Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Ecosia : Le Moteur De Recherch

6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 20:08

Quelques grandes citations de Claude Lévi-Strauss

NOUVELOBS.COM | 28.11.2008 | 10:33
Voici quelques extraits d'oeuvres et d'interviews de Claude Lévi-Strauss, dont le centenaire est célébré vendredi 28 novembre.

SUR L'ANTHROPOLOGIE


- "Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses ; c’est celui qui pose les vraies questions". ("Le cru et le cuit")

- "Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui. Les institutions, les mœurs et les coutumes, que j’aurais passé ma vie à inventorier et à comprendre, sont une efflorescence passagère d’une création par rapport à laquelle elles ne possèdent aucun sens, sinon peut être celui de permettre à l’humanité d’y jouer son rôle". (Tristes Tropiques)

- "L’ethnologue respecte l’Histoire, mais il ne lui accorde pas une valeur privilégiée. Il la conçoit comme une recherche complémentaire de la sienne : l’une déploie l’éventail des sociétés humaines dans le temps, l’autre dans l’espace". ("La pensée sauvage")

- "Les hommes ne sont pas tous semblables, et même dans les tribus primitives, que les sociologues ont dépeintes comme écrasées par une tradition toute-puissante, ces différences individuelles sont perçues avec autant d’application que dans notre civilisation dite 'individualiste'". ("Tristes Tropiques")

- "Quand nous commettons l’erreur de croire le sauvage exclusivement gouverné par ses besoins organiques ou économiques, nous ne prenons pas garde qu’il nous adresse le même reproche, et qu’à lui, son propre désir de savoir paraît mieux équilibré que le nôtre". ("La Pensée sauvage")


SUR L'ART

- "La musique, est la moitié de mon existence. Chez moi, je ne peux pas travailler sans un fond sonore qui stimule mon activité en me mettant l’esprit et le cœur en dispositions favorables. Si je ne m’étais pas orienté vers la philosophie et l’ethnologie, j’aurais voulu être chef d’orchestre…" (Télé 7 Jours, 7 avril 1973)

- "J’ai beaucoup dessiné et beaucoup peint. Je ne suis pas allé plus loin car je n’avais manifestement aucun génie pour cela et les difficultés matérielles rencontrées par mon père tout au long de sa vie m’en ont dissuadé. Mais je griffonne toujours, notamment pendant les réunions où je m’ennuie". (Libération, 25-26 octobre 1986)


SUR LA POLITIQUE


- A la question "Pour vous, mai 1968 a changé quelque chose" : "Peu de chose sur le plan pratique car, depuis plusieurs années déjà, mon laboratoire fonctionnait en démocratie directe, dans des assemblées où toutes les décisions sont prises par l’ensemble des membres. Sur un plan plus théorique, ces événements me sont apparus comme un signe supplémentaire de la désagrégation d’une civilisation qui ne sait même plus assurer ce que les sociétés sans écriture savent si bien obtenir : l’intégration des nouvelles générations". (L’Express, mars 1971)

- A la question : "Vous semblez fuir tout ce qui a trait à la politique " : "Oui, je le fuis. J’ai beaucoup fait de politique à la SFIO étant jeune. Mais je me suis trompé à double titre. Premièrement avec l’idée qu’il suffisait de bien raisonner et d’avoir les idées claires pour concevoir et réaliser la société idéale. Deuxièmement, j’étais pacifiste en 1938. Quand on s’est trompé à ce point là, il n’y a plus qu’une chose à faire : se taire pour le restant de sa vie". (Le quotidien de Paris, 2 octobre 1989)

- "Je me suis retrouvé secrétaire général des étudiants socialistes à 20 ans. Je me sentais engagé, parce que j’avais la naïveté de croire qu’en raisonnant bien on peut fabriquer une société bonne. Pas plus que l’ordre du monde, l’ordre social ne se plie aux exigences de la pensée". (L’Express, mai 1988)


