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Ecosia : Le Moteur De Recherch

20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 16:40

Les citations de Maître Eckhart

«Une sincère et complète abnégation est une vertu préférable à toutes les vertus. Aucune oeuvre d'importance ne peut être faite sans elle.»
[ Maître Eckhart ] - Extrait de l' Instruction spirituelle

«Les gens ne devraient pas toujours tant réfléchir à ce qu'ils doivent faire, ils devraient plutôt penser à ce qu'ils doivent être.»
[ Maître Eckhart ] - Instruction Spirituelle

«Dieu a établi l'âme dans la libre détermination d'elle-même, en sorte qu'il ne veut rien lui imposer au-dessus de sa libre volonté, ni exiger d'elle quelque chose qu'elle ne veut pas.»
[ Maître Eckhart ] - De la colère de l'âme et de son vrai bien

«Celui qui connaît, et ce qu'il connaît, sont un.»
[ Maître Eckhart ] - Extrait des Oeuvres

«Les gens réfléchissent trop à ce qu'ils doivent faire et trop peu à ce qu'ils doivent être.»
[ Maître Eckhart ]

«Toute créature est pleine de Dieu et est un livre. »
[ Maître Eckhart ]

«Dans le royaume des cieux, tout est dans tout, tout est un, et tout est à nous.»
[ Maître Eckhart ]

«Toutes choses ont un pourquoi, mais Dieu n'a pas de pourquoi.»
[ Maître Eckhart ] - Sermon

«Si tu remerciais Dieu pour toutes les joies qu’il te donne, il ne te resterait plus de temps pour te plaindre.»
[ Maître Eckhart ]

«L'erreur est affaire d'intelligence, l'hérésie dépend de la volonté.»
[ Maître Eckhart ] - Extrait des Sermons

«L'instant où Dieu créa le premier homme, et l'instant où le dernier doit disparaître, et l'instant où je parle, sont égaux en Dieu et ne sont qu'un instant.»
[ Maître Eckhart ] - Sermon

«Dieu peut aussi peu se passer de nous que nous de lui, car serait-ce que nous puissions nous détourner de Dieu, Dieu pourtant ne pourrait jamais se détourner de nous.»
[ Maître Eckhart ] - Sermon

«Dans le Un on trouve Dieu, et il faut que devienne Un celui qui doit trouver Dieu.»
[ Maître Eckhart ] - De l'homme noble

«Ce ne sont pas nos actes qui nous sanctifient, c'est nous qui sanctifions nos actes.»
[ Maître Eckhart ] - Extrait des Oeuvres, sermons et traités

«Il n'est si bon conseil pour trouver Dieu que de laisser Dieu. Que l'homme aille loin ou près, Dieu ne va jamais loin, il demeure toujours proche.»
[ Maître Eckhart ] - Discours du discernement

«L'homme ne doit pas se contenter d'un dieu qu'il pense, car lorsque la pensée s'évanouit, Dieu s'évanouit aussi.»
[ Maître Eckhart ] - Les Traités

«En vérité, si un homme abandonnait un royaume et le monde entier et qu'il se garde lui-même, il n'aurait rien abandonné.»
[ Maître Eckhart ] - Les Traités

«On peut concevoir la chaleur sans le feu et la lumière sans le soleil, mais on ne peut concevoir Dieu sans l'âme ni l'âme sans Dieu, tant ils sont un.»
[ Maître Eckhart ] - Dieu au-delà de Dieu

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DominiqueGiraudet - dans penser
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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 15:35

Actualités - Culture

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Eckhart, le souffle mystique

Spititualité. Sa parole, mal comprise en son temps, continue d'interroger les théologiens.

Jean-François Gautier, le 20-11-2008
Le maître allemand, “à qui Dieu n’a jamais rien caché”, développa un mouvement spirituel en Rhénanie et prêchait, dans sa langue, l’union mystique de Dieu et de l’homme.

Lorsque naît Eckhart von Hochheim en Thuringe, vers 1260, le catholicisme n’en a pas fini avec les croisades, autant dire : avec les péripéties d’ici-bas et leur cortège de déceptions. Le jeune Eckhart, protégé des conflits de l’heure, étudie chez les dominicains, puis part pour Paris en 1292-1293, et à nouveau en 1302-1303 ; il y acquiert le grade de maître en théologie et enseigne à la chaire des dominicains étrangers. De retour à Erfurt, il est élu provincial de Saxonie, puis vicaire général de Bohême, responsable de cinquante-six couvents allant des Pays-Bas à Prague en passant par l’Allemagne du Nord. Il y prêche en latin et – ambition proche de celle de Dante à Florence – en langue vulgaire, ce haut-allemand honni des clercs.


