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Ecosia : Le Moteur De Recherch

18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 08:53

Alan Watts, le théologien hippie

Article paru dans le journal Le Monde fin 1973 

alanwatts.jpg le théologien Alan Watts

 

          Avec Alan Watts, mort en Californie le 18 novembre, disparaît une des figures les plus étranges de la pensée américaine, non pas de celles qu'on trouve dans les universités, bien que Watts , remarquable connaisseur de la philosophie orientale, y ait enseigné à plusieurs reprises, mais un philosophe vivant dans les rues, dans les “slums” intellectuels de San Francisco, parmi les clochards de la Bowerie, les beatnicks et les hippies de Greenwich-Village, tous ceux qui se sentent mal dans leur peau.

          L'auteur de la Joyeuse Cosmogonie(1) naquit en Angleterre en 1915, et obtint après son arrivée aux Etats-Unis en 1938, le titre de docteur en théologie. Avant la guerre, ses travaux sur l'histoire des religions orientales lui avaient valu une réputation internationale. Avec la crise morale qui allait déchirer l'Amérique, faire de sa jeunesse la conscience malheureuse du système, l'enseignement de Watts allait rencontrer des disciples par centaines de milliers. Une fois l'ouragan du rock and roll passé, que Jerry Rubin, l'auteur de Do It, considère à juste titre comme l'acte de naissance de la nouvelle gauche américaine, les ballades tristes et mélancoliques de Dylan, comme les poèmes hurlés et haletants de Ginsberg allaient marquer une nouvelle étape de la sensibilité. Tous les romans de Kérouac, des Clochards célestes aux Anges vagabonds, traduisent admirablement cette épopée de ceux qui, guitare sur le dos, poèmes et chansons dans la poche, à défaut d'argent, partirent “à la conquête de leur continent américain “. Pour eux aussi, il y avait quelque chose de pourri dans le coeur de l'homme occidental, dans sa vie, et il fallait fuir le “rêve américain”, le cauchemar climatisé de Norman Mailer, pour conquérir une vie nouvelle. Cet exil ou ce pèlerinage qui précipita toute une génération sur les routes du monde entier et vers l'Orient, Watts l'a souvent directement inspiré en contribuant à le justifier. On comprend que tant de jeunes aient vu en lui un prophète et un messie.

La sagesse de l'Orient

          Le génie de Watts, c'est d'avoir été capable de traduire l'inspiration de l'orient, sa sagesse millénaire, en langage moderne, et d'avoir élaboré à partir de cette vision une critique de la vie quotidienne américaine. Tous ses ouvrages, Joyeuse Cosmogonie (1), Amour et connaissance (2), Matière à réflexion (3), développent les mêmes thèmes : les Occidentaux ont perdu, avec leur civilisation technique, le sens de la vie. Ils ont tué leur sensibilité et ne savent plus regarder le monde qui les entoure, une fille, un arbre, un coucher de soleil, comme s'ils les voyaient pour la première fois. Aussi, Watts prônait-il le retour à la nature, la réconciliation avec l'univers, l'évasion sous toutes ses formes, comme les prémisses d'un nouvel art de vivre. Ce prophète de soixante ans n'était qu'un enfant qui regardait les autres, leur vie, leurs valeurs avec un regard ironique sans comprendre les réponses que l'on donnait à ses questions.
          Prophète, mystique, il fut aussi un poète qui citait à l'appui de ses thèses aussi bien Virgile que le Tao-te-king. Ses oeuvres, traduites dans le monde entier, garderont longtemps après sa mort ce charme, cette puissance de séduction sur ceux qui savent encore rêver.

Jean-Michel PALMIER

(1) Joyeuse Cosmogonie, éditions Fayard.
(2) Amour et connaissance, Denoël, 1971.
(3) Matière à réflexion, Denoël, 1973.
A paraître chez Denoël: le Livre de la sagesse.



Philosophie et littérature

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