SUR LA RELIGION

- "Le problème de Dieu ne s’est jamais posé pour moi, même depuis l’enfance. Ce n’est pas le mot qui me fait peur. J’ai le sentiment très profond qu’il ne peut exister un hiatus complet entre la pensée et la vie. Je ne verrais aucun inconvénient à appeler Dieu une sorte de pensée diffuse dont on concevrait qu'elle soit répandue dans tout l’univers et qui se manifesterait à des degrés différents chez les animaux supérieurs et inférieurs, dans les plantes même, jusqu’aux plus modestes. Mais la notion et la représentation d’un Dieu personnel me manquent et me manqueront toujours, sans doute, jusqu’à la mort". (La Croix, janvier 1979)

- "Non vraiment la religion ne m’intéresse pas. Et si je devais avoir des préoccupations de ce côté-là, mes sympathies iraient plutôt vers certaines religions extrême-orientales". (Le quotidien de Paris, 2 octobre 1989)


SUR LE DEVOIR DE MEMOIRE


"Je n’aime pas le mot 'devoir' pour commencer. Je n’aime pas les thèmes qui ont une connotation morale. Mais qu’il n’y a que par le passé qu’on peut comprendre le présent. J’aurais essayé de montrer qu’on ne peut rien comprendre ou juger que grâce à la mémoire". (Le Figaro, 26 juillet 1993)
Augmenter la taille du texte Réduire la taille du texte Imprimer cet article Envoyer cet article à un ami Réagissez à l'article Réagir à cet article en créant votre Blog Traduction français / anglais Traduction français / espagnol Partager cet article sur Scoopeo Digger cet article Partager cet article avec mes amis sur Facebook ! Partager cet article sur del.icio.us Envoyer cet article sur Blogmarks
Repost 0
DominiqueGiraudet - dans penser
commenter cet article
6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 00:29

Le jeune Nietzsche en officier“Pour ce qui en est de la superstition des logiciens, je veux souligner encore, sans me laisser décourager, un petit fait que ces esprits superstitieux n’avouent qu’à contre-cœur. C’est, à savoir, qu’une pensée ne vient que quand elle veut, et non pas lorsque c’est moi qui veux ; de sorte que c’est une altération des faits de prétendre que le sujet moi est la condition de l’attribut « je pense ». Quelque chose pense, mais croire que ce quelque chose est l’antique et fameux moi, c’est une pure supposition, une affirmation peut-être, mais ce n’est certainement pas une « certitude immédiate ». En fin de compte, c’est déjà trop s’avancer que de dire « quelque chose pense », car voilà déjà l’interprétation d’un phénomène au lieu du phénomène lui-même. On conclut ici, selon les habitudes grammaticales : « Penser est une activité, il faut quelqu’un qui agisse, par conséquent… » Le vieil atomisme s’appuyait à peu près sur le même dispositif, pour joindre, à la force qui agit, cette parcelle de matière où réside la force, où celle-ci a son point de départ : l’atome. Les esprits plus rigoureux finirent par se tirer d’affaire sans ce « reste terrestre », et peut-être s’habituera-t-on un jour, même parmi les logiciens, à se passer complètement de ce petit « quelque chose » (à quoi s’est réduit finalement le vénérable moi).”

Friedrich Nietzsche, Par delà le bien et le mal, ch. I, 17


Commentaires

  1. Le voilà en frère de Baruch Spinoza, qui le disait peut-être mieux. En fin de compte, il n’ ya partout qu’ expression de l ‘être - peu importe le nom qu ‘on lui donne - c ‘est-à-dire qu’il n’est point de signifiant mais l’ affirmation absolue, sans référence à quoique ce soit d’extérieur, de l’essence ! Ce qui implique l’affirmation de l’ idée de l ‘idée du corps, c ‘est sens de la terre qui ne ne dit point moi mais fait moi..


Repost 0
DominiqueGiraudet - dans penser
commenter cet article
5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 12:38
Mes ami(e)s,

Une discussion mouvementée avec Juan Asensio sur la contamination progressive de la littérature, décidément de plus en plus bavarde.