En 1311-1313, Eckhart enseigne à nouveau en Sorbonne. Premières critiques. « Tous ceux de Paris, avec toute leur science, ne pouvaient comprendre ce qu’est Dieu dans la plus infime créature, voire dans une mouche. Je dis à présent que tout ce monde ne saurait Le comprendre. Rien de ce que l’on peut penser de dieu n’est Dieu. » Une même spiritualité gouverna en Ombrie, un siècle plus tôt, avec le Cantique du frère Soleil de François d’Assise et ses méditations vers sa «soeur la fourmi». C’était l’époque des quatrième et cinquième croisades,sans compter celles des albigeois (1209) et des enfants (1212). Naquit alors une contestation sourde : les ordonnances savantes mènent à des catastrophes séculières ; la voie du recueillement, ouverte aux ignorants, n’est-elle pas mieux accordée aux besoins spirituels ? Ainsi vont les ptôkoï tô pneumati des Béatitudes de Matthieu, non les imbéciles heureux, mais les mendiants de l’esprit, quêteurs de souffle.

Tels sont les termes du débat entre science et nescience, qui va tout à la fois empoisonner et enrichir les conflits entre clercs au XIVe siècle. «Toute chose a un pourquoi, mais Dieu n’en a pas », assure Eckhart. Dès lors, quid des vérités instruites qui ont poussé au salut personnel et collectif par la libération des Lieux saints ? Sont-elles plus vertueuses que les sincérités de la méditation ordinaire, rehaussées de la contemplation d’une Nature offerte chez soi ? Dans le doute, les sermons de Maître Eckhart, prônés tant à Strasbourg après 1313 qu’à Cologne jusqu’en 1326, provoquent une enquête inquisitoriale de l’archevêque Henri II de Virnebourg, relative à quarante-neuf propositions suspectes.

Au cours de son premier procès, Eckhart se défend facilement : les thèses en question sont des transcriptions erronées de ses prêches, lues hors de leur contexte. Un second procès se déroule à Avignon en 1327 ; il refuse de s’y excuser et demeure intransigeant quant à l’authenticité de l’expérience mystique que condensent ses Traités et Sermons. Vingt-huit articles attribués à Eckhart, mort en 1328, seront condamnés un an après par Jean XXII. Le théologien Josef Ratzinger en examinera plus tard le dossier, bien avant de devenir le pape Benoît XVI. Selon lui, le procès n’ayant pas été canoniquement constitué, et quoi qu’il en soit de maladresses de langage, il n’y a pas motif à condamnation,ni à réhabilitation.

En définitive, qu’en reste-t-il ? Deux manières d’exister et de se réaliser.D’une part, une voie ouverte, nourrie ou pas de culture philosophique, théologique, agricole,familiale ou de métier : ce que je dois accomplir me passe infiniment, et la notion que j’en acquiers s’accorde à mes circonstances ; ce qui m’oblige à inventer ma vie plutôt que d’imiter un modèle. D’autre part, une voie intellectuelle, idéologique ou névrotique : je sais par avance où je vais, et je poursuis un destin dicté par les certitudes dont je suis le dépositaire, spirituel ou non. Opposition radicale. La manière d’exister dessinée par Eckhart, murée en son temps et depuis agréée par Benoît XVI, est l’une des voies possibles, favorite de l’orthodoxie mais interdite de principe par le rationalisme moderne.

Eckhart assurait : « Si tu demandes à Dieu la santé quand tu es malade, ta santé t’est plus chère que Dieu. Alors il n’est pas ton Dieu : il est le dieu du ciel et de la terre, mais il n’est pas ton Dieu. » Ce principe de détachement (Abegescheidenheit) hérite de la théologie négative grecque, dite “apophatique” en orthodoxie. On le retrouvera dans le Mémorial de Pascal (1654) cousu dans sa veste,prière à un Dieu qui n’est pas celui « des philosophes et des savants » et ne contredit pas Celui des simples. Eckhart était par avance intervenu dans cette discussion : «Ne pas se contenter d’un dieu pensé, car si la pensée s’évanouit, dieu s’évanouit lui aussi. » Elle concernera Jean de la Croix, le Fénelon du « pur Amour », ou le Rousseau du Vicaire savoyard regardant la Nature comme le premier langage de Dieu : il n’y a pas de savoir de la vérité, mais il y a une vérité aven aventureuse à accomplir dans le cours d’une existence attentive, débarrassée de toute représentation déjà là. En terre germanique,tout le débat sur les vérités de la foi et celles des oeuvres, racines de la protestation de Luther (1530), en est issu. Au-delà, Eckhart, initiateur de la langue philosophique allemande, compte Nicolas de Cues, Schopenhauer ou Heidegger dans sa postérité et,en poésie,Angelus Silesius (« La rose est sans pourquoi/Elle fleurit parce qu’elle fleurit/Et ne prend soin de soi […].»), le romantique Novalis ou Rainer Maria Rilke.

