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Ecosia : Le Moteur De Recherch

23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 19:01
Présentation de l'éditeur
Vouée au chaos du marché planétaire, notre société, avec ses professeurs d'éthiques, ressemble aux cités en déclin de l'époque gréco-romaine où pullulaient de doctes prêcheurs de sagesses. Autres temps, même commerce. A l'image de leurs antiques modèles platoniciens, aristotéliciens, cyniques, stoïciens et épicuriens, nos donneurs de leçons actuels vantent à la criée médiatique leurs recettes d'une vie " bonne " - ou, c'est selon, " réussie ", " jouissive ", " vertueuse ", " libre ", " engagée ", " altruiste ". Appréciés de la foule, ces philosophes moralisateurs éclipsent une lignée de philosophes démoralisants - allant des Sophistes à Wittgenstein, en passant par Machiavel, Montaigne, La Rochefoucauld, Gracian, Hobbes et Schopenhauer -, dont l'art, prisé du petit nombre, est de saigner les idéaux de la lame du doute, et, du scalpel de la précision, d'en mettre à nu les squelettes. En revisitant l'histoire des idées, ces pages rappellent qu'entre des pensées qui élucident, sans plus, notre condition tragique, et des discours qui prétendent, sans rire, nous apprendre à vivre et à mourir, il y a le même rapport qu'entre des vérités et du bluff.

Détails sur le produit

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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 15:37
Douglas Adams
1952-2001
  1. Time is an illusion. Lunchtime doubly so.

    Chaque heure qui passe est une heure creuse. En particulier l'heure du déjeuner.


    (The Hitch Hiker's Guide to the Galaxy, p.22, Pan Books)
    (Le guide du routard galactique, p.33, Denoël Présence du Futur/340)
     
  2. Isn't it enough to see that a garden is beautiful without having to believe that there are fairies at the bottom of it too?

    N'est-il pas suffisant de contempler un jardin si magnifique sans avoir à croire en plus que des fées l'habitent?


    (The Hitch Hiker's Guide to the Galaxy, p. 92, Pan Books)
    (Le guide du routard galactique, p.127, Denoël Présence du Futur/340)
     
  3. It gives me a headache just trying to think down to your level.

    Ça me flanque la migraine rien qu'à m'abaisser à essayer de penser à votre niveau.


    (The Hitch Hiker's Guide to the Galaxy, p.104, Pan Books)
    (Le guide du routard galactique, p.142, Denoël Présence du Futur/340)
     
  4. Looking up into the night sky is looking into infinity - distance is incomprehensible and therefore meaningless.

    Lever les yeux vers le ciel nocturne, c'est plonger son regard vers l'infini - ses dimensions en sont incompréhensibles et par conséquent sans signification.


    (The Hitch Hiker's Guide to the Galaxy, p. 121, Pan Books)
    (Le guide du routard galactique, p.165, Denoël Présence du Futur/340)
     
  5. Why are people born? Why do they die? Why do they want to spend so much of the intervening time wearing digital watches?

    Pourquoi les gens naissent-ils? Pourquoi meurent-ils? Et pourquoi cherchent-ils dans l'intervalle à porter le plus souvent possible une montre à quartz numérique?


    (The Hitch Hiker's Guide to the Galaxy, p. 125, Pan Books)
    (Le guide du routard galactique, p.170, Denoël Présence du Futur/340)
     
  6. Science has achieved some wonderful things of course, but I'd far rather be happy than right any day.

    La science a certes quelques magnifiques réussites à son actif mais à tout prendre, je préfère de loin être heureux plutôt qu'avoir raison.


    (The Hitch Hiker's Guide to the Galaxy, p. 143, Pan Books)
    (Le guide du routard galactique, p.195, Denoël Présence du Futur/340)
     
  7. "What's up?"
    "I don't know," said Marvin, "I've never been there."

    (The Hitch Hiker's Guide to the Galaxy, p. 158, Pan Books)
     
  8. How can I tell that the past isn't a fiction designed to account for the discrepancy between my immediate physical sensations and my state of mind?

    Comment voulez-vous que je sache si le passé n'est pas une fiction conçue simplement pour justifier le décalage entre mes perceptions physiques immédiates et mon état d'esprit?


    (The Restaurant at the End of the Universe, p. 157, Pan Books)
    (Le dernier restaurant avant la fin du monde, p. 179, Denoël Présence
     
  9. At least being lost in space kept you busy.

    Mais au moins, se perdre dans l'espace, ça vous tenait occupé.


    (Life, the Universe and Everything, p. 7, Pan Books)
    (La vie, l'univers et le reste, p. 9, Denoël Présence du Futur/351)
     
  10. [...] you will enter the long dark teatime of the soul.

