Fantasme… Quel mot plus érotique-voilé, magique-circonstanciel, explosante-fixe dans le vocabulaire français ? A lui seul, il évoque le désir et son impossible
satisfaction, la contrainte sociale et l’accomplissement de pensées interlopes. Ce terme devient
une quintessence de ce qui nous hante infiniment : notre porte ouverte vers une
sexualité exaltée et libre, pas forcément spectaculaire, mais exprimée dans son plus simple appareil. Celui débarrassé de tout secret.
Et les définitions ne manquent pas. Chacun y va de la sienne – allez-y donc, avec un dictionnaire sur les genoux (hmm… une femme avec un dictionnaire sur les genoux…), et demandez à vos proches
de définir le terme ! En ce sens, le livre de Bret n’aide pas vraiment à se faire une idée de ce que signifie un fantasme.
Au moins peut-il fixer le lecteur sur une idée définitive s’il
est nécessaire : il n’existe pas UN fantasme, mais des myriades.

Des
myriades de pensées secrètes agitent nos frères humains qui après pendant et avant nous vivront, vivent ou ont vécu.
Réunissant ainsi les quelque 19.000 témoignages d’une enquête menée sur la population anglaise, Bret agit en chercheur et tente d’aborder le fantasme sous une pluralité
d’angles. Pour le néophyte de la psychanalyse, aucun risque, hormis quelques aspects historiques et deux ou trois notions pas bien méchantes à cerner, le jargon ne pollue pas le plaisir de la
lecture.
Ni vraiment un essai, ni une étude savante (au sens pesante), et pourtant riche d’informations,
il semblerait bien que ce livre nous aide à mieux supporter nos propres secrets : de
connaître ceux des autres facilite largement la vie.

La
franchise avec laquelle les personnes ont répondu au questionnaire peut en effet choquer, ainsi que Bret en avertit le lecteur.
Si l’on se hasarde à ouvrir ce livre, il faut le faire en
pleine conscience et surtout s’assurer que l’on sait où l’on met les pieds : c’est un accès direct sur un réservoir de parfois terribles songes, qui ne manqueront pas de choquer. On
pense par exemple à cette femme qui avoue qu’être prise par son frère et deux de ses amis la ferait terriblement jouir. Mais on n’est pas vraiment dans de l’inattendu, avec cette
révélation.
On apprendra beaucoup sur la nature humaine à travers ce livre, autant qu’il pourrait choquer les esprits. Dans tous les cas, on ne ressort pas de cette lecture sans avoir
appris, découvert ou rejeté. Si elle peut permettre de vivre mieux ses propres fantasmes, de les comprendre en les jaugeant à l’aune de ceux d’autrui, alors peut-être, oui, est-ce là une œuvre
qu’il ne faut pas rater.
Attention cependant : pour public (vraiment) averti de ce qu’il va lire.
Retrouvez Le livre des fantasmes, sur Place des libraires.