Le livre que publie Benoît Beyer de Ryke, traducteur de plusieurs textes d’Eckhart, est instructif à de multiples égards. D’abord, quant à l’actualité d’une oeuvre quasi pascalienne : vous ne me chercheriez pas si vous ne m’aviez déjà trouvé. La plupart des pentecôtistes (américains) et charismatiques (européens) travaillent ce registre de la sensibilité.

Eckhart distinguait en outre le dieu des savants (Gott, neutre pluriel) et la déité (Gottheit,essence divine inaccessible). Son style en est emprunt : il mêle – et c’est la seule difficulté de lecture de ses textes – une métaphysique de l’être ici,une philosophie de la nature et une éthique de l’action. Il les oriente toutes les trois vers un même Insaisissable. La Nature mythique de certaines écologies modernes en hérite pour partie, quand elles envisagent dans un même mouvement l’apurement des conditions d’ici-bas, l’accès à une authenticité rêvée et le déploiement de celle-ci vers la plénitude. Ce qui, au fond, signale une forte inquiétude relative au non-sens de l’Histoire, dont les générations précédentes s’étaient préservées en se mettant à l’abri des saluts promis par les différents marxismes.

L’erreur serait de croire aujourd’hui en une manière d’exister sur terre divinement, c’est-à-dire sans errements ; elle relèverait non d’une mystique mais d’une pratique ou d’une éthique impossibles, traits fondamentaux d’un comportement névrotique.

Maître Eckhart, être Dieu en Dieu, textes choisis et présentés par Benoît Beyer de Ryke, Seuil, coll. “Sagesses”, 96 pages, 5 euros

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DominiqueGiraudet - dans penser
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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 12:42
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DominiqueGiraudet - dans penser
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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 16:38
Passeurs d’humanité
mercredi 19 novembre 2008

popularité : 2%

Je suis heureux et fier de vous annoncer la sortie du livre « Passeurs d’humanité », aux éditions Erès.

Cet ouvrage collectif, dirigé par votre serviteur, réunit les récits de quelques uns des grands noms du travail social. Chacun y livre un peu de son expérience, une ou des rencontres avec des personnages, connus ou non, qui ont été, un moment donné, des figures d’autorité. A travers ces quelques histoires, nous requestionnons la transmission, le passage de la culture, de notre culture professionnelle, mais pas seulement.

 

Vous pouvez commandez ce livre en suivant le lien ci-dessous :

edition-eres.com

Tous les droits d’auteur iront au financement de la revue ZEO, de votre revue. Donc soutenez nous, et ne vous privez pas de passer un grand moment de lecture.

Bien à vous tous,
Loïc Andrien, rédacteur en chef

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 16:04
Arto Paasilinna
LE BESTIAL SERVITEUR DU PASTEUR HUUSKONEN
FOLIO 368 pages - 6,80 €
 
Le pasteur Oskari Huuskonen traverse une mauvaise passe. Sa foi vacille, son mariage bat de l'aile, ses prêches hérétiques lui attirent les foudres de l'Église. Même la pratique du javelot ascensionnel, sport a priori inoffensif, lui cause des ennuis. Comme si cela ne suffisait pas, il va s'attacher à un ourson orphelin, prénommé Belzéb, offert par ses ouailles. Il lui construit une tanière en prévision de l'hiver, l'y rejoint en compagnie d'une charmante biologiste, s'y adonne à des plaisirs peu platoniques. Il n'en fallait pas moins pour que sa femme et son évêque le congédient... Huuskonen et Belzéb vont partir à l'aventure. Un long périple qui les mènera de la mer Blanche à Odessa, Haïfa, Malte ou Southampton, en quête d'un sens à leur existence.

Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen nous embarque dans les tribulations picaresques et loufoques d'un pasteur défroqué et de son ours. Avec cette fable caustique, Paasilinna brocarde l'hypocrisie des institutions religieuses et les conventions sociales... Sans oublier de nous faire rire à chaque page.
 
LE BESTIAL SERVITEUR DU PASTEUR HUUSKONEN, trad. du finnois par Anne Colin du Terrail, 368 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio (No 4815) (2008), Gallimard -rom. ISBN 9782070359493.
Parution : 14-11-2008.
 
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DominiqueGiraudet - dans penser
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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 23:50

Mobilité et littérature au Moyen Âge - Formes, enjeux et significations

Appel à contribution

Information publiée le mardi 11 novembre 2008 par Julia Peslier (source : Carlos Carreto )

Date limite : 31 mai 2009

Lores te metras en la voie…
Mobilité et littérature au Moyen Âge.
Formes, enjeux et significations

COLLOQUE INTERNATIONAL


Universidade Aberta (Palácio Ceia) - Lisbonne

26-28 octobre 2009


Stimulé par un continuel développement des nouvelles technologies et par le paradigme omniprésent de la globalisation, l'imaginaire contemporain semble hanté par la mobilité; une mobilité qui concerne tous les domaines de l'activité humaine et qui devient parfois si vertigineuse qu'elle ébranle les catégories spatiales et temporelles traditionnelles, mettant ainsi en cause le statut de la médiation comme structure fondatrice et fondamentale de l'accès à l'Autre et à la connaissance.

Mais, toute distance gardée, cette notion de mobilité est-elle si caractéristique de l'ère moderne ou se veut-elle héritière de la longue durée? Malgré la place centrale que la proprietas (qu'elle soit linguistique ou économique) et la pensée généalogique occupent dans la (les) mentalité(s) féodale(s), le Moyen Âge se définit-il comme une structure cristallisée entièrement parcourue un imaginaire de la permanence, ou se veut-il, au contraire, nomadisme perpétuel des hommes, des objets, des savoirs et des formes qui trouble et renouvelle sans cesse l'harmonie de l'univers? Les termes qui habituellement décrivent la dynamique scripturaire au Moyen Âge (translatio, mouvance, etc.) ne dénoncent-ils pas, en outre, la présence de cette logique de la mobilité au coeur même de la création littéraire et d'une textualité entièrement parcourue par les images (thèmes ou motifs) liées au déplacement et au transfert? Quel rôle joue alors «cette incessante mutabilité des êtres et des choses» que Zumthor nommait (dans) La Mesure du Monde dans l'imago mundi médiévale projetée et reconfigurée par la littérature?

Ne prétendant nullement épuiser cette vaste et complexe problématique, ce colloque vise néanmoins réinterroger le thème de la mobilité de/dans la littérature du Moyen Âge afin de mieux en circonscrire les contours et d'en déceler les formes, enjeux (poétiques idéologiques ou symboliques) et significations les plus marquantes au sein d'une civilisation elle-même en mouvement.

Axes possibles de réflexion:

1. Mobilité/Immobilité: une opposition structurante et signifiante?
2. La mobilité: enjeu(x) idéologiques et sociaux.
3. La mobilité des hommes et des objets.
4. La mobilité des paroles et des textes.
5. La mobilité des formes, du sens et du savoir.

Organisation:

Danielle Buschinger
Professeur Émérite de l'Université de Picardie-Jules Verne
danielle.buschinger@wanadoo.fr

Carlos F. Clamote Carreto
Professeur à l'Universidade Aberta
Departamento de Ciências Humanas e Sociais (Section d'Études Françaises)
Rua da Escola Politécnica, 147
1269-001 Lisbonne – Portugal
ogmios@univ-ab.pt

Calendrier:

Les propositions de communication devront être envoyées en portugais, en français ou en anglais jusqu'au 31 Mai 2009 aux adresses électroniques des deux organisateurs et comprendront le titre de la communication accompagné d'un court résumé.

Les communications pourront être présentées en portugais, en français ou en anglais et leur durée ne devra pas dépasser 20 minutes afin de laisser le plus de place possible à la discussion.

Inscription:

Les frais d'inscription s'élèvent à 50€ destinés à la publication des Actes du Colloque (les détails sur les formes et les délais de paiement suivront plus tard).


Responsable : Danielle Buschinger et Carlos F. Clamote Carreto

Adresse : Departamento de Ciências Humanas e Sociais (Section d'Études Françaises) Rua da Escola Politécnica, 147 1269-001 Lisbonne – Portugal


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DominiqueGiraudet - dans penser
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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 20:25
Le syndrome de Lazare - Traumatisme psychique et destinée
Mardi 24 avril, Patrick Clervoy (auteur du livre Le syndrome de Lazare Traumatisme psychique et destinée) était invité à l'émission Tout autre chose sur La ...
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DominiqueGiraudet - dans penser
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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 18:06
Une interprétation intéressante .

