Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ecosia : Le Moteur De Recherch

20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 01:29

http://www.canalacademie.com/IMG/jpg/Tolstoi_spip.jpg

 

Dominique Fernandez a publié chez Grasset en février 2010 Avec Tolstoï , un livre qui parcourt la vie, les romans, les nouvelles, le journal, les innombrables écrits de l’écrivain. Il les situe dans leur contexte au fil des pages. Avec une maîtrise qui lui est propre et un "ton juste", comme il l’espère, il compare son écriture par rapport aux autres monuments de la littérature mondiale : Dostoïevski, Balzac, Shakespeare... L’académicien révèle ici une image non-officielle de Tolstoï, et de celle établie par rapport à son rival Dostoïevski.

 

Aux premières lignes de son essai, Dominique Fernandez regrette qu’une part des lecteurs s’écarte de cette œuvre majeure, au motif que l’écrivain ne dispose pas de « cette épine dans la chair », de cette souffrance intérieure qui permet d’écrire des choses profondes. Le fameux comte Tolstoï d’Iasnaïa Poliana incarne durablement les privilèges de la Russie impériale du XIX e en parfait héritier pour les lecteurs d’hier et d’aujourd’hui. Or Tolstoï a refusé de pactiser avec les gens de son milieu. Il cherchait, écrit Dominique Fernandez, le bien, la vérité, la justice, qui ne se tiennent jamais du côté des puissants : un Tolstoï proche de l’abbé Pierre par une sensibilité au malheur d’autrui, nous dit l’académicien dans cette émission.

 

C’est à l’insoumis contre les pouvoirs, contre l’Etat, l’Eglise, contre la société, que Dominique Fernandez a voulu rendre hommage. Il nous montre « un écrivain éternel mécontent de lui-même », « un écrivain assoiffé de perfectionnement intérieur ». Après la lecture d’Avec Tolstoï, l’homme et l’œuvre paraissent aux lecteurs de 2010 bien contemporains car cet immortel reste dérangeant, selon les mots de l’auteur.

 

Dominique Fernandez raconte dans cette interview la modernité de Tolstoï. Il a relu ses œuvres « parce qu’un écrivain c’est dans ses œuvres qu’il faut le connaître et pas dans sa vie », précise-t-il sans moralisme à l’égard d’innocents lecteurs ou de biographes accomplis.

 

Surtout il évoque son regard sur le monde, « un regard juste » qu’il compare à celui d’Homère, dans l’Odyssée, le plus grand écrivain à ses yeux. « Tolstoï décrit tout, sur un ton juste. Il ne tord pas la réalité pour imprégner son style ». Il raconte, à titre d’exemple, comment Tolstoï décrit une messe dans Résurrection, le dernier de ses romans trop méconnu à tort à ses yeux. « Tolstoï ne fait pas un travail de critique mais il déploie le monde sous nos yeux sans le forcer ».

 

Il nous apprend que Tolstoï a exposé toute sa doctrine au sujet de la littérature, de l’art, de la musique dans un livre « éminemment "scandaleux" », Qu’est-ce que l’art ?, publié en 1878, traduit la même année en France, jamais réédité depuis et quasi introuvable. Il y renie même sa propre œuvre de romancier, y dénonce « la fracture entre l’art moderne et le grand public, une fracture commencée, selon lui, à la Renaissance, quand la conception unitaire du monde a disparu, pour faire place à la rivalité des ambitions artistiques individuelles ». Des propos aujourd’hui repris.

 

Il évoque un Tolstoï "de gauche" dans la nouvelle Maître et serviteur où le maître Vassili Andréïtch meurt de froid en voulant protéger son domestique Nikita, pris tous les deux dans une tempête de neige, lors d’un déplacement en traineau, une nuit d’hiver. Dans le même esprit, il lit un extrait d’un texte de Tolstoï, là encore introuvable, A propos du recensement de Moscou dont il donne de larges extraits dans son livre publié Avec Tolstoï. Il évoque les premiers textes et le journal que l’écrivain tenait depuis l’âge de 18 ans. Une mine, peu lue, dans laquelle Dominique Fernandez a puisé pour établir les liens de l’œuvre. Après plusieurs années de célibat mouvementé, Tolstoï épouse en 1862, Sophie, Sofia Adréïevna Bers dont il eut 12 enfants. La veille de leur mariage, il lui fait lire son journal pour ne rien lui cacher de sa vie d’homme. Il lui demande de tenir à son tour un journal. Les époux dans un rapport d’amour-haine assez violent, décident de se lire réciproquement leur journal, pendant 48 ans. Elle le seconde en recopiant ses manuscrits. Pourtant au moment de mourir, il refuse qu’elle le voit vivant une dernière fois. Le 27 octobre 1910, il lui fait ses adieux par lettre et quitte Isnaïa Poliana avec sa fille et son médecin. Il tombe malade quelques jours plus tard et doit s’aliter dans la petite gare d’Astopovo où il meurt le 9 novembre. Dominique Fernandez revient sur les derniers moments du comte Tolstoï pour lequel nous dit-il, les paparrazzi de l’époque avaient fait le voyage, à l’annonce de sa mort prochaine.

 

Dominique Fernandez voue à la Russie une véritable passion comme en témoigne plusieurs de ses livres : son Dictionnaire amoureux de la Russie et plus récemment, son livre L’Âme russe, publié chez Philippe Rey en 2009. Dans ce dernier livre, accompagné de magnifiques photographies d’Olivier Martel, Dominique Fernandez s’interroge sur « l’âme russe », le sens de l’expression, sur la beauté pour les Russes, sur les paysages de la Sainte Russie, intemporels à travers les récits, les poèmes et les contes populaires. Dans ces paysages sans limites, « le culte de l’individualité n’a pas cours », écrit-il. Quelques pages consacrées à Léon Tolstoï ne pourraient manquer car, à ses yeux, personne n’est plus apte que Tolstoï pour répondre aux questions qu’on peut se poser sur l’âme russe. Pénétré de christianisme bien qu’hostile à l’Eglise, l’écrivain russe était profondément religieux au sens étymologique du terme. Dominique Fernandez visite la littérature russe, la musique, la peinture et même le cinéma contemporain d’Andreï Tarkovski.

 

Pour revenir à l’auteur de Guerre et Paix, Avec Tolstoï s’achève sur l’extrait suivant : C’est cette capacité de se renouveler à chaque époque de sa vie, ce désir continu d’aventure intellectuelle, ce mécontentement de n’être que ce qu’il était, ce besoin de voir ailleurs et d ’oser plus loin, cet acharnement à piétiner ce qu’il adorait hier, l’armée, le sexe, la littérature, la musique, c’est cette verdeur et cette insolence permanentes qui sont la marque de Tolstoï. Il échappe sans cesse à son personnage et choisit chaque fois de déplaire : cette déroutante allégresse dans le politiquement incorrect fait l’unité d’un esprit en apparence cahotant et instable.

 

LIEN : link

 

 

5097265147_05966a3103.jpg

Partager cet article

Repost 0
DominiqueGiraudet - dans penser
commenter cet article

commentaires