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Sören Kierkegaard (1813-1855), philosophe et théologien danois, est considéré comme le père de l’existentialisme. Dans ce livre, qui ne se veut qu’introduction à son œuvre, on rappelle en premier lieu le contexte historique, social et philosophique, dans lequel sa pensée s’est formée. On propose ensuite un itinéraire philosophique à travers les stades de l’existence et un parcours thématique où sont abordés les concepts fondamentaux de Kierkegaard : l’angoisse, l’ironie, la liberté, la responsabilité, le choix, l’authenticité, le désespoir, la finitude, l’Histoire, la communication indirecte. On insiste sur l’apport de Kierkegaard au débat philosophique en explicitant son appel au “devenir chrétien”, projet existentiel qui donne sens à sa critique de Hegel : le Sujet est singulier, indéterminé, libre ; il n’est pas pièce ou moment d’un Système, il produit son horizon, il a à être. On esquisse, enfin, les prolongements contemporains de cette œuvre unique, à mi-chemin entre la littérature et la philosophie, entre la logique et l’intuition mystique, qui a eu tant d’influence sur Gabriel Marcel, Jean-Paul Sartre, Karl Barth, Martin Heidegger, Léon Chestov, Emmanuel Lévinas, et Vladimir Jankélévitch, notamment. Charles Le Blanc, germaniste et docteur en philosophie, a publié une édition critique des Fragments de Friedrich Schlegel et Le miroir de l’âme, recueil de pensées de Lichtenberg.
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Fort d'une double formation médicale et philosophique, Ludwig Binswanger tentera une synthèse des idées freudiennes et des théories phénoménologiques de Husserl et Heidegger. Il sera le grand penseur de tout le courant de l'analyse existentielle qui a beaucoup marqué certains courants de la psychanalyse et de la psychiatrie moderne.
Originaire des environs du Lac de Constance, Binswanger (1881-1966) provient d'une famille d'érudits. Son père œuvrait déjà dans le domaine clinique et un de ses oncles avait traité Nietzsche. Sa
formation terminée, Binswanger vint combler le poste d'assistant de Bleuler laissé vacant par le départ de
Karl Abraham pour Berlin. C'est au Burghölzli, auprès de Bleuler et Jung qu'il s'initiera à la pensée freudienne. Il aura l'occasion de visiter Freud avec qui il liera une certaine amitié
qui perdurera malgré un certain éloignement sur le plan professionnel.
Lorsque, au début des années 1910, Jung rompt violemment avec le courant freudien, entraînant l'essentiel des disciples suisses, Binswanger reste un peu à l'écart, prenant ses distances face à tout ce conflit. Il sera, en 1919, du comité qui relancera la psychanalyse en Suisse en créant une Société officielle. Peu à peu toutefois il développera sa propre pensée sans que l'estime réciproque le liant à Freud ne soit remise en question.
Sacré vers – 260 avant J.-C., l’empereur Asoka, de la dynastie Maurya, régna durant trente-six ans et unifia le plus vaste territoire connu de l’histoire indienne. Souverain longtemps légendaire, réputé pour avoir tué ses quatre-vingt-dix-neuf frères afin d’accéder au pouvoir, il entra dans l’Histoire avec la découverte, à partir de 1837, de plusieurs piliers situés à des milliers de kilomètres les uns des autres et portant de longues inscriptions rédigées à la première personne : ce sont ses Édits. Dans ces textes, qui commencent par la formule « Le roi ami des dieux au regard amical parle ainsi », Asoka énonce, dans les six premiers : le progrès de la Loi, la définition de la Loi, le péché, les devoirs des contrôleurs et la protection des animaux. S’y ajoutent ensuite diverses mesures pour le bien-être des populations et autres ordonnances. La philosophie qui inspire les Édits est bouddhiste, et l’Empereur regrette les guerres du début de son règne, mais il ne renie pas le brahmanisme. Soucieux d’être compris de ses sujets, Asoka a fait écrire ses Édits en divers dialectes locaux, proches du prâkrit (lui-même dérivé du sanscrit), et adoptant les graphies du lieu. Ces Édits, qui forment un bref traité de politique et de morale, sont uniques dans l’histoire humaine : jamais Empereur ne s’est exprimé en termes semblables.
Traduit et commenté par Jules Bloch.
| Langue français |
| 216 p. Index. Bibliographie. Commentaires. Cartes. (2007) |
| ISBN-10 2251720154 |
| ISBN-13 978-2-251-72015-9 |
| Prix 25,00 € |
Une telle conception de Dieu, on comprend qu’on l’ait combattue avec acharnement. L’Être suprême n’était plus que l’horloger de l’univers une hypothèse commode, mais provisoire et en définitive invérifiable. Enfin, on a pu penser que l’on n’avait même plus besoin de lui. Dieu était mort : on était libre. Alors l’athéisme militant devint à son tour un culte, aussi persécuteur que le précédent. Pouvaient à nouveau s’exprimer ce que l’on avait cru éliminer, l’intolérance, le refus d’autrui. Comment formuler ce qui est par essence indicible ? Aujourd’hui cependant il le faut, même si l’on préfère le non-dit, si l’on sait que dans ce cas dire peut trahir, car les autres interrogent, il ont besoin que l’on nomme ce qu’ils n’osent plus nommer.
Dieu meurt peut-être, mais il ressuscite, tant il a dans le coeur de l’homme de profondes racines. Seulement, il ne peut ressusciter que sous une autre forme. C’est à une telle renaissance que nous assistons aujourd’hui.
Il y a de moins en moins de "fidèles", mais de plus en plus de "convertis", en prenant ce mot en son sens premier : celui qui s’est retourné, qui a regardé derrière lui. La véritable conversion est retournement vers le dedans et révélation d’une Présence. Il s’agit d’un éveil, du réveil du Dieu intérieur, celui du Mémorial de Pascal, du Mémorial de Jakob Böhme ; révélation soudaine, toujours inattendue, qui n’arrive pas seulement aux incroyants, mais peut aussibien intervenir dans la vie du croyant qu’elle change du tout au tout, ainsi qu en témoignent ceux que Je viens de citer. Pour eux, elle est "seconde naissance". "Il faut que vous naissiez de nouveau, si vous voulez voir le royaume de Dieu" (Evangile de Jean, III, 7).
Ce Dieu caché, qui au plus intime de l’être se révèle comme son principe, comme sa source, n’est plus celui de la foi historique, transmise et reçue ; il fait l’objet d’une expérience personnelle, la plus profonde, la plus bouleversante qui soit. Ce qui en nous l’appréhende n’est plus la raison, mais l’intuition qui seule procure évidence et certitude, puisque annulant toute distance entre le sujet et l’objet : elle les réunifie.
Lorsque Dieu parle à Moïse à travers le Buisson ardent et que celui-ci demande par quel nom il faut l’appeler, Dieu répond : "Je suis celui qui suis", ce qui ne peut signifier que ceci : il est le seul Être dont nous sommes les existants. Exister, c’est se tenir dehors, l’existant est à l’extérieur, au-dedans il y a Dieu. Nous sommes des créatures sorties de Lui, des êtres vivants qui naissent et par conséquent meurent, mais susceptibles peut-être d’un autre destin, puisque conçus "à l’image et à la ressemblance de Dieu", donc comme ses reflets, mais aussi comme des miroirs qui Le reflètent et avec Lui sa manifestation, la Création, dont nous faisons partie. S’il s’agissait seulement d’un Dieu intérieur, le péril serait grand de s’égarer, de s’abuser ; ce pourrait n’être là qu’une idée, qu’une rêverie qui retrancheraient l’individu en lui faisant croire qu’il est seul en communication personnelle avec le Divin.