Emission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : ES204
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/L-Evangile-de-Judas-damne-perdu.html
Date de mise en ligne : 9 novembre 2006

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DominiqueGiraudet - dans penser
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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 12:45
Image:Juan de Flandes 001.jpg
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DominiqueGiraudet - dans penser
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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 18:53

Nietzsche et l'ombre de Dieu de Didier Franck

Critique

Lecteurs

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Chronique inactuelle : Didier Franck

Chronique inactuelle par le Docteur Léon Murphy, gardien externe de la table aux osselets sacrés de SPECTRE (www.revuespectre.com). Cette chronique à parution aléatoire traitera des choses que, a priori, vous n'êtes pas censées ne pas savoir. Ce mois-ci : le Nietzsche de Didier Franck. Une très bonne chose peut vous arriver.
Didier Franck a changé ma vie.
C'est un de mes plus étranges amis qui m'a mis ce livre-là entre les pattes il y a trois ans aujourd'hui, au détour de la première conversation que j'ai eu avec lui. Je ne sais rien de ce discret philosophe et ai à peine parcouru ses trois autres ouvrages (Chair et corps, Heidegger et le problème de l'espace, Dramatique des phénomènes) mais j'ai relu quatre fois Nietzsche et l'ombre de Dieu et c'est devenu - dès le premier huitième de ma première lecture - un de mes livres préférés, tous domaines confondus. Je dirais même que c'est une des meilleures choses qui me soient arrivées. Ce livre n'est pas simplement une magistrale étude sur Nietzsche, c'est le premier livre qui déploie, avec la plus grande minutie qui soit, la plus grande rigueur, les plus périlleux efforts, tout ce qu'implique concrétement les multiples et fabuleuses intuitions labyrinthiques de celui-ci. Ce livre est susceptible d'opérer la plus grande conversion de regard, la plus impitoyable incorporation d'une vision qui soit, depuis L'Ethique de Spinoza, les Mémoires du Président Schreber et les fragments posthumes de l'Antéchrist, arrivée à la planète Terre. Je pèse mes mots. Je ne connais rien de semblable ou d'approchant à ce joyau pur de complexité déployée, d'intuitions dépliées. Didier Franck est un héros.

Il ne s'agit pas de diminuer la portée des précédents lecteurs du chamane de Turin : les écrivains Lawrence, Powys, Artaud, Bataille, Klossowski ; les philosophes Heidegger, Foucault, Deleuze, Baudrillard, Sloterdijk ; les cinéastes Welles, Pasolini, Herzog, Papatakis, Barbet Schroeder ; et même le peintre Francis Bacon quand il dit que son idéal sexuel masculin est le Nietzsche de l'équipe de football - ont, chacun à leur manière, pensé énormément de choses magnifiques et justes sur Nietzsche ou impensables sans l'intercession généreuse de Nietzsche. Mais chacun avait d'autres choses à faire (une œuvre, par exemple), et aucun n'a eu la passion - car c'est une passion que ce livre évoque - de rentrer dans les plus complexes écheveaux de la vision nietzschéenne pour s'en retrouver intégralement transformé. Didier Franck a écrit le premier livre qui lise le fond de Nietzsche. Et on l'attendait. On l'attendait vraiment.

D'abord, Didier Franck part de la plus étrange intuition de toutes, de la plus hétérodoxe : celle que Heidegger ne voulait pas voir, et qu'aucun (à part peut-être Deleuze) n'a voulu reconnaître : que la philosophie a de fond en comble été pervertie par le christianisme, que notre mode d'existence est plus judéo-chrétien que greco-latin et de loin. Que Dieu a donc appris le grec, et l'a bien mal appris. Unique effort de Didier Franck, dans un livre incroyablement ambitieux et délicieusement modeste, à l'écriture impersonnelle (Franck n'y dit pas je une seule fois, ne laisse rien transparaître de ses opinions) mais organisé avec les montées d'intensité, les climax d'un très grand roman. Il part de la célèbre phrase testamentaire de Heidegger (Seul un dieu pourrait nous sauver), remonte aux contradictions de sa lecture de l'histoire de la métaphysique et du danger de la technique, repère l'impensé chrétien, passe par une lente et passionante phénoménologie du corps selon saint Paul, reprend les éléments chrétiens passés en contrebande de philosophe en philosophe, tout cela jusqu'aux plus extraordinaires visions de Nietzsche et pour tenter de saisir une fois pour toutes les enjeux de l'éternel retour, de la volonté de puissance, et du surhomme. Didier Franck montre pourquoi Nietzsche s'est focalisé sur le christianisme pour l'attaquer et établir sa nouvelle hierarchie, les nouvelles valeurs (valeurs : concept que Heidegger a volontairement mal entendu) et à partir desquelles c'est le corps - et non la conscience - qui philosophe.

