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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 17:35
De la causerie comme une foire à la brocante

La consultation du néologue

Par Mona Ozouf

 

La langue française a eu son Bonaparte. Il s'appelait Mercier et mit autant d'audace à codifier les mots que le Premier consul à gouverner les choses.

 

D'une femme qui aime les arts, peut-on dire qu'elle est une «amatrice» ? Le débat sur la féminisation des noms faisait déjà rage au XVIIIe siècle. Pour bannir les amatrices, on trouvait de sourcilleux grammairiens - ils y voyaient un barbarisme -, des esprits mal tournés - ils y entendaient un assemblage de syllabes déshonnêtes -, et l'Académie française, trop timorée pour leur ouvrir son dictionnaire. Pour les accueillir, en revanche, il y avait Jean-Jacques Rousseau, et Louis Sébastien Mercier, qui leur consacre un long développement de sa «Néologie». «Amatrice», pour lui, est «frappé au coin des meilleurs mots français». «Autrice» serait impropre, «puisqu'une femme qui fait un livre est une femme extraordinaire». Mais comme toutes les femmes sont sensibles à la beauté des arts, «et qu'à l'empire des charmes elles ajoutent des connaissances en tout genre, il faut un mot doué de l'inflexion féminine pour rendre cette nouvelle idée». Amatrices, donc.

 

 

 

A temps nouveaux, il faut un langage neuf; telle est l'idée-force de cette «Néologie», parue en 1801, jamais rééditée depuis, et que Jean-Claude Bonnet a eu la bonne idée de ressusciter, d'annoter et de présenter, à sa manière savante et subtile. Mercier, que deux ouvrages, «l'An 2440» et «le Tableau de Paris», avaient rendu célèbre, passe désormais pour un vieux fou. Sa «Néologie» n'en développe pas moins une idée promise à un bel avenir romantique : que la langue française s'est appauvrie, affadie, refroidie. Les coupables ? L'Académie, la Cour, les pédants, le gaufrier des alexandrins, la monotonie de l'hémistiche. Le remède ? Récolter des mots énergiques auprès des ouvriers et des dames de la Halle, dans les tavernes, au fond des provinces, au creux des patois, à l'étranger même. En dédicaçant son livre à Bonaparte, Mercier ose comparer son entreprise à celle du Premier consul : tous deux agrandissent le territoire, de la République pour l'un, de la langue pour l'autre.

 

Dans la brocante de vocables que déballe Mercier, que trouve-t-on ? Parfois de très vieux mots oubliés, égarés, ensevelis, auxquels il suffit de dire : «Lève-toi et marche.» Ainsi, l'adjectif «pers», pour peindre l'incertaine nuance entre bleu et vert, si séduisante dans les yeux pers; ou le substantif «étreinte», démodé bien que toujours pratiqué. Parfois encore des mots d'usage local, destinés à se généraliser : tel «capitaliste», en vogue seulement à Paris - on peut en savourer la définition : «Monstre de fortune, homme au coeur d'airain, qui n'a que des affections métalliques.» Et toujours les mots frais éclos de la Révolution : «citoyen» a désormais remplacé bourgeois, «élire» est d'emploi courant, «encachoté», un sort commun. Et comme après les affreuses journées de septembre «septembriser» est devenu synonyme de massacrer, pourquoi ne pas créer «juillettiser», tellement plus pimpant et propre à séduire les peuples en mal d'abattre leurs Bastilles ?

 

Saint-Just avait écrit qu'«en des temps d'innovation, tout ce qui n'est pas nouveau est pernicieux». Tout néologue qu'il soit, Mercier se garde d'adhérer à ce propos péremptoire : proche de la Gironde, emprisonné après la journée du 2 juin, il a eu tout loisir d'éprouver à ses dépens le pouvoir meurtrier de la langue révolutionnaire. L'usage intempérant des mots n'a pas été étranger à la Terreur : le «brailler» des Montagnards a donné le signal de la barbarie. Voyez ce qu'il est advenu du beau mot de modération, rhabillé par les Jacobins en «modérantisme» : inventé pour punir la modération, et expédier les modérés à l'échafaud. Telle est l'intuition profonde de cet ouvrage léger : les mots peuvent contribuer à «barbariser» les êtres.

 

Des mots «doux à l'oreille»

 

Mais ils peuvent aussi les civiliser. Passe dans les pages de Mercier le regret des manières, du temps heureux où on pouvait «muser», où on savait «galantiser», et l'espoir de rajeunir «la courtoisie, qui vieillissait». Il souhaite remettre à l'honneur des mots «doux à l'oreille», comme «quiet», ou «tantinet», ou «naguère». A longueur, dépourvu d'e muet, il préfère «longuerie», qui s'attarde joliment. Bien avant Nietzsche, Mercier regrette que la langue soit avare de mots pour désigner les sentiments sur le point d'éclore, ou prêts à disparaître, et les états intermédiaires. Il plaide donc pour les diminutifs : la «bergerette» ajoute à la bergère jeunesse et vivacité. Il s'applique à distinguer le souvenir de la souvenance, le désespoir de la désespérance, la causette de la causerie, et celle-ci, «rêverie parlée», de la conversation. Là réside le charme de l'ouvrage : la subtilité de Mercier vient à chaque pas corriger l'entreprise volontaire et brutale du forgeur de langue nouvelle.

 

M.O.

 

«Néologie», par Louis Sébastien Mercier, Belin, 592 p., 26 euros.

 

Toutes les critiques de l’Obs

 

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Source: "le Nouvel Observateur" du 25 juin 2009.

mercier.jpg
Louis Sébastien Mercier (1740-1814), écrivain prolifique s’il en fut, s’était décerné à lui-même le titre de «plus grand livrier de France». Encore un néologisme!

