their apparent necessity than from fear of punishment for non-observance.
Le respect des règles sociales résulte davantage de leur apparente nécessité que de la peur de la sanction pour non-exécution.

91. Fear of punishment may be the beginning of wisdom, but reward for obedience is also to be considered.
La peur de la sanction peut être le commencement de la sagesse si un bénéfice à acquérir est envisageable.

92. For those who have nothing to lose, punishment, unless it is permanent, is never exemplary ; but it may incite those who already have something and want more to be patient.
Si la sanction n'est jamais exemplaire pour les désespérés, à moins qu'elle ne soit définitive, elle incite à patienter celui qui a déjà et aspire à davantage.

93. The greater the despair, the more merciless the punishment must be ; for a hungry rat doesn't fear a scolding.
Plus le désespoir est grand et plus la sanction doit être impitoyable car : rat affamé se moque des réprimandes.

94. Repression is socializing, while in excess it becomes alienating.
La répression est socialisation si l'excès est aliénation.

95. Excess is more than is necessary.
L'excès est plus que le nécessaire.

96. Any social functioning rule is either a judicial or a non-judicial rule, according to criteria which vary in time and space and which presently are determined by the state.
Toute règle sociale de fonctionnement est juridique ou non-juridique, selon des critères variables dans le temps et dans l'espace, qui sont actuellement étatiques.

97. Non-judicial social rules are either self-imposed or imposed through coercion exerted by a power not held or not authorized by the state.
Les règles sociales non juridiques s'imposent soit d'elles-mêmes soit par la coercition d'une puissance non étatique ou non habilitée par l'Etat.

98. Non-judicial social rules either are laid down by a power not held or not authorized by the state, or stem from the collective consciousness of the social group itself.
Les règles sociales non juridiques sont soit posées par une puissance non étatique ou non habilitée par l'Etat, soit l'émanation confuse du groupe lui-même.

99. Non-judicial social rules pertain to morals in the broad sense, ways of living and behaving in private and professional relationships, and more specifically to ethics (individual and social morality).
Les règles sociales non juridiques concernent les mœurs au sens large, manières de vivre et de se comporter dans les rapports privés et professionnels, et plus précisément l'éthique (la morale individuelle et sociale).

100. Ethics pertain in a positive sense to the physical, mental and patrimonial integrity of man, which a11ows him to survive and develop as an individual and as a species.
L'éthique concerne positivement l'intégrité physique, psychique et patrimoniale de l'homme, ce qui lui permet de survivre et de se développer en tant qu'individu et en tant qu'espèce.

101. Individual ethics result not only from interindividual social relationships and the social experience of individuals, but also and most importantly from education and the conformity-oriented imitation of influential agents.
La morale individuelle résulte des rapports sociaux interindividuels, de l'expérience sociale des individus, mais aussi et surtout de l'éducation et de l'imitation conformative des influents.

102. The social ethics of the group are the resultant of the internai social relationships of the group and the conformity-oriented imitation of influential groups.
La morale sociale du groupe est la résultante des rapports sociaux internes au groupe et de l'imitation conformative de groupes externes influents.

103. Every social group bas, depending on time and space, predominating social ethics.
Tout groupe social connaît, en fonction du temps et du lieu, une morale sociale prédominante.

104. Predominating social ethics are imperative or incentive by virtue of their predominance.
Toute morale sociale prédominante est impérative ou incitative de par sa prédominance même.

105. lncentive predominance, resulting from mental consensus, is more effective than imperative, physical predominance ; seduction is not the same as rape.
Toute prédominance par consensus psychique, incitative, l'emporte en efficacité sur toute prédominance physique, impérative : la séduction n'est pas le viol.

106. Every state bas ruling social ethics which are the resultant of the predominating ethics of the various social groups within the ruling group.
Tout Etat connaît une morale sociale dirigeante qui est la résultante des morales prédominantes des groupes sociaux internes au groupe social dirigeant.

107. Ruling social ethics are "objective" - in that they are forced upon the individu al conscience of the ruled.
Toute morale sociale dirigeante est «objective» - comme s'imposant à la conscience individuelle des dirigés.

108. Ruling social ethics are essentially "conservative" since their aim is the preservation and development of the group.
Toute morale sociale dirigeante est essentiellement «conservatrice» puisque son but est la conservation et le développement du groupe.

109. Degeneration occurs when the ruling social ethics only serve a fraction of the group whose preservation and development are parasitic.
Il y a dégénérescence lorsque la morale sociale dirigeante n'est plus qu'au service d'une fraction du groupe, dont la conservation et le développement sont parasitaires.

110. Every degeneration calls for a regeneration.
Toute dégénérescence appelle une régénérescence.

111. The ruling social ethics are used by the ruling power as an instrument of control and cohesion, in the same way as the official ideology.
La morale sociale dirigeante est utilisée par le pouvoir dirigeant comme force de maintien, de cohésion, au même titre que l'idéologie officielle.

112. The ethical sanction is disapproval and excommunication. This can be dead1y - or worse still if etemal.
La sanction morale est désapprobation et excommunication. Ce peut être mortel - et plus que mortel si éternel.

 

III. - ORGANIZATION BY THE LAW
L'ORGANISATION PAR LE DROIT

A. NATURAL RIGHTS AND POSITIVE RIGHTS
DROITS NATURELS ET DROITS POSITIFS

113. Every individual bas a personal notion of what is just.
Tout individu a sa conception personnelle de ce qui est juste.

114. What is just is, according to me, what allows the maximum development of my potentialities.
Est juste ce qui, selon moi, permet le développement maximum de mes potentialités.

115. Every judicial system can be perceived as just by those who consider themselves favored by it.
Tout système juridique peut être perçu comme étant juste par ceux qui s'estiment favorisés par ce système.

116. Every judicial system is based on the biological system.
Tout système juridique est fondé sur le biologique.

117. The fundamental source of rights is the living being's claim to be and remain in the state of being, and to develop bis potentialities to the full.
Le droit trouve sa source fondamentale dans la revendication du vivant d'être et de perdurer dans l'être, de développer au maximum ses potentialités.

118. What lives is natural.
Le vivant est naturel.

119. The supematural is above nature, not contrary to nature.
Ce qui est surnaturel est au-dessus de la nature et non pas contraire à la nature.

120. Every individu al feels he bas subjective rights which he considers natural and for which he claims recognition by the judicial power as freedoms to take action.
Tout individu estime avoir des droits subjectifs qu'il pense naturels et qu'il entend faire reconnaître par le pouvoir juridique en tant que libertés d'agir.

121. Subjective natural rights are freedoms to take action claimed by every individual.
Les droits naturels subjectifs sont des libertés d'agir revendiqués par tout individu.

122. Every ideological system advocates renunciation or patience because appropriative imitation leads to anarchy.
Tout système idéologique prône le renoncement ou la patience car l'imitation appropriative est anarchique.

123. At times of dearth, the powerful are the first or the only ones served.
En pénurie les puissants sont premiers ou seuls servis.

124. Every system of objective natural law, whether explicit or implicit, is ideological, and either spiritualistic or non-spiritualistic.
Tout système de droit naturel objectif, avoué ou non avoué, est idéologique, spiritualiste ou non spiritua liste.

125. Every system of objective natural law, whether explicit or implicit, is legitimizing.
Tout système de droit naturel objectif, avoué ou non avoué, est légitimant.

126. Every system of objective natural law, whether explicit or implicit, is just in the eyes of those who wish to impose it.
Tout système de droit naturel objectif, avoué ou non avoué, est juste pour ceux qui entendent l'imposer.

127. Every system of objective natural law, whether explicit or implicit, is just in the eyes of those who find in this system a recognition of the subjective natural rights to which they wish to be entitled, or think that they find them in it.
Tout système de droit naturel objectif, avoué ou non avoué, est juste pour ceux qui trouvent dans ce sys tème la reconnaissance des droits naturels subjectifs dont ils souhaitent bénéficier, ou qui croient les y trouver.

128. Every system of objective natural law is ideal ; it is an ideal to be achieved through positive law.
Tout système de droit naturel objectif est idéal, est un idéal à atteindre par le droit positif.

129. Positive law is contingent.
Le droit positif est contingent.

130. Positive law is imposed by the sovereign power.
Le droit positif est imposé par la puissance souveraine.

131. The sovereign power rules over its territory.
La puissance souveraine dispose de 1'effectivité sur son territoire.

132. The sovereign power presently is State-held.
La puissance souveraine est, actuellement, étatique.

133. The State is a system consisting of rulers holding sovereign power over subjects within the framework of a determined territory.
L'Etat est un système composé de gouvernants exerçant la puissance souveraine sur des gouvernés dans le cadre d'un territoire déterminé.

134. Positive law is the set of social rules which expresses the ruling social group's will to maintain such an order as will be favorable to it, namely, binding rules that are laid down and enforceable by the governing power, and whose observance is garanteed by the coercive power of the State.
Le droit positif est 1'ensemble des règles sociales qui exprime la volonté du groupe social dirigeant étatique de maintenir un ordre qui lui soit favorable, règles contraignantes posées et sanctionnables par le pouvoir gouvernant et qui sont garanties par la puissance coercitive de l'Etat.

