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Ecosia : Le Moteur De Recherch

16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 11:18
Baby-business Faut-il accoucher pour être mère?

 

Par Michel Audétat

Dans son dernier ouvrage, «Corps en miettes», Sylviane Agacinski dénonce la tentation de légaliser la pratique des mères porteuses. Et se scandalise qu’on puisse traiter la femme comme un «outil vivant».
 
ET EN SUISSE?
Dans l’Union européenne, seuls le Royaume-Uni, la Grèce et les Pays-Bas autorisent officiellement la maternité de substitution ou gestation pour autrui. Elle est aussi tolérée dans des conditions très restrictives en Belgique et aux Pays-Bas.

En Suisse, la nouvelle Constitution (entrée en vigueur le 1er janvier 2000) interdit toutes les formes de maternité de substitution. De manière générale, la législation helvétique sur la procréation est stricte. Elle prohibe aussi le don d’ovule et d’embryon. Comme dans le reste de l’Europe, le don de sperme est en revanche autorisé.

Un couple marié peut cependant recourir aux services d’une mère porteuse à l’étranger. A supposer que le conjoint soit le donneur du sperme, sa femme aurait alors la possibilité de déposer une demande pour adopter l’enfant de son époux.
Nous sommes entrés dans l’âge du «baby-business», un commerce mondial et florissant. En Europe de l’Est, on trouve des femmes qui vendent leurs ovocytes aux alentours de 1300 dollars la pièce. Les Russes ou les Ukrainiennes qui se rendent à Chypre pour y monnayer les leurs ne peuvent guère espérer plus de 500 dollars, mais on leur fait miroiter en prime un séjour au bord de la mer. La bonne affaire, c’est plutôt les Etats-Unis où le «don» d’ovocyte peut rapporter entre 5000 et 8000 dollars. A condition toutefois de présenter le bon profil ethnique: la clientèle majoritairement blanche est tatillonne sur la marchandise.

Le marché de la procréation réclamant aussi des ventres, une femme peut devenir mère porteuse – pratiquer la «gestation pour autrui» comme il est recommandé de dire aujourd’hui. Dans certains Etats américains (la Californie par exemple), cela se négocie entre 50000 et 75000 dollars. Les clients, eux, paieront le double pour la location de l’utérus pendant neuf mois. Mais ils peuvent trouver moins cher à Kiev (40000 dollars) ou en Inde (5000 dollars): la mère porteuse indienne est sans doute la moins chère au monde.

Faut-il préciser que la maternité pour autrui est d’abord un «job» de pauvres? En surfant sur les sites américains ou ukrainiens qui promeuvent la grossesse délocalisée, en voyant leurs images de mamans heureuses d’avoir surmonté la «tragédie de la stérilité», en se laissant embrumer le cerveau par leur idéologie caritative, on serait tenté d’oublier la misère humaine qui conduit tant de femmes à devenir mères porteuses.
 
Interdire ou non. Alors, que faire? Continuer à interdire la maternité de substitution comme c’est le cas dans la plupart des pays européens et notamment en Suisse (lire encadré)? En France, un groupe de travail du Sénat propose de faire évoluer la loi. Il s’agirait d’autoriser la «gestation pour autrui», mais en prenant soin de «l’encadrer strictement»: puisqu’elle est possible ailleurs et encourage un tourisme de la procréation, avancent les partisans d’un virage légal, il conviendrait que le droit s’adapte aux réalités nouvelles.

Voilà le genre d’argument qui exaspère Sylviane Agacinski: «Mais pourquoi la France devrait-elle s’aligner sur des exemples indignes, qui sont en fait rares en Europe? La seule question qui vaille est de savoir s’il est conforme à notre conception de l’être humain d’utiliser des femmes comme couveuses d’embryons.»

C’est ce que la philosophe française, poursuivant une longue réflexion sur les rapports entre les sexes, écrit dans les premières pages de son nouvel essai. Le ton est vif, l’argumentation serrée, la force de conviction déployée à chaque ligne: Corps en miettes est un livre de combat dont le lecteur ne sort pas indemne.
 
Fabriquer des enfants. La maternité de substitution est au cœur de ce nouvel essai, qui ne s’y réduit cependant pas. Corps en miettes est aussi une invitation à reformuler quelques questions fondamentales. Qu’est-ce qu’être mère? Que se passe-t-il lorsqu’on cesse de faire des enfants pour les fabriquer? Peut-on résister à la puissance des biotechniques et à leurs chants de sirènes susurrant à nos oreilles que tout est désormais possible?

Sylviane Agacinsky n’est pas indifférente à la souffrance des couples infertiles. Mais elle refuse de considérer que leur désir puisse être une fin justifiant tous les moyens. Déplaçons le regard, dit-elle: voyons aussi, dans l’ombre, le sort des femmes transformés en «outils vivants» pour satisfaire de tels désirs.

Sur le marché de la procréation, on fait comme si la mère porteuse n’était qu’une prestataire de services, au même titre que la coiffeuse ou la manucure. C’est banaliser dangereusement la réalité de la grossesse, rétorque Sylviane Agacinski: une mère porteuse ne vend pas du temps de travail; elle engage la totalité de son existence au service d’autrui, ce qui implique «une formidable dépossession de soi» contraire à la dignité de la personne.
 
Un sac ou un entrepôt. On ne saurait donc réduire la maternité de substitution à la simple fonction d’accueillir l’embryon. Comme si la mère porteuse n’était qu’un ventre, un sac, un «simple entrepôt où stocker l’enfant conçu par d’autres qui en attendront la livraison». Pourquoi occulter à ce point le rôle joué par son corps?

Un individu ne résulte pas seulement de son patrimoine génétique, rappelle Sylviane Agacinski. Avec la gestation, la femme porteuse assure aussi la formation de l’enfant: «C’est son corps qui en réalise la production charnelle sans laquelle l’embryon n’est qu’un amas de cellules, et qui permet sa naissance. C’est pourquoi on dit avec raison que c’est l’accouchement qui fait la mère.»
 
La question des liens. De profondes divergences traversent la pensée féministe sur ces questions. Pour Elisabeth Badinter, une femme peut très bien porter un enfant sans «tricoter» de relation affective avec lui. Sylviane Agacinski, à l’inverse, ne veut pas négliger l’éventualité que de tels liens se nouent. Il arrive d’ailleurs que des femmes décident au bout du compte de déchirer le contrat et de conserver l’enfant destiné à d’autres. En pareils cas, que va dire le droit si on légalise la maternité pour autrui?

En Angleterre, où elle est autorisée sous conditions, la loi prévoit une espèce de droit au remords. Dans le même sens, des sénateurs français ont envisagé la possibilité que la mère porteuse puisse garder l’enfant. Selon l’auteure de Corps en miettes, c’est le signe de la profonde hypocrisie qui règne derrière tout cela: «Aurait-on jamais songé à cette “clause de conscience”, à ce droit au repentir, si l’on ne savait pas, au fond, faire violence à des sentiments humains, profonds et légitimes?» Une vérité déplaisante serait ainsi dissimulée: pour Sylviane Agacinski, légaliser la maternité pour autrui reviendrait à «instituer un abandon».

Ce qui est en jeu avec les mères porteuses dépasse donc de loin la seule liberté individuelle des parties contractantes. Dense et soutenue, appuyée sur Locke, Kant ou Heidegger, la réflexion de Sylviane Agacinski met en garde contre la tentation de s’abandonner benoîtement aux techniques sans les penser. On voit alors se profiler une «barbarie soft» dont la Californie donne déjà un avant-goût avec ses banques et cliniques spécialisées «où toutes les miettes biologiques nécessaires à la fabrication d’embryons sont disponibles». Avec le concours des mères porteuses, elle permettent «la confection d’un enfant, livrable à ses commanditaires pour un prix forfaitaire, pièces et main-d’œuvre comprises».  •

Corps en miettes. De Sylviane Agacinski. Flammarion, 138 p. 



Sylviane Agacinski

 

 

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commentaires

Eric Waldo 19/10/2009 11:14



Réalités en pièces : une analyse du livre « Corps en miettes » de S. Agacinski


 


Ce livre calomnie la gestation pour autrui et apparaît comme un florilège d’omissions, de réalités mises « en pièces » et…
de déni. Dès l’introduction, le ton est donné par la citation du livre « Baby business », de Deborah Spar présentée comme une pointure sur
le sujet et dont la conclusion serait que les corps de pauvres femmes seraient exploités par l’industrie biotechnique. Dès lors, la tentation est grande de passer directement à cet ouvrage cité,
car quel serait l’intérêt de lire un recueil de lieux communs, qui plus est de seconde main ? Question inutile dans les faits, car le livre de D. Spar, professeur d’économie et non de
sociologie, développe une toute autre thèse. Dans les affaires de parenté, D. Spar argumente qu'il est temps de reconnaître la vérité commerciale au sujet de la reproduction et d'établir des
normes qui régissent ses transactions. Des histoires fascinantes illustrent le fonctionnement intérieur des segments de ce marché : recherche sur les cellules souches, dons de gamètes,
gestation et procréation pour autrui, diagnostic préimplantatoire, adoption, et clonage humain, et servent de base à un inventaire des défis moraux et législatifs que notre société va devoir
traiter. En résumé, il n’y a rien dans le livre de D. Spar pour alimenter la thèse d’une nouvelle lutte des classes entre mères porteuses en détresse et riches couples corrupteurs comme voudrait
nous le faire croire S. Agacinski. En une centaine de pages, par une association de clichés sans lien logique, S.A. tente de justifier bien laborieusement sa thèse a posteriori. A tel point qu’il
devient moins pénible de commencer la lecture par la fin pour tenter d’y comprendre quelque chose.


 


Elle nous explique ainsi qu’une femme qui donne la vie comme une machine à fabriquer les enfants subit une des pires formes
d’aliénation. Difficile de comprendre le sens d’une telle déclaration car soyons humbles : personne ne donne la vie, on ne fait que la transmettre. Ensuite, l’infertilité ne serait pas une
pathologie et il n’y aurait que des ignorants pour croire que l’on peut soigner une personne en utilisant les organes d’une autre (expression répétée jusqu’à la nausée pour tenter de susciter des
peurs chez les biens pensants). L’infertilité est en fait reconnue par l’OMS comme une pathologie et le texte fondateur de l’OMS ne parle pas seulement de soigner des pathologies, mais aussi de
« bien-être ». Par ailleurs, la médecine a besoin souvent du corps d’autrui pour soigner : sang, organes, moelle, urines (pour fabriquer certains médicaments), mais aussi pour
fabriquer des vaccins ou pour tester des médicaments. Surtout, cette tirade sur l’instrumentalisation d’autrui et le dévoiement de la médecine pour des pratiques qui ne soignent pas des
pathologies rappelle l’argumentaire des extrémistes religieux (« l’IVG et la contraception ne sont pas des pratiques médicales car la grossesse n’est pas une pathologie. »).


 


Mais il est vrai qu’en matière de dogme S. Agacinski ne s’embarrasse pas trop de la réalité, qu’elle met en pièces, et préfère le
domaine des mots. Selon elle, Gestation pour autrui serait la dernière imposture verbale du lobby de l’industrie biotechnique pour faire disparaître du champ de vision la femme dont on utilise
les organes. Faut-il rappeler que les termes de gestation pour autrui et procréation pour autrui ont été introduits par un rapport commandé il y a vingt ans par Michel Rocard et repris dans le
texte des lois de bioéthique de 1994 dans les articles qui ont organisé la prohibition de ces pratiques ? Un lobby qui prêterait le flanc à l’interdiction de son marché « voyou »
(expression que l’on retrouve dans presque toutes les pages), lobby déjà taxé de « proxénète » et « d’esclavagiste » serait-il donc purement masochiste ?


 


Précisons que la procréation pour autrui (mères porteuses par insémination) qui se pratique en dehors du corps médical, -au contraire
de la FIV, nécessaire dans la gestation pour autrui-, a toujours été critiquée par ce même corps médical. Une exploration historique des déclarations du Pr Frydman à la fin des années 80
(« ces personnes n’ont pas besoin de la médecine, leur seul problème est qu’elles refusent les relations sexuelles ») rappelle que nombre de médecins de la reproduction assistée de
l’époque ont vu dans les mères porteuses une concurrence artisanale déloyale. En effet, à l’époque où les débuts de la FIV se caractérisaient par des coûts très élevés et des taux de réussite
très bas, l’insémination artificielle bricolée à la maison offrait un rapport qualité / prix incomparable. Ceci explique sans doute l’acharnement du même Dr Frydman à continuer aujourd’hui
d’amalgamer procréation pour autrui et gestation pour autrui sous le vocable de mères porteuses et de faire alliance avec S. Agacinski pour les vouer aux gémonies. Le fait que le Dr Frydman soit
un leader -certes contesté- de l’industrie biotechnique vilipendée par S. Agacinski peut faire s’interroger quant aux intérêts en jeu.


