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Ecosia : Le Moteur De Recherch

12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 13:06
L’Envers du monde – Henry Corbin et la mystique musulmane, l'ouvrage de Tom Cheetham a été traduit en français par Hélène Foreman. Je reprend ici la présentation qu'en donne l'association des "Amis de Henry Corbin" dont je fais partie. On peut aussi accéder au site en anglais de Ton Cheetham ici

Ange, miniature persane

 
 
Rappelons d'abord que Henry Corbin (1903-1978), orientaliste et philosophe, est l'un des penseurs les plus éminents du XXème siècle. Disciple d'Etienne Gilson et de Louis Massignon, à qui il succéda dans la chaire d'Etude de l'Islam de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes de la Sorbonne, il fut aussi l'un des piliers fondamentaux – avec C.G. Jung et M. Eliade, entre autres - du cercle "Eranos" de 1949 à 1977, directeur du Département d'Iranologie de l'Institut Franco-Iranien de Téhéran de 1946 à 1970, professeur durant plus de trente ans à l'Université de Téhéran et membre fondateur de l'Université Saint-Jean de Jérusalem.  
Henry Corbin a ouvert au regard de l'Occident l'existence d'un monde jusqu'alors complètement inconnu : la profonde spiritualité des grands mystiques shiites et la philosophie développée dans l'Orient du monde musulman, en particulier en Iran, après la mort d'Averroès. Son œuvre, centrée dans la connaissance et la spiritualité islamique, mais développée dans le contexte des trois religions monothéistes, comprend un nombre considérable d'études sur les rites, ainsi que des traductions et éditions de textes anciens inédits, arabes et persans, qu'il récupéra lui-même patiemment dans les bibliothèques de Turquie et d'Iran.
L’ouvrage de Tom Cheetham est une présentation synthétique et claire de la pensée de Henry Corbin (m. 1978), et de ses enjeux pour notre époque. A la différence d’ouvrages fortement philosophiques sur la pensée corbinienne (Christian  Jambet, La logique des Orientaux : Henry Corbin et la science des formes, 1983, ou D. Shayegan, Henry Corbin – La topographie spirituelle de l’Islam iranien, 1990) L’Envers du monde est destiné à un public plus vaste et éclectique. Tout en connaissant la pensée de Corbin dans ses nuances, Cheetham lui-même ne se présente ni comme pur philosophe, ni comme orientaliste. Il entend simplement souligner l’apport considérable de Henry Corbin à la pensée contemporaine.


Le livre de Tom Cheetman est disponible en français
Cheetham retrace l’évolution de Henry Corbin depuis sa rencontre plusieurs grands penseurs, et surtout avec Martin Heidegger, dont il fut le premier traducteur en langue française. Avec Heidegger, Corbin insiste sur le fait que penser est un acte de présence au monde, un « acte d’être ». Ce ne sont pas les circonstances extérieures, sociales qui dictent leur vie aux hommes, c’est le degré d’engagement de leur propre conscience qui donne sens au monde. A la différence de Heidegger toutefois, Corbin ne voit pas la pensée humaine barrée inéluctablement par la conscience de la mort. Avec l’étude des mystiques – musulmans, mais aussi grecs ou chrétiens – Henry Corbin rend compte d’une expérience où c’est la transcendance, la présence du divin, qui constitue l’horizon de la conscience, qui détermine ce qui est passé ou présent, vie ou mort. Cette redécouverte d’un acte d’exégèse du monde caché, spirituel, est un premier volet essentiel de la pensée de Henry Corbin.
Cheetham insiste aussi sur une autre dimension de la pensée corbinienne, la redécouverte de l'imagination comme voie de connaissance mystique et philosophique. Il ne s’agit pas ici de l’imagination au sens courant, psychologique, mais de cette faculté désignée par l’adjectif « imaginale » : la capacité de recevoir et de comprendre les formes subtiles qui préexistent à la vie terrestre et la continuent, et cela par les visions et les rêves notamment.
Enfin, Cheetham rend compte du thème du « paradoxe du monothéisme » évoqué par Corbin. Le monothéisme - islamique - évacue les intermédiaires entre le Dieu unique et les hommes ; mais comme ce Dieu est infini et incompréhensible, les hommes sont conduit de le représenter par des concepts ou des représentations à leur mesure, et retombent ipso facto dans une idolâtrie qu’ils entendaient éviter. D’où, pour henry Corbin la « nécessité de l’angélologie », l’ange représentant le point précis de la rencontre entre le Dieu qui se « personnalise », et l’âme humaine qui se « divinise », événement spirituel central résumant toute la démarche de la mystique.
Ecrit dans un style à la fois précis mais clair, l’ouvrage rend ainsi accessible au public non spécialisée une pensée complexe, mais d’une grande fécondité pour notre époque.
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DominiqueGiraudet - dans penser
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