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser - Communauté : La commune des philosophes
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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 09:50
Les Grands philosophes
Sud Quotidien - Senegal
C'est à un voyage dans les grandes pensées philosophiques que la revue convie les lecteurs. .... Jean-Paul Sartre affirme l'irréductible liberté de l'homme. ...



Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser - Communauté : La commune des philosophes
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Vendredi 26 juin 2009 5 26 /06 /2009 20:16
Un bel exposé de la philosophe Gaelle Bernard qui ,pour moi , évoque notamment la question importante de l' éthique
de la pensée .

Bien amicalement,
Dominique Giraudet

______________________________________________________________________________________



Levinas et l’antihumanisme
Gaëlle Bernard (philosophe)

[28 avril 2006 à 08h00]

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Vendredi 26 juin 2009 5 26 /06 /2009 17:46

COMMUNIQUE A LA PRESSE, le 18 juin 2009

Pour Regards de Femmes la stratégie de prise de contrôle sur le corps des femmes

par l’obéissance à un code vestimentaire céleste de bonne conduite est inacceptable.

La stratégie de prise de contrôle sur le corps des femmes par l’obéissance à un code vestimentaire céleste de bonne conduite est inacceptable. Le voile des femmes, stigmate de discrimination, de séparation, de fantasmes sexuels considère les femmes comme propriétés de leur mari et intouchables par les autres. L’affichage ostensible du marquage archaïque possessionnel et obsessionnel du corps féminin est le cheval de Troie de l’islam politique pour montrer sa capacité d’occupation des espaces et des esprits.

Dans l’espace public, de plus en plus de fillettes portent le voile islamique, ce marqueur archaïque et « claustrant » de l’oppression des femmes. Comment construire le principe d’égalité en droit entre les hommes et les femmes? De plus en plus de femmes sont enveloppées dans une « burqa» qui les couvre entièrement afin que même dehors, elles restent « dedans ». C’est leur voler leur identité puisqu’elles ne doivent pas être identifiables.

 

Les machocrates ont besoin de l’assujettissement volontaire des femmes. Leur stratégie manipulatoire est simple : faire croire aux femmes que leurs dieux ont les yeux fixés sur elles. Imbues de leur importance, en attendant de rencontrer les divinités dans l’au-delà, celles-ci acceptent d’obéir aux diktats des hommes, représentants des dieux sur terre.

Tolérer qu’il s’impose à des femmes, sous prétexte religieux, de se dissimuler dans l’espace public contrevient gravement au principe d’égalité en droits, devoirs et dignité des femmes et des hommes et à la laïcité.

La commission Stasi, les rapports des inspecteurs généraux, ont montré les troubles à l’ordre public engendrés par les demandes dérogatoires aux principes républicains.

Regards de femmes a pris l’initiative d’une adresse aux parlementaires (www.regardsdefemmes.com) pour demander d’étendre la loi de 2004 sur les signes religieux
• à l’université et dans les établissements publics d’enseignement supérieur
• à certaines catégories de la population, en situation de faiblesse, notamment les fillettes,
• à des tenues, qui dissimulent entièrement les femmes, telles la burqa.

Parmi les parlementaires signataires, Pascale Crozon, Marc Dolez, Nicolas Dupont-Aignan André Gerin, Françoise Hostalier, Catherine Quéré,

Françoise Hostalier est l’auteur d’une proposition de loi visant « à interdire le port de signes ou de vêtements manifestant ostensiblement une appartenance religieuse, politique ou philosophique à toute personne investie de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public ou y participant concurremment », signée par plus de 60 députés.

André Gerin, demande la création d’une commission d’enquête sur le développement du port de la burqa par des femmes en France. Il a été rejoint par 57 parlementaires,

Il est indispensable de légiférer pour faire respecter nos principes fondamentaux de laïcité et d’égalité des sexes, garants de la paix civile.

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser - Communauté : La commune des philosophes
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Jeudi 25 juin 2009 4 25 /06 /2009 17:58

Donald Woods Winnicott (1897-1971)

Sa vie

Pédiatre et psychanalyste anglais, Donald Woods Winnicott occupe une place à part dans la psychanalyse infantile du fait de son originalité, de son non-conformisme et de sa position en marge des deux écoles britanniques d'Anna Freud et de Mélanie Klein. Ses émissions radiophoniques à la B.B.C. ont eu un impact considérable sur les parents. La plupart des textes de ces émissions sont publiés. Il s'agit essentiellement d'entretiens destinés aux mères de famille. Ses recherches théoriques et ses observations cliniques s'attachent toutes à reconstruire la dynamique de la petite enfance, celle du narcissisme primaire où la relation de la mère et du nourrisson est essentielle. Il essaie de raccorder la connaissance analytique aux notions héréditaires, biologiques, physiologiques indispensables pour comprendre les phénomènes de l'enfance. Son sens de l'humour donne un côté très agréable à ses écrits.

Ses théories

Son approche thérapeutique et ses travaux théoriques ne peuvent être dissociés de sa personnalité singulière. Sa technique du "squiggle game" ou "griffonnage" par exemple est restée célèbre : l'adulte et l'enfant proposent et interprètent tour à tour des "gribouillis" librement dessinés sur une feuille blanche. Winnicott a surtout marqué l'histoire de la psychologie infantile pour ses contributions à deux thèmes : l'objet transitionnel (pouce, bout de couverture, ours en peluche) et la notion de "self". Par ce dernier mot, le psychanalyste désigne une fonction tout à fait originale, qui n'est ni tout à fait le "moi", ni le sujet, ni encore la personnalité. Ce terme s’interprète par contraste avec le "faux self" qui correspond à tout ce qui, chez une personne, est en "toc" ou faux-semblant. Le faux self fonctionne comme protection contre l'angoisse et les agressions mais est aussi révélateur d'un déséquilibre profond. Le vrai "self" représente par opposition la part vivante, spontanée, inventive de l'individu.