    [...] cette languissante heure du thé, triste tasse pour les âmes.


    (Life, the Universe and Everything, p. 9, Pan Books)
    (La vie, l'univers et le reste, p. 13, Denoël Présence du Futur/351)
     
  11. There is a moment in every dawn when light floats, there is the possibility of magic. Creation holds its breath.

    Il est un moment à chaque aube où la lumière est comme en suspens; un instant magique où tout peut arriver. La création retient son souffle.


    (Life, the Universe and Everything, p. 42, Pan Books)
    (La vie, l'univers et le reste, p. 57, Denoël Présence du Futur/351)
     
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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 08:29
Le déclin des abeilles produit ses premiers effets économiques
LE MONDE | 19.09.08 |

Les populations d'abeilles domestiques déclinent partout dans le monde. Pourquoi ? Les causes possibles de cette érosion sont au centre de vifs débats. Mais, alors que scientifiques et apiculteurs en discutent, les premiers effets sur la production de fruits et légumes se font d'ores et déjà sentir aux Etats-Unis.

Dennis van Engelsdorp, 39 ans, chercheur au département d'agronomie de l'université de Pennsylvanie, est l'un des premiers scientifiques à avoir décrit, à l'automne 2006, ce que les Américains ont baptisé le Syndrome d'effondrement des colonies (Colony Collapse Disorder, ou CCD).

Comment définir le Syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles ?

Disons qu'il s'agit d'un phénomène caractérisé par la disparition brutale - quelques jours à quelques semaines - de la quasi-totalité d'une colonie. On ne retrouve dans la ruche que la reine et les individus les plus jeunes. Quant aux cadavres des individus adultes, ils ne sont pas retrouvés dans la ruche, ni même à proximité.

L'érosion des populations d'abeilles ailleurs qu'aux Etats-Unis

est-elle caractérisée par de tels phénomènes ?

Dans plusieurs pays européens, en tout cas, des situations similaires ont été rapportées. Mais au-delà de ce que nous nommons CCD, nous constatons une surmortalité annuelle supérieure à 30 % dans tous les pays où il existe une documentation correcte de la mortalité des abeilles. Ce rythme ne pourra pas être supporté longtemps.

Quelles sont pour l'heure les répercussions économiques de cette situation ?

Aux Etats-Unis, la problématique est particulière, parce que nous avons de très gros apiculteurs, dont certains gèrent jusqu'à 40 000 colonies. En Europe, un apiculteur s'occupe de quelques centaines de colonies tout au plus.

Surtout, aux Etats-Unis, un apiculteur sur deux ne vit pas du commerce de miel, mais de la transhumance de ses ruches. C'est, à la différence de ce qui se passe en Europe, une véritable industrie, avec des apiculteurs qui chargent plusieurs centaines de colonies par camion et qui parcourent le pays pour vendre aux grandes exploitations de fruits et légumes un service de pollinisation.

Par exemple ?

Par exemple, un apiculteur de Pennsylvanie commencera la saison sur les plantations d'oranges de Floride, puis il reviendra en Pennsylvanie poser ses ruches dans les plantations de pommes, puis chez les producteurs de myrtilles du Maine, puis en Californie dans les grandes plantations d'amandes...

A chaque fois, il loue aux producteurs les services de pollinisation de ses abeilles. La question économique ne se limite donc pas à la production de miel, mais se répercute largement sur les coûts de production des fruits et légumes.

L'impact se fait-il déjà sentir ?

Jusqu'à présent, les apiculteurs ont globalement réussi à répondre à la demande de pollinisation. Mais si l'on continue encore trois ou quatre hivers avec des mortalités d'abeilles de plus de 30 %, on va commencer à voir des apiculteurs mettre la clé sous la porte.

Il y a un vrai risque. La Californie, par exemple, produit 80 % des amandes consommées dans le monde. Aujourd'hui, il faut la moitié des 2,4 millions de colonies d'abeilles américaines pour polliniser ces plantations d'amandiers. En 2012, si tout continue au même rythme, il n'y aura plus suffisamment d'abeilles aux Etats-Unis pour polliniser ces seules cultures.

Déjà, la réduction des populations d'abeilles se fait sentir : auparavant, les apiculteurs louaient la colonie d'abeilles entre 45 et 65 dollars (32 à 46 euros). Cette année, le prix payé par les producteurs d'amandes se situe autour de 170 dollars (120 euros) par colonie. Globalement, le coût de la pollinisation a augmenté pour tous les types de producteurs.