La littérature et le mal, Entretien avec Juan Asensio

Cette note a été publiée le 28 novembre 2008

Pour lire la note entièrement, veuillez cliquer sur le lien ci-dessous :
http://marcalpozzo.blogspirit.com/archive/2008/11/28/entretien-avec-juan-asensio.html


Bien à vous,
Marc.
Repost 0
DominiqueGiraudet - dans penser
commenter cet article
5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 11:37

Robotique

Retour Sommaire

Les robots deviennent acteurs de théâtre

Les robots Thespian montent sur scène au Japon, les inventeurs des petites mécaniques dansantes ayant fait évoluer la race vers celle de robots acteurs. Ces prétendants à la gloire d’Hollywood doivent jouer une pièce appelée Hataraku Watashi (I, Worker : moi l’ouvrier), dont la première a eu lieu à l’Université d’Osaka pour ce qui fût la première pièce de théâtre jouée par des robots au Japon.

Ces acteurs méaniques ne doivent pas se soucier d’avoir un trou de mémoire, chaque machine ayant été programmée pour donner la réplique aux acteurs humains dans le plus pur style Thespian.

Le scénario se déroule dans un futur proche autour d’un couple équipé de robots domestiques. L’un des robots se plaint d’avoir été forcé à accomplir des tâches rabaissantes et ennuyantes, ce qui provoque une discussion sur le rôle des robots dans la société humaine.La pièce dure 20 minutes pour l’instant et d’ici 2010 devrait devenir une performance complète. Le dramaturge Oriza Hirata dit que ce travail permet de se questionner sur les relations entre l’humanité et les technologies. Le robot Wakamaru, haut d’un peu plus de 90 centimètres, est équipé d’un logiciel développé par l’Université d’Osaka et édité par Mitsubushi.

TI

Retour Sommaire

Repost 0
DominiqueGiraudet - dans penser
commenter cet article
4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 20:00
http://parolesdesjours.free.fr

"Un écrivain condamné pour avoir injurié le neveu d'Antonin Artaud

PARIS (AFP) - 04/12/2008 16h17

L'écrivain et philosophe Stéphane Zagdanski a été condamné jeudi par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir injurié sur son site internet le neveu d'Antonin Artaud, Serge Malausséna, unique ayant-droit de l'écrivain mort en 1948.

M. Zagdanski, qui a notamment publié un essai sur Antonin Artaud, "La mort dans l'oeil", a été condamné à une amende de 500 euros avec sursis et à 1.000 euros de dommages et intérêts.

Ecrivain, acteur et homme de théâtre né en 1896 à Marseille, Antonin Artaud a été exclu du mouvement surréaliste en 1926. En proie à des visions et des délires mystiques, il avait été interné pendant neuf ans, notamment à l'hôpital de Rodez.


Le 9 février 2007, M. Malausséna avait envoyé un courriel à M. Zagdanski, pour lui demander de retirer un extrait de l'émission radiophonique d'Artaud "Pour en finir avec le jugement de Dieu", placé en fond sonore sur une page de son site internet baptisé "Paroles des jours".


M. Zagdanski avait répondu le lendemain en publiant sur son site une lettre ouverte où il traitait notamment l'héritier d'Artaud d'"ultime chiure électrochoquante".


"Non content d'être un impotent crétin chicaneur, tu gigotes en pure perte", poursuivait l'internaute: "cela fait longtemps que des milliers d'anonymes peuvent se procurer en quelques secondes sur internet l'intégralité des enregistrements d'Artaud, gratuitement et sans avoir à rendre compte à ta malsaine caboche monomane".


Pour sa défense, le prévenu avait invoqué "la tradition pamphlétaire française".


Jeudi, la 17e chambre correctionnelle a estimé que cela ne "l'exonérait pas de toute intention maligne", de même qu'un pastiche n'exonérait pas son auteur de ses responsabilités.

"Ni la nature essentiellement littéraire du site sur lequel ce texte a été mis en ligne, ni la qualité d'écrivain du prévenu ne confèrent à ce dernier une immunité particulière", ont encore relevé les juges, avant de conclure que les propos "méprisants" et "particulièrement virulents" étaient bien "injurieux".

