Depuis quelques jours, nous avons entre les mains un livre que nous lisons avec plaisir, un plaisir constant ; tel un
beau vers, il renaît sans cesse de ses cendres, ce plaisir-là ! Ce livre nous le lisons aussi avec beaucoup de soin ; car nous pressentons qu’il nous marquera.
Livre limpide, mais d’une lecture pour nous parfois difficile. La faute à un manque chronique d’attention, de
concentration, qu’il nous faut hélas sans cesse compenser ; à tel point que, désireux surtout de n’en rien
perdre, nous sommes contraint souvent de revenir sur les traces de notre lecture…
Ce livre, que les éditions de Minuit viennent de publier, dans la collection Paradoxe, est un livre majeur : c’est L’Ecole du réel, de Clément Rosset.
” Ce livre est la réunion et la mise au point des textes que j’ai, depuis une trentaine d’années, consacrés à la question du réel et de ses doubles fantomatiques “, nous confie Clément
Rosset, dans le Prière d’insérer qu’il a lui-même rédigé.
Répétons-le ; et n’ayons pas peur d’insister : ce livre est un livre majeur. Ce qui signifie, si nous nous référons à notre Petit Larousse familier, et en la circonstance nous le
faisons de bon coeur, que ce livre est ” plus grand, plus considérable, plus important ” que tout autre. En quoi en effet ce livre est unique, nécessaire, et ne saurait se comparer à nul
autre.
Bien plus qu’un énième livre de philosophie, L’Ecole du réel est le livre d’un philosophe ; or, à nos yeux, cela change grandement la chose.
Un livre de philosophie est un livre dans lequel son auteur cherche, qu’il le veuille ou non (et la plupart du
temps, bien sûr, – il le veut ; cela transpire !), à briller, mieux même, à rivaliser avec ceux, à ” damer le
pion ” de ceux qui l’ont précédé.
Un livre de philosophe, en revanche, est un livre qui vous aide à vivre. Et ce n’est pas rien, un livre qui nous aide à vivre ; il semblerait même, voyez-vous, que ce soit
l’essence de la philosophie, que de nous aider à vivre, non ?
Clément Rosset, nous ne le connaissons pas ; mais nous l’avons vu et entendu, et écouté une fois. C’était à Paris, au Centre Georges Pompidou. Ne nous demandez pas quelle année c’était
(deux mille quelque chose, voilà au moins une certitude qui nous enchante) ; ne nous demandez pas non plus quel était le thème de sa conférence, nous n’en avons aucun souvenir. Ce soir-là,
la grande salle était remplie de monde. Il semblerait que ce soit celle que l’on appelle le ” grand foyer “,
auquel cas, elle n’aurait jamais aussi bien porté son nom. Oui, il faisait salle comble, et nous étions
d’humeur morose (dépressive serait le mot juste ; ceci excuse cela), comme Clément Rosset lui-même, qui ne s’en cachait pas, mais qui n’en faisait pas état non plus. Quelque chose nous
disait qu’il aurait aimé, une fois la conférence terminée, aller boire un verre ou manger un morceau avec nous, – nous tous veux-je dire.
Pour rompre avec la solitude de celui qui sait.
Alors voilà, naguère, nous nous exclamions : ” Lisons les grands ! ” (Voir notre article du 8 mai 2008
: Bientôt la rentrée littéraire ? Lisons les grands !) : eh bien, lisez
Clément Rosset !
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