Et, pour la première fois, des producteurs de concombres de Caroline du Nord ont réduit leur production jusqu'à 50 % simplement parce qu'ils n'ont pas trouvé suffisamment de colonies disponibles pour assurer la pollinisation.

Et les pollinisateurs sauvages ?

Aux Etats-Unis, il y avait trois principales espèces de bourdons (qui, comme les abeilles domestiques, comptent parmi les insectes pollinisateurs) : l'une est éteinte et les deux autres sont menacées. En Europe, une étude récente a montré que les insectes pollinisateurs sauvages sont aussi en déclin, ce qui provoque celui de plusieurs plantes sauvages qui en dépendent.

Y a-t-il aux Etats-Unis un débat sur les pesticides et leur implication dans le déclin des abeilles ?

Oui. L'une de nos priorités est d'ailleurs d'analyser les résidus de pesticides dans les ruches. Mais quand nous relevons des échantillons dans les ruches, atteintes ou non par le CCD, nous ne trouvons pas de traces conséquentes de résidus chimiques. Cependant, il n'est pas exclu que les pesticides aient des effets sublétaux plusieurs semaines après l'exposition, provoquant par exemple un affaiblissement du système immunitaire des insectes.

Et les ondes électromagnétiques émises par les antennes-relais ou encore les cultures génétiquement modifiées...

Les auteurs de la seule publication suggérant un lien éventuel avec la téléphonie mobile se sont rétractés. Quant aux endroits aux Etats-Unis où il y a le plus de cultures de maïs Bt, ils ne correspondent pas aux zones où les plus fortes mortalités sont relevées... Seule une étude européenne a suggéré que des abeilles exposées à des cultures génétiquement modifiées pouvaient être plus sensibles à certains pathogènes. Nous savons une chose : nous retrouvons chez beaucoup d'abeilles touchées par le CCD une sorte de virus grippal nommé Israeli Accute Paralysis Virus (IAPV). Mais toute la question est de savoir pourquoi il devient mortel dans certaines colonies et pas dans d'autres... En l'état des connaissances, on ne peut qu'attribuer le déclin des abeilles à un ensemble de causes, et non à une en particulier.

Propos recueillis par Stéphane Foucart

Article paru dans l'édition datée du 20.09.08.

CE QU'IL FAUT SAVOIR SUR LA POLLINISATION

LA SURVIE

100 000 ESPÈCES D'INSECTES

de la plupart des plantes à fleurs.

QUELQUES CULTURES

Sans pollinisateurs, l'homme doit effectuer l'opération manuellement.

SEULES DE RARES ESPÈCES VÉGÉTALES


 

__._,_.___
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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 09:27
Le pape contre la science, par Yvon Quiniou
Le Monde - Paris,France
Pour qui a lu et compris Nietzsche, mais aussi Marx ou Feuerbach, cela ne signifie qu'une chose : la religion repose sur la négation ou la dévalorisation de ...
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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 18:43
Les leurres du mal

Contre Socrate et Coubertin

Par Jacques Nerson

Bruno de Cessole convoque au Luxembourg le gratin des désenchanteurs: un roman des plus réjouissants

 

Ca ne se trouve pas sous le pas d'un cheval, un maître à penser. Désespérant de rencontrer le sien, Bruno de Cessole s'est résolu à le créer. Pas de toutes pièces: son Frédéric Stauff ressemble un peu à Léautaud et beaucoup à Cioran - avec qui Cessole fut naguère en correspondance. C'est du reste sur les terres de Cioran, dans le jardin du Luxembourg, que le narrateur, Philippe Montclar, fait la connaissance de Stauff. Sous le kiosque des joueurs d'échecs, un homme âgé tourne de l'oeil. La chaleur des derniers beaux jours, sans doute. Montclar le raccompagne chez lui.

 

 

Cessole drsp.JPG
DR
Critique littéraire, Bruno de Cessole a publié en 2001 "propos intempestifs"

 

Au fil de ses visites au vieux monsieur qui vit en solitaire dans un studio aux murs presque nus (Stauff, comme Monsieur Teste, n'a plus besoin de livres pour exercer son intelligence), Montclar découvre qu'il a dans sa jeunesse écrit un essai où il s'en prenait à Socrate. L'ouvrage fit grand bruit. Non seulement Stauff s'est refusé à publier une seule ligne depuis, mais il a racheté et détruit tous les exemplaires disponibles, et met un point d'honneur à ne plus sortir de son obscurité. Seule conduite respectable, quitter ce monde comme le préconise Paul-Jean Toulet, en avalant sa clé. La raison, le progrès, la vérité, l'espoir? Billevesées. L'amour? Le Diogène du Luxembourg le laisse sans regret à «ceux qui ont besoin d'être aimés, les femmes et les enfants d'abord, les chiens ensuite»!

 

Pourquoi ce contempteur de la Création qui, comme le serpent de Paul Valéry, reproche à Dieu d'avoir souillé la pureté de l'incréé, fascine-t-il le jeune Montclar? Parce qu'il est, à sa connaissance, le seul penseur qui vive conformément à ses principes. Au fait, ce pessimiste, ce Grand Désenchanteur qui cite si volontiers Senancour («On a donné la vie à l'homme sans son consentement; s'il était encore forcé de la garder, quelle liberté lui resterait-il?») ne prendrait-il pas à vivre plus de plaisir qu'il ne le prétend? Voyez avec quel feu il vante les écrivains, poètes et philosophes qui peuplent son panthéon particulier: Léon Bloy, Nietzsche, Strindberg, Thomas Carlyle, Joubert, ou encore le Romain Boèce, en qui il voit l'anti-Socrate. Est-on las d'exister quand on vibre aussi fort ?

 

D'une écriture classique et ferme, ce livre captivant que l'auteur a gardé vingt-cinq ans sous le coude («J'ai eu du mal à m'en séparer, je voulais sans cesse l'améliorer») est moins un roman qu'une promenade péripatéticienne hors des sentiers battus. Tout en devisant, Cessole sème les miettes de son savoir. Picore qui veut. N'ayant aucune foi en l'homme, fuyant la modernité comme la peste, Monsieur Stauff - faut-il le préciser? - n'est pas exactement de gauche. De droite alors? «Non, réplique Cessole, il n'est pas plus réactionnaire que progressiste: toute action étant à ses yeux grosse de catastrophes, il se veut hors du siècle. Sa devise est le contraire de celle de Coubertin: l'important est de ne pas participer.»

 

J.N.

 

«L'Heure de la fermeture dans les jardins d'Occident», par Bruno de Cessole, La Différence, 398 p., 20 euros

 

Source: «Le Nouvel Observateur» du 18 septembre 2008

 

Toutes les critiques de l'Obs

 



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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 19:01

 

 

Le plus cinéphile des penseurs français estime que les cinéastes ont remplacé les prêtres et les philosophes, et que le cinéma peut jouer un rôle décisif dans l’évolution humaine, s’il sait remplir la fonction symbolique abandonnée par la modernité. Sa chronique reprend des films de toutes époques.

Toutes les chroniques de :
Michel Cazenave
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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 18:56
Michel Cazenave

Big Fish ou l’initiation par les contes



On sait depuis longtemps que, sans le pouvoir de l’imagination, le monde ne serait rien. De l’imagination de Dieu (du Principe, de la Source, de la Réalité ultime : chacun lui donnera le nom qu’il voudra selon son corps de croyances - mais il n’en reste pas moins que la question est posée de savoir si l’univers n’est pas, tout simplement, le rêve que Dieu en fait, comme Tchouang-tseu se demandait s’il n’était pas, en fin de compte, le rêve du papillon dont il rêvait toutes les nuits), mais aussi de l’imagination des hommes qui en recevant l’effluve divin recrée un nouveau monde, un monde tout de symboles, comme un Monde de l’âme qui devient l’Âme du monde, un monde initiatique où, dans le repli des images, se joue l’enseignement d’une autre vérité.

Après tout, toute image quelle qu’elle soit est image de quelque chose : comme la trace, le rébus, l’énigme proposée d’un invisible premier qui se donne ainsi à voir au moment même où, pourtant, il se dérobe à nos yeux, dans un dévoilement paradoxal qui lui assure son secret.

Ne serait-ce là, tout compte fait, l’essence du cinéma que de mettre en oeuvre et en scène ce mystère primordial que nous tentons d’approcher de nos mains tâtonnantes ?

De Tim Burton, nous connaissions déjà les adaptations délirantes qu’il avait faites à l’écran du personnage de Batman ou son Edward aux mains d’argent - mais lorsque je parle de délire, c’est dans un sens laudatif qu’il faut prendre ce mot : c’est-à-dire cette démarche qui crève les raisons de notre "bon sens" quotidien pour aller chercher dans le mythe, dans le dérèglement des visions qui nous offre la règle plus profonde de l’âme, la vérité première de nos coeurs englués dans un monde chaotique où règnent les pulsions, les appétits effrénés, la domination et l’instinct.