 


 


Mais qu’en est-il de « l’exploitation » de ces femmes (porteuses) qui seraient « noires, pauvres et en faiblesse
psychologique », ce qui serait la seule explication sensée au fait qu’elles fabriquent des enfants sur commande ! Pourtant, l’étude de Betsy Aigen sur les gestatrices (la pire insulte
faite aux femmes selon S. Agacinski qui n’a pourtant jamais cherché à rencontrer aucune d’elles) montre que 71 % d’entre elles ont en réalité un travail, qu’elles sont très majoritairement
blanches, catholiques ou protestantes, et que leur revenu professionnel est en moyenne de 24 000 US $. Mais cela ne semble pas effleurer la philosophe, qui se contente d’aligner des poncifs.
Et pour cause, la description traumatisante qu’elle fait de la grossesse, nous interpelle sur son vécu personnel. Du coup, comment croire son affirmation sur la grossesse, qui serait « la
période la plus importante pour l’épanouissement de l’enfant » ? De plus, l’hypothèse des liens tissés in utero avec l’enfant n’a jamais
été confirmée cliniquement, bien au contraire, comme l’a analysé l’anthropologue Arthur P. Wolf. Une femme qui ressent de l’affection pour l’enfant qu’elle porte n’entre pas obligatoirement dans
une relation mère/enfant et comme le dit Elisabeth Badinter « l’instinct maternel n’existe pas ».




Dominique Giraudet 23/04/2009 15:24

Bonjour et merci pour votre bonne mais difficile question !Vous dites en effet : " pourquoi s'acharner à procréer des enfants envers et contre tout (contre la nature) alors que notre planète est en grand danger de surpopulation et de famine ? "Je vous recommande déjà de lire l 'excellent livre de Mr Christian Godin :LA FIN DE L 'HUMANITE ( Ed. CHAMP VALLON ) . Il est possible qu'il vous permette d'entrevoir cette question sous un autre angle . Pour ma part , il m'est évidemment trés difficile de faire de la prospective , pour le présent , il est effectivement scandaleux que des ètres humains souffrent encore de malnutrition sur notre planète , il y a probablement de multiples paramètres concernant ce grave problème , l'un des plus évident me paraissant ètre le paramètre politique . D'un point de vue darwinien , notre espèce est trés jeune et trés récente , elle se reproduit facilement sous toutes les latitudes , et a colonisé la terre entièrement . Mais c'est bien la nature qui est l'oeuvre, en fin de compte, car c'est elle qui a trouvé ce moyen efficace de transmission des gènes par le biais de la reproduction sexuée .Il est délicat d'affirmer que cette mème nature a favorisé notre espèce avec le risque que celle-ci soit finalement en mesure de détruire le principe qui lui a permis de voir le jour . Naturellement si l 'homme détruit la nature, il s'autodétruit en quelquesorte . Mais il est possible aussi que notre espèce arrive en "fin de cycle" car comme toute espèce animale , elle peut ,elle aussi, disparaitre dans les poubelles de l'histoire biologique et géologique de la Terre . Il semble que la nature expérimente constamment de nouveaux processus de vie , des milliers d'espèces se sont déjà succédées sur notre vieux globe . La notre est remarquable à plus d'un titre , mais elle est au moins aussi remarquable par sa capacité de destruction , sa bétise, sa cruauté, son aveuglement (notamment idéologique ) , et donc ,il est possible , que devant cette création plus ou moins "ratée" que nous sommes ( il faut ,hélas, bien l'admettre ...) , la nature expérimente une autre forme de vie plus intéressante , moins destructrice , et somme toute ,plus intelligente et plus évoluée que la notre . Naturellement ma pensée sur cette question est à appréhender uniquement comme une pure hypothèse de ma part  ( Je ne suis pas dans le secret des dieux . )Bien amicalement à vous,Mr Dominique Giraudet 

margareth 17/04/2009 09:57

En dehors des questions éthiques liées aux questions spécifiques de "l'enfant livrable" à terme et conforme à l'attente des parents qui ont passé "commande", pourquoi s'acharner à procréer des enfants envers et contre tout (contre la nature) alors que notre planète est en grand danger de surpopulation et de famine ?