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Mardi 10 juillet 2007 2 10 /07 /2007 12:41
Le stalker publie son lyber
 
« Nicholas Berg est mort pour les péchés de George Bush et Donald Rumsfeld » : déclaration extraordinaire du père de ce jeune Américain d’origine juive charcuté par les fous d’Allah. Il faudrait répondre que cet agneau, sans doute pas vraiment innocent, en tout cas ni plus ni moins coupable que n’importe lequel d’entre nous, est mort pour tous nos péchés, y compris ceux des chiens qui l’ont exécuté, y compris ceux de certains de nos journalistes qui, comme l’imbécile que je mentionnai ici même il y a quelques jours, ont insulté à mots couverts les Juifs. Blanc de Saint-Bonnet, Huysmans et Massignon auraient parlé de réversibilité des mérites. Bloy et Bernanos de communion des saints.
 
J’aurais dû y penser bien plus tôt, moi qui suis pourtant un lecteur fervent des ouvrages édités par L’Éclat, et ce au moins depuis la parution de deux livres de Jules Lequier, que j’offris imprudemment, il y a bien des années, à une étudiante en philosophie qui, aujourd’hui mariée à un chirurgien de quelque renom lyonnais, reste encore ce qu’elle a été et sera toujours : une étudiante en philosophie, pas même paradoxale comme son auteur fétiche, Kierkegaard, eût pu au moins le laisser espérer…
J’aurais dû y penser plus tôt mais au moins une critique, imparable, m’a retenu jusqu’ici de franchir ce dangereux Rubicond éthique : cette critique est simple et, comme toutes celles de son espèce, se trouve à la portée du premier imbécile s’étant penché pour la saisir ce qui, sur la Toile mondiale, représente un nombre assez considérable de messages plus ou moins malodorants déposés anonymement sur tel ou tel forum. Cette critique m’aurait reproché, en peu de mots et encore moins d’idées, de ne proposer des extraits de mon essai sur George Steiner qu’à la seule fin, ô combien vulgaire, de me remplir la panse, oubliant sans doute au passage que le concept même du lyber exalte quelque peu l’ancien anonymat propre aux auteurs des siècles passés, anonymat aujourd’hui totalement bafoué par le premier charcutier qui s’avise de publier ses inestimables mémoires…
Que mon fier contradicteur se rassure, les clauses draconiennes de mon contrat (le terme est totalement impropre d’ailleurs, je parlerais plutôt de « cédule »…) avec L’Harmattan fixent à mes royalties potentielles des objectifs tellement fantaisistes que, à moins de dépasser les ventes de Catherine Millet, Christian Bobin, Alexandre Jardin et Marie Darