- "La société tout entière comme lieu d’élevage où l’on supprimerait systématiquement les animaux les plus doués, pour ne garder que le niveau moyen."
- "On mesure encore mal, peut-être, à quel point un grand écrivain blesse le corps et le coffre-fort de son pays ; à quel point le fait de rappeler à la famille clanique nationale sur quels crimes domestiques et publics elle est finalement fondée ; à quel point révéler le lit d'une langue peut entraîner de haine, de sourde rancune, filtrées seulement par le temps en célébration."
- "Magnifique luxure ! Comme elle dit la vérité ! Comme elle angoisse l'hypocrisie économe et sa profonde fécalité ! Comme elle va débusquer le diable jusque dans les grimaces des dévotions supposées !"
- "La bête sociale sent toujours que quelque chose risque de lui échapper, surtout par écrit. Elle doit donc, en bonne logique, entraver le corps qui en serait la source."
- "Le monde entier est un théâtre, et le musicien comme le poète, en a la clé et les éclairages."
- "Le français officiel cherche encore à éviter Artaud, Bataille, Céline... Un écrivain, à ce niveau-là, c'est une catastrophe pour les foyers, c'est-à-dire l'École, c'est-à-dire l'État, c'est-à-dire la politique du sommeil en tas. Que peut la littérature ? Rien en termes de progrès et d'arrangements, tout en termes de vérité. Rien pour l'hypocrisie du lien social et du roman familial, tout pour montrer comment se noue la censure."
- "La peur de jouir, véritable malédiction des temps dits modernes."
- "Rien ne fait plus peur, sans doute, que les possibilités d’autonomie individuelle des femmes."
- "Plus que jamais la Société est persuadée d'être bonne, sa tartufferie spontanée fonctionne à travers des stéréotypes autopublicitaires. Son ennemi principal ne sera donc pas, comme elle veut le faire croire, l'individu qui a de mauvaises pensées, l'extrémiste, le terroriste, mais bien celui qui s'exprime autrement, de façon plus nette, plus complexe."
- "Comme nous sommes, oui, dans une époque lourde, analphabète et triste (celle du populisme précieux), tout doit avoir l'air authentique et démagogique, alors que règne, sous couvert de « cœur », une froideur rentabilisée. La brutalité d'un côté et le sentimentalisme de l'autre ont remplacé la sensibilité et l'ironie du goût. Il faudrait donc s’ennuyer ? Ce serait un dogme ? Eh bien, non."
- "La télévision, n’est-ce pas, sera suffisante. Mourir sain et intoxiqués d’images, voilà le programme."
- "Il n’y a plus de censure ? Allons donc. Elle est dans les têtes, partout."
- "L’aventure d’un corps singulier, non collectivisable, ses gestes, ses initiatives, ses postures, déclenchent une inquiétude permanente."
- "Le problème sera désormais : comment retrouver un corps, et lequel ?"
- "La guerre a lieu, désormais, entre l’individu et la ville, entre l’individu et le Spectacle dans son ensemble."
- "Tout ce que la télévision n’est pas susceptible de montrer ou d’exhiber sur-le-champ a une réalité douteuse. L’opinion désormais c’est l’écran. Une grande famille devant l’écran, spasme d’audimat émotif, voilà le théâtre."
- "à moi aussi elle est arrivée la grande pensée elle m'a lentement contourné noyé elle a pris son temps à ma place il s'agit d'une expérience toute personnelle que rien n'oblige à communiquer mais le ravissement qui en ruisselle déborde malgré nous les tasses et va bleuir le papier et le papier à ce moment-là est un buvard assoifé ozone carbone argile rayée" (Paradis)
- "Celui qui ne sait pas rire ne doit pas être pris au sérieux." (Passion Fixe)
Question à Ph. S. : "Vous croyez toujours que nous sommes victimes d'un grand complot, celui de la collectivité qui voudrait nous culpabiliser de quelque chose, nous empêcher d'être heureux et d'être vivant ?"
- Réponse de Ph. S. : Vous n'avez jamais remarqué que la société vous empêchait de vivre vos désirs ou de vous comporter comme vous l'entendez, vous, seul ? Vous n'avez jamais senti cette emprise, dites-moi ? Parce que moi, je sens ça depuis l'enfance : comment il faudrait être là, étiqueté, soumis, servile. Et puis se taire ! Vous ne croyez pas ? (Émission TV "Ce soir ou jamais")
- "Comme je ne peux pas obtenir l'approbation de mon époque (surtout à cause de mes romans trop libres), je pense qu'il est nécessaire d'utiliser, au moins, sa réprobation" (Un vrai roman, Mémoires)
- " La maladie de l'adolescence (...) est de ne pas savoir ce que l'on veut mais de le vouloir à tout prix."
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