Résumons : pour saint Paul, le corps de l'homme ne connaît que deux possibilités : soit il s'offre à Dieu, par la charité, soit il s'offre à la chair et il est maudit. Mais le corps de la résurrection n'est que le négatif d'un corps qui s'est nié lui-même en tant que chair pour ressuciter. Le corps glorieux ne sera donc que le retournement d'un retourné : c'est alors un cadavre qui pourra revenir. Dieu transforme les hommes en zombies. Dieu mort, la possibilité du corps divisé contre lui-même ne se rabat plus sur le seul retournement, mais laisse transparaître la pluralité de volontés distinctes qui le constituent. Tout homme a une infinité de corps possibles (ce que Klossowski synthétisera sous le terme de série dans l'autre "meilleur livre sur Nietzsche" : Nietzsche et le cercle vicieux). L'individu se voit dispersé dans un flux absolu, une immensité de possibles, le devenir qui rend nécessaire un nouvel amour (perçu également par Rimbaud, et, à sa manière, Jarry dans Le Surmâle, mais ça, Didier Franck ne le dit pas). Le but de Nietzsche est alors d'incorporer la nouvelle doctrine, la pensée la plus lourde : l'éternel retour.

Le corps est une pluralité de pulsions, de forces, fonctionnant comme une unité au sein d'une hiérarchie antagoniste. La volonté de puissance (vouloir interne de la force) est le principe synthétique qui assure la réunion des forces constitutives du corps. Toute force se rapporte à une autre force qui la modifie. Les volontés agissent toujours sur d'autres volontés. Il n'y a pas d'équilibre des forces, pas d'adiaphorie. Une force est active lorsqu'elle tend spontanément vers la puissance et réactive lorsqu'elle y tend à la suite d'une excitation venue du dehors. Pour qu'elle soit réactive, il faut que la tension interne d'une force vers la puissance soit préalablement inhibée ; et pour cela il faut qu'elle se soit retournée contre elle-même. Le rapport quantitatif des forces (du plus au moins) se transforme en rapport qualitatif (entre inférieurs et supérieurs). La qualité est une différence de quantité, cette différence est irréductible et c'est à partir d'elle que nous formons nos idiosyncrasies. Conclusion : la sensibilité est dès lors un jugement de valeur susceptible de modification. Cela ne peut jamais mieux être compris que dans la musique, et singulièrement la musique populaire (c'est moi qui rajoute) : notre équilibre suppose des retours réguliers de tempo qui font que, lorsqu'une musique brise celle-ci et créée des tempos multiples, nous ne comprenons plus ce qui se passe. L'homme qui a le mieux compris cette lutte entre le désir de conservation du corps et le désir d'intensité et qui a créée une musique qui y réponde parfaitement est, sans conteste, Frank Zappa.

Seuls des êtres apparentés peuvent se comprendre et ensuite donner lieu à obéissance. Toute pulsion est une poussée vers quelque chose qui lui est a priori appropriée, et celle-ci variable selon les pulsions. La pulsion est une création de la contrainte qui a donné lieu à une habitude et a créé du besoin. L'instinct lui-même est un jugement incorporé de manière à se mettre lui-même en mouvement sans avoir besoin d'une excitation préalable. L'appareil neuro-cérébral est le centre de transmission et de coordination des forces. La liberté est l'exercice de contraindre et de résister aux contraintes. Le corps est une formation de domination.

Le plaisir est un sentiment de puissance atteint, une victoire sur une résistance. Le grand plaisir est fait de grandes tensions, qui sont de longues douleurs surmontées. Le plaisir et le déplaisir sont les conséquences d'un sentiment de force ou de faiblesse. La douleur est indissociable d'une évalutation devenue instinct. Les pulsions agissent comme un système moral.

La volonté de puissance se conserve en s'organisant, et conquiert en mettant sous tutelle : c'est l'organisme. Un organe sert toujours à autre chose qu'à lui-même : un œil par exemple sert à voir, une oreille à entendre. Mais l'utilité de l'organe diffère toujours selon le désir d'intensification ou de conservation. Plus la compréhension d'un commandement est rapide, moins elle est douloureuse (c'est pourquoi nous aimons hélas tellement lire nos contemporains). Pour accélerer la communication, se créé alors des processus d'égalisation et d'uniformisation du sens. L'organisme est une formation de conservation et non d'intensification. Ce qu'a parfaitement compris Artaud et, à sa suite, Deleuze et Guattari, lorsqu'ils font du corps sans organes un corps intensif et immanent.

Dans le monde du devenir, il n'y a pas deux choses identiques. Il n'y a que des ressemblances. La ressemblance surgit lorsqu'il n'y a guère de différence de degré dans la quantité des forces pour notre regard. Mais elle varie selon la finesse de nos connaissances. Chaque cas est différent, et faire des ressemblances des cas identiques est un leurre à partir duquel la logique confère au monde un ordre. Le corps a créé la logique pour se conserver en vie, par la peur d'une destruction possible. La logique est donc réactive : elle lutte contre le hasard, l'incertain, en imposant la nécessité, la certitude et la prévisibilité, rendues possibles par la formation des cas identiques.

La logique est donc née d'une certaine myopie favorable à la conservation et nécessaire pour l'organisme. C'est de la pulsion d'assimilation qu'est née l'arithmétique. Et la même volonté d'assimilation est à l'œuvre dans la nutrition : Sans une basse intellectualité, sans pouvoir reconnaître la pomme dans chacune des multiples pommes présentes sur les arbres, se ressemblant toutes mais différant toutes, nous serions morts de faim. Le scepticisme et la circonspection n'ont été permis que tard et très rarement (Nietzsche). La croyance pose ce qu'elle vise comme constant et durablement égal à soi. Croire en une vérité, c'est se renforcer. La vérité ne désigne donc pas le contraire de l'erreur mais la position de certaines erreurs relativement à d'autres. Mais de quel degré de vérité, c'est-à-dire de différenciation, un corps est-il capable dès lors que sa conservation repose sur l'erreur ?

Si l'intensification est fonction de la conservation, la volonté de puissance restera toujours réactive. Si la conservation est fonction de l'intensification, la volonté de puissance sera affirmative. Mais c'est à partir de la nécessité de conservation que nous avons créé l'être, la logique, la vérité et le langage (qui fixent). Le plaisir et la douleur sont déjà des dérivations du principe de conservation. Sera-t-il dès lors possible d'accéder à une vérité de la vérité ? Et comment la connaissance nous fera-t-elle accéder à un corps supérieur, intense, sitôt qu'elle est fondée sur des valeurs de conservation ? Il faut alors, par une lente, prudent et nécessaire déshumanisation, accéder au monde du devenir qui est contraire aux principes mêmes qui fondent notre connaissance. Ce que Nietzsche appelle acquérir le pur concept de nature et dont Cézanne est, en peinture, le principal représentant : le bon peintre voit non seulement différemment chaque arbre, mais une montagne même ne lui apparaît que comme un combat permanent de forces, un mouvement présent mais infiniment difficile à montrer, une lutte pour devenir soleil.

La sensation, la perception sont déjà constituées selon le mode des cas identiques. Elles présupposent toujours une évaluation. Une sensation ne saurait être ressentie par un organisme sans que celui-ci ne l'ait jugé recevable au regard de ses conditions de conservation et de croissance. Et elles varient en fonction des valeurs du vivant auxquels elles sont relatives. Nous ne voyons pas une horloge de la même manière qu'un horloger et un mathématicien ne voit pas un tableau noir rempli d'équations de la même façon que nous. Le contraire du monde phénoménal n'est pas le monde vrai mais le monde informe et informulable du chaos des sensations, le monde du devenir. La vie et l'expérience que nous connaissons sont donc essentiellement fausses, mais la variabilité de la connaissance présuppose cependant qu'une autre vie et une autre expérience sont toujours possibles. Et toute modification du fondement de la connaissance modifie le monde lui-même. Il s'agit de saisir à partir de quelles valeurs nous créerons un mode de vie et de connaissance, non plus conservatoire, mais intensif, comment nous aussi nous deviendrons soleil.

La pensée serait impossible sans une méprise fondamentale : une connaissance de ce qui est totalement fluide est impossible, et pour représenter le monde nous devons donc croire nécessairement à un sujet et à un objet. Le Je est lui-même une construction de la pensée, une fiction régulatrice fondant la certitude de la connaissance, donc une stabilisation du devenir qui ne naît que de la peur d'un éparpillement, d'une fissure de la conservation du corps. Quand je dis je, je ne dis rien d'autre que je me conserve. Dans une nouvelle d'inspiration héraclitéenne, L'Autre, Borges a bien montré la non-permanence de l'identité, l'impossibilité de se reconnaître soi-même dans le temps. Dans un monde chaotique de forces en devenir, il n'y a pas de constance telle que l'identité. L'identité de soi à soi est un article de foi. Il s'agit donc de cette croyance en la grammaire, fustigée pas si énigmatiquement par Nietzsche, auquel le corps s'est soumis par désir de conservation.

La vie pulsionnelle des corps est inconsciente. La cohésion et la synthèse des pulsions constitutives du corps ne relèvent pas de la conscience mais lui sont antérieures ; à l'inverse, la conscience naît toujours d'un affaiblissement du corps. Tirant son origine de l'inhibition, la conscience d'une pulsion est toujours conscience d'une autre pulsion. Elle est liée à la communication et à la socialité. Comme toute créature vivante, l'homme pense sans cesse, mais ne le sait pas. Ce dont il devient conscient n'est que la part la plus réactive de sa pensée : celle propice à la communication. La conscience n'est donc jamais individuelle mais grégaire. L'intensité de la conscience est inversement proportionnelle à la facilite et à la rapidité de la transmission cérébrale. Dans l'intérêt de la conservation du corps il est nécessaire que l'exécutif ignore le détail des innombrables polémiques subordonnées entre pulsions (ce que Claudel, gros catholique mais aussi sutbil nietzschéen masqué, nommait le tribunal de sa pensée, où s'exprimaient Tête d'Or, Mesa, Don Rodrigue, Don Camille, une série...) ; cette ignorance ne va pas sans falsification. C'est la lumière de la conscience qui rend obscure la grande activité inconsciente du corps.