Winnicott apporte un éclairage nouveau sur le fonctionnement mental du très jeune enfant. Il considère que le bébé est une personne dès les premiers jours. Il estime que le bébé sait plus de choses sur sa mère qu'elle en connaît sur lui car il a partagé durant 9 mois sa vie intime. Il est persuadé qu'une mère qui aime "normalement" son enfant est une bonne mère. Winnicott s'est aussi penché sur les soins prodigués aux nourrissons. Il donne beaucoup d'importance à la manière dont la mère porte son enfant (holding), la manière dont elle le soigne (handling) et la manière qu'elle a de lui présenter les objets nouveaux (objet presenting). Il estime que les soins doivent posséder des caractéristiques de continuité, de fiabilité et d'adaptation progressive aux besoins de l'enfant. Le "holding", difficilement traduisible, est l'ensemble des attitudes adoptées inconsciemment par la "mère suffisamment bonne " (good enough mother) qui offre à son bébé une sorte de nidation extra-corporelle après la vie intra-utérine. C'est un moyen de le préserver contre l'angoisse, la rupture, la perte. Winnicott insiste sur le fait qu'aucun traumatisme n'est irrémédiable, qu'il existe toujours une possibilité de le réparer. C'est la raison pour laquelle on oppose souvent les conceptions "optimistes" de Winnicott à la vision tourmentée de Mélanie Klein.

"Pour commencer, je pense que vous serez soulagée d'apprendre que je n'ai pas l'intention de vous indiquer ce que vous devez faire. Je suis un homme et, par conséquent, je ne peux pas savoir réellement ce que c'est que de voir là, emmitouflé dans un berceau, un petit morceau de ma personne, un petit morceau de moi ayant une vie indépendante et qui, peu à peu, devient une personne. Seule une femme peut vivre cette expérience. (...). Parmi les choses courantes que vous faites, vous accomplissez tout à fait naturellement des choses très importantes. Ce qui est beau ici, c'est qu'il n'est pas nécessaire que vous soyez savante ; vous n'avez même pas besoin de penser si vous ne le désirez pas. Peut-être avez-vous été désespérément mauvaise en arithmétique à l'école, peut-être toutes vos amies ont-elles eu des bourses, mais vous n'aimiez pas la vue d'un livre d'histoire, ce qui fait que vous n'auriez pas réussi même si vous n'aviez pas eu la rougeole juste avant l'examen. Peut-être encore êtes-vous vraiment savante. Peu importe toutefois, cela n'a rien à voir avec le fait que vous soyez ou non une bonne mère. Si un enfant peut jouer avec une poupée, vous pouvez être une mère normalement dévouée et je suis persuadé que vous êtes cela la plus grande partie du temps. N'est-il pas étrange qu'une chose d'une aussi grande importance dépende si peu d'une intelligence exceptionnelle !"

Ses principaux ouvrages

  • De la pédiatrie à la psychanalyse.
    Payot éd., Paris, 1969 ( Petite Bibliothèque Payot n°253)
  • L'enfant et le monde extérieur.
    Petite Bibliothèque Payot n°205
  • L'enfant et sa famille. P.B.P. n°182
  • La consultation thérapeutique et l'enfant.
    Gallimard, coll.Tel, Paris
  • Processus de maturation chez l'enfant.
    Développement affectif et environnement.
    Payot éd., Paris, 1970 (PBP n° 245)
  • Fragments d'une analyse. P.B.P. n°355
  • La petite "Piggle". Traitement psychanalytique d'une petite fille
    Collected papers, London, 1958, Tavistock
  • The family and individual development.
    London, 1965, Tavistock

Dr Lyonel Rossant et Dr Jacqueline Rossant-Lumbroso





Forum Psychothérapies



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Jeudi 25 juin 2009 4 25 /06 /2009 15:32
le blog jcitoyen.canalblog.com

Le vrai visage de Daniel Cohn-Bendit

Les éco-Tartuffe - Daniel Cohn-Bendit

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Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser - Communauté : La commune des philosophes
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Jeudi 25 juin 2009 4 25 /06 /2009 11:46
La fin de l'Orient - Généalogie d'une illusion (fin)
Courrier International Blogs - France
... occidental avec la nature : simple usage du monde, provocation fonctionnelle de la nature et enfin consommation par l'exploitation (Heidegger [4]). ...


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Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /2009 19:32
Sonecrit

 

 

Le site de JEAN  CHARMOILLE

 

 

  Psychanalyste Psychologue Psychiatre Ténor lyrique

 
                                       http://www.sonecrit.com
                           
 
 
Cher(e)s Ami(e)s
 
Un problème technique a retardé la mise en ligne sur sonécrit des vidéos et des audios des séminaires des 8 avril, 17 avril et 12 mai.
Vous pouvez actuellement les consulter même si reste une difficulté en voie de résolution pour le séminaire du 8 avril.
 
Les Vidéos et Audios des conférences à Buenos Aires au Congres International de Convergencia les 7 et 10 mai ainsi que les séminaires des 10 et 19 juin seront prochainement sur sonecrit. Vous en serez avertis.
 