© 2008 AFP"


http://parolesdesjours.free.fr


Repost 0
DominiqueGiraudet - dans penser
commenter cet article
4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 19:18
01/03/1995

Apollon, le bel assassin de Delphes

55 minute(s) et 37 secondes Le plus beau des dieux de l'Olympe, le plus sage, le plus harmonieux pourrait bien être un mauvais garçon... Générique Production déléguée Arts & Éducation Producteur Anne-Michèle ULRICH a...
Repost 0
DominiqueGiraudet - dans penser
commenter cet article
4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 12:16
Bienheureuse insécurité (Alan Watts)
3 juillet 2007 par Chartrand Saint-Louis


« J’ai toujours été fasciné par la loi de l’effort inversé. Je l’appelle parfois la loi des « effets contraires ». Si l’on essaie de flotter à la surface de l’eau, on coule, mais si l’on essaie de couler, on flotte. Si l’on essaie de retenir son souffle, on le perd - et ceci me rappelle un vieux dicton oublié : « Quiconque voudra sauver son âme, la perdra. » » (p. 7)

« Ce livre, cependant, est écrit dans l’esprit du sage chinois Lao-tseu, ce maître de la loi de l’effort inversé, qui affirmait que tous ceux qui se justifient ne convainquent pas, que pour connaître la vérité il faut se libérer de la connaissance, et que rien n’est plus puissant et créateur que le vide, devant lequel les hommes reculent généralement avec horreur. » (p. 9)

« Notre époque est donc une époque de frustration, d’angoisse, d’agitation, et d’accoutumance à la « drogue ». Nous devons tant bien que mal saisir ce que nous pouvons pendant que nous le pouvons, et chasser l’impression que tout cela est vain et sans signification. Cette « drogue » est notre haut niveau de vie, c’est-à-dire une stimulation forte et complexe de nos sens, qui finit peu à peu par les désensibiliser ; aussi ceux-ci réclament-ils des stimulations de plus en plus violentes. Nous sommes assoiffés de distractions, de visions, de sonorités, d’émotions, de titillations dont nous voulons jouir au maximum et le plus vite possible. » (p. 21)

« Si paradoxal que cela puisse paraître, nous ne découvrirons de même un sens à notre vie que lorsque nous réaliserons qu’elle est tout à fait dépourvue de but, et nous ne connaîtrons les « mystères de l’univers » que lorsque nous serons intimement convaincus que nous n’en connaissons encore rien. » (p. 29)

« La sensibilité exige une très grande douceur et beaucoup de fragilité - pupilles, tympans, papilles gustatives et terminaisons nerveuses, aboutissant tous à ce très délicat organisme qu’est le cerveau. » (p. 32)

« Si nous pouvons éprouver des plaisirs intenses, c’est que nous sommes sujets à d’intenses douleurs. Nous aimons le plaisir et nous détestons la douleur, mais il semble impossible d’avoir l’un sans l’autre. Et il apparaît de plus que tous deux doivent en quelque façon alterner, car le plaisir continu est un stimulus qui ne peut que s’émousser ou s’accroître. Or, tout plaisir accru, soit durcit et insensibilise les terminaisons nerveuses sous sa poussée, soit se transforme en douleur. Un régime alimentaire à base de nourriture riche coupe l’appétit ou rend malade. » (p. 32-33)

« Une personne dure et amère est toujours quelqu’un d’à demi suicidé ; une partie d’elle-même est déjà morte. » (p. 34)

« Le pouvoir des souvenirs et des espérances est tellement grand que pour la plupart des êtres humains le passé et le futur ne sont pas tant aussi réels, que plus réels encore que le présent. On ne peut vivre le bonheur dans le présent tant que l’on n’a pas « nettoyé » son passé et que le futur ne brille pas de promesses. » (p. 37)

« Après tout, le futur ne revêt presque aucune signification et n’est pratiquement d’aucune importance, puisque, tôt ou tard, il doit se transformer en présent. Aussi faire des projets pour un avenir qui ne doit jamais devenir présent est à peine plus absurde que de faire des projets pour un futur, lequel, devenant présent, me trouvera « absent », et en train de regarder obstinément par-dessus ses épaules au lieu de le regarder bien en face. » (p. 39)

« (...) l’essentiel de la sagesse dont nous faisons preuve dans notre vie quotidienne ne nous est jamais transmise verbalement. » (p. 64)

« De plus en plus nous essayons de mieux nous adapter à la vie grâce à des gadgets externes, et nous tentons de résoudre nos problèmes par la pensée consciente plutôt qu’en nous remettant au « savoir-faire » inconscient. Cela est beaucoup moins à notre avantage que nous aimerions le croire. » (p. 66)

