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Ecosia : Le Moteur De Recherch

23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 11:03

Être et Temps (Sein und Zeit)

 

« Chacun est les autres et

personne n’est soi-même. »

 

La grande œuvre de Martin Heidegger, Être et Temps, peut paraître à prime abord extrêmement absconde et très spéculative. Mais elle n’en est pas moins digne d’intérêt, ne serait-ce que pour la question de l’authenticité. On y trouve une multitude de détails et de distinctions précises qui nous aide à bien comprendre la condition humaine; ce qui nous permet par la suite de reconsidérer notre perspective sur le monde et de modifier nos attitudes et nos comportements

 

Le but de cette introduction est de présenter quelques problématiques et quelques mises au point judicieuses que nous offre Heidegger dans son ouvrage.

 

L’être-avec-autrui

 

L’être humain est un être qui partage son imaginaire et sa condition concrète avec les autres individus. Même lorsqu’il est seul, il se décline à partir d’une situation dans laquelle l’absence d’autrui le définit, d’une certaine manière. Ce qui fait que nous ne sommes jamais complètement seuls. Autrui demeure dans ce cas une préoccupation du solitaire et de l’esseulé. «Nous rencontrons les autres tels qu’ils sont dans le monde ambiant de notre préoccupation; et dans ce monde, ils sont ce qu’ils font.» Autrui et nous mêmes sommes constamment en activité. Même lorsque nous ne faisons rien, le fait d’avoir décidé de prendre un répit ou de se reposer dénote une certaine activité qui s’illustre par la décision de ne rien faire, de ne pas s’agiter inutilement, de prendre le temps de vivre différemment. Il y a donc un but derrière cette décision, un acte que l’on répète lorsque que le besoin se fait sentir. Il faut noter aussi que nous avons presque tout appris des autres depuis notre enfance jusqu’à notre mort, et ce même si nos sources sont livresques et indirectement dû au contact avec les autres. Nous nous rencontrons constamment, même si nous sommes réticents ou même si nous n’échangeons pas de manière adéquate en faisant la sourde oreille au propos de nos interlocuteurs.

 

Parmi les manières de se rencontrer, il y a la connaissance compréhensive. «(…)La connaissance mutuelle se dissout (parfois) si ordinairement en réticence, en dissimulation, en hypocrisie sociale » qu’il nous faut utiliser des moyens particuliers afin d’entrer en réelle communication avec autrui et réussir à pénétrer dans son monde, pour parvenir à une véritable compréhension. Dans la rencontre avec autrui il existe trois modalités : la révélation, la neutralité et la dissimulation. «(…)Cette connaissance mutuelle dépend de la profondeur à laquelle chaque être a dissimulé ou rendu transparent son être-avec-autrui originel.

 

Nous avons plusieurs modalités dans notre façon d’être, qui aboutissent trop souvent à déformer notre relation aux autres, en empêchant la compréhension authentique par des « substitutions plus ou moins fallacieuses». Ainsi, nous ne disons pas la vérité, évitons certaines questions, nous nous mentons à nous-mêmes, nous exagérons, nous faisons preuve de mauvaise foi, nous embellissons ou noircissons la réalité, nous sommes sous l’emprise de la colère, etc.

 

L’être-soi quotidien ou l’anonymat du «on»

 

Nous entreprenons des relations avec, pour ou contre les autres. Et ce, dans le souci de se distinguer ou de se mettre en valeur. Ce qui nous donne trois situations déterminantes : «soit que l’on s’efforce seulement d’effacer toute différence avec autrui; soit que se sentant inférieur, nous cherchons, dans nos rapports avec eux, à les égaler; soit que se plaçant au-dessus des autres, nous cherchons à maintenir ceux-ci au-dessous de nous». Ces trois modalités peuvent passer inaperçues, ce qui aura pour résultat qu’elles agiront plus profondément et plus tenacement sur nous.