Le séminaire reprendra le mardi 13 octobre à Paris
 
Cordialement à Vous.
 
Jean Charmoille


 FREUD
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Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /2009 10:58
decroissance

Derrière le masque médiatique
Le vrai visage de Daniel Cohn-Bendit

Version pdf

Article paru dans La Décroissance n°56-février 2009 (reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur)

Sous des dehors de garçon rebelle à la mèche folle, les options politiques de Daniel Cohn-Bendit, telles qu’il les a exposées dans un livre paru en 1998, sont dans la droite ligne du néo-libéralisme financier. L’ex-leader de Mai 68 milite au Parlement européen pour l’entrée des entreprises dans les écoles, la privatisation des services publics et le travail le dimanche. Cohn-Bendit dans le texte.

Alors que Daniel Cohn-Bendit lance avec José Bové la liste Europe Écologie, que la tête de liste des Vert en Ile-de-France se pique d’employer de temps en temps le terme de « décroissance », il est bon de se replonger dans les écrits de l’ex-leader de Mai 68, et plus particulièrement dans un livre paru en 1998 : Une envie de politique (La Découverte). Ce livre d’entretiens servira de profession de foi pour le candidat lors de sa campagne pour les élections européennes de 1999. À l’époque, il était déjà élu au Parlement à Bruxelles par le biais des Grünen (Verts) allemands.

Une envie de politique (1998) est le cri de ralliement de l’enfant de Mai 68 à l’économie de croissance néo-libérale. « Je suis pour le capitalisme et l’économie de marché », confesse Daniel Cohn-Bendit. La société est à ses yeux « inévitablement de marché ».

 

Privatiser la Poste

Ce credo économique se décline dans tous les domaines. Daniel Cohn-Bendit défend la course au moins-disant social : « Si Renault peut produire moins cher en Espagne, ce n’est pas scandaleux que Renault choisisse de créer des emplois plutôt en Espagne, où, ne l’oublions pas, il y a plus de 20 % de chômage. » Sur la culture, Daniel Cohn-Bendit défend la vision selon laquelle « l’artiste doit trouver lui-même son propre marché », sans subventions. « Eurodisney, avoue-t-il, je m’en fiche. Cela relève de la politique des loisirs. Je suis allé à Eurodisney avec mon fils, je ne vais pas en faire une maladie. Eurodisney, c’est un faux problème. »
L’ex-étudiant de Nanterre n’a rien contre le fait que les jeunes soient payés moins que le SMIC « si en échange d’un salaire réduit pendant trois ou quatre ans, on leur donne la garantie d’accéder ensuite à un emploi ordinaire ». Daniel Cohn-Bendit se déclare pour l’autonomie des établissements scolaires, pour qu’ils fassent sans l’État leurs propres choix de professeurs et d’enseignements. Il n’est pas opposé à l’appel aux fonds privés pour ces établissements afin de créer de « véritables joint-ventures avec les entreprises » et ajoute que « naturellement, l’industrie participerait aussi à la définition des contenus de l’enseignement, contrairement à ce que nous disions en 1968 ». « Mieux qu’Allègre !, résume l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur (26-11-1998). Avec Cohn-Bendit le mammouth  n’aurait plus que la peau sur les os. »

Daniel Cohn-Bendit ne conçoit pas l’économie autrement que l’économie des multinationales, de la pub, de la globalisation et des TGV. Il le dit lui-même avec franchise : « Je suis persuadé que si on dit non à l’économie planifiée socialiste, on dit oui à l’économie de marché. Il n’y a rien entre les deux » (Libération, 6-1-1999). Il reprend à son compte la litanie des ultra-libéraux contre la dépense publique : « Je suis très ferme sur le déficit public. Par principe, tout écologiste conséquent doit être pour une limitation des dépenses publiques. » Les marchés publics doivent être ouverts à la concurrence. « Des services comme le téléphone, la poste, l’électricité n’ont pas de raison de rester dans les mains de l’État. » Il insiste : « Il n’y a pas de raison qu’il existe un service public de télévision. »

Travail le dimanche

Alors que Sarkozy a dû lui-même reculer sur cette question fin 2008, dix ans plus tôt, Daniel Cohn-Bendit se déclare pour le travail le dimanche. « Il faut admettre que les machines travaillent sept jours sur sept, donc admettre le travail du week-end. » La légalisation du travail le dimanche est avant tout profitable aux multinationales contre les entreprises de type familial. Mais l’eurodéputé met sur le même plan ces deux économies différentes, argument connu et honteux pour faire avaler cette destruction du droit au repos : « J’ai toujours été hostile aux horaires obligatoires d’ouverture des magasins (…) Tout le monde est scandalisé par le travail le dimanche, mais un Français serait aussi scandalisé de ne pouvoir faire son marché ou acheter son pain le dimanche. » Au travers de son argumentation sur le travail le dimanche, on comprend mieux la logique « libérale-libertaire » de Cohn-Bendit et l’immense danger qu’elle comporte sous couvert de modernité et de rébellion. Dans l’extrait suivant, le côté « libertaire » prend appui sur la critique de la famille traditionnelle et le désir du « jeune » de s’amuser pour mieux avancer ses pions ultra-libéraux : « Les parents ont besoin d’être avec leurs enfants, mais il ne faut pas réduire les besoins des gens à ceux de la famille traditionnelle, parents avec enfants (…). Bien des jeunes, qui n’ont pas de contraintes ou de besoins familiaux sont prêts à travailler en VSD (vendredi-samedi-dimanche) comme on dit, pour être libres à un autre moment, voire travailler sept jours d’affilée s’ils ont ensuite une semaine de congés pour aller faire de la marche, de l’escalade ou toute autre chose dont ils ont envie. »

Le moderne contre l'archaïque

Daniel Cohn-Bendit reprend la rhétorique connue du modernisme contre l’archaïsme : la protection sociale doit « évoluer », la gauche défend « une vision bloquée de la société », l’extrême-gauche est « une forme de réaction conservatrice »
Concernant l’Europe, il faut savoir que Daniel Cohn-Bendit a été un grand défenseur de l’euro et de l’indépendance de la Banque centrale européenne, qui empêche tout contrôle des États membres sur leur politique monétaire. En 1998, avec Olivier Duhamel, professeur à Sciences-Po Paris, il publie un Petit Dictionnaire de l’euro (Le Seuil). On peut y lire : « Chacun demeure libre de rêver d’un monde sans marchés financiers internationaux, sans libéralisation des échanges, sans globalisation de l’économie. Mais que gagnerait l’Europe, et chacun de ses peuples, à s’inscrire dans cette nostalgie ? »

Les contempteurs de l’Union européenne seraient des nostalgiques. Dans une tribune publiée dans Le Monde du 26 novembre 1998 « Pour une révolution démocratique », Daniel Cohn-Bendit s’en prend aux « antieuropéens » : « Selon eux, l’Europe organiserait le démantèlement des États-providence et servirait de marchepied à la mondialisation sauvage, caractérisée par la libre circulation des marchandises, des capitaux et par le pouvoir absolu des marchés financiers. Face à une Europe qui ne serait qu’un facteur de régression sociale, le cadre national resterait le plus approprié pour défendre les droits des salariés menacés par le capitalisme. »  L’ex-rebelle choisit son camp : « Les pro-européens (…), pour qui l’Europe rend possible le progrès social dans le cadre d’un espace d’intégration supranational. Pour nous, elle agit comme un bouclier face au libre-échangisme, prend progressivement la place des États-nations traditionnels dans le domaine social et, à leurs faiblesses, substitue une nouvelle capacité d’action économique et financière. » Ici encore, le côté libertaire – l’attaque de l’État-nation – sert avant tout à permettre de déposséder les peuples de leur destin politique.

BHL a tout compris

En somme, si l’on me permet cette comparaison publicitaire, Daniel Cohn-Bendit, c’est le Canada Dry de la politique : ça a la couleur de la rébellion, l’odeur de la rébellion, le goût de la rébellion, mais ce n’est pas de la rébellion ; c’est juste l’idéologie capitaliste classique sous une face souriante et décoiffée. Un produit marketing redoutable.

L’éditorialiste Bernard Guetta ne se trompe pas quand il voit en lui l’image d’une génération « radicale dans le ton mais consensuelle et modérée dans ses solutions »(Le Nouvel Observateur, 26-11-1998). Bernard-Henri Lévy, lui, résume le phénomène Cohn-Bendit de manière lumineuse : « Il tient à peu de chose près le discours des gentils centristes, mais de façon tellement plus séduisante et convaincante. Il dit ce que les centristes disent depuis des années. Il tient sur l’euro des propos qu’eux-mêmes hésitent parfois à tenir. Et, miracle de la musique politique : les mêmes mots qui, dans leur bouche sonnaient économiste, marchand... apparaissent dans la sienne ludiques, sympathiques, généreux » (Le Point, 21-11-1998).

Sur la scène politique française, Daniel Cohn-Bendit servira de fait à affaiblir les alliés de la gauche traditionnelle dans le gouvernement de Lionel Jospin : les communistes et les chevènementistes. Georges-Marc Benamou l’explique le 26 novembre 1998 : « [Cohn-Bendit] est-il à même de gagner son second pari : dépasser le Parti communiste, son rival de trente ans ? Ce serait un véritable séisme pour la gauche qui gouverne (…) En introduisant son libéral-libertarisme, son anti-étatisme, son réformisme économique, Cohn-Bendit fendille le bloc des certitudes de la gauche social-démocrate frileuse. »
Les éditorialistes parisiens oublient un détail : les Verts avaient déjà devancé les communistes en 1989, lors de la candidature d’Antoine Waechter aux élections européennes. Les écologistes avaient obtenu 10,5 % contre 7,7 % pour le PCF. Mais Robert Hue était repassé à nouveau devant les Verts à la présidentielle de 1995 (8 % contre 3 % pour Dominique Voynet). Le 13 juin 1999, Daniel Cohn-Bendit change une deuxième fois le rapport de force entre les Verts et le PCF, en obtenant 9,7 % des voix, contre 6,7 % pour Hue. L’ex-leader de 68, avec tout son arsenal médiatique, fera moins qu’Antoine Waechter. Un détail que les journalistes ne mentionnent pas.

Au vu des options politiques de Daniel Cohn-Bendit, il faut inscrire sa victoire dans la lutte interne du parti socialiste entre les tenants d’une politique sociale véritable et les défenseurs du « socialisme moderne ». Alain Madelin, président de Démocratie libérale, résume très bien cette perspective politique : « Il est clair que sur certains sujets, comme les privatisations d’EDF ou des chemins de fer, la retraite par capitalisation, la concurrence et la sélection dans les universités, l’autonomie des établissements scolaires, Daniel Cohn-Bendit développe une approche libérale en contradiction avec le PS et les Verts. Puisse cette évolution permettre l’arrivée d’un libéralisme de gauche dans ce pays » (Le Figaro, 1-12-1998). Lionel Jospin, et Ségolène Royal après lui, choisira la voie du social-libéralisme en 2002. Avec le succès que l’on sait.

 

Enrichissez-vous !

« Centriste » revendiqué, Cohn-Bendit signe avec François Bayrou (UDF) dans Le Monde du 14 juin 2000 un texte intitulé « Pour que l’Europe devienne une démocratie ».  La lune de miel entre le centriste béarnais et le vert allemand continue en 2005, lorsque les deux hommes feront des meetings communs pour défendre le traité constitutionnel européen (TCE). Cohn-Bendit ne nous étonnera pas sur ce point : il avait déjà été favorable au traité de Maastricht treize ans plus tôt.

Mais le couronnement de Dany-le-Jaune se fera, avec tribunes, journalistes et petits fours, lors de la deuxième université du Medef, alors dirigé par Ernest-Antoine Seillière. Les 1er et 2 septembre 2000, les patrons se réunissent sur le thème très chabaniste « Nouvelle économie, nouvelle société » et invitent l’eurodéputé à débattre. L’ex-rebelle accourt. Je vous livre des extraits du compte rendu du Figaro du même jour : « Ils étaient tout contents, les trois mille patrons en chemisettes réunis hier sur le campus HEC de Jouy-en-Josas, de s’être offert pour leur université d’été du Medef l’insaisissable Dany qui, quelques jours plus tôt, boudait ses amis les Verts (…) “Votre question, commence Dany, le capitalisme est-il moral ?, ne m’intéresse pas. Arrêtez ! laissez ça aux curés ! Le souci des capitalistes, c’est de gagner et ils ont raison.” »

Sophie Divry

 

« L’enfant chéri des médias »

La campagne européenne de Daniel Cohn-Bendit pour les élections de juin 1999 est l’occasion d’un déferlement médiatique considérable autour de sa personne sur le thème « le retour en France du rebelle de Mai 1968 ». Cette occupation médiatique commence au printemps 1998 alors que les médias commémorent avec la légèreté qui est la leur les 30 ans de Mai 68. Elle se poursuit à l’automne. Le 15 novembre 1998, Le Monde fait un portrait du candidat en pleine page, « Cohn-Bendit, l’euro-enthousiaste ». Deux jours plus tard, en une, le quotidien vespéral remarque que « Daniel Cohn-Bendit fait une entrée fracassante dans les médias ». Ensuite c’est Voynet qui prend la parole dans ce journal pour dire à quel point elle le trouve « fascinant » et « émouvant (1) ». Le Figaro suivra sa campagne d’un œil très favorable. Ce quotidien montre son affection à Daniel Cohn-Bendit par deux pleines pages le 10 et le 13 novembre 1998. L’idée principale qui réjouit Le Figaro, c’est que Dany va tailler des croupières au PCF. Le 26 novembre 1998, Le Nouvel Observateur titre en couverture : « Le pavé Cohn-Bendit : il séduit près d’un Français sur trois ». La tête de liste des Verts est décrite en pages intérieures comme « un coup de jeune pour l’Europe », l’hebdo finit son article sur le candidat en rendant grâce à « son talent, qui est grand ». La même semaine, avec ce sens de l’originalité et de la concurrence qu’ont les newsmags, L’Événement du jeudi fait sa une sur : « L’emmerdeur. Enquête sur l’effet Cohn-Bendit. Jusqu’où ira-t-il ? »


Médias, revue de célébration du système médiatique, 12-2008.

Pour qu’on ne m’accuse pas d’avoir fait un décompte à charge, je laisse ce soin au Parisien, qui, dans son édition du 15 décembre 1998, résume la situation : « En vingt-sept jours, Cohn-Bendit a été l’invité vedette de cinq émissions de télévision et de cinq radios. Il a donné onze interviews à des quotidiens ou des magazines, et fait la “cover” à huit reprises d’hebdomadaires ou de mensuels. Résultat : on voit Cohn-Bendit partout. Le secrétaire national [Jean-Luc Bennahmias] n’a-t-il pas tiré un premier bilan médiatique : “Si on avait dû se payer une campagne d’image équivalente aux passages de Dany dans les télés, les radios et les magazines, ça nous aurait coûté 20 millions de francs” ? »

Malgré tout cela, lorsque le journal Libération interviewe le candidat le 6 janvier 1999, la première question est : « La chasse au Dany est ouverte. En ce début d’année, on dirait que Cohn-Bendit est l’homme à abattre. Ça vous plaît ? » Dans l’édito du jour, Jean-Michel Thénard se pose sérieusement la question : « Daniel Cohn-Bendit est-il le candidat anti-mode ? »
Le candidat « anti-mode » remet son costume au mois de janvier 1999 pour, en trente jours, honorer la une du Point et de La Vie, faire publier à son sujet quinze articles dans Le Monde et une tribune à son nom, ainsi que cinq articles et deux interviews dans Le Figaro. Chaque semaine les quotidiens lui consacrent un ou deux articles au minimum. Les hebdos ressortent en février 1999 les articles à peine recyclés de novembre 1998, ainsi de suite ad nauseam. Je vous évite le décompte des interventions radio et télé. Ce qui est sûr, c’est que, selon les termes du Journal du dimanche, « depuis Bernard Tapie, la télévision n’avait pas tenu un tel bon client » (6-12-1998).
Alors, j’ai un défi pour les éditorialistes parisiens : trouver en 2009 de nouveaux vocables pour définir Daniel Cohn-Bendit sans employer les termes « trublion » et « poil à gratter » que l’on retrouve sous toutes les plumes du parti de la presse et de l’argent. Pourront-ils y parvenir ?

Le « moderne » contre le « ringard »

Comment s’explique un tel engouement du système médiatique pour la campagne Cohn-Bendit ? Daniel Cohn-Bendit se définit lui-même à plusieurs reprises comme « une bête des médias ».  Dans une interview donnée au magazine Médias en décembre 2008, il déclare avoir « une relation naturelle avec les journalistes » et une « connivence objective avec eux » : « Comme je n’arrive pas à me taire et que je raconte tout, ça plaît. C’est aussi simple que ça. »

En fait, c’est encore plus simple : Daniel Cohn-Bendit a un discours propre à plaire aux oligarchies qui détiennent les médias. Replaçons-nous dans la chronologie de cette année 1998. Lionel Jospin est au pouvoir depuis 1997, c’est encore les débuts du gouvernement de la gauche plurielle. Le PCF et les Verts ont des ministres au gouvernement, mais l’avantage est numériquement aux communistes de Hue. Dans ce contexte, en avril 1998, Daniel Cohn-Bendit sort, en coédition avec Le Monde, son livre d’entretiens (2) intitulé Une envie de politique, cri de ralliement aux thèses du néo-libéralisme triomphant.

Le parti de la presse et de l’argent est ravi. Dans notre société du spectacle, les médias comprennent très vite que Daniel Cohn-Bendit est l’outil idéal pour faire passer un message de soumission aux lois du marché. Les médias vont donc répartir les rôles : face au trublion Daniel Cohn-Bendit, Jospin incarnera la figure du ringard encore empêtré dans le socialisme de papa, avec comme boulet à son pied d’« archaïques » communistes. Cette grille d’analyse sera appliquée sans ménagement. Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur de l’époque, quand il aura le tort de critiquer l’invasion médiatique par Cohn-Bendit, sera taxé très vite d’« antisémite ». Une mécanique bien huilée.

Les médias savent en outre qu’il ne soulèvera jamais la question de l’inféodation des médias aux groupes capitalistes et aux publicitaires. En 1983, il déclarait : « Toute réglementation des médias est absurde. Je trouve absurde qu’on n’ait pas la télévision pendant 24 heures. Je suis sûr que le problème de la télévision se résoudrait par la concurrence (3). » Quinze ans plus tard, dans Une envie de politique, il persiste en disant que la privatisation de TF1 était « nécessaire » en 1987. Deux ans après l’arrivée au pouvoir de Sarkozy, Daniel Cohn-Bendit est obligé de mettre un peu d’eau dans son vin : « Il existe des interventions politiques de propriétaires de médias : on ne peut pas le nier. Dassault, l’affaire Genestar, plusieurs cas démontrent que le pouvoir ou une force politique peuvent intervenir. Mais c’est l’exception qui confirme la règle. La manipulation des médias relève du fantasme » (Médias, décembre 2008). Concernant sa position sur l’invasion publicitaire, je n’ai rien trouvé d’autre que cet échange avec Karl Zéro (4) :
« – Tu aimes la pub ?
– Ça m’est égal. »

Cela me semble un blanc-seing donné aux pubards, mais sans doute je fantasme.

Ne pas fatiguer les journalistes

Enfant de la société du spectacle, Daniel Cohn-Bendit entretient cette servilité des hommes politiques face aux groupes de presse. « En politique, lorsque le message ne passe pas dans les médias, c’est de notre faute, pas celle des journalistes. » Conformément à ce raisonnement, il concède que les Verts français ont longtemps eu « une approche, un look, une manière d’être qui fatiguent les journalistes (5) ».

Le look, la manière d’être de Cohn-Bendit se veulent différents de ces écolos pénibles qui ne parlent que de politique et de crise. Cohn-Bendit sait plaire aux journalistes : il leur demande de l’accompagner quand il mange le 31 janvier 1999 avec Robert Hue, secrétaire national du PCF. Le candidat vert traite devant eux le communiste de « traditionnaliste » parce qu’il conteste l’autonomie de la Banque centrale européenne. Ce dîner mondain et ses échanges flamboyants donneront lieu à deux articles dans Libération, le lendemain et le surlendemain. Du haut journalisme. La méthode de Daniel Cohn-Bendit, c’est d’être ainsi dans un registre anti-politique. Il le dit clairement : « Je crois qu’aujourd’hui la majorité plurielle néglige l’urgence et l’émotion (6). »

Pour mettre un peu d’émotion, Daniel Cohn-Bendit se plie à tous les jeux médiatiques. Il commente la Coupe du monde de football de 1998 dans le Journal du dimanche. Avant Olivier Besancenot et avec moins de scrupules, il estime que « pour un homme politique, se rendre dans une émission de divertissement n’est pas honteux (7) ». Il déclare à VSD qu’il est « amoureux de sa femme (8) », que Carla Bruni « n’est pas [son] genre même [s’il a] bien aimé son premier disque (9) ». Il se définit lui-même comme un « narcisse », une « pipelette », un « concierge ». On reste cependant frappé par sa confondante immodestie. Ainsi raconte-t-il à Médias : « Quand je me balade avec ma femme à Paris, elle est toujours fascinée – parfois énervée aussi – parce que des gens, souvent des femmes, m’abordent en disant : “Ah vraiment, tu m’as sauvé la vie !” »

Le plus frappant dans cette omniprésence médiatique est certainement son unilatéralisme : jamais aucun article ne critique Daniel Cohn-Bendit ni ne le met en danger sur ses positions. Tous sont à genoux devant lui comme devant une vache sacrée. La Décroissance arrivera-t-elle à rompre ce sortilège ?

S. D.

1 - Le Monde, 1-12-2008.
2 - Tous les « livres » de Daniel Cohn-Bendit sont en fait des livres d’entretiens retranscrits.
3 - Libération, 22-3-1983.
4 - Le Vrai Journal, 27-11-1998.
5 - Médias, hiver 2008-2009.
6 - Libération, 6-1-1999.
7 - Le Monde, 28-11-1999.
8 - VSD, 11-11-1998.
9 - Médias, n°19, hiver 2008-2009.

 

Décroissance : une idée pas raisonnable

« Si vous voulez aujourd’hui vous atta…. une décroissance de l’énergie du pétrole etc. il faut une croissance des énergies renouvelables ! Donc c’est pas c’est pas zéro zéro hein ?! Si vous voulez aujourd’hui par exemple que on consomme moins d’énergie dans l’habitat y faut concevoir des maisons y’a des exemples c’qu’on appelle les maisons passives où vous avez besoin au aucun besoin d’énergie. Si vous vous décidez que dans les 30… les 20 années à venir vous réduisez de 80% l’énergie nécessaire dans l’habitat vous créez un programme une croissance une croissance heu de travail parce qu’y faut le faire inimaginable parce que y’a une réforme une transformation absolument nécessaire donc ça veut pas dire la décroissance qu’on va vers plus et plus de chômage c’est le contraire ! »
Daniel Cohn-Bendit, France 3, « Ce soir ou jamais », 28 janvier 2009.

Daniel Cohn-Bendit n’a rien compris à la décroissance. Le vert allemand est contre tout ce qui ralentit, tout ce qui relocalise ou tout ce qui va dans le sens du « moins ». Son imagination est celle de la croissance, dans sa toute-puissance et sa grandeur. Et d’insulter ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Ainsi, dans le domaine de l’urbanisme, il déplore dans Une envie de politique qu’« il y [ait] plusieurs tendances chez les Verts sur cette question. Certains défendent une idéologie petite-bourgeoise qui fait du small is beautiful l’idéal urbanistique, avec au fond le rêve du retour au village ou à la petite ville. Moi je trouve cela terrifiant. D’autres, justement, essaient de repenser la ville, non pour détruire les gratte-ciel mais avec l’idée de restaurer un équilibre entre les constructions et les espaces verts. » Là, c’est sûr, personne n’est terrifié : ce sera la ligne défendue par le Grenelle de l’environnement dix ans plus tard.

Certains ont néanmoins voulu croire que Daniel Cohn-Bendit et la liste Europe Écologie défendraient la décroissance. Sous le couvert de parler à un moment de « décroissance des flux », Daniel Cohn-Bendit ressort le bon vieux discours sur la croissance verte, la croissance immatérielle… bref, du capitalisme vert. « Dans les années 1970, on plaidait pour la croissance zéro contre la croissance forte. La situation a changé (…) Aujourd’hui l’idée raisonnable, c’est plutôt de s’attacher à la qualité de la croissance », dit-il en préambule dans Une envie de politique, en 1998. Face à la crise écologique et sociale mondiale, Daniel Cohn-Bendit pense donc que la croissance économique infinie est une idée « raisonnable ».  Les Américains, premiers consommateurs de pétrole au monde, seraient quant à eux, pour cette croissance qualitative, des leaders et « nous sommes en retard par rapport aux États-Unis ».

En 2008, il reprend cette même idée de croissance durable lors d’un entretien paru dans le blog Rue89 : « La reconversion de l’économie est non seulement concevable mais nécessaire. Dans cette reconversion, il y a décroissance d’une certaine économie et croissance de l’autre. Croissance de l’énergie renouvelable et décroissance du pétrole et de l’énergie nucléaire. Il y a décroissance de la mobilité simplement organisée autour de l’automobile productrice de CO2 et croissance d’une mobilité publique autour de transports en commun et d’une mobilité individuelle produisant de moins en moins de CO2. Décroissance destructrice et croissance du renouvelable et du durable vont de pair » (26-8-2008).
En somme,  Daniel Cohn-Bendit pense que l’on peut prendre le capitalisme sur son propre terrain… Mais on ne s’en sortira pas en remplaçant les avions par des TGV, ni l’électricité nucléaire par celle issue des énergies renouvelables. Il faut ralentir, réduire, changer de mode de vie, bref, faire décroître l’économie des pays riches, faire baisser la productivité.

Car qu’est-ce que cette croissance qualitative si ce n’est la relance par la consommation ? Ah non, nous dit Daniel Cohn-Bendit : « Si je dis qu’il faut provoquer, inventer de nouveaux besoins, de nouveaux désirs, j’ajoute il faut aussi pouvoir faire le tri entre ces besoins. Dans ce que le marché nous propose, il faut que nous puissions choisir. » C’est là qu’intervient un extraordinaire, très important, crucial et « meilleur exemple » pour Daniel Cohn-Bendit : « les programmes de télévision ». « Aujourd’hui en France, en Allemagne ou en Italie, il est inimaginable d’avoir seulement deux chaînes de télévision. Mais l’offre actuelle – trente, trente-cinq chaînes – est surabondante. Il faut donner aux individus le moyen de savoir choisir. Ce n’est pas évident. » On comprend mieux sa mise en garde selon laquelle « la critique de la société de consommation menée [dans les années 1960] est restée incomplète ». La voilà dûment complétée !

La Décroissance/Casseurs de pub - 11, place Croix-Pâquet - 69001 LYON

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser - Communauté : La commune des philosophes
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Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /2009 09:17
Jean-Paul Sartre
République des lettres - Paris,France
Définissant son existentialisme comme étant une philosophie de liberté, de responsabilité, d'action et de réalisme, Jean-Paul Sartre s'est opposé dès le ...
Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser - Communauté : La commune des philosophes
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