« Nous stimulons nos sens jusqu’à ce qu’ils deviennent insensibles, aussi, pour que le plaisir puisse durer, devons-nous recourir à des stimulants de plus en plus forts. » (p. 69)

« Les animaux passent le plus clair de leur temps à sommeiller et à paresser agréablement, mais, sous prétexte que la vie est courte, les êtres humains se sentent contraints d’amasser pêle-mêle le plus de conscience, de vivacité, et d’insomnie chronique possible afin d’être bien sûrs de ne pas rater la moindre sensation de plaisir. (...) Aussi deviennent-ils de plus en plus incapables de jouir d’un plaisir réel, et finissent-ils par devenir insensibles aux joies les plus subtiles et les plus vives de la vie qui sont en fait extrêmement simples et communes. » (p. 72-73)

« (...) c’est le cerveau qui est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le cerveau. » (p. 85)

« La vraie raison pour laquelle la vie peut paraître parfois tellement exaspérante et frustrante, ce n’est pas parce qu’il existe ce que l’on appelle la mort, la douleur, la peur ou la faim. Mais là où rien ne va plus, c’est que face à ces événements, nous nous mettons à bourdonner et tourner en rond comme des mouches affolées, pour essayer de maintenir notre « ego » hors de l’expérience. Nous nous prenons pour des amibes, et nous essayons de nous protéger de la vie en nous séparant en deux. Mais le bon sens et l’intégrité voudraient que nous comprenions que nous ne sommes pas séparés, que l’homme et son expérience présente ne forment qu’un seul tout, et qu’il n’existe pas d’« ego » ou d’esprit séparé. » (p. 104)

« Plus nous nous habituons à comprendre le présent d’après le passé, le connu d’après l’inconnu, le vivant d’après ce qui est mort, plus notre vie se dessèche et plus nous sommes envahis d’un sentiment de tristesse et de frustration. Ainsi protégé de la vie, l’homme devient une sorte de mollusque incrusté dans la coquille dure de la « tradition », et quand la réalité finit par surgir, un raz de marée de terreur l’emporte. » (p. 113)

« Mais nous sommes, pour la plupart, intérieurement déchirés par ce conflit parce que notre vie n’est qu’un long effort pour résister à l’inconnu, au présent réel dans lequel nous vivons, qui est l’inconnu sur le point de naître. C’est pourquoi nous n’apprenons jamais à vivre en harmonie. À chaque instant nous hésitons, nous restons sur la défensive. Et tout cela sans que nous en retirions aucun avantage, car la vie nous plonge malgré nous dans l’inconnu et vouloir résister est aussi vain et exaspérant qu’essayer de nager à contre-courant dans un torrent déchiré. » (p. 114)

« Il faut au contraire être complètement sensible à chaque instant, considérer chacun de ceux-ci comme tout à fait nouveau et unique, garder l’esprit ouvert et réceptif. » (p. 115)

« La philosophie chinoise dont le judo lui-même est une expression - c’est-à-dire le taoïsme - nous a révélé comment l’eau réussit à surmonter tous les obstacles grâce à sa fluidité et à sa flexibilité. » (p. 115)

« (...) la paresse. De façon tout à fait significative, les gens nerveux et frustrés sont toujours affairés, même quand ils sont oisifs, car cette oisiveté est une « paresse » qui vient de la peur et non du repos. Mais l’esprit-corps est un système qui accumule et conserve de l’énergie. Ce faisant il est tout à fait paresseux. Quand l’énergie est accumulée, elle ne demande alors qu’à être dépensée, le plus facilement et avec le moins d’effort possible. C’est pourquoi ce n’est pas seulement la nécessité mais aussi la paresse qui est mère de l’invention. Il suffit d’observer les mouvements lents et « lourds » d’un travailleur habile occupé à quelque rude tâche, et comment, alors même qu’il lutte contre la pesanteur, un bon montagnard utilise en fait cette même pesanteur et marche à grandes enjambées lentes et pesantes. On dirait qu’il tire des bords contre la pente, comme un voilier contre le vent. » (p. 117)

