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Ecosia : Le Moteur De Recherch

19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 09:30

Journée mondiale de la philo' : Dépliez vos pensées !

 

Célébrée à l'initiative de l'Unesco chaque troisième jeudi du mois de novembre depuis 2002, la Journée de la philosophie vous ouvre les portes de la pensée. Elle invite à s'étonner du monde et à remettre en route le désir de comprendre. Pour la pratique rien de plus simple : les Entretiens de Bayonne vous donnent le «temps", jusqu'à dimanche (cf. agenda).

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18/11/2010

Professeur de philosophie au lycée technique d'Anglet, Frédéric Schiffter vient de recevoir le prix Décembre(sorte d'anti-Goncourt) pour Philosophie sentimentale, publié aux éditions Flammarion. Dans cet ouvrage en forme de décalogue, l'écrivain philosophe présente cette discipline comme un moyen de «démystifier des foutaises ronflantes» et de «mettre un nez rouge aux idoles». A l'occasion de la Journée de la philosophie, il a accepté de livrer à chaud, ses réflexions. Avis à tous ceux qui proclament l'étonnement comme une vertu philosophique.

Tout d'abord, pouvez-vous me présenter votre dernier ouvrage, Philosophie sentimentale, qui a reçu le prix décembre 2010 ?

Philosophie sentimentale est un ouvrage construit autour de dix citations d'auteurs différents (Proust, Montaigne, Freud...) mais qui ont tous, à mon sens, un point commun : une même sensibilité mélancolique. J'ai choisi chez eux des maximes, des aphorismes et des citations qui m'ont toujours plu et me revenaient sans cesse à l'esprit comme des refrains, et je les ai commentées de manière très libre. Sans vraiment me détacher de mon héritage philosophique, j'ai souhaité y mêler ma culture et ma sensibilité personnelle. J'aborde ainsi les thèmes du loisir, de la mort, de l'amour ou du temps qui passe.

Cet ouvrage est-il accessible à tous ?

Oui, absolument. A part aux enfants en bas âges bien sûr. Philosophie sentimentale n'est pas un traité de philosophie, ni une thèse. Il s'agit plutôt de simples divagations, parfois sarcastiques, autour des thèmes centraux de l'existence.

Aujourd'hui c'est la Journée de la philosophie, instaurée par l'Unesco. Le thème choisit pour cette année est «la philosophie, la diversité culturelle et le rapprochement des cultures». Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Annoncé comme ça, sincèrement, pas grand-chose ! Il n'y a vraiment que des institutionnels comme ceux de l'Unesco pour trouver des titres si peu engageants ! D'après moi la philosophie n'a absolument pas vocation à rapprocher les cultures... Ni un philosophe à rapprocher les peuples. On attend plutôt ça d'un intellectuel ou d'un diplomate. Quel philosophe fait ça aujourd'hui ? Je n'en vois guère. A part des starlettes du show-biz, comme Enrico Macias... La philosophie est au contraire une activité très singulière, presque solitaire. Ce qui compte avant tout dans cette discipline, c'est la méditation autour des conditions de l'existence : l'art, la mort, l'exploitation, la liberté... Et puis un philosophe ne pense pas pour «les peuples» : c'est une abstraction. Je n'ai jamais serré la main à un «peuple». J'ai serré la main à un individu, une personne singulière dotée d'une histoire propre. Un «peuple», je n'en ai jamais vu. Ceux qui se prétendent être les porte-parole des peuples sont pour moi proche du charlatanisme et de la démagogie.

On parle pourtant du «peuple» basque...

Dans l'aspiration nationaliste, chaque organisation dispute à l'autre d'être l'authentique représentant du «peuple» à qui l'on prête une pensée, une intention, une âme... En fait, ce sont des gens qui ventriloquent un fantasme. Le concept de population me convient davantage. Sur ce terrain on peut avoir des statistiques, et même en faire une sociologie.

Qu'est-ce que la philosophie apporte aux individus ? Est-ce une «école de la Liberté» comme on la nomme souvent ?

Il n'y a pas «la» philosophie mais des philosophes, des personnes qui tentent d'éclairer le rapport de l'homme au monde. Quand on les lit, on entre dans une école : celle de la pensée. Et penser, en effet, est un acte libre. C'est la seule liberté que l'on peut légitimement revendiquer et rechercher tout au long de notre vie. Le philosophe veille à instruire ses élèves et si possible, à les «cultiver» pour en faire, effectivement, des êtres libres, c'est-à-dire capables de faire des choix éclairés par leur raison et leur culture.

Ne regrettez-vous pas que la philosophie soit instruite si tard, à partir de la terminale?

Très honnêtement, non. Je considère que pour philosopher, il faut atteindre une certaine maturité d'esprit et un niveau de connaissances. Tout ce qui consiste à dire que c'est un «questionnement naturel» et que l'on philosophe à tout âge, pardonnez-moi, mais c'est du vent. L'expérience m'a montré qu'il faut des connaissances. Entrer en contact avec la philosophie en classe de terminale me paraît une bonne chose, car ces élèves peuvent se retourner sur leur vie, ils ont déjà un passé, peuvent synthétiser des connaissances et les ressaisir pour soi. Un enfant n'a pas le recul nécessaire. Il ne faut pas oublier que c'est une pensée qui prend de la distance et se met à l'abri du tapage de la vie.

Vous ne croyez donc pas à la «philosophie pour enfant» qui semble pourtant connaître un véritable succès (cf. encadré)...

Pour moi c'est du marketing. On flatte simplement les parents en leur disant : «Vous avez des petits philosophes chez vous !» Philosopher ce n'est certainement pas répondre aux questions puisque c'est l'art d'en poser. Pour moi, le plus important c'est de bien leur apprendre à lire et à écrire pour qu'ils puissent un jour s'attaquer aux textes majeurs de la philosophie et de la littérature en général, qui, ceux-là, pourront peut-être les aider. Pour le reste, il faudrait simplement trouver un autre nom que «philosophie».

Le "boom" de la philosophie pour enfants

«Il est beaucoup plus facile pour un philosophe d'expliquer un nouveau concept à un autre philosophe qu'à un enfant. Pourquoi ? Parce que l'enfant pose les vraies questions !» disait Jean-Paul Sartre. Et si l'on en croit le documentaire «Ce n'est qu'un début» de Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier, les petites têtes n'empêchent pas les grandes questions. Longtemps tenus à distance du questionnement philosophique, les enfants apparaissent aujourd'hui comme les cibles les plus en vogue de ce domaine, à l'école comme dans le domaine éditorial. Des «goûters-philo» aux petits Platon, il y en a pour tous les goûts, et surtout pour toutes les têtes. Entre Vie et mort, Respect et mépris ou Bien et mal en passant par La folle journée du professeur Kant, pas de doute : les contraires philosophiques captivent les bambins. Un succès malin qui s'impose comme un véritable phénomène de mode, pour le plus grand bonheur des parents : «Ça leur donne un support pour expliquer ces notions à leurs enfants», explique la responsable du rayon jeunesse à la librairie Elkar. Véritable acte philosophique ou pas, démission de l'adulte (qui laisse l'enfant réfléchir) ou véritable exercice citoyen, quoi qu'il en soit, la philo' pour les enfants a encore de beaux jours devant elle. LIEN :link

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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