Aussi, nous ne pouvons être surpris par le Big Fish dont Burton nous fait le cadeau. Avec une caméra assagie par rapport à Batman, avec la conviction assurée que la force d’un conte est si puissante en son coeur qu’il n’est même plus besoin d’expliquer la parabole - ou de la rendre explicite comme il le faisait dans Edward - Burton rend ici hommage à son père, décédé voici peu, comme à celui-là même qui, par la puissance du rêve, par le tapis d’histoires qu’il déroulait sous ses pieds quand il était enfant, n’était plus de ce fait la figure de l’autorité paternelle, mais celle du passeur, du guide, de l’initiateur chez qui l’autorité en revenait à son sens primordial : ce qui augmente la création des pouvoirs de l’esprit.

Alors, nous recevons, émerveillés, tous les contes que ce père inventait (traduisait, du surréel au réel ?) en faveur de son fils : l’histoire de la voiture dans l’arbre qui s’élève vers le ciel selon l’axe du monde, le poisson volant qui vole une bague de mariage dans l’union retrouvée de la mer et de l’air, de la matière et de l’esprit, du chaos de l’inconscient et du souffle divin - du plus primitif en nous avec le plus éthéré par la médiation humaine que nous sommes tenus d’opérer : dans les territoires de l’imagination ainsi rouverts à tous vents, c’est une fable mystique qui se développe sous nos yeux, d’autant plus efficace qu’elle ne prétend rien enseigner - puisque son enseignement est tout entier suspendu à l’arrière-plan des images et au secret des paroles où l’initiation se fait à l’indicible qui nous fonde, à l’invisible premier sans lequel, certainement, nous serions incapables de rien voir.



© Michel Cazenave



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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 15:33
Daniel Dennett est-il le diable ?[26/05/08]
Philosophie
Couverture ouvrage
De beaux rêves. Obstacles philosophiques à une science de la conscience
Daniel C. Dennett
Éditeur : L'éclat
218 pages / 22,80 € sur
Résumé :Nul besoin de rien céder. L'approche réductionniste et fonctionnaliste de la conscience est la bonne. Elle est selon Dennett métaphysiquement suffisante.
Les "beaux rêves" contre lesquels le philosophe américain de l'esprit Daniel Dennett argumente dans un recueil d'articles éponyme relèvent tous d'intuitions philosophiques profondes et partagées. Ils sont la manière dont nous nous représentons la conscience d'après la manière dont nous sommes conscients. Ainsi ils contaminent les réflexions des philosophes de la conscience et compliquent les travaux des neuroscientifiques. Sous la forme d'expériences de pensée troublantes ou d'objections plus ou moins dirimantes, ils semblent indiquer la limite que le réductionnisme scientifique ne doit pas franchir, à moins de se comporter comme un éléphant dans un magasin de porcelaine mentale.

Daniel Dennett s'amuse à citer un de ses collègues : "Dennett, c'est le diable." Nul besoin de rien céder. L'approche réductionniste et fonctionnaliste de la conscience est la bonne. Elle est pour lui métaphysiquement suffisante.

Les sciences de l'esprit, qui ont tout conquis, devraient-elle échouer à conquérir la conscience (à moins qu'il ne leur faille engager dans la bataille des forces gigantesques – on pense à la neurologie quantique naguère soutenue par Penrose) ? Dennett ne le pense pas. Il prête un certain nombre de rêves à ses collègues, nombreux, qui entendent faire de la conscience la "question difficile" de la philosophie de l'esprit.


Premier rêve : la conscience n'est pas un moulin

La conscience est compliquée, subtile, difficile. Et l'on en conclut : irréductible à une machine. Rien qui ne perçoive dans un moulin, constate Leibniz, et il ajoute que "si l'on ne peut concevoir comment naît la perception dans une machine grossière, qu'elle soit composée de fluides ou de solides, on ne le peut non plus d'une machine plus subtile, car même si nos sens étaient plus subtils, tout se passerait comme si nous percevions une machine plus grossière". Appelons cerveau cette machine délicate et scanner ces sens affinés  l'objection semble efficace.

Peut-on lui répliquer en dotant les rouages individuels de propriétés physiques inédites, les neurones d'une chimie de la conscience inconnue ? Le philosophe David Chalmers pense ainsi qu'une théorie de la conscience doit "prendre l'expérience elle-même comme un trait fondamental du monde, au même titre que la masse, la charge et l'espace-temps".

C'est une thèse séduisante, mais obscure : l'expérience est-elle propre à chaque neurone, et si oui comment se transmet-elle, de neurones en neurones, par des circuits classiques, pour former une super-expérience ?

Pour Dennett, l'approche fonctionnaliste est largement préférable. Qu'importe le comment, seul compte le résultat : l'habit fait le moine. Plus quelque chose ressemble à de la conscience, plus il a de chance d'être de la conscience.


Second rêve  : les êtres conscients ont ce "je ne sais quoi" qui les sépare de leurs zombis indiscernables

Pour nombre de philosophes, quelque chose peut parfaitement ressembler à une conscience, mais ne pas en être une. Quelque chose peut réagir comme une conscience, et ne pas être conscient, tel un  zombi qui sait marcher sans savoir ce que c'est que marcher. Cette distinction entre zombis et non-zombis est une expérience de pensée très répandue parmi les philosophes de l'esprit. Admettre qu'à comportement égal, cela fait une différence d'être conscient ou non, est une manière de réfuter le fonctionnalisme. Qui dirait le contraire ? Thomas Nagel a ainsi soutenu qu'on pouvait tout savoir de la manière dont une chauve-souris pense et perçoit le monde, mais qu'on ne saura jamais quel effet ça fait d'être une chauve-souris.

Mais si le zombi et le non-zombi adoptent toujours le même comportement, s'ils sont en tout point indiscernables, comment soutenir que l'un est conscient, l'autre non ? Par où passe la différence entre eux ? Dans quelle dimension non-physique diffèrent-ils ? Le zombiste est tenté de répondre : l'un est doté d'un point de vue sur ses propres processus, l'autre non.


Troisième rêve: ce que je sais au sujet de ma propre conscience, les autres ne peuvent pas le savoir

La transparence fonctionnelle du zombi peut être décrite comme un ensemble de fonctions coordonnées mais aveugles. Le problème de la conscience pourrait alors être réduit à un problème de point de vue. Or, la science de la conscience traite cette dernière en troisième personne, oblitérant ce qu'elle a d'irréductiblement subjectif. Il faudrait lui substituer une phénoménologie, science en première personne.

Entre une naturalisation excessive et une subjectivisation également exagérée, Dennett préconise une hétérophénoménologie, "qui peut (en principe) rendre justice aux expériences les plus privées et les plus ineffables sans jamais abandonner les scrupules méthodologiques de la science". Cette approche est-elle possible ? Dennett imagine que des martiens, dotés de systèmes sensibles et cognitifs différents des nôtres, entreprennent de nous étudier. Leur insensibilité supposée à la musique les empêchent-ils de comprendre ses effets sur nous et son importance ? Un phénoménologue répondrait : non, cependant ils ne sauront jamais ce que nous ressentons. Ce serait supposer qu'il reste, au terme de toutes les investigations scientifiques, quelque chose de résiduel et d'intransmissible.

Dennett répond à cette objection en évoquant la manière dont un magicien nous abuse. Il accomplit un tour de carte basique, mais explique que c'est un tour de cartes parlantes. Personne ne pense vraiment que les cartes lui chuchotent le résultat à l'oreille, mais personne ne pense non plus que ce tour est basique. Les gens s'attendent tellement à détecter un truc de niveau élevé qu'ils n'essaient pas de détecter un truc de base. De la même façon notre propre conscience nous abuse, surjoue un mécanisme de haut niveau. Nous n'en savons pas plus que le martien qui sait tout.


Quatrième rêve: Marie la scientifique et la surprise des couleurs

Locke distinguait entre qualités premières, physiques et indépendantes, et qualités secondes, nées de la rencontre entre un sujet et une réalité physique. Beaucoup de philosophes de l'esprit, qui ont rebaptisé ces dernières qualia, les jugent irréductibles aux premières. Le rouge en tant que longueur d'onde, signal nerveux, activation de neurones spécifiques n'est pas ce rouge qui m'évoque la vitesse et la sécurité, celui qui me rappelle ma première voiture. Les qualia sont ce que je ressens, la façon dont les choses m'affectent. Ils sont la manière dont les choses ont pour moi une valeur intrinsèque. Dennett se plait à citer ce que lui a dit  l'un de ses éminent collègue : "Mais Dan, les qualia sont ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue."

Mais croire que les qualia sont irréductibles, c'est imiter ces américains naïfs qui pensent que la valeur de toutes les monnaies résident dans leur convertibilité, à l'exception de celle du dollar qui est, elle, intrinsèque.

On peut tester la pertinence de ces qualia en utilisant l'expérience de pensée de "Marie la scientifique", que Dennett considère comme une remarquable "pompe à intuitions". Soit Marie, qui a toujours été isolée du monde et placée face à un écran noir et blanc. Elle est malgré tout devenue une spécialiste de la couleur. Elle sait tout ce qu'il est scientifiquement possible de savoir sur la couleur. Sera-t-elle surprise ou émerveillée la première fois qu'elle verra du rouge ? Ce rouge déclenchera-t-il un qualia inédit dans sa conscience ?

À tous ceux qui sont tentés de répondre oui, on peut opposer le fait suivant. Quelqu'un qui n'a jamais vu de triangle peut parfaitement imaginer un triangle, à partir de la définition qu'on lui en donne. N'est-ce pas le cas aussi pour le rouge, même si cette fois la définition compte un milliard de mot ? En droit, tous les qualia semblent réductibles.


Cinquième rêve: le théâtre cartésien

Fodor formule de manière astucieuse notre rêve le plus tenace : "Si ma tête héberge une population d'ordinateurs, il vaudrait mieux qu'il y ait quelqu'un qui en soit responsable ; et, Dieu merci, il vaudrait mieux que ce soit moi." Voici dévoilé dans ses grandes lignes le théâtre cartésien. S'il y a de multiples programmes, il vaudrait mieux qu'il y ait un programmateur. Contre cette thèse, Dennett déploie une intuition très forte : on peut substituer à la notion de contrôle celle de célébrité. Être conscient, c'est comme avoir accédé à la célébrité ou être momentanément le plus populaire. La thèse cartésienne impliquerait un roi qui tantôt gouvernerait dans l'ombre, tantôt favoriserait un certain conseiller, tantôt serait renversé – n'oublions pas à quel point la conscience est changeante et ce qui est conscient, variable. Dennett propose de substituer à ce lourd appareillage politique son intuition de la célébrité : être conscient, c'est comme passer à la télé.

Dennett reprend à son compte l'intuition d'un des pionnier de l'intelligence artificielle, John McCarty, qui écrivait en 1957 : "Si l'on conçoit le cerveau comme un pandémonium – comme une collection de démons – peut-être est-il possible de considérer ce qui se produit à l'intérieur des démons comme la partie inconsciente de la pensée, et ce que les démons se donnent à entendre les uns aux autres, comme la partie consciente de la pensée."

La question que pose Dennett est alors : "Warhol a-t-il décrit un monde logiquement possible", quand il a parlé d'un monde où chacun aurait son quart d'heure de célébrité ? Autrement dit, les célébrités éphémères ne risquent-elles pas de s'annuler les unes les autres ? Pas si la notoriété s'accompagne d'apprentissage : les célébrités qui répètent le plus sont sans doute celle qui ont le plus de chance de repasser à la télé. Mais surtout, il ne suffit pas de passer à la télé, comme ce malheureux écrivain qu'évoque Dennett, invité alors que San Francisco est détruite par un tremblement de terre. Seules importent les conséquences, car "le Soi est massif, concret et visible dans le monde, pas seulement distribué dans le cerveau, mais répandu dans le monde".

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Crédit photo : sebi / flickr.com
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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 11:22
« Nous ne devons jamais cesser d’explorer. »
T.S. Eliot
 
 
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16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 19:14
Les pensées de Schiffter

par Raphaël Enthoven
Lire, juillet 2004 / août 2004

 Rebelle à l'esprit de chapelle, le philosophe fête notre grand égotiste, Montaigne,
et s'en prend au «ressentimenteux» Guy Debord.

C'est la mort de son père qui lui a ouvert les yeux. Depuis cette douleur stupéfiante, Frédéric Schiffter, la quarantaine prononcée, cultive une existence contemplative, faite de joyeux sarcasmes et de mépris sans haine. Contre ceux qui s'engouffrent dans la quête éperdue d'un sens («autant poursuivre le vent»), le petit Frédéric, avisé dès l'enfance que rien ne demeure, a choisi de sculpter par le style un délabrement intime, et de tenir, à l'occasion, le journal d'une agonie entamée à la naissance. Qui peut dire qu'il sait depuis l'âge de neuf ans qu'il est assez vieux pour mourir? Et comment faire si tôt une si remarquable découverte sans la payer au prix fort?

De fait, si Schiffter est philosophe, c'est qu'il est lucide, douillet et épileptique. A la façon de Schopenhauer, il n'aime pas les faiseurs de systèmes, réfugiés dans l'univers aseptisé des concepts, mais place à son tour, dans des livres inutiles et délicieux, un écran de mots, d'œuvres d'art et d'idées entre le monde et lui-même. Plus on souffre, mieux on connaît; mais plus on pense et moins on souffre. A dire vrai, Schiffter n'a rien à reprocher à ce monde qu'il juge sans intérêt. C'est un solitaire, mais il ne prise pas les vaniteux qui, comme Rousseau, croient s'exclure du cours des choses. Il n'a rien du mécontent façon Guy Debord - contre lequel il a commis un pamphlet aussi violent que brillant: ce «triste sire au ton de grand seigneur [...] se sachant sans grande valeur [...] intente un bruyant procès à la société, lui réclame dommages et intérêts». Schiffter est un sédentaire vagabond qui traîne dans Biarritz, «capitale de l'ennui», l'existence d'une mélancolie que rien n'entame, indifféremment tenté par les consolations éphémères de la vie sociale et la solitude vigoureuse de l'ermite en son terrier. Un ego triste, assis à la terrasse du palais de la princesse Eugénie, face à la mer, et qui, faute de ciel, contemple l'horizon ou regarde ses semblables «traîner le poids de leurs désirs sans objet».

