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Ecosia : Le Moteur De Recherch

21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 12:23

MARTIN HEIDEGGER, 1947

 

L'expérience de la pensée

 

 

 

 

 

 

Voie et balance,
passerelle et verbe
s'unissent dans une même progression.

Avance, et supporte
l'échec et la question,
fidèle à ton unique sentier.

 

*

 


Quand, dans le silence de l'aube, le ciel peu à peu s'éclaire au-dessus des montagnes...

 


*

 

L'assombrissement du monde n'atteint jamais la lumière de l'Etre.

Nous venons trop tard pour les dieux et trop tôt pour l'Etre. L'homme est un poème que l'Etre a commencé.

Marcher vers une étoile, rien d'autre.

Penser, c'est se limiter à une unique idée, qui un jour demeurera comme une étoile au ciel du monde.

 


*

 

Quand, devant la fenêtre de la maisonnette, la girouette chante dans l'orage qui monte...

 


*

 

Si le courage de la pensée vient d'un appel de l'Etre, ce qui nous est dispensé trouve alors son langage.

Dès que nous avons la chose devant les yeux et que notre cœur est aux écoutes, tendu vers le verbe, la pensée réussit.

Peu d'hommes sont suffisamment entraînés à distinguer un objet savant d'une chose pensée.

La cause de la pensée serait meilleure, si déjà s'y rencontraient des tenants de vues opposées, et non de simples adversaires.

 


*

 

Quand, dans un ciel de pluie déchiré, un rayon de soleil passe tout à coup sur les prairies sombres...

 


*

 

Nous ne parvenons jamais à des pensées. Elles viennent à nous.

C'est alors l'heure marquée pour le dialogue.

Il rassérène et dispose à la méditation en commun. Celle-ci n'accuse pas les oppositions, pas plus qu'elle ne tolère les approbations accommodantes. La pensée demeure exposée au vent de la chose.

Dans de tels échanges, certains peut-être s'affirmeront comme des compagnons dans le métier de la pensée. Afin qu'un jour, sans qu'on ait pu le prévoir, l'un d'eux se révèle un maître.

 


*

 

Quand, aux premiers beaux jours, des narcisses isolés fleurissent, perdus dans la prairie, et que sous l'érable la rose des Alpes sourit...

 


*

 

Magnificence de ce qui est simple.

Seule la forme conserve la vision.
Mais la forme est œuvre de poète.

Quel homme, aussi longtemps qu'il fuit la tristesse, pourrait être jamais touché par un souffle vivifiant ?

La douleur dispense sa force de guérison, là où celle-ci est le moins soupçonnée.

 


*

 

Quand le vent, changeant tout d'un coup, gronde dans les combles de la maisonnette et que le temps veut se gâter...

 


*

 

Trois dangers menacent la pensée.

Le bon et salutaire danger est le voisinage du poète qui chante.

Le danger qui a le plus de malignité et de mordant est la pensée elle-même. Il faut qu'elle pense contre elle-même, ce qu'elle ne peut que rarement.

Le mauvais danger, le danger confus, est la production philosophique.

 


*

 

Lorsque en été le papillon s'arrête sur une fleur et, les ailes fermées, se balance avec elle au vent de la prairie...

 


*

 

Tout courage qui remplit le coeur est la réponse à une touche de l'Etre qui rassemble notre pensée et l'unit au jeu du monde.

Dans la pensée toute chose devient solitaire et lente.

Dans la patience mûrit la grandeur.

Qui pense grandement, il lui faut se tromper grandement.

 


*

 

Quand le torrent, dans le silence des nuits, raconte ses chutes sur les blocs de rocher...

 


*

 

Ce qu'il y a de plus ancien parmi les choses anciennes nous suit dans notre pensée et pourtant vient à notre rencontre.

C'est pourquoi la pensée s'attache à la venue de ce qui était et pourquoi elle est commémoration.

Etre ancien veut dire : s'arrêter à temps, là où l'idée unique d'une voie de pensée a trouvé sa place et s'y est logée.

Nous pouvons risquer le pas qui ramène de la philosophie à la pensée de l'Etre, dès lors qu'à l'origine de la pensée nous respirons un air natal.

 


*

 

Quand, par les nuits d'hiver, les tourments de neige secouent la maisonnette et qu'au matin le paysage est recueilli sous la neige...

 


*

 

Le dire de la pensée n'arriverait à s'apaiser et ne retrouverait son être que s'il devenait impuissant à dire ce qui doit rester au-delà de la parole.

Une telle impuissance conduirait la pensée devant la chose.

Ce que l'on énonce en mots n'est jamais, ni dans aucun langage, ce que l'on dit.

Qu'une pensée brusquement soit, qui, parmi ceux qui s'en étonnent, voudrait sonder cette profondeur ?

 

 

*

 

Quand, sur les pentes de la haute vallée que les troupeaux parcourent lentement, les cloches des bêtes n'arrêtent pas de sonner...

 


*

 

Ce caractère de la pensée, qu'elle est œuvre de poète, est encore voilé.

Là où il se laisse voir, il est tenu longtemps pour l'utopie d'un esprit à demi poétique.

Mais la poésie qui pense est en vérité la topologie de l'Etre.

A celui-ci elle dit le lieu où il se déploie.

 


*

 

Quand le soleil du soir, débouchant quelque part dans la forêt, revêt les fûts...

 


*

 

Chanter et penser sont les deux troncs voisins de l'acte poétique.

Ils naissent de l'Etre et s'élèvent jusqu'à sa vérité.

Leur relation nous donne à méditer ce qu'Hölderlin chante des arbres de la forêt :

" Et les fûts voisins, tout le temps qu'ils sont debout, demeurent inconnus l'un à l'autre. "

 


*

 

Les forêts s'étendent
Les torrents s'élancent
Les rochers durent
La pluie ruisselle.

Les campagnes sont en attente
Les sources jaillissent
Les vents remplissent l'espace
La pensée heureuse trouve sa voie.




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