135. Positive law is the set of State-originated social filles which govern the relations between physical andor legal persons, whose observance is obligatory and whose non-observance may be technically, physically andor financially punished by the State, either directly or indirectly.
Le droit positif est l'ensemble des règles sociales d'origine étatique qui régit les rapports entre les personnes physiques et/ou morales dont le respect est obligatoire et dont le non respect peut être sanc tionné techniquement, physiquement etou patrimonialement par l'Etat, directement ou indirectement.

136. Positive law, laid down by the State, is the prevai1ling law that cornes under the power of that State.
Le droit positif, posé par l'Etat, est le droit actuellement applicable qui relève de la puissance souveraine de cet Etat.

137. Positive law grants rights to, and imposes duties on, the subjects of the sovereign power.
Le droit positif accorde des droits aux sujets de la puissance souveraine et leur impose des devoirs.

138. The rights granted through positive law to the subjects of the sovereign power are called subjective positive rights or subjective rights.
Les droits accordés aux sujets de la puissance souveraine par le droit positif sont des droits positifs subjectifs ou droits subjectifs.

139. Positive law which grants rights and imposes duties is caIled objective positive law.
Le droit positif qui accorde et impose est le droit positif objectif.

140. A State judicial system consists of :
1 - an objective natural law, either explicit or implicit, which is a philosophical basis of the positive law of that State, asserting to meet the legitimate claims (subjective natural rights) of the subjects of the sovereign ;
2 - an objective positive law which imposes duties and grants subjective positive rights.

Tout système juridique étatique est composé :
1 - d'un droit naturel objectif, avoué ou non avoué, qui est une philosophie du droit positif de l'Etat considéré, qui affirme répondre aux justes revendications (droits naturels subjectifs) des sujets de la puissance souveraine,
2 - d'un droit positif objectif qui impose des devoirs et accorde des droits positifs subjectifs.

141. Chronologically, the various rights and laws are classified as follows :
1 - subjective natural rights claimed by the individuals ;
2 - the objective natural law, theoretically formulated on the basis of the official ideology and taking into consideration certain subjective natural rights ;
3 - the State objective positive law, based on a theory of objective natural law ;
4 - subjective positive rights granted to the subjects through objective positive law.

Chronologiquement, le classement des différents droits est le suivant :
1 - droits naturels subjectifs revendiqués par les individus,
2 - droit naturel objectif élaboré selon l'idéologie officielle en théorie et prenant en considération certains droits naturels subjectifs,
3 - droit positif objectif étatique se fondant sur une théorie de droit naturel objectif,
4 - droits positifs subjectifs accordés aux sujets par le droit positif objectif.

142. If the subjective positive rights granted to me correspond to the subjective natural rights that 1 claimed, then the State judicial system is just. If not, 1 try to obtain justice in the name of another system of positive naturel law which recognizes my claims.
Si les droits positifs subjectifs qui me sont accordés correspondent aux droits naturels subjectifs revendiqués, le système juridique étatique est juste. Sinon j'entends obtenir justice au nom d'un autre système de droit naturel objectif qui reconnaîtrait mes revendications.

 

B. UNIVERSAL POSITIVE LAW, A BIOLOGICAL NECESSITY
LE DROIT POSITIF UNIVERSEL, NECESSITE BIOLOGIQUE

143. Until such time, if ever, as emerge totally positive universal ethics, social organization can be based only upon an enforced overall positive judicial system.
Dans l'attente hypothétique de l'émergence d'une morale universelle qui soit totalement positive, l'or- ganisation sociale ne peut reposer que sur un système juridique positif global sanctionné.

144. Judicial sanctions call upon physical, financial andor technical coercion. Moral sanctions call upon mental coercion.
Toute sanction juridique fait appel à la coercition physique, patrimoniale etou technique. Toute sanction morale fait appel à la coercition psychique.

145. Judiciai sanctions may have a moral character, but moral sanctions are extraneous to law.
La sanction juridique peut avoir un aspect moral si la sanction morale est extérieure au droit.

146. An overall positive judicial system presupposes the presence of a normative and coercive power.
Tout système juridique positif global suppose un pouvoir normatif et coercitif.

147. There can be no ends without means.
Il ne saurait y avoir de fins sans moyens.

148. Universal positive law is the vertex of a pyramid of which local laws are the foundations.
Le droit positif universel est le sommet d'une pyramide dont les droits locaux sont la base.

149. Universal positive law can only be a coordinating and superimposing law which determines the strategy and lets the coordinated laws choose the tactic.
Le droit positif universel ne peut être qu'un droit de coordination et de superposition qui fixe la stratégie et laisse aux droits coordonnés le choix de la tactique.

150. Local, regional and State laws, organized and coordinated by universal positive law, are becoming increasingly and growingly complex.
Droits locaux, régionaux, étatiques, organisés et coordonnés par le droit positif universel sont en mouve ment de complexification montante et croissante.

151. Local customs and usages are respectable only if they tend toward Hominization.
Les habitudes et coutumes locales ne sont respec- tables que si elles vont dans le sens de l'Hominisation.

152. Positive, flexible organizing will always prevail upon negative, rigid organizing.
L'organisation souple positive l'emportera toujours sur l'organisation rigide négative.

153. A positive decentralization is worth all the negative concentrations.
Une décentralisation positive vaut toutes les concentrations négatives.

154. Whether it be flexible or rigid, the positive organization is that which tends towards Hominization.
Souple ou rigide, l'organisation positive est celle qui va dans le sens de l'Hominisation.

155. Positive organization is a function of time and place.
L'organisation positive est fonction du lieu et du temps.

156. 1t is better to go slow in the right direction than fast in the wrong.
Mieux vaut aller lentement dans le bon sens que vivement dans l'autre.

157. Let each man choose bis own speed according to his capacities.
A chacun sa vitesse en fonction de sa capacité.

158. What is positive here can be negative there ; what matters is the increasingly complex trend towards Hominization.
Ce qui est positif ici peut être négatif là ; c'est la montée en complexité vers l'Hominisation qui importe.

159. Rigid bureaucratism and technobureaucratism are always negative.
Le bureaucratisme et le technobureaucratisme rigides sont toujours négatifs.

160. The growing power of Universal Organization can only be biological, therefore functional.
La montée en puissance de l'Organisation Universelle ne peut être que biologique, donc fonctionnelle.

161. The growing power of Universal Organization is a total growth, which doesn't work against recognized capacities or claimant potentialities.
La montée en puissance de l'Organisation Universelle est une montée totale, non frustrante des capacités reconnues ni des potentialités revendicantes.

162. Every Power requires Counter-Powers.
Tout Pouvoir nécessite des Contre-Pouvoirs.

163. Power for power's sake is a misuse of Power.
La puissance pour la puissance est un détournement de Pouvoir.

164. Power is a legitimate gratification serving positive organization.
La puissance est jouissance légitime au service de l'organisation positive.

165. The alienating gratification of Having without Being carries the seed of Death.
La jouissance aliénante de l'Avoir sans Etre est grosse de la Mort.

166. Those who die of Having have febrile songs and raging tempers.
Les agonisants de l'Avoir ont des chants fébriles et des rages folles.

167. The blood of the victims of Having fertilizes the universal conscience.
Le sang des victimes de l'Avoir fertilise la conscience universelle.

168. The universal conscience is evolving, although the present is imperfect and the immediate future not necessarily more perfect.
La conscience universelle est en devenir si le présent est imparfait et le futur immédiat non nécessairement plus que parfait.

169. Believing is Power but Doubting is not Hell.
Croire c'est Pouvoir mais Douter n'est pas l'Enfer. © Denis Touret, 1983

For a biojudicial theory
Pour une théorie biojuridique
169 "First" Maxims
Maximes "Premières"
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25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 11:49
© Denis Touret

 