Mais le Dieu intérieur est aussi le plus extérieur qui soit puisque, créateur de toutes choses visibles et invisibles, il est l’univers entier, l’Essence unique de la folle diversité des existants. Une telle vue aurait pu naguère être qualifiée de panthéiste, mais seulement dans le cadre du christianisme occidental, non dans l’orthodoxie pour laquelle Dieu est à la fois transcendant et immanent ; ce ne sont là en effet que des mots, ceux d’un vocabulaire rationaliste et scolastique qui n’a ici guère de sens.
La Création, pour qui sait la voir, est la manifestation tangible du Divin. Humainement, le Créateur peut être considéré comme l’Artiste suprême et incomparable, centre, source et unité de l’oeuvre. De cette Création, nous avons en tant qu’humains le privilège d’être les témoins par excellence, les témoins conscients. Notre rôle en son sein devient dès lors évident. Nous sommes nés pour la contempler, en jouir, mais la respecter, non pour la "maîtriser", usurpant une place qui ne saurait être la nôtre, ce qui veut dire finalement la violenter, la détruire, et nous avec. La vie de l’esprit propre à l’homme ne lui indique-t-elle pas sa véritable destinée ?
Pour celui qui a accompli la traversée des apparences, tout change de signe, tout redevient sacré. N’est-ce pas au fond ce que recherche, sans oser se l’avouer, l’homme d’aujourd’hui, celui tout au moins qui s’est rendu compte de l’absurdité d’un monde exclusivement profane, matérialiste et faussement rationaliste, qui ne peut trouver en lui-même sa signification, qui n’est plus que mort et anéantissement ?
Ce Dieu de l’expérience n’a évidemment plus de nom. Il est Celui qui est. Il ne s’appelle ni Yahwé ni Allah, ni même Dieu ni non plus le Tao (la Voie) dont il est dit que le Tao que l’on peut nommer n’est pas le véritable Tao. "Sans nom, il représente l’origine de l’univers. Avec un nom, il est la Mère de tous les êtres." Le Tao tö king distingue donc le Principe préalable à toute création et l’acte créateur. Ainsi, le fait que la Kabbale qui postule l’Infini (Ayn Soph), inconnaissable, impensable, antérieur à toutes extériorisations, mais dont toutes découlent par voie de procession, descendant l’échelle triple des séphiroths qui, d’étage en étage se matérialisent, donc se dégradent pour aboutir à notre monde, le Royaume (Malkhut). Ce schéma correspond au corps humain, de la tête aux Pieds, à celui du premier homme avant la chute, Adam Kadmon, lequel est aussi notre "visage originel", celui que par la méditation nous découvrons, nous redécouvrons au-dedans de nous. A ce titre, on a pu comparer l’arbre triple des séphiroths aux trois nadis du tantrisme que parcourt l’Énergie vitale, la Kundalini, qui monte et qui descend, du divin à l’incarnation, mais que le yogi comme le kabbaliste peut remonter. Ainsi vont et viennent, sur l’échelle de Jacob, les anges entre Dieu et l’homme. Autrement dit, si l’Énergie se dégrade en matière, pourquoi la matière ne redeviendraIt-elle pas Énergie ? Voilà, certes, qui donne le vertige. Mais pourquoi pas ? La Vérité ne peut être que vertigineuse.
Le Tao tö king parle de la création comme de l’œuvre de la Mère de tous les êtres, parèdre divine, comparable à ce qu’est dans le tantrisme la shakti, l’aspect féminin de l’absolu, l’Énergie secrètement à l’oeuvre en l’homme comme dans l’univers. Pourquoi en effet et comment Dieu serait-il seulement Père ? Sinon parce que les monothéismes sont issus de sociétés patriarcales. Les traditions considèrent bien plutôt la divinité comme androgyne, unissant, et transcendant en elle l’un et l’autre sexes, ce qui n’est évidemment encore qu’une façon trop humaine de parler.