« Demeurer stable c’est s’interdire d’essayer de se séparer de la douleur parce que l’on sait que c’est impossible. Fuir la peur c’est avoir peur, résister à la douleur c’est souffrir, se montrer courageux c’est être craintif. Si l’esprit souffre, l’esprit est douleur. » (p. 118)

« Vouloir échapper à la douleur est la douleur même ; ce n’est pas la réaction d’un « ego » séparé de la douleur. Quand on comprend cela, le désir d’échapper « se fond » dans la douleur elle-même et disparaît. » (p. 119)

« (...) il faut toujours rester conscient, alerte et sensible à toutes les actions et inter-relations possibles, à partir de cet instant présent. Mais il faut tout d’abord être pleinement convaincu qu’il n’existe pas réellement d’autre solution à part celle de rester conscient - parce que l’on ne peut se séparer du présent et définir son propre être à part. » (p. 119)

« Car, lorsque l’on comprend réellement que l’on est ce que l’on voit et ce que l’on connaît, on ne se promène pas dans la campagne en se disant : « Je suis tout ceci. » Il n’y a simplement que « tout ceci ». » (p. 140)

« Pour « connaître » la réalité il ne faut pas lui être extérieur et la définir ; il faut y entrer, l’être et la ressentir. » (p. 141)

« Plus une mouche se débat pour se dégager du miel, plus elle s’y englue. Sous la pression de tant d’efforts futiles, il n’est pas étonnant que l’homme se défoule dans la violence et le sensationnel, l’exploitation aveugle de son corps, de ses appétits, du monde matériel et de ses amis. Et c’est un nombre incalculable de douleurs qu’une telle exploitation ajoute encore aux souffrances nécessaires et inévitables de l’existence. » (p. 142)

« Il est clair que tout existe pour cet instant. C’est une danse, et quand on danse ce n’est pas pour arriver quelque part. On tourne en rond, mais sans être victime de l’illusion que l’on est à la recherche de quelque chose, ou que l’on échappe aux tourments de l’enfer. » (p. 143)

« La mort est l’inconnu où chacun d’entre nous a vécu avant de naître. » (p. 144)

« (...) il est connu que rien ne gâche plus un « plaisir » que de s’interroger pour savoir s’il nous est vraiment agréable. Nous ne pouvons vivre qu’un seul moment à la fois, et nous ne pouvons pas à la fois écouter la rumeur des vagues et réfléchir pour savoir si nous aimons vraiment écouter les vagues. Les actions contradictoires de ce genre sont les seules où il ne nous est laissé absolument aucune liberté. » (p. 154)

« Comme il ne peut s’intéresser à lui-même, de même qu’un miroir ne peut se refléter lui-même, l’esprit doit s’intéresser ou s’absorber dans d’autres choses ou d’autres gens. » (p. 163)

« Tout le monde est doué d’amour, mais celui-ci ne peut se manifester que lorsqu’on est convaincu qu’il est impossible et frustrant de vouloir s’aimer soi-même. Mais nous n’en serons pas convaincu à coups de condamnations, en sa haïssant soi-même, ou en accablant l’amour de soi des pires noms qui existent. Nous n’en serons pleinement persuadés qu’en réalisant clairement et en toute conscience qu’il n’existe pas de « soi » que l’on puisse aimer. » (p. 165)

« Il est évident que les seules personnes intéressantes sont les personnes intéressées, or, pour être complètement intéressé, il faut avoir oublié son « moi ». » (p. 183)

« Nous avons donc bien de la chance de vivre en une époque où le savoir humain a atteint un tel point qu’il ne sait plus trouver les mots, non pas simplement pour les choses étranges et merveilleuses, mais pour les plus ordinaires également. La poussière sur les étagères est devenue autant un mystère que les étoiles les plus éloignées ; nous connaissons suffisamment de choses sur les deux, pour savoir que nous ne connaissons rien. » (p. 187)

***

Source :

Watts, Alan. Bienheureuse insécurité : une réponse à l’angoisse de notre temps ; traduit par Frédéric Magne. Paris : Stock, 1981, c1977, 188 p. (cote Dewey : 128 W348b)



Repost 0
DominiqueGiraudet - dans penser
commenter cet article
3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 18:04
 

 
Gilles Philippe, François Noudelmann (Dir.) 
Dictionnaire Sartre
Honoré Champion - 6 décembre 2004

Commander

On croit souvent Jean-Paul Sartre fâché avec l'ordre alphabétique, celui par lequel l'Autodidacte de La Nausée prétendait faire le tour des connaissances. À l'âge de vingt ans, pourtant, Sartre avait entrepris de noter ses pensées selon l'ordre imposé par un carnet alphabétique ramassé dans le métro, simple article publicitaire pour les Suppositoires Midy.
Le Dictionnaire Sartre présente l'immense complexité de son parcours, en décloisonnant les domaines (littérature, philosophie, politique), en écrasant les oppositions chronologiques (écrits de jeunesse, concepts de maturité, engagements militants), en précipitant les rapprochements a priori les plus incongrus (Hugo et Huis clos ; Janet et Japon ; Le Havre et Leibniz ; Manuscrits et Maoïsme ; Morale et Moravia ; Névrose et New York ; «Parterre de capucines» et Parti Communiste...).
On trouvera ici, pêle-mêle, tous les concepts de la pensée sartrienne (des mieux connus aux plus pointus), tous les textes importants (même s'ils sont peu accessibles ou restent inédits), toutes les influences (en amont ou en aval), tous les combats, tous les secrétaires et plusieurs des maîtresses, beaucoup d'amis et presque autant d'ennemis, quelques villes et pays, quelques formules célèbres, bien d'autres choses encore.
Les quelque huit cents notices qui composent ce Dictionnaire ont été rédigées par une soixantaine des meilleurs spécialistes de la pensée et de l'oeuvre de Sartre.
- Présentation de l'éditeur -

 
Repost 0
DominiqueGiraudet - dans penser
commenter cet article
2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 10:31
MediaPart
Regards sur Hannah Arendt (1)
MediaPart - Paris,France
Nous verrons aussi comment elle ausculte le Dasein selon Heidegger; mais substitue à la solitude de cet « être jeté» la virtuosité de l' « apparaître» dans ...
Afficher tous les articles sur ce sujet
Repost 0
DominiqueGiraudet - dans penser
commenter cet article
2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 09:59
medium

Suivant
Dialogues sur la religion naturelle
de David Hume, Michel Malherbe (Traduction)

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Philosophie

critiqué par Oburoni, le 29 novembre 2008
(Londres, Inscrit le 14 septembre 2008, 25 ans)

La note: 10 etoiles

L'erreur Dieu

Présenté sous forme d'un dialogue entre trois personnages, Demea, Philo, et Cleantes, le philosophe des Lumières écossaises cherche -a priori- à comprendre quelle est la nature de Dieu, si on peut la connaitre. Le fait que les trois orateurs soient en désaccord quant à l'essence de Dieu sert en fait de prétexte pour faire voler en éclat l'idée même que Dieu... existe !
Là est tout le génie du philosophe : laisser supposer que, sans jamais se compromettre ( il faut être suicidaire pour se réclamer athée dans l'Ecosse du XVIII siècle... ! )

Commencé en 1750 et fini en 1776, l'ouvrage sera publié à titre posthume et anonymement en 1779. Adam Smith, l'économiste à qui Hume avait confié le texte, en avait trouvé l'argumentaire tellement destructeur qu'il prit toutes les précautions nécessaires avant de le révéler au public...

C'est que les arguments traditionnels supportant l'existence de Dieu sont balayés d'un revers de main. Les attaques les plus vives et dévastatrices étant menées contre la soi-disant plus forte d'entre elles : la preuve physico-théologique ( la nature ordonnée, parfaite, du monde implique un Créateur ).
Se servant d'exemples comme une maison ou un bateau, il en faut peu à Hume pour montrer la fausseté d'un tel argument, qu'il dit reposer sur une analogie erronée. Dieu ? Une erreur de raisonnement, que le philosophe se fait un plaisir de démonter en règle.
Incisif.



   Voir la fiche version imprimable
   Volume  Editeur/Collection  Pages  ISBN/ASIN  Parution  Amazon
  Dialogues sur la religion naturelle Librairie Philosophique Vrin
384 2711617947 2005-12-21  go
Repost 0
DominiqueGiraudet - dans penser
commenter cet article