Aquino (l'aristocatholique), Aristoclês (Platon), Aristote (le grand précurseur), Attali (l'éthique juive et le capitalisme), Augustinus (le platocatholique), Austin (le droit international comme morale sociale positive), Bakounine (l'anarchie solidaire et universelle), Baudrillard (le patrouilleur de l'irréel), Bentham (pour le bonheur individuel utile), Bergson (la vitalité du héros), Blackstone (le "fondateur" du droit anglo-saxon), Bodin (de la Souveraineté de l'Etat), Bouddha (vers la libération par l'éveil), Boudon (individualisme méthodologique et effets pervers), Bourdieu (un sociologue réaliste et contestataire), Bouveresse (anti-intellectualiste "parisien", contre le "journalisme"), Burke (le libéral irlandais hostile aux Droits de l'Homme "à la Française"), Calvin (le réformateur protestant franco-suisse), Carré de Malberg (un juriste souverainiste, positiviste d'Etat), Cicéron (le juriste conservateur), Comte (le philo-sociologue positiviste), Confucius (sagesse et gouvernement), Darwin (lutte et sélection), Duguit (le juriste solidariste, maître de l'Ecole de Bordeaux), Duns Scott (le franciscain fondateur du volontarisme philosophique), Durkheim (une sociologie républicaine), Epicure (le bonheur modéré), Fichte (le nationalisme social allemand), Girard (l'amour christique), Gramsci (marxisme et culture), Grotius (le grand fondateur du droit international moderne), Guénon (contre le modernisme pour la Tradition véritable), Hauriou (un juriste, le maître de l'Ecole de Toulouse), Hayek (l'ultra-capitalisme), Hegel (la puissance publique), Hindouisme (le séparé), Hobbes (pas de liberté sans sécurité), Ibn Khaldun (le sociologue yéménite du XIVème siècle), Illich (l'anti-capitaliste), Kant (le bourgeois), Kelsen (le droit pur), Khaldun (le premier sociologue musulman réaliste), Koestler (contre Marx et Freud), Lamarck (le premier évolutionniste), Lao Tseu (individualisme et écologie), Le Bon (la psychologie des foules), Locke (le fondateur du libéralisme politique), Lolme (un calviniste théoricien du gouvernement libéral modéré "à l'anglaise"), Lombroso (le criminel-né), Luther (moine catholique rebelle, fondateur du luthérianisme) Machiavel (le sociologue et patriote italien), Mahomet (le fondateur de l'Islam), Maistre (le monarchiste catholique, franc-maçon anti-libéral, anti-Lumières), Mao Tse Toung (idéologue marxiste, fondateur de la Chine populaire), Marx (le sociologue et prophète), Maupassant (un pacifiste parmi d'autres), Montesquieu (sur la démocratie libérale conservatrice) Nietzsche (la volonté de puissance), Nozick (l'anarchiste capitaliste), Ockham (le franciscain fondateur du volontarisme juridique), Spinoza (la liberté d'expression, y compris dans le judaïsme), Pareto (le sociologue réaliste), Platon (la dictature des sages), Proudhon (l'anarchiste libertaire), Rawls (le capitalisme social-libéral), Rousseau (la Lumière de la Révolution française), Saint-Augustin (le platocatholique), Saint-Simon (le socialisme technocratique), Saint-Thomas d'Aquin (l'aristocatholique), Scelle (pour un droit international de solidarité), Sorel (l'anarcho-syndicalisme), Spencer (le darwinisme social), Spengler (le Déclin de l'Occident), Suarez (l'un des fondateurs, avec Vitoria, du droit international), Stirner (l'anarchiste libertarien), Tarde (le juriste sociologue), Teilhard de Chardin (l'Amour Cosmique), Tocqueville (la démocratie libérale), Vaneigem (un libertaire), Vitoria (l'un des fondateurs du droit international), Weber (le sociologue classique tendance), Wilson (la biosociologie des évolutionnistes).

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LES GRANDS IDEOLOGUES et les autres
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DominiqueGiraudet - dans penser
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24 juillet 2007 2 24 /07 /juillet /2007 23:53
Martin Heidegger

(Mai 2005) L'impossible dialogue *
(Août 2001) La publication de textes inédits du philosophe de Fribourg relance la polémique sur ses liens avec le mouvement nazi.

Heidegger, une histoire allemande, Par CHRISTIAN SOMMER, Libération, Le mardi 15 aout 2001. Christian Sommer est traducteur de Schopenhauer, termine une thèse sur l'œuvre de Heidegger.

Son idée fixe : un commencement, allemand, qui va de pair avec un souci constant de l'avenir du «peuple allemand».

Si Heidegger avait été un vulgaire idéologue nazi, sa pensée n'aurait pas épousé le destin exégétique planétaire qu'on lui connaît, à moins de supposer que tout lecteur de Heidegger est un nazi en puissance.
L'incroyable fécondité philosophique de son œuvre débordera toujours le contexte strictement biographique, historique et politique, autorisant une multiplicité de lectures. Après tout, il y a des heideggériens de gauche, de droite, modérés ou anarchistes.
Qu'on ne lise pas dans nos propos forcément schématiques un plaidoyer pour séparer la dimension historico-politique de sa pensée, au contraire. S'il y a une pensée au XXe siècle où s'entrechoquent la vie active et la vie contemplative au point de se confondre, c'est bien chez Heidegger.
Nous pensons que ce n'est pas par la biographie qu'on peut comprendre l'œuvre, mais l'inverse. Entre apologie et calomnie, ne faut-il pas emprunter une voie médiane, qui consiste à laisser parler Heidegger, quitte à y entendre le pire? Penser Heidegger, c'est aussi penser la monstruosité tragique du XXe siècle.

Dans «l'affaire Heidegger», la frénésie positiviste, la simple compilation historiographique des faits, risque de manquer ce qu'elle prétend cerner: le lieu de la pensée heideggérienne. Encore une fois, on assiste au retour du scandale de la complicité de l'un des plus grands philosophes du XXe siècle avec le national-socialisme.
Après la tempête provoquée par le livre de Victor Farias, Heidegger et le nazisme (Verdier, 1987), c'est le volume 16 de l'Edition intégrale de l'œuvre du philosophe, publié l'année dernière en Allemagne, qui semble fournir matière, comme en témoignent des articles publiés dans Die Zeit ou dans Libération (1).
Dans ces 800 pages de conférences, de lettres, et de notes administratives qui couvrent la période 1910-1976, ce sont les textes de la période la plus sombre, où le maître-penseur occupait les fonctions de recteur de l'université de Fribourg (avril 1933-avril 1934), qui dérangent. La plupart de ces écrits ont déjà été publiés clandestinement à Berne par Guido Schneeberger et partiellement traduits en français dès 1961 (2). Ce volume est intéressant en ce qu'il rend accessibles les documents qui nourrissent la polémique depuis quarante ans. Quant à penser le rapport de Heidegger au nazisme, c'est une autre affaire: l'affaire de la pensée, précisément.

Faut-il rappeler que les faits historiques ne pensent pas à notre place? Quand bien même on aurait rassemblé un dossier exhaustif sur le national-socialisme de Heidegger, il faudra encore l'interpréter philosophiquement tout en recomposant la dimension historico-politique de sa pensée, ce ne saurait se faire en un jour.
Signalons peut-être à ceux qui voudraient instruire le procès plus rapidement que le corpus, déjà considérable, est en constante expansion. Un ensemble de textes importants n'a été publié que très récemment, notamment plusieurs traités inédits sur la pensée onto-historiale de l'événement (1936-1948), sans parler des cours du jeune Heidegger. En attendant l'achèvement de l'Edition intégrale vers 2015-2020, ce ne sont pas moins de 25 000 pages qui demandent lecture.

Du fait que Heidegger, recteur de l'université de Fribourg, était en charge d'attribuer un poste d'«hygiène raciale», ou qu'il a mentionné en passant l'expression «sang et sol» dans une conférence à l'Institut d'anatomie pathologique, il serait hâtif de conclure qu'il fut un ardent défenseur de l'eugénisme et de l'idéologie völkisch.
Détacher des blocs textuels de leur contexte immédiat et du vaste massif heideggérien, c'est d'abord manquer de probité philologique, comme eût dit Nietzsche. Il ne faudrait pas oublier, ensuite, que Heidegger lui-même n'a eu cesse de réinterpréter sa pensée, et que son rapport à la nébuleuse national-socialiste est d'une redoutable et irréductible complexité, d'où sa résurgence périodique sur la place publique.
Dans la phase maniaque de 1933-1934, Heidegger déraille et commet des textes odieux, encore plus répugnants, bien sûr, si on les considère à la lumière de 1945. Mais s'il délire en toute rigueur, bon nombre de notions «nazifiées» en 1933-1934 ne sont plus utilisées par la suite, certaines sont transformées ou déconstruites.

Dans l'œuvre, on ne trouve plus trace de l'idéologème abject «sang et sol» après 1933-1934. Avant de crier au racisme, il convient de noter que l'idéologème national-socialiste de race n'aura jamais eu sa faveur philosophique, comme en témoigne dès 1934 le cours du semestre d'été sur la logique (volume 38), où Heidegger montre que la parole n'est nullement l'expression d'une essence biologico-raciale de l'homme, biologisme primaire qui sera éreinté dans ses cours sur Nietzsche de 1936 à 1943.
Dans le traité l'Histoire de l'estre, écrit en 1938-1940 (volume 69), Heidegger critique explicitement toute forme de doctrine raciale et d'élevage racial comme instrument de la domination et symptôme nihiliste du cercle métaphysique de la subjectivité moderne. On le voit, les choses ne sont pas simples.

Dans le volume 16, ce ne sont d'ailleurs pas les textes incriminés qui sont les plus intéressants pour comprendre l'engagement de Heidegger. Les deux conférences destinées aux étudiants étrangers de l'université de Fribourg (15 et 16 août 1934) et la longue conférence de Constance sur la situation actuelle et la tâche future de la philosophie allemande (30 novembre 1934) conceptualisent ce que Heidegger, lui aussi, appelle la «révolution national-socialiste».
C'est dans ces quarante pages et dans le cours de 1934, déjà cité, que Heidegger explicite ses concepts «onto-politiques» (historicité, peuple, Etat, travail, socialisme national, mission, volonté, communauté...), thématisés pour la première fois ou tirés de l'analytique existentiale d'Être et temps (1927).

Evidemment, la démission du rectorat, en 1934, ne met pas fin à sa profonde sympathie pour le mouvement nazi. Elle favorise une certaine distance critique, après la déception de n'avoir pu rencontrer une surface d'intervention immédiate. Il lui faudra quelques années pour revenir de son aveuglement et pour comprendre son fourvoiement sans pour autant abandonner l'idée fixe d'un autre commencement, allemand, répondant au premier commencement, grec, ce qui va de pair avec un souci constant de l'avenir du «peuple allemand».
Ce dont il ne se sera jamais départi, c'est d'un solide et problématique germano-centrisme philosophique qui s'est greffé, le temps d'une errance scandaleuse, sur le régime le plus meurtrier de l'Histoire.