 

Ces trois tendances –effacer, égaler ou maintenir l’autre en dessous de nous- illustrent le besoin d’agir dans le but de lutter pour notre reconnaissance par autrui. Mais ceci démontre, hors de tout doute, que dans notre être-en-commun quotidien, nous sommes sous l’emprise d’autrui. Nos possibilités d’être sont ainsi laissées à la discrétion d’autrui. Notre identité s’y décline selon l’évaluation que font de nous les autres. « Seule importe cette domination subreptice d’autrui, à laquelle notre être est soumis. » Dans ces situations de volonté de domination, « on appartient (finalement) à autrui et l’on renforce son empire » sur nous.

 

Au sein de cet être-en-commun, de nos rapports avec les autres, surgit ce que Heidegger appelle le « on ». Cette instance, le plus petit dénominateur commun, tentera d’imposer tout ce qui est conforme à la moyenne. Il en résultera que nous serons donc jugés selon notre conformité et notre conformisme. « Ce souci de la moyenne, en prescrivant ce que l’on peut risquer, surveille tout ce qui aurait tendance à faire exception. » Une nouvelle tendance se met en place sous la tyrannie de l’opinion : « le nivellement de toutes les possibilités d’être ». Seront, dès lors, ostracisés tous ceux qui tenteront d’être authentiques et originaux.

 

Nous touchons ici à une dimension peu connue, et sans cesse esquivée, des rapports sociaux. Cette façon de conformer et de tout niveler entraîne la pire espèce de désespoir chez les individus qui ont à cœur d’être eux-mêmes, et n’ont pas les autres. Un étrange sentiment de solitude s’immisce en ceux qui manifestent le désir d’être et de rester authentique. Les personnes d’exception subiront, dans cet engrenage infernal, la réprobation, le jugement et la haine ignominieuse des pusillanimes. C’est ici que prend tout son sens cette célèbre formule : « l’enfer c’est les autres ». Ceux qui préfèrent les relations intenses, franches et authentiques deviendront, à force de se heurter à la vénalité et aux mesquineries des gens du commun, misanthropes. Pour avoir choisi la grandeur et la pureté, les hommes hors du commun en viennent à mépriser la déliquescence et la bassesse auxquelles font preuve ceux qui se caractérisent par la petitesse d’esprit. Ce qui n’empêche pas les personnes qui ont choisi la route difficile et exigeante, de manifester de l’empathie et de la bonne volonté envers les individus qui sont empêtrés dans les affres du conformisme ambiant. Mais toutes tentatives pour amener la communication vers la transparence et la clarté se soldent par un échec cuisant et irréversible, si les individus ne prennent pas conscience de la situation qui est la leur. «Sous les modes que l’on vient de nommer (l’irrépressible nivellement vers la moyenne et la banalité) les êtres ne se sont pas encore trouvés ou se sont perdus». Ces propriétés, le bavardage insipide et le nivellement réducteur, si elles ne sont pas constantes ou irréversibles, sont des existentiales et des phénomènes originels, qui sont inclus dans la constitution positive de l’essence des êtres humains. Dans le cas où les individus réussissent à se ressaisir, et « qu’ils manifestent à eux-mêmes leurs êtres authentiques, cette découverte du «monde» et cette manifestation ne pourront s’accomplir que grâce à l’élimination et à la destruction des camouflages, occultations et dissimulations, par lesquelles les individus se ferment à eux-mêmes». Car «c’est l’être-au-monde lui-même qui, par son mode d’être quotidien, se dérobe et se dissimule à soi de prime abord». L’authenticité n’est pas une situation exceptionnelle qui surviendrait après la libération de l’emprise du nivellement, de la tyrannie de l’opinion ou des tendances lourdes vers le conformisme. Elle est une donnée, une tendance originelle qu’il faut cultiver et maintenir en vie constamment, sous peine de sombrer et de déchoir irrémédiablement dans le règne de l’inauthenticité.

 

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DominiqueGiraudet - dans penser
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