La vie est un déchirement; Schiffter en fait un paradoxe: c'est un sceptique, non un suspicieux, un professeur de philosophie - en classes terminales - allergique aux donneurs de leçons, un sophiste qui se contente des apparences mais se réfugie souvent dans son bureau pour y opposer «au monde une fin de non-percevoir», un libertin enfin qui déteste les libertaires, mais se donne pour seul projet de «jouir sans entraves de ses temps morts» ... Il n'est pas fait pour ce monde mais résigné à l'idée qu'il n'en existe aucun autre et qu'on ne sort jamais du Ciel qui nous contient. Schiffter est un anti-héros, bien qu'il regarde la mort en face. Et puisque «vivre est un réflexe de légitime défense», il ne conçoit pas d'autre morale (provisoire) que de vivre prudemment à proximité d'un poste de police.

Si Michel Onfray est un volcan, Frédéric Schiffter, lui, ressemble davantage à la surface de l'eau après le naufrage d'un navire. Dès l'école, son démon intime lui disait: «Les apparences sont contre toi: sauve-les!» Son problème n'est pas celui de l'aliénation dans les univers mercantiles, mais au contraire l'incapacité de s'oublier vraiment malgré les efforts de la marchandise et le spectacle de la société. Toute son originalité réside dans l'aptitude (anti-philosophique) à se contenter de ce qui satisfait tout un chacun: «Depuis l'enfance j'ai la sensation que le temps et le hasard m'ont réservé tout à la fois une âme inquiète et un sort ordinaire.» Il faut dire qu'en ces temps de grande ferveur revendicative, le consentement n'est pas moins subversif que la rébellion. Aux protestations des marxistes, aux imprécations des hédonistes ou aux anathèmes des théologiens, Schiffter préfère le gueuloir de Flaubert, le sourire de Clément Rosset, le ricanement de La Rochefoucauld, le désespoir de Houellebecq, l'anti-morale de Barbey d'Aurevilly et surtout les digressions de Montaigne, dont la démarche vagabonde l'inspire pour composer son meilleur livre intitulé Le plafond de Montaigne. Schiffter a plus de certitudes qu'un fanatique (qui doute de tout et oblige donc les autres à croire comme lui), mais moins qu'un sceptique (sûr de douter, ce dont lui-même n'est pas certain); il trouve, en un mot, davantage de sagesse dans les tautologies de La Palice que dans les échafaudages des penseurs optimistes: «D'instinct je sais que les Eglises, les partis ou les avant-gardes, accueillant quantité de passagers à leur bord, présentent, sans en avoir le luxe, autant de garanties que le Titanic.» Quand les foules vocifèrent et se mettent en marche vers des lendemains qui chantent, le Biarrot prudent regarde derrière lui, prend son surf et vire Debord.

Dans son égosystème, la cible est d'abord le «ressentimenteux» qui fait grief à la vie de décevoir ses attentes, et dont il repère autant l'acrimonie chez les «blablateurs», qui calomnient la vie et hallucinent un monde idéal, que chez les «précieux dégoûtés» qui pratiquent le «chichi» en maudissant un triste monde sans au-delà. L'égographe raille les métaphysiciens et les commerçants de la vie sage, heureuse ou réussie. S'il est misanthrope, ce n'est pas à la façon d'Alceste (le «philanthrope déçu» qui clame sa répugnance), mais plutôt de son ami Philinte, qui renonce à demander aux hommes de se conduire en humains, pour adopter à leur endroit la saine défiance du courtisan détrompé.

«Il est vain d'écrire sur soi, mais impossible d'écrire sur autre chose», lâche Schiffter grinçant, fantasque, paradoxal, méchant, aimable, désordonné, joyeux. Il s'éclate dans la mélancolie et l'autodénigrement. Pourquoi protester, fulminer, s'obstiner à être quelqu'un, alors que «le moi, affirme-t-il, n'est pas haïssable, ni même adorable, mais tout simplement introuvable»? Que reste-t-il à qui accepte de n'être personne et nourrit la seule ambition de finir en mots d'esprit dans des conversations de table? Un style exceptionnel, pur de toute emphase et dont la concision mime en aphorismes la ténuité de l'existence: «Vivre, c'est faire bref. Un essai, sur ce point, doit imiter la vie.»

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