(1) Lire Libération du 9 juin 2001: «Une adhésion sans limite à l'idéologie du "sang et du sol"», par Arno Munster.
(2) Dans la revue Médiations et aussi dans le Débat (1988) et dans les Ecrits politiques 1933-1966, Gallimard (1995).

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(Mai 2005) Heidegger, l'impossible dialogue

Quatre ouvrages autour (ou) du philosophe dessinent, incidemment, les contours de «l'affaire Heidegger» alimentée par ceux qui montrent son degré de compromission avec le nazisme et ceux qui le nient.

Martin Heidegger, Achèvement de la métaphysique et poésie Traduit de l'allemand par Adéline Froidecourt, Gallimard, 194 pp., 19 €.
Maxence Caron, Heidegger ­ Pensée de l'être et origine de la subjectivité Préface de Jean-François Marquet, Le Cerf, 1 754 pp., 89 €.
François Fédier, Martin Heidegger ­ Le Temps. Le Monde Lettrage distribution, 302 pp., 25 €.
Emmanuel Faye, Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie Albin Michel, 574 pp., 29 €.

Parfois, les aléas de l'édition ne se contentent pas de «bien faire les choses». Les livres, au lieu de paraître au hasard, se disposent d'eux-mêmes en ordre, en carré ou en losange, de sorte qu'ils dessinent les angles d'un «problème». C'est le cas de ceux, récents, qui ont pour point commun Martin Heidegger. Le premier est de Heidegger lui-même : Achèvement de la métaphysique et poésie. Il regroupe deux cours, l'un du semestre d'hiver 1941-42 («la Métaphysique de Nietzsche»), l'autre du semestre d'hiver 1944-45 («Introduction à la philosophie. Penser et poétiser»), dans lesquels le philosophe allemand, en s'attachant aux «cinq locutions fondamentales» (volonté de puissance, nihilisme, éternel retour de l'identique, surhomme et justice) définit la métaphysique de Nietzsche comme «accomplissement de la métaphysique occidentale». Le deuxième, Heidegger ­ Pensée de l'être et origine de la subjectivité, est une volumineuse étude de Maxence Caron, sans doute la synthèse la plus étendue qui ait été donnée jusqu'ici de l'ensemble de la pensée heideggerienne. Le troisième, Martin Heidegger ­ Le temps. Le monde, est le recueil de trois cours, nourris de bout en bout par la lymphe heideggerienne, que François Fédier a donnés en classe de khâgne au lycée Pasteur de Neuilly (1980, 1991, 1997). Le dernier, d'Emmanuel Faye, est, comme l'indique clairement son titre (Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie), le plus violent réquisitoire jamais prononcé contre l'auteur de Etre et Temps, non pas un «penseur», mais le «guide spirituel» du nazisme. D'où le problème : que doit-on faire de Heidegger ? Que peut-on dire de lui et de sa pensée qui soit sensé, acceptable, légitime, sans aboutir à des phrases minées, qu'une contradiction interne fait aussitôt exploser : «Heidegger est le plus grand penseur du siècle, et il a été nazi», «Heidegger a été nazi, sa pensée s'est alimentée du nazisme et l'a alimenté, il n'est donc pas un grand philosophe», «Heidegger est un immense penseur, peu importe qu'il ait été nazi», «Heidegger, le plus grand penseur du siècle, n'a pas été nazi, mais a fait une erreur politique en adhérant, un temps, au nazisme», «Heidegger non seulement n'a pas été nazi, mais sa pensée profonde aide à comprendre le nazisme et en est l'antidote»... Derrière ces «propositions», il y a bien sûr des positions, toutes intenables, qui se repoussent ou se détruisent les unes les autres, et qu'illustrent ici les quatre ouvrages cités.

Martin Heidegger a adhéré au Parti nazi (NSADP) le 1er mai 1933 et a gardé sa carte, en payant scrupuleusement ses cotisations, jusqu'en 1945. D'avril 1933 à avril 1934, il a été recteur de l'université de Fribourg. Pour ces raisons, il a été interdit d'enseignement de 1946 à 1951. L'«affaire Heidegger», à savoir la question du degré de compromission du philosophe avec le nazisme, a donc maintenant soixante ans. En France, elle a été enclenchée dès 1945, par les premiers comptes rendus de Frédéric de Towarnicki et Maurice de Gandillac, puis le débat qui opposa Eric Weil et Karl Löwith à Alphonse de Waelhens, traducteur de Heidegger. Elle a connu son acmé en 1985, lors de la publication par Victor Farias de Heidegger et le nazisme, et a été alimentée par les recherches, soit historiographiques soit philosophiques, de Guido Schneeberger, Hugo Ott, Hans Sluga, Richard Wolin, Bernd Martin, Nicolas Tertulian, Domenico Losurdo, Georges Steiner, Jean-Pierre Faye, Henri Meschonnic ou Arno Münster, qui, il y a quatre ans, faisait écho dans Libération d'une «relance» de l'affaire provoquée en Allemagne par la parution du volume XVI des OEuvres complètes de Heidegger, contenant une lettre de 1934 dans laquelle le philosophe, alors recteur, informe le ministre nazi de la Culture, de l'Enseignement et de la Justice du Land de Bade de son intention de chercher rapidement une personne «apte à dispenser l'enseignement pour la discipline d'hygiène raciale», en vue de pouvoir demander officiellement, auprès du ministère, la création d'une chaire de «doctrine raciale» et de «biologie héréditaire». L'intense débat, qui revient cycliquement ­ et qui a appelé en jeu Jürgen Habermas ou Pierre Bourdieu, Gianni Vattimo ou Jacques Derrida ­, n'a pourtant pas fait que les positions changent. Les avocats de Heidegger considèrent toujours que le choix de leur maître a été une «erreur», est seulement politique et n'a rien à voir avec sa philosophie, alors que les procureurs estiment que l'adhésion de Heidegger au nazisme non seulement n'est pleinement intelligible que si elle est mise en relation avec sa pensée philosophique mais que cette pensée est elle-même une «introduction du nazisme dans la philosophie». Entre les deux camps, des invectives, jamais de dialogue.

Le livre de François Fédier, le plus indéfectible défenseur de Heidegger et le représentant, pour la France, de ses ayants droit, parle du temps, du monde, de l'être au monde, et met ses élèves au contact de la pensée de Heidegger, «le plus étonnant pédagogue, au vrai sens du terme, de notre temps». Jamais, même pour informer ses jeunes khâgneux, il n'évoque ne serait-ce que les «soupçons» qui pèsent sur la pensée de son maître Ñ alors qu'il tient à noter que Schopenhauer, lui, «passe pour un philosophe auprès de gens qui ne font pas de philosophie», que son «influence est catastrophique» et que... Hitler n'était pas «nietzschéen mais schopenhauerien» !. «Les chiens aboient, la caravane passe» ? Sans doute. Trouverait-on le plus accablant témoignage, cela ne changerait rien. Aux yeux de Fédier, Heidegger, l'homme comme le penseur, est et restera «irréprochable».

Le livre de Maxence Caron ne témoigne d'aucune position dédaigneuse ou arrogante. Mais il aboutit à la même fin de non-recevoir. C'est une somme, une étude de plus de 1 700 pages qui tente le pari de mettre à jour la cohérence interne de la pensée de Heidegger, réputée ne pas en avoir, et la trouve paradoxalement (ne dit-on pas d'habitude que cette pensée a visé la «Destruktion» du sujet ?) dans la question de la subjectivité, ou plus exactement en décèle la «charnière centrale» dans «la notion fondamentale d'"ipséité" (ou celle de "soi") que Heidegger oppose d'emblée à l'ennemi qu'il se choisit et qui apparaît sous les traits d'une traditionnelle et monolithique égoïté (c'est-à-dire le "moi")». Cependant, on s'esquinterait les yeux à vouloir chercher dans cette cathédrale théorique la moindre mention de l'adhésion de Heidegger au nazisme, ne serait-ce que de l'espoir qu'il avait de voir le «bouleversement nazi» régénérer la vie intellectuelle. On dira : ce n'était pas le problème du livre. Mais là est justement le problème : considérer «hors sujet» pour la pensée, les accointances de Heidegger avec le nazisme.

«Corps à corps» avec Nietzsche

Bien que ne comptant pas parmi les cours les plus importants, mais en tant que «moment» d'un travail qui va aboutir à l'essentiel Nietzsche de 1961, le texte même de Heidegger, Achèvement de la métaphysique et poésie, devrait, à l'inverse, invalider certaines des affirmations contenues dans le livre d'Emmanuel Faye : personne, a fortiori un philosophe, ne peut en effet conclure de sa lecture que Heidegger n'a ouvert qu'un «chemin sans retour, où tout l'apport de la philosophie est déconsidéré et détruit». Nietzsche occupe une position particulière dans le développement de la pensée heideggerienne après Etre et Temps, et en conditionne le «mouvement». De 1930 à 1941-42, Heidegger lui consacre quasiment tous ses séminaires : il le tient pour un penseur «essentiel», parce qu'il décèle en lui cette «chose en commun» qui est en question dans la philosophie occidentale, à savoir le problème de l'être, interprété comme volonté de puissance et éternel retour du même.

