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Ecosia : Le Moteur De Recherch

26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 00:13

Mort et vie du respect aujourd’hui

 

 

 

Par Christophe Gallaz

 

www.contrepointphilosophique.ch          LIEN :link

 

Rubrique Humorales

 

25 novembre 2010

 

 

 

Pour évaluer ce qu’il en est du respect dans nos sociétés actuelles, il faut rappeler la signification de ce terme au gré des dictionnaires. Elle est simple. Respecter quelqu’un, c’est se comporter envers lui d’une façon réservée. C’est éprouver à son égard un sentiment de considération sereine.

 

 

 

Autrement dit le respect traduit un désir de comprendre l’Autre et participe de l’intelligence, qui vise elle-même à comprendre le monde. Il en résulte qu’aucune communauté d’humains ne se fût formée dans l’Histoire si la pratique du respect n’avait marqué la majorité de ses membres.

 

 

 

Cette conduite n’était inspirée par aucune autorité laïque ou religieuse. L’obligation de survie suffisait. Pour surmonter l’hostilité du monde ambiant, il fallait conjoindre la force et la débrouillardise de chacun. Cet impératif impliquait qu’il prît soin de ses voisins comme de lui-même.

 

 

 

Les circonstances actuelles sont incomparables, bien sûr. Aucune force extérieure ne menace d’extinction nos communautés humaines. Le respect n’y représente plus une condition de perpétuation pour l’espèce. Il n’est plus nécessairement perçu comme une façon d’être utile. Ainsi s’est-il réfugié dans le discours moral et religieux, qui l’invoque au nom ténu de l’idéal antique ou des valeurs chrétiennes.

 

 

 

Les jeunes adultes sont évidemment sourds à cette injonction. Ils vivent à des années-lumière des forêts ancestrales emplies de dangers mortels, à des années-lumière des temps reculés où l’humain devait s’agréger pour ne pas disparaître, et même à des années-lumière du monde bipolaire explosif accouché par la Deuxième Guerre mondiale.

 

 

 

Ainsi le mot respect prononcé par leurs aînés n’est-il plus qu’un fétiche à leurs oreilles, d’autant que ces derniers ne cessent de manifester sur ce point leur illégitimité d’énonciateurs: rien n’est plus pourri, pervers, inique, tendu vers l’inculture, menteur et frappé d’irrespect que le modèle du néolibéralisme globalisé façonné par ceux-là même qui se gargarisent du mot respect, et le diffusent en bonne parole autoritaire.

 

 

 

La situation n’en est pas pour autant désespérée. Elle est même prometteuse à la condition suivante: de même que les cours de justice se déplacent parfois sur les lieux du crime pour en juger plus précisément le coupable présumé, il faut aujourd’hui se déplacer sur les lieux de la jeunesse pour déceler comment s’y esquissent, peut-être, les nouvelles manifestations du respect.

 

 

 

Dans cette perspective, comprenons que les jeunes adultes réinventent aujourd’hui la notion de l’origine et ses espaces. Ils recréent confusément, au sein des villes éperdues de consommations immédiates, des territoires primitifs dont ils se réservent les accès. On peut formuler cela différemment: une part des vivants se trouve à nos côtés en phase d’auto-invention communautaire, qu’on peut rapprocher par le raisonnement de celle caractérisant jadis l’humanité balbutiante.

 

 

 

Tenter de reconstituer une préhistoire au milieu de l’Histoire contemporaine épuisée, d’instaurer une microsociété débutante dans la socialité finie qui se déficelle alentour, d’élaborer un corps d’attitudes et de langages propre à greffer un chez-soi spécifique dans le nulle part de l’urbanité générale, voilà l’entreprise. Elle revient pour les jeunes adultes à se concevoir comme une communauté d’exception, minoritaire et fragile, voire inversée selon le symptôme parmi d’autres du verlan, où les liens de respect mutuel puissent à nouveau valoir de façon décisive.

 

 

 

Les observateurs s’inquiètent, en songeant aux jeunes adultes, de la violence qui marque leurs comportements. On peut à cet égard énoncer deux postulats éloignés de toute considération morale. Le premier: cette violence est symétrique à celle qui mine aujourd’hui nos usages congénères de la base au sommet des hiérarchies économiques et politiques — simplement son degré de symbolisation perverse est moindre, et de brutalité physique supérieur. Et le second: cette violence ne désigne peut-être rien d’autre que le besoin, manifesté par ceux qui s’y livrent, de se mettre en état d’effroi collectif comparable à celui qui rendit le respect nécessaire aux yeux des premiers humains.

 

 

 

Deux parts au moins de la vieille humanité sont donc juxtaposées dans nos milieux citadins présents, qui connaissent et pratiquent chacune deux lexiques éloignés du respect. La tâche qui reste à tout honnête homme ou femme consiste à déceler leurs enracinements communs, leurs rituels voisins, leurs nervures parallèles et peut-être leurs portées convergentes. Quelle autre démarche intellectuelle et sensible, pour défragmenter vaille que vaille la Cité moderne émiettée ?

 

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© Christophe Gallaz

 

www.contrepointphilosophique.ch

 

Rubrique Humorales

 

25 novembre 2010

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DominiqueGiraudet - dans penser
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