La Création serait donc division divine. La réflexion chrétienne, fondée sur la personne du Christ à la fois Dieu et homme, distingue en Dieu trois Personnes, le Père Créateur, le Fils, Verbe et sauveur et l’Esprit, le Souffle, le Feu qui anime tout être, préfigurés dans l’Ancien Testament par les trois anges venus trouver Abraham, scène sublimement représentée par le grand moine peintre russe, Andreï Roublev.
Comment ne pas rapprocher cette Trinité de la Trimurti hindouiste : Brahma, le Créateur, Vishnou, le Mainteneur, le Conservateur et Shiva, le Destructeur, mais qui ne détruit la matière impermanente que pour libérer l’Esprit ? Ces trois dieux distincts ne sont eux aussi que les émanations de Brahma, le Dieu unique, immuable et absolu, mais qui réside pourtant dans le coeur de l’homme. La séparation entre monothéisme et polythéisme est artificielle et de surcroît malveillante. La pluralité des dieux n’est qu’une manière d’exprimer la diversité infinie des aspects du divin pour l’homme, les dieux n’étant que les hypostases du Principe unique.
Enfin, par une évolution inévitable, le christianisme a retrouvé l’antique Mère Divine, qui est Vierge, en la personne de Marie, femme devenue la Mère de Dieu et de ce fait intercesseur naturel entre l’homme et son divin Fils. Seulement, l’orthodoxie chez qui la Théotokos, celle qui enfante Dieu, fut de tout temps l’objet d’un culte fervent, ne présente pas le destin de l’homme, son rapport à Dieu de la même manière que le catholicisme et moins encore que les protestantismes, lesquels empruntèrent à Saint Kadmon, lequel est aussi notre Augustin, manichéen converti, le dogme aberrant de la double prédestination. Les Pères grecs de l’Église montrent que la Rédemption n’a pas seulement pour effet de vaincre le péché originel et sa conséquence, la mort.
Elle permet le retour d’Adam à Dieu - le Christ étant considéré comme le Nouvel Adam -, elle est promesse de la déification de l’homme et par lui de la Création tout entière. Saint Paul déjà l’avait dit : "La Création, en effet, a été assujettie à la vanitas (qu’il faut ici traduire en son sens premier de non-réalité, de vide intrinsèque), non de son gré, mais par la volonté de Celui qui l’y a soumise, avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu" (Romains, 8). Faut-il rappeler que le premier vœu du moine bouddhiste se formule ainsi : "Aussi nombreux que soient les êtres, je fais le voeu de les faire tous parvenir avec moi à l’Eveil" ?
"L’homme a été créé pour participer de tout son être (y compris le corps) à la vie divine, et la communiquer à l’univers" (O. Clément).
Pour l’orthodoxie, "Dieu s’est fait homme afin que l’homme puisse devenir Dieu. Il est devenu chair pour que l’homme devienne esprit." Dans cette perspective, elle met l’accent sur l’aspect intérieur du Divin, privilégie la méditation en tant que réunification du corps et de l’esprit, qui est hésychia, paix du cœur et prépare la contemplation infuse de la Présence divine.
Ainsi que l’exprime Maître Eckhart, si proche par certains côtés des mystiques grecs : "Tout ce que Dieu demande de la façon la plus pressante, c’est que tu sortes de toi-même, dans la mesure où tu es la créature, et de laisser Dieu être Dieu en toi."
La théologie occidentale est celle du Verbe qui divise, la théologie orientale celle de l’Esprit, du silence qui réunifie.
Alan Watts:
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Alan Watts est un personnage très important du Nouvel-Âge. Et, plus que cela, il est un exemple des valeurs qui ont subsisté de l’époque des années 60. |
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Britannique émigré en Amérique, il est devenu ministre épiscopalien, l’une des églises du protestantisme; on le considère comme un précurseur, au même titre que Aldous Huxley. Son premier ouvrage a paru en 1940 : il a donc eu tout le temps nécessaire pour aller chercher un nombre de lecteurs assez impressionnant et contribuer à changer beaucoup les mentalités. C’est aussi l’un des premiers animateurs d’Essalen. Aujourd’hui, on ne sait plus trop ce que c’est – tout passe tellement vite! Essalen était un centre de croissance en Californie, considéré, dans la petite histoire de cette époque, comme le centre-mère de tous les centres qui se sont répandus par la suite, un peu partout dans le monde. Il existe de Alan Watts des centaines d’audio-cassettes d’ateliers qu’il a animés un peu partout, et de conférences qui sont toutes plus intéressantes les unes que les autres. C’est un communicateur étonnant. Ses ouvrages sont un peu denses, mais j’y ai trouvé beaucoup matière à réflexion. D’ailleurs, c’est le titre d’un de ses ouvrages : Matière à réflexion. Coïncidence… Quand il suggère une réconciliation avec la Matière, cela me fait penser à un poème de Teilhard de Chardin, qui, un peu comme une prière, commence par : " Je te salue Matière… " |
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WATTS, Alan. Matière à réflexion, Éd. Denoël/Gonthier, Coll. " Médiations ",1968. |
À un moment, Watts fait le point sur le matérialisme de notre époque : " Si métaphysiques que puissent paraître ces considérations, il me semble que leurs aboutissants sont terre à terre et pratiques. Car notre civilisation ‘ matérialiste ’, vraiment mal nommée, devrait avant tout cultiver l’amour de ce qui est matériel, de la terre, de l’air et de l’eau, des montagnes et des forêts, de la bonne nourriture, de l’habitat et des vêtements pleins de fantaisie et des contacts tendres et habilement érotiques entre les corps humains. " C’est plein de sens. On se dit qu’on est matérialiste, mais, en même temps, voyez le tort qu’on cause à la matière, à l’environnement, en particulier. Et à nos corps, aussi. C’est pourquoi Watts préconise une réconciliation avec la Matière. Il faut préciser qu’après sa formation chrétienne, il a fait le tour des écoles de pensée et s’est plus particulièrement attaché au bouddhisme zen d’obédience japonaise. Il a également beaucoup contribué à répandre le courant des drogues psychédéliques et des expériences mystiques associées à ces drogues. À l’époque, c’était important tout cela, encore une fois dans le sillage de Huxley. L’illumination, le nirvana, et tout le reste ne doivent cependant pas faire oublier qu’il faut garder les pieds sur terre et surtout aimer la vie. Aimer la Matière. C’est à quoi nous invite sa réflexion. |
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WATTS, Alan. L’envers du néant. Le testament d’un sage, Éd. Denoël/Gonthier, Coll. " Médiations ",1978. |
" Le cours du temps ressemble beaucoup à la marche d’un bateau sur l’océan, écrit Alan Watts dans L’envers du néant. Le testament d’un sage. Derrière lui, le bateau laisse un sillage qui se dissout peu à peu, mais qui indique le passage du bateau, tout comme le passé et notre mémoire du passé nous disent ce que nous avons fait. Mais aussi loin que nous allions dans le passé, jusqu’à la Préhistoire ou bien plus loin encore grâce à toutes sortes d’instruments scientifiques pouvant détecter les traces, il arrive finalement un moment où toutes ces traces ont complètement disparu, comme le sillage du bateau. Ce qu’il est important de retenir de cet exemple, est que le sillage n’entraîne pas plus le navire que la queue du chien n’agite le chien. " Les textes de Watts sont remplis d’images cocasses... " L’énergie, l’origine du sillage, est toujours dans le navire lui-même, qui représente le présent. Vous pouvez repérer l’itinéraire du navire sur une carte et anticiper sa direction à partir du chemin déjà parcouru. Vous obtiendrez ainsi une tendance générale : vous pourrez donc estimer que puisque vous avez déduit un itinéraire futur à partir d’un itinéraire passé, vous êtes en droit de penser que les endroits où le navire est passé détermine les endroits par où il va passer. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Si vous persistez à dire que votre présent est le résultat de votre passé, vous vous trouvez dans la situation d’une personne qui conduit en regardant constamment dans le rétroviseur. Ce faisant vous n’êtes pas tourné vers le futur, mais vous êtes toujours en train de regarder par dessus votre épaule pour savoir comment il va vous falloir vous comporter. " Cette attitude est tout à fait caractéristique et c’est pourquoi les êtres humains trouvent si difficile d’apprendre et si difficile de s’adapter à de nouvelles situations. Comme nous recherchons toujours des précédents, des exemples tirés du passé, faisant autorité pour savoir ce que nous devons faire actuellement, nous avons l’impression que le passé nous surdétermine et qu’il est essentiel pour comprendre notre comportement. Mais, " En d’autres mots, n’allez pas chercher la création en remontant le sillage jusqu’à l’endroit où il s’évanouit. N’allez pas chercher la création de l’univers loin, très loin, dans le passé derrière vous. L’univers est en cours de création maintenant, dans le moment présent. C’est ici que tout commence. C’est à partir de ce point que la création se fraye son chemin pour finir par s’évanouir. " ajoute-t-il, il n’y a rien de tel. Vie et création jaillissent de vous maintenant.Et c’est lui, Alan Watts, qui avait eu ce mot merveilleux à la fin d’un atelier au cours duquel on avait soulevé de très grandes questions philosophiques : Métaphysique Zéro : " Ah, après toutes ces questions métaphysiques et philosophiques, il en reste une qu’il va falloir soulever et dont on n’a pas davantage la réponse : " Qui de nous va s’occuper de laver la vaisselle? " [rires] |
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Heidegger parle de la fin de la philosophie comme en fait la fin de la philosophie métaphysique et dialectique (bref de la pensée académique par genre et non par nuance), dans une conférence de 1964 et dans l'entretien que vous avons retranscrit et que vous retrouverez en vidéo ici : http://www.youtube.com/watch?v=P57WVtHhxMM&eurl= (à partir de la première minute voici le texte retranscrit) :
Bon la dernière phrase laisse dans le vague mais on est Heidegger ou on ne l'est pas, sa déréliction laissait déjà le lecteur dans le vague (tout comme l'Etre comme présence ou le Grand oeuvre). Mais cette pensée à la fois complexe, nuancée, tragique et surtout non-dialectique c'est ce à quoi nous nous attachons sur ce site. Sorte de preuve par l'expérience collective.
" Nul ne sait quel sera le destin de la pensée. En 1964, dans une conférence je n'ai pas prononcée moi-même mais dont le texte a été lu en traduction française, j'ai parlé
de la fin de la philosophie et de la tâche de la pensée". J'y ai fait une distinction entre philosophie c'est-à-dire la métaphysique, et la pensée telle que je l'entends. Cette pensée
est, fondamentalement, quant à la chose même, beaucoup plus simple que la philosophie, mais, en conséquence, beaucoup plus difficile à accomplir, et elle exige un
nouveau soin apporté au langage, et non une invention de termes nouveaux, comme je l'avais pensé jadis; bien plutôt un retour à la teneur originale de la langue qui nous est propre
mais qui est en proie à un dépérissement continuel. Un penseur à venir, qui sera peut-être placé devant la tâche d'assumer effectivement cette pensée que j'essaie seulement de
préparer, devra s'accommoder d'un mot qu'écrivit un jour Heinrich von Kleist et qui dit ... : "je m'efface devant quelqu'un qui n'est pas encore là, et m'incline un millénaire à
l'avance devant son esprit." "
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Un entretien avec le philosophe Rémi Brague.
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