Le souci de Heidegger était de repenser l'histoire de la métaphysique occidentale et de repérer l'«erreur» qui la caractérisait ­ une histoire qui à ses yeux n'était compréhensible que si l'on partait du problème de l'essence de la vérité et de la «manifestation» (dévoilement-voilement) de l'être. Pour ce faire, il se tourne donc vers le monde grec, vers Platon, vers Aristote, remontant jusqu'au détesté Descartes ­ chez lequel la vérité devient certitude du sujet humain et l'être se transforme en «objet», en quelque chose qui «se tient devant» (Gegen-stand) le calcul et le projet technique de l'homme ­ puis Hegel, et Nietzsche, avec qui la métaphysique parvient à sa forme extrême et, sous cette forme, laisse voir son essence : l'oubli de l'être. Or, dans ce «corps à corps» de Heidegger avec Nietzsche a pris racine et a fructifié une très large part de la pensée contemporaine : comment soutenir que sa philosophie ­ quelle que soit la justesse ou non des thèses qui s'y exposent ­ n'a guère ouvert de chemins ? On imagine l'objection d'Emmanuel Faye. Où peuvent mener des chemins ouverts par ce que Heidegger écrivait dans «la Métaphysique de Nietzsche» : «C'est seulement là où la subjectivité inconditionnée de la volonté de puissance devient vérité de l'étant en entier qu'est possible, et donc métaphysiquement nécessaire, le principe sur lequel s'instaure un élevage racial (non la simple formation de races qui croissent à partir d'elles-mêmes) : la pensée de la race qui se sait elle-même» ?

Venons-en au livre de Faye. C'est un travail extrêmement sérieux, documenté, qui mêle «réflexion philosophique et investigation historique», et appuie sa démonstration sur des conférences, des cours, des séminaires «inédits ou non traduits» des années 1933-35, ou quelques textes des années 40. Il ne saurait être résumé, tant il comporte, comme il sied à un acte d'accusation, de citations, de témoignages et d'attestations. Mais ses conclusions sont claires et nettes. Heidegger a «fait siennes les principales composantes du nazisme et de l'hitlérisme : la définition du peuple comme communauté de sang et de race, l'apologie de l'Etat völkisch et la légitimation de l'extension de l'espace vital du peuple allemand», il a prononcé «l'apologie du principe de l'hitlérisme, voire contribué à le forger, à savoir que la communauté du peuple se constitue dans le lien vivant qui l'unit à son Führer», il a légitimé la «sélection raciale», n'a pas compris ou nié la spécificité de la Shoah et a ouvert la voie au révisionnisme et au négationnisme.

Cela peut sembler outrancier. Il est difficile cependant de ne pas frémir à la lecture de certains textes, où Heidegger dit entre autres que «l'agriculture est aujourd'hui une industrie d'alimentation motorisée, dans son essence la même chose que la fabrication de cadavres dans les chambres et les camps d'anéantissement, la même chose que le blocus et la réduction de pays à la famine, la même chose que la fabrication de bombes à hydrogène», qu'il existe «des hommes et des groupes d'hommes sans histoire» ­ «les nègres, comme par exemple les Cafres» ­ et que «ce que nous appelons "race" entretient une relation avec ce qui lie entre eux entre les membres du peuple ­ conformément à leur origine ­ par le corps et par le sang».

«Le continuateur du nazisme»

La réaction des heideggeriens patentés n'est pas difficile à deviner : ils crieront à la calomnie, regarderont de haut les accusateurs, leur reprocheront de ne pas être aussi savants qu'eux sur Heidegger, joueront sur la difficulté même du texte heideggerien pour dire que tel concept ne signifie pas ce qu'il signifie ­ et ils continueront, hautains, à heideggerianiser en rond. Les accusateurs, à l'inverse, refuseront de tenir compte des corrections interprétatives que peuvent apporter les spécialistes. Ils persévéreront dans l'idée que ce que Heidegger écrit en 1949 ­ «des centaines de milliers meurent en masse. Meurent-ils ? Ils périssent. Ils sont tués. Meurent-ils ? Ils deviennent les pièces de réserve d'un stock de fabrication de cadavres...» ­ signifie, comme le croit Faye, que «selon Heidegger, personne n'est mort dans les camps d'anéantissement», que les victimes des camps n'étaient pas des hommes, et qu'on «ne peut aller plus loin dans la négation de l'être humain que ne le fait Heidegger», alors qu'on peut au contraire y lire que les bourreaux n'ont pas seulement tué des hommes mais leur ont même ôté leur humanité. Les «anti-heideggeriens» ne se demanderont pas pourquoi il a été impossible aux plus grands penseurs de ce temps de ne pas penser sans Heidegger. Pourvu, au moins, qu'ils bornent leur propos ­ que signifie vouloir «arrêter» que les écrits de Heidegger «continuent d'être diffusés de manière planétaire» ? ­ et ne laissent pas entendre que, si Heidegger est «le continuateur du nazisme», les continuateurs de Heidegger pourraient l'être aussi ! Trouvera-t-on bientôt quelque poison dans les oeuvres d'un Lévinas, d'un Derrida, d'un Ricoeur ou d'un Vattimo, d'un Jean-Luc Nancy, d'une Marlène Zarader, d'un Jean-François Lyotard, d'un Gérard Granel ou d'un Michel Henry ?

Il est curieux de voir comment tout ce que la pensée contemporaine a mis en valeur (le langage, l'échange dialogique, le respect de l'autre, l'enrichissement par la différence) est aussitôt bafoué dès qu'il s'agit de discuter de Heidegger. Chacun campe dans ces certitudes, d'un côté et de l'autre d'une sorte de «mur de Fribourg», inébranlable. Et nul ne manifeste ne serait-ce qu'une simple souffrance, la souffrance dont témoignait par exemple Emmanuel Lévinas, qui, dans une même phrase, de celles qui restent dans la gorge, louait le génie de Etre et Temps et pleurait de voir chez son auteur «comme un consentement à l'horrible».
* Par Robert MAGGIORI, jeudi 05 mai 2005 (Liberation - 06:00)

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DominiqueGiraudet - dans penser
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24 juillet 2007 2 24 /07 /juillet /2007 17:38
Maxence Caron

Maxence Caron
[ Né en 1976 ] 20e siècleProfesseur agrégé de philosophie, docteur ès Lettres, lauréat de l’Académie française pour son ouvrage « Heidegger – Pensée de l’être et origine de la subjectivité » (Éd. du Cerf), Maxence Caron est auteur de plusieurs ouvrages sur la pensée allemande contemporaine et sur l’augustinisme. Directeur de collection aux éditions du Cerf, il y a fondé « Les Cahiers d’Histoire de la Philosophie » dont il a notamment dirigé les volumes sur Heidegger et sur Hegel.

Heidegger – Pensée de l'être et origine de la subjectivité
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Heidegger – Pensée de l'être et origine de la subjectivité

Par Maxence Caron

Préface de Jean-François Marquet

Paru en : Mars 2005

89,00 € - Disponible - 1760 pages

Collection « La Nuit surveillée »

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RésuméAuteur

Ce livre est à l'heure actuelle et tout simplement le seul ouvrage d'ensemble sur la pensée de Heidegger. Si beaucoup tentent aujourd'hui, avec plus ou moins de bonheur, d'utiliser en sens unique l'incontournable lexique heideggerien et, même en s'en voulant les contradicteurs, présupposent ainsi en cette œuvre puissante une unité fondamentale, la possibilité de cette unité demeure paradoxalement la paralysante zone d'ombre interdisant encore l'accès au plus grand monument de la pensée contemporaine. Tout se passe comme si la longévité de Heidegger avait suffi à le rendre classique. Face à une pensée qui est devenue, consciemment ou non, une constante référence pour chacun, il était donc urgent de donner enfin à un auteur classique une monographie classique le concernant.

Les études sur Heidegger sont fournies mais dispersées, épaisses mais éparses. Confronté à l'éclatement des recherches concernant une œuvre elle-même tout à la fois monothématique et singulièrement éparse, cet ouvrage met en évidence et en œuvre la cohérence qui maintient en un tout les multiples affluents du fleuve heideggerien.

Constamment tourné vers ce que l'histoire de la pensée a légué de plus essentiel, Heidegger ne cesse néanmoins d'appeler le lecteur à ce que cette immense tradition porte encore de décisif pour notre avenir. C'est pourquoi un ouvrage qui entend restituer la cohérence de cette pensée retrace par la même occasion la totalité du chemin emprunté par la philosophie depuis son commencement, et séjourne au cœur de chacune des étapes de cette somptueuse histoire. Des présocratiques à Platon, d'Aristote à Descartes, de Kant à Nietzsche et Husserl en passant par Fichte et Hegel, cette étude regarde s'organiser l'imperturbable méditation de Heidegger d'abord dans sa confrontation avec les grandes époques de la pensée occidentale, puis dans sa teneur propre.

La parole heideggerienne est réputée difficile. Une monographie qui entend être lisible ne peut se contenter de paraphraser la langue de l'auteur qu'elle choisit. C'est la raison pour laquelle Maxence Caron choisit – comme pour conjurer Babel et en accord avec l'esprit qui anime les œuvres de Heidegger – de laisser la parole poétique accompagner la pensée. On croisera ainsi sur le chemin de l'explication des figures telles que celles de Mallarmé ou de Rimbaud ; on lira également Supervielle, Rilke, Hugo, saint Jean de la Croix, Michaux, Claudel, Novalis, Valéry, Saint John Perse, Péguy, Char, et bien entendu Hölderlin dont la pensée heideggerienne a peut-être voulu ne devenir que la conscience. En suivant le chemin de Heidegger, nous accédons à la dernière grande pensée de l'histoire et avançons pas à pas au côté de celui qui a éperdument voulu retrouver la « magnificence du Simple ».