L'espace et le temps sont des abréviateurs, des formations de l'intellect. L'espace vide est impossible : il est le substrat de la force. L'espace n'est pas infini sinon la force, finie, s'y serait dissipée. Mais il est éternel par sa forme. Le temps est infini, la force y éternellement, également, active : tous les développements possibles ont donc déjà eu lieu. Chaque instant est une répétition, et la répétition de tous les instants sépare chaque instant de tous les autres. Les instants réels ne se succèdent donc pas les uns aux autres. Or, nous faisons de la succession le trait essentiel du temps qui permet la représentation.

La force ne peut être posée comme une possibilité séparée de son effectivitée. Chaque puissance, à chaque instant, tire son ultime conséquence. Il faut penser l'interdépendance des forces de façon non causale mais coordonnée, simultanée. Lorsque, quelque part, surgit une tension, une détente surgit dans le reste du monde, non successivement mais simultanément. Le monde est donc fini. Le nombre des situations est incommensurable mais pas infini, puisque le quantum global de la force ne l'est pas (sinon, il se serait dissipé).

La répartition des forces à chaque instant est déséquilibré, ce qui ne veut pas dire qu'elle n'ait pas déjà eu lieu un nombre de fois infini. Le cours circulaire est éternel. Tout devenir est à l'intérieur du cours circulaire et de la quantité de forces. La volonté de puissance se déploie en éternel retour. Sous l'anneau du retour : finitude conjointe de l'espace et de la force, éternité du mouvement et du temps, instantanéité des configurations de forces, jeu inlassable du simple et du multiple, innocence du devenir.

Et c'est à partir de l'instant que nous accédons à l'infinité circulaire du temps. L'instant n'est jamais extérieur à soi mais seul y accède celui qui s'y tient, faisant front à l'avenir comme au passé. En incorporant l'éternel retour, on se transforme. On ne modifie pas le mouvement circulaire des forces, organiques ou inorganiques, mais on modifie les pensées ou les valeurs qui commandent à leur répartition. C'est ainsi qu'on détermine de nouveaux hommes. Chaque instant signifie un déplacement global de toutes les modifications. En disant oui à un seul moment, comme Molly Bloom (immense Zarathoustra féminine) dans Ulysse, nous disons oui à toute l'existence. Il faut vivre de telle sorte que l'on désire revivre ce que l'on vit : on revivra dans tous les cas. Appartenant aux causes dont dépend le retour de toutes choses, je peux en décider instantanément puisque, dans le monde de la volonté de puissance, toutes les forces sont instantanément coordonnées, et qu'il n'y a pas, au sens strict, de succession causale. Si toutes choses sont un fatum, je suis un fatum pour toutes choses. Il faut donc vivre avec le sentiment suprême de la vie, devenir conscient de ce qui procure le sentiment suprême. Et s'y tenir toujours, coûte que coûte.

Chacun le trouvera à sa manière : Rimbaud un temps dans la poésie, Breton dans l'amour absolu et l'humour noir, Joyce dans Ulysse et Finnegans Wake, Cézanne dans la peinture, Windsor MacCay ou J.C.Menu dans la bande dessinée, les Beatles dans l'amitié ou Zappa dans la musique. C'est le seul sens de la vie : déterminer une pratique qui procure le sentiment suprême et s'y astreindre coûte que coûte, même si cela restreint les possibilités de conservation du corps. Il faut, de toutes façons, donner son plein. Lautréamont et Jarry ont eu raison de flamber leurs vies, Artaud de tout risquer, mais également Cézanne ou Picasso de durer et Lewis Carroll de passer ses après-midis à prendre le thé avec des petites filles : puisque, à chaque fois, l'essentiel n'aura pas été manqué, leurs vies se seront passées à travailler, sans vacances, dans l'éthique et dans l'intensité, à une béatitude sans conditions. Merci pour nous.

Didier Franck, Nietzsche et l'ombre de Dieu, P.U.F., 1998.

[illustrations : La Terre est grise comme .... Betty Page stories. Photo DR]

Docteur Léon Murphy Le 24 November 2003

Sur le web : - Revue SPECTRE (www.revuespectre.com).
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