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Ecosia : Le Moteur De Recherch

19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 16:11
Le Grand Témoin 18.03.09 - n° 3315 - Question de vie n°5


A 75 ans je suis torturée par une forte angoisse face à la mort... par Jacques Arènes J’ai 75 ans. Je suis torturée depuis plus de trois ans par une forte angoisse face à la mort que je sens proche, et face à la séparation, mon mari a plus de 80 ans. Malgré les médicaments j’ai perdu la joie, le gout de vivre. Un éternel « à quoi bon » m’envahit et les psychothérapeutes ne m’apportent rien de positif. Les angoissés n’ont pas toujours la possibilité de se confier ou le craignent … ça paraît ridicule de craindre la mort. Edith, Paris..


La réponse de Jacques Arènes :

Certains éléments de votre lettre m’amènent à penser, Edith, que votre dépression vient de plus loin que de cet affrontement actuel avec l’angoisse de mort. Le vieillissement réactive les blessures anciennes. Je comprends vos réticences à en parler, mais je crois qu’il est difficile de s’affronter seule à ce type d’angoisse, et je vous demande de tenter une nouvelle fois un accompagnement avec un psychothérapeute chevronné. Par ailleurs, il existe deux niveaux dans votre problème. Le premier est celui que nous partageons tous. En vieillissant, nous nous confronterons, à divers degrés, à cette angoisse face à la mort. Certaines personnes âgées s’étourdissent dans les activités pour éviter le problème. D’autres sont plus sereines pour de multiples raisons (solidité psychique, santé physique, ou bien une trajectoire d’existence plus rassurante). D’autres enfin ont à expérimenter cette angoisse d’une manière tout à fait consciente. La question n’est pas d’être angoissé(e), puisque l’angoisse vis-à-vis de la mort fait partie de vie. Le philosophe Martin Heidegger affirmait que « l’être pour la mort » est l’aspect le plus propre de « l'être au monde » du sujet humain. L’hypothèse de la mort est inscrite au plus profond de notre existence, et se précise comme angoisse devant le néant, qui existe souvent, quelle que soit l’adhésion religieuse de la personne. Mais, et c’est là le second niveau, cette angoisse « normale » devient excessive dans certains cas, vous le dites vous-mêmes. Personne n’a de leçon à vous donner sur ce que vous endurez, parce que personne d’autre que vous ne l’expérimente, et nul n’affrontera l’idée de la mort à votre place. Il se trouve cependant qu’une angoisse « excessive » est souvent liée, comme vous le racontez, à d’anciens deuils : l’idée de la mort est souvent intolérable parce que nous la pensons comme une grande solitude, et une perte des autres, une immense séparation. Parfois, c’est aussi le passage lui-même qui semble effrayant. En vous renouvelant ma proposition de vous faire aider, je puis vous donner quelques « conseils » de bon sens. Je crois qu’il est important d’essayer de ne pas tomber dans les leurres de l’imaginaire. L’imaginaire de la mort est piégeant, et il entraîne dans des fantasmes très effrayants sur ce qu’on ne connaît pas. N’hésitez pas à parler de votre peur, pas seulement pour qu’on vous plaigne, mais pour tenter de comprendre ce que d’autres ressentent. Cela vous aidera peut-être de connaître l’extrême diversité des questions des uns et des autres sur la mort et l’au-delà. J’affirmerai enfin une dernière chose : je ne pense pas que l’on puisse « éliminer » une telle angoisse, comme par un coup de baguette magique ; l’essentiel est qu’elle ne soit pas complètement paralysante. Il est possible, à votre âge comme à d’autres, de trouver des chemins de fécondité, de partage, de souci de l’autre.

Vous avez vous aussi une question de vie que vous souhaiteriez m'adresser ? Écrivez-moi grâce au formulaire ci-dessous, ou bien directement par e-mail. Jacques Arènes < retour

Musée Hospitaux de Paris - La mort de Poet Gilbert à L ' Hotel Dieu


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