Ce livre a été couronné par le Prix Biguet 2006 de l'Académie française.

Collaboration :  Jean-François Marquet

Dimensions : 215 x 135 x 45 - Poids : 1150 grammes
ISBN : 2204077321 - SODIS : 8273532 - EAN : 9782204077323
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DominiqueGiraudet - dans penser
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22 juillet 2007 7 22 /07 /juillet /2007 12:08
Il a mené une explication silencieuse avec le christianisme »
Propos recueillis par PAUL-FRANÇOIS PAOLI.
 Publié le 18 janvier 2007

Un entretien avec le philosophe Rémi Brague.

 
LE FIGARO LITTÉRAIRE. - Dans votre livre sur Heidegger, paru sous la direction de Maxence Caron *, vous écrivez que le projet du penseur relevait d'une « transformation de l'homme ». Qu'entendez-vous par là ? 
 
Rémi BRAGUE. - Cette formule n'est pas de moi, mais de Heidegger lui-même, dans ses cours de la fin des années 1920. Il est d'ailleurs encore plus radical, puisqu'il parle de « révolutionner » le concept d'homme, voire d'« attaquer » l'homme. Non en posant des bombes, mais en « libérant l'humanité dans l'homme », en replaçant celui-ci devant sa tâche : être à la hauteur de ce qu'implique l'honneur d'être homme. Cette « humanité » en l'homme est ce que Heidegger appelle le dasein, le fait d'être en sachant que l'on est, et que l'on est responsable et mortel.
 
On a beaucoup évoqué la relation, aussi bien personnelle que philosophique, du penseur avec le christianisme. Comment définiriez-vous celle-ci ? 
 
Complexe, c'est le mot ! Quant à sa biographie, Heidegger est issu d'un milieu catholique de petites gens, fils de sacristain. Son frère Fritz a eu un fils prêtre. Le petit Martin a été lui-même enfant de choeur, et a fait toutes ses études grâce à des bourses de l'Église. Il a été quelques semaines novice chez les jésuites, et, une fois à l'université, a étudié, aussi, la théologie. Il s'est détaché de la foi, à la fin des années 1910, non sans souffrance et peut-être nostalgie. Heidegger a dit avoir mené sa vie durant une « explication silencieuse avec le christianisme ». Sa pensée même s'est élaborée dans un dialogue avec des philosophes chrétiens. Ses cours des années 1920 et 1921 commentent saint Paul et les Confessions de saint Augustin. En 1929, Heidegger mentionne encore Kierkegaard comme celui qui a rendu possible une nouvelle forme d'ontologie. Puis, il s'intéresse moins aux théologiens qu'aux poètes. Hölderlin prend alors pour lui une importance capitale, un peu comparable à celle d'un texte sacré. Si Heidegger critique souvent le christianisme, il parle assez peu du Christ. Mais il attaque de façon répétée l'idée de création du monde, qu'il comprend comme un lien de causalité entre Dieu et ce qui existe. Et il reproche à la foi d'empêcher que l'on s'interroge vraiment sur ce que c'est que l'homme et le monde.
 
Les textes inédits de Heidegger traduits récemment modifient-ils la perception que vous avez du penseur ? 
 
La publication des cours et traités inédits a commencé en 1976 avec l'édition des oeuvres complètes. Celle-ci doit comporter une centaine de volumes. Une cinquantaine sont déjà disponibles, et plusieurs déjà traduits. Rien n'apporte de révélation bouleversante. C'est plutôt une pensée qui se déploie et se montre peu à peu plus riche, plus complexe, plus profonde. Ainsi de la fameuse phrase « seul un dieu peut encore nous sauver », prononcée en 1966, lors d'un entretien avec l'hebdomadaire Der Spiegel, et qui avait soulevé tant de perplexité. On en voit un peu mieux le sens en lisant les Contributions à la philosophie, écrites en 1936, mais qui n'ont été publiées qu'en 1989, et où il est question du « dernier dieu ». Il n'est pas exclu que Heidegger ait rêvé d'une sorte de nouvelle religion qui traduirait, pour le peuple, les pensées de la philosophie. Auquel cas, Heidegger se replacerait dans toute une tradition, car l'idée est déjà présente dans ce qu'on appelle « Le plus ancien programme de l'idéalisme allemand », auquel Hölderlin avec Hegel et Schelling ont contribué.
 
L'ouvrage collectif dirigé par François Fédier peut-il clore le débat concernant les engagements politiques de celui-ci ? 
 
Je serais surpris que le débat puisse se clore. D'abord, parce que reconstituer le contexte, essayer de comprendre, évaluer les erreurs, voire les fautes, que Heidegger a lui-même reconnues, est une tâche de longue haleine. Ensuite, parce que ces polémiques reviennent périodiquement, à peu près tous les vingt ans. Elles profitent à tout le monde, et pas seulement aux éditeurs et journalistes. Aux auteurs : quand on est incapable d'écrire une oeuvre, on peut toujours attaquer Heidegger. Aux lecteurs : une fois un penseur discrédité, on peut s'épargner la peine de l'étudier et de s'exposer aux questions cruciales qu'il pose.
 
* Heidegger, Le Cerf, mars 2005. 565 p. 34 €.
 

 

 


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DominiqueGiraudet - dans penser
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20 juillet 2007 5 20 /07 /juillet /2007 23:10

Heidegger parle de la fin de la philosophie comme en fait la fin de la philosophie métaphysique et dialectique (bref de la pensée académique par genre et non par nuance), dans une conférence  de 1964 et dans l'entretien que vous avons retranscrit et que vous retrouverez en vidéo ici : http://www.youtube.com/watch?v=P57WVtHhxMM&eurl=

(à partir de la première minute voici le texte retranscrit) :

 

 

 

Bon la dernière phrase laisse dans le vague mais on est Heidegger ou on ne l'est pas, sa déréliction laissait déjà le lecteur dans le vague (tout comme l'Etre comme présence ou le Grand oeuvre). Mais cette pensée à la fois complexe, nuancée, tragique et surtout non-dialectique c'est ce à quoi nous nous attachons sur ce site. Sorte de preuve par l'expérience collective.

  " Nul ne sait quel sera le destin de la pensée. En 1964, dans une conférence je n'ai pas prononcée moi-même mais dont le texte a été lu en traduction française, j'ai parlé de la fin de la philosophie et de la tâche de la pensée". J'y ai fait une distinction entre philosophie c'est-à-dire la métaphysique, et la pensée telle que je l'entends. Cette pensée est, fondamentalement, quant à la chose même, beaucoup plus simple que la philosophie, mais, en conséquence, beaucoup plus difficile à accomplir, et elle  exige un nouveau soin apporté au langage, et non une invention de termes nouveaux, comme je l'avais pensé jadis; bien plutôt un retour à la teneur originale de la langue qui nous est propre mais qui est en proie à un dépérissement continuel. Un penseur à venir, qui sera peut-être placé devant la tâche d'assumer effectivement cette pensée que j'essaie seulement de préparer, devra s'accommoder d'un mot qu'écrivit un jour Heinrich von Kleist et qui dit ... : "je m'efface devant quelqu'un qui n'est pas encore là, et m'incline un millénaire à l'avance devant son esprit." "



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DominiqueGiraudet - dans penser
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19 juillet 2007 4 19 /07 /juillet /2007 15:26
   

Alan Watts:
regard sur le matérialisme de notre époque

   

Alan Watts est un personnage très important du Nouvel-Âge. Et, plus que cela, il est un exemple des valeurs qui ont subsisté de l’époque des années 60.

watts.jpg (19019 octets)

 
Britannique émigré en Amérique, il est devenu ministre épiscopalien, l’une des églises du protestantisme; on le considère comme un précurseur, au même titre que Aldous Huxley. Son premier ouvrage a paru en 1940 : il a donc eu tout le temps nécessaire pour aller chercher un nombre de lecteurs assez impressionnant et contribuer à changer beaucoup les mentalités.

C’est aussi l’un des premiers animateurs d’Essalen. Aujourd’hui, on ne sait plus trop ce que c’est – tout passe tellement vite! Essalen était un centre de croissance en Californie, considéré, dans la petite histoire de cette époque, comme le centre-mère de tous les centres qui se sont répandus par la suite, un peu partout dans le monde.

Il existe de Alan Watts des centaines d’audio-cassettes d’ateliers qu’il a animés un peu partout, et de conférences qui sont toutes plus intéressantes les unes que les autres. C’est un communicateur étonnant. Ses ouvrages sont un peu denses, mais j’y ai trouvé beaucoup matière à réflexion. D’ailleurs, c’est le titre d’un de ses ouvrages : Matière à réflexion. Coïncidence… Quand il suggère une réconciliation avec la Matière, cela me fait penser à un poème de Teilhard de Chardin, qui, un peu comme une prière, commence par : " Je te salue Matière… "

D’après :

WATTS, Alan. Matière à réflexion, Éd. Denoël/Gonthier, Coll. " Médiations ",1968.

 
À un moment, Watts fait le point sur le matérialisme de notre époque : " Si métaphysiques que puissent paraître ces considérations, il me semble que leurs aboutissants sont terre à terre et pratiques. Car notre civilisation ‘ matérialiste ’, vraiment mal nommée, devrait avant tout cultiver l’amour de ce qui est matériel, de la terre, de l’air et de l’eau, des montagnes et des forêts, de la bonne nourriture, de l’habitat et des vêtements pleins de fantaisie et des contacts tendres et habilement érotiques entre les corps humains. " C’est plein de sens.

On se dit qu’on est matérialiste, mais, en même temps, voyez le tort qu’on cause à la matière, à l’environnement, en particulier. Et à nos corps, aussi. C’est pourquoi Watts préconise une réconciliation avec la Matière. Il faut préciser qu’après sa formation chrétienne, il a fait le tour des écoles de pensée et s’est plus particulièrement attaché au bouddhisme zen d’obédience japonaise. Il a également beaucoup contribué à répandre le courant des drogues psychédéliques et des expériences mystiques associées à ces drogues. À l’époque, c’était important tout cela, encore une fois dans le sillage de Huxley. L’illumination, le nirvana, et tout le reste ne doivent cependant pas faire oublier qu’il faut garder les pieds sur terre et surtout aimer la vie. Aimer la Matière. C’est à quoi nous invite sa réflexion.

D’après :

WATTS, Alan. L’envers du néant. Le testament d’un sage, Éd. Denoël/Gonthier, Coll. " Médiations ",1978.

 
" Le cours du temps ressemble beaucoup à la marche d’un bateau sur l’océan
, écrit Alan Watts dans L’envers du néant. Le testament d’un sage. Derrière lui, le bateau laisse un sillage qui se dissout peu à peu, mais qui indique le passage du bateau, tout comme le passé et notre mémoire du passé nous disent ce que nous avons fait. Mais aussi loin que nous allions dans le passé, jusqu’à la Préhistoire ou bien plus loin encore grâce à toutes sortes d’instruments scientifiques pouvant détecter les traces, il arrive finalement un moment où toutes ces traces ont complètement disparu, comme le sillage du bateau. Ce qu’il est important de retenir de cet exemple, est que le sillage n’entraîne pas plus le navire que la queue du chien n’agite le chien. "

Les textes de Watts sont remplis d’images cocasses...

" L’énergie, l’origine du sillage, est toujours dans le navire lui-même, qui représente le présent. Vous pouvez repérer l’itinéraire du navire sur une carte et anticiper sa direction à partir du chemin déjà parcouru. Vous obtiendrez ainsi une tendance générale : vous pourrez donc estimer que puisque vous avez déduit un itinéraire futur à partir d’un itinéraire passé, vous êtes en droit de penser que les endroits où le navire est passé détermine les endroits par où il va passer. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Si vous persistez à dire que votre présent est le résultat de votre passé, vous vous trouvez dans la situation d’une personne qui conduit en regardant constamment dans le rétroviseur. Ce faisant vous n’êtes pas tourné vers le futur, mais vous êtes toujours en train de regarder par dessus votre épaule pour savoir comment il va vous falloir vous comporter.

" Cette attitude est tout à fait caractéristique et c’est pourquoi les êtres humains trouvent si difficile d’apprendre et si difficile de s’adapter à de nouvelles situations. Comme nous recherchons toujours des précédents, des exemples tirés du passé, faisant autorité pour savoir ce que nous devons faire actuellement, nous avons l’impression que le passé nous surdétermine et qu’il est essentiel pour comprendre notre comportement. Mais,

" En d’autres mots, n’allez pas chercher la création en remontant le sillage jusqu’à l’endroit où il s’évanouit. N’allez pas chercher la création de l’univers loin, très loin, dans le passé derrière vous. L’univers est en cours de création maintenant, dans le moment présent. C’est ici que tout commence. C’est à partir de ce point que la création se fraye son chemin pour finir par s’évanouir. "

ajoute-t-il, il n’y a rien de tel. Vie et création jaillissent de vous maintenant.

Et c’est lui, Alan Watts, qui avait eu ce mot merveilleux à la fin d’un atelier au cours duquel on avait soulevé de très grandes questions philosophiques : Métaphysique Zéro : " Ah, après toutes ces questions métaphysiques et philosophiques, il en reste une qu’il va falloir soulever et dont on n’a pas davantage la réponse : " Qui de nous va s’occuper de laver la vaisselle? "

[rires]

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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DominiqueGiraudet - dans penser
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19 juillet 2007 4 19 /07 /juillet /2007 14:26

L’innommable

par Jacques Brosse

Au nom de Dieu, on a commis tant d’injustices, tant d’infamies que le mot en est resté souillé. Nommer Dieu, n’est-ce pas, ainsi que le croit la pensée primitive, vouloir se l’approprier, lui assigner un rôle, en faire un masque sous lequel s’abritent le fanatisme, le refus de celui qui ne pense pas comme vous ? Ainsi agirent les monothéismes qui, à l’origine, firent de Dieu le chef de la tribu, le maître d’un peuple qu’il aurait élu, excluant tous les autres, un Dieu vengeur, un Père céleste et tout puissant, qui récompense et qui punit.

Une telle conception de Dieu, on comprend qu’on l’ait combattue avec acharnement. L’Être suprême n’était plus que l’horloger de l’univers une hypothèse commode, mais provisoire et en définitive invérifiable. Enfin, on a pu penser que l’on n’avait même plus besoin de lui. Dieu était mort : on était libre. Alors l’athéisme militant devint à son tour un culte, aussi persécuteur que le précédent. Pouvaient à nouveau s’exprimer ce que l’on avait cru éliminer, l’intolérance, le refus d’autrui. Comment formuler ce qui est par essence indicible ? Aujourd’hui cependant il le faut, même si l’on préfère le non-dit, si l’on sait que dans ce cas dire peut trahir, car les autres interrogent, il ont besoin que l’on nomme ce qu’ils n’osent plus nommer.

Dieu meurt peut-être, mais il ressuscite, tant il a dans le coeur de l’homme de profondes racines. Seulement, il ne peut ressusciter que sous une autre forme. C’est à une telle renaissance que nous assistons aujourd’hui.

Il y a de moins en moins de "fidèles", mais de plus en plus de "convertis", en prenant ce mot en son sens premier : celui qui s’est retourné, qui a regardé derrière lui. La véritable conversion est retournement vers le dedans et révélation d’une Présence. Il s’agit d’un éveil, du réveil du Dieu intérieur, celui du Mémorial de Pascal, du Mémorial de Jakob Böhme ; révélation soudaine, toujours inattendue, qui n’arrive pas seulement aux incroyants, mais peut aussibien intervenir dans la vie du croyant qu’elle change du tout au tout, ainsi qu en témoignent ceux que Je viens de citer. Pour eux, elle est "seconde naissance". "Il faut que vous naissiez de nouveau, si vous voulez voir le royaume de Dieu" (Evangile de Jean, III, 7).

Ce Dieu caché, qui au plus intime de l’être se révèle comme son principe, comme sa source, n’est plus celui de la foi historique, transmise et reçue ; il fait l’objet d’une expérience personnelle, la plus profonde, la plus bouleversante qui soit. Ce qui en nous l’appréhende n’est plus la raison, mais l’intuition qui seule procure évidence et certitude, puisque annulant toute distance entre le sujet et l’objet : elle les réunifie.

Lorsque Dieu parle à Moïse à travers le Buisson ardent et que celui-ci demande par quel nom il faut l’appeler, Dieu répond : "Je suis celui qui suis", ce qui ne peut signifier que ceci : il est le seul Être dont nous sommes les existants. Exister, c’est se tenir dehors, l’existant est à l’extérieur, au-dedans il y a Dieu. Nous sommes des créatures sorties de Lui, des êtres vivants qui naissent et par conséquent meurent, mais susceptibles peut-être d’un autre destin, puisque conçus "à l’image et à la ressemblance de Dieu", donc comme ses reflets, mais aussi comme des miroirs qui Le reflètent et avec Lui sa manifestation, la Création, dont nous faisons partie. S’il s’agissait seulement d’un Dieu intérieur, le péril serait grand de s’égarer, de s’abuser ; ce pourrait n’être là qu’une idée, qu’une rêverie qui retrancheraient l’individu en lui faisant croire qu’il est seul en commu­nication personnelle avec le Divin.

Mais le Dieu intérieur est aussi le plus extérieur qui soit puisque, créateur de toutes choses visibles et invisibles, il est l’univers entier, l’Essence unique de la folle diversité des existants. Une telle vue aurait pu naguère être qualifiée de panthéiste, mais seulement dans le cadre du christianisme occidental, non dans l’orthodoxie pour laquelle Dieu est à la fois transcendant et immanent ; ce ne sont là en effet que des mots, ceux d’un vocabulaire rationaliste et scolastique qui n’a ici guère de sens.

La Création, pour qui sait la voir, est la manifestation tangible du Divin. Humainement, le Créateur peut être considéré comme l’Artiste suprême et incomparable, centre, source et unité de l’oeuvre. De cette Création, nous avons en tant qu’humains le privilège d’être les témoins par excellence, les témoins conscients. Notre rôle en son sein devient dès lors évident. Nous sommes nés pour la contempler, en jouir, mais la respecter, non pour la "maîtriser", usurpant une place qui ne saurait être la nôtre, ce qui veut dire finalement la violenter, la détruire, et nous avec. La vie de l’esprit propre à l’homme ne lui indique-t-elle pas sa véritable destinée ?

Pour celui qui a accompli la traversée des apparences, tout change de signe, tout redevient sacré. N’est-ce pas au fond ce que recherche, sans oser se l’avouer, l’homme d’aujourd’hui, celui tout au moins qui s’est rendu compte de l’absurdité d’un monde exclusivement profane, matérialiste et faussement rationaliste, qui ne peut trouver en lui-même sa signification, qui n’est plus que mort et anéantissement ?

Vertige de la vérité

Ce Dieu de l’expérience n’a évidemment plus de nom. Il est Celui qui est. Il ne s’appelle ni Yahwé ni Allah, ni même Dieu ni non plus le Tao (la Voie) dont il est dit que le Tao que l’on peut nommer n’est pas le véritable Tao. "Sans nom, il représente l’origine de l’univers. Avec un nom, il est la Mère de tous les êtres." Le Tao tö king distingue donc le Principe préalable à toute création et l’acte créateur. Ainsi, le fait que la Kabbale qui postule l’Infini (Ayn Soph), inconnaissable, impensable, antérieur à toutes extériorisations, mais dont toutes découlent par voie de procession, descendant l’échelle triple des séphiroths qui, d’étage en étage se matérialisent, donc se dégradent pour aboutir à notre monde, le Royaume (Malkhut). Ce schéma correspond au corps humain, de la tête aux Pieds, à celui du premier homme avant la chute, Adam Kadmon, lequel est aussi notre "visage originel", celui que par la méditation nous découvrons, nous redécouvrons au-dedans de nous. A ce titre, on a pu comparer l’arbre triple des séphiroths aux trois nadis du tantrisme que parcourt l’Énergie vitale, la Kundalini, qui monte et qui descend, du divin à l’incarnation, mais que le yogi comme le kabbaliste peut remonter. Ainsi vont et viennent, sur l’échelle de Jacob, les anges entre Dieu et l’homme. Autrement dit, si l’Énergie se dégrade en matière, pourquoi la matière ne redeviendraIt-elle pas Énergie ? Voilà, certes, qui donne le vertige. Mais pourquoi pas ? La Vérité ne peut être que vertigineuse.

Le Tao tö king parle de la création comme de l’œuvre de la Mère de tous les êtres, parèdre divine, comparable à ce qu’est dans le tantrisme la shakti, l’aspect féminin de l’absolu, l’Énergie secrètement à l’oeuvre en l’homme comme dans l’univers. Pourquoi en effet et comment Dieu serait-il seulement Père ? Sinon parce que les monothéismes sont issus de sociétés patriarcales. Les traditions considèrent bien plutôt la divinité comme androgyne, unissant, et transcendant en elle l’un et l’autre sexes, ce qui n’est évidemment encore qu’une façon trop humaine de parler.

La Création serait donc division divine. La réflexion chrétienne, fondée sur la personne du Christ à la fois Dieu et homme, distingue en Dieu trois Personnes, le Père Créateur, le Fils, Verbe et sauveur et l’Esprit, le Souffle, le Feu qui anime tout être, préfigurés dans l’Ancien Testament par les trois anges venus trouver Abraham, scène sublimement représentée par le grand moine peintre russe, Andreï Roublev.

Comment ne pas rapprocher cette Trinité de la Trimurti hindouiste : Brahma, le Créateur, Vishnou, le Mainteneur, le Conservateur et Shiva, le Destructeur, mais qui ne détruit la matière impermanente que pour libérer l’Esprit ? Ces trois dieux distincts ne sont eux aussi que les émanations de Brahma, le Dieu unique, immuable et absolu, mais qui réside pourtant dans le coeur de l’homme. La séparation entre monothéisme et polythéisme est artificielle et de surcroît malveillante. La pluralité des dieux n’est qu’une manière d’exprimer la diversité infinie des aspects du divin pour l’homme, les dieux n’étant que les hypostases du Principe unique.

Enfin, par une évolution inévitable, le christianisme a retrouvé l’antique Mère Divine, qui est Vierge, en la personne de Marie, femme devenue la Mère de Dieu et de ce fait intercesseur naturel entre l’homme et son divin Fils. Seulement, l’orthodoxie chez qui la Théotokos, celle qui enfante Dieu, fut de tout temps l’objet d’un culte fervent, ne présente pas le destin de l’homme, son rapport à Dieu de la même manière que le catholicisme et moins encore que les protestantismes, lesquels empruntèrent à Saint Kadmon, lequel est aussi notre Augustin, manichéen converti, le dogme aberrant de la double prédestination. Les Pères grecs de l’Église montrent que la Rédemption n’a pas seulement pour effet de vaincre le péché originel et sa conséquence, la mort.

Elle permet le retour d’Adam à Dieu - le Christ étant considéré comme le Nouvel Adam -, elle est promesse de la déification de l’homme et par lui de la Création tout entière. Saint Paul déjà l’avait dit : "La Création, en effet, a été assujettie à la vanitas (qu’il faut ici traduire en son sens premier de non-réalité, de vide intrinsèque), non de son gré, mais par la volonté de Celui qui l’y a soumise, avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu" (Romains, 8). Faut-il rappeler que le premier vœu du moine bouddhiste se formule ainsi : "Aussi nombreux que soient les êtres, je fais le voeu de les faire tous parvenir avec moi à l’Eveil" ?

"L’homme a été créé pour participer de tout son être (y compris le corps) à la vie divine, et la communiquer à l’univers" (O. Clément).

Pour l’orthodoxie, "Dieu s’est fait homme afin que l’homme puisse devenir Dieu. Il est devenu chair pour que l’homme devienne esprit." Dans cette perspective, elle met l’accent sur l’aspect intérieur du Divin, privilégie la méditation en tant que réunification du corps et de l’esprit, qui est hésychia, paix du cœur et prépare la contemplation infuse de la Présence divine.

Ainsi que l’exprime Maître Eckhart, si proche par certains côtés des mystiques grecs : "Tout ce que Dieu demande de la façon la plus pressante, c’est que tu sortes de toi-même, dans la mesure où tu es la créature, et de laisser Dieu être Dieu en toi."

La théologie occidentale est celle du Verbe qui divise, la théologie orientale celle de l’Esprit, du silence qui réunifie.



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16 juillet 2007 1 16 /07 /juillet /2007 19:21
Asoka
Les Inscriptions d'Asoka

bilingue francais/dialectes prâkrit

Livre broché - 25,00 €  Ajouter 
 
Résumé   |   Fiche technique
 

Sacré vers – 260 avant J.-C., l’empereur Asoka, de la dynastie Maurya, régna durant trente-six ans et unifia le plus vaste territoire connu de l’histoire indienne. Souverain longtemps légendaire, réputé pour avoir tué ses quatre-vingt-dix-neuf frères afin d’accéder au pouvoir, il entra dans l’Histoire avec la découverte, à partir de 1837, de plusieurs piliers situés à des milliers de kilomètres les uns des autres et portant de longues inscriptions rédigées à la première personne : ce sont ses Édits. Dans ces textes, qui commencent par la formule « Le roi ami des dieux au regard amical parle ainsi », Asoka énonce, dans les six premiers : le progrès de la Loi, la définition de la Loi, le péché, les devoirs des contrôleurs et la protection des animaux. S’y ajoutent ensuite diverses mesures pour le bien-être des populations et autres ordonnances. La philosophie qui inspire les Édits est bouddhiste, et l’Empereur regrette les guerres du début de son règne, mais il ne renie pas le brahmanisme. Soucieux d’être compris de ses sujets, Asoka a fait écrire ses Édits en divers dialectes locaux, proches du prâkrit (lui-même dérivé du sanscrit), et adoptant les graphies du lieu. Ces Édits, qui forment un bref traité de politique et de morale, sont uniques dans l’histoire humaine : jamais Empereur ne s’est exprimé en termes semblables.

Traduit et commenté par Jules Bloch.

 

Langue français
216 p. Index. Bibliographie. Commentaires. Cartes. (2007)
ISBN-10 2251720154
ISBN-13 978-2-251-72015-9
Prix 25,00
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15 juillet 2007 7 15 /07 /juillet /2007 16:13

Ludwig Binswanger

    Fort d'une double formation médicale et philosophique, Ludwig Binswanger tentera une synthèse des idées freudiennes et des théories phénoménologiques de Husserl et Heidegger. Il sera le grand penseur de tout le courant de l'analyse existentielle qui a beaucoup marqué certains courants de la psychanalyse et de la psychiatrie moderne. 

Ludwig Binswanger     Originaire des environs du Lac de Constance, Binswanger (1881-1966) provient d'une famille d'érudits. Son père œuvrait déjà dans le domaine clinique et un de ses oncles avait traité Nietzsche. Sa formation terminée, Binswanger vint combler le poste d'assistant de Bleuler laissé vacant par le départ de Karl Abraham pour Berlin. C'est au Burghölzli, auprès de Bleuler et Jung qu'il s'initiera à la pensée freudienne. Il aura l'occasion de visiter Freud avec qui il liera une certaine amitié qui perdurera malgré un certain éloignement sur le plan professionnel. 

    Lorsque, au début des années 1910, Jung rompt violemment avec le courant freudien, entraînant l'essentiel des disciples suisses, Binswanger reste un peu à l'écart, prenant ses distances face à tout ce conflit. Il sera, en 1919, du comité qui relancera la psychanalyse en Suisse en créant une Société officielle. Peu à peu toutefois il développera sa propre pensée sans que l'estime réciproque le liant à Freud ne soit remise en question. 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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