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Ecosia : Le Moteur De Recherch

12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 09:52

1927 martin heidegger

 

Pas vraiment lu, pas vraiment compris, Etre et Temps a pourtant marqué les esprits dès sa parution, en 1927. L'ouvrage n'a pas été vraiment lu tant la prose était dense et obscure. Martin Heidegger avait même créé un langage nouveau où il était question de Dasein (« l'être-là »), de l'« être-dans-le-monde », de « on-même ».

Un essai existentialiste ?

 

Le livre n'a pas été compris aux dires de Heidegger lui-même. Lui prétendait faire de l'ontologie, parler de l'être - comme seul commun dénominateur de tous les êtres (ou « étants »). Les lecteurs y ont vu un essai existentialiste sur la destinée humaine. Il faut dire que l'ouvrage, inachevé, ne comportait à sa parution qu'une première partie consacrée à l'homme ; et Heidegger n'a jamais livré la suite.

 

Ce malentendu est peut-être une des recettes du succès du livre. Car voilà ce qu'on a compris : le Dasein, c'est l'homme en tant qu'il est plongé dans le monde. Et l'essence de l'être est sa temporalité, le fait de vivre dans le temps.

 

Le temps, chez Heidegger, ce n'est ni le temps de l'horloge qui s'écoule hors de soi selon une mécanique implacable, ni le temps psychologique qui passe et nous file entre les doigts. Encore moins le temps des physiciens. Le temps est d'abord ouverture. Ouverture vers ce qui n'existe pas encore, vers l'indéterminé et donc la liberté. L'homme en tant qu'il habite le temps est donc un être ouvert. L'essence de l'existence humaine, c'est d'abord le fait d'être abandonné à soi-même, ouvert aux possibles, projet à s'accomplir.

Hymne à la créativité humaine ?

 

Heidegger n'est pas homme à se complaire dans l'optimisme. Car la perspective qui suit dans le reste du livre est plutôt sombre. La destinée, selon Heidegger ne conduit à aucun espoir, ni paradis ni terre promise. Elle ne conduit tout simplement à rien. L'ouverture au monde nous confronte directement au néant, sous les formes concrètes qu'il prend dans l'existence : l'angoisse (confrontation à la mort), l'ennui (confrontation au vide), la peur (confrontation au danger). L'essence de l'humanité réside dans le souci, « die Sorge », qui exprime la nature la plus fondamentale de l'être-là. Vue ainsi, la vraie liberté ne peut qu'effrayer. Et voilà pourquoi, devant la difficulté à affronter la liberté et sa finitude, beaucoup se réfugient dans la vie quotidienne répétitive, le bavardage, la sollicitude pour autrui que Heidegger nomme la « dictature du on » : tout ce qu'il assimile à la « vie inauthentique ».

Un discours qui tourne à vide ?

 

On peut lire Etre et Temps comme l'a fait Jean-Paul Sartre : un hymne existentiel à la liberté de la condition humaine. On peut aussi lire entre les lignes, comme l'a fait Pierre Bourdieu, pour dévoiler derrière un vocabulaire exagérément abstrait une « ontologie politique » qui expose les principaux thèmes de la révolution conservatrice allemande et prépare le nazisme (Heidegger adhéra au parti nazi quelques années plus tard). Theodor Adorno, lui, a ironisé sur « la fable de l'être arraché à l'étant », un discours métaphysique qui tourne à vide et ne porte sur rien. Toutes les interprétations sont possibles : le propre des grandes oeuvres de la philosophie étant de stimuler l'esprit tout en suscitant une exégèse sans fin.

 

François Dortier

 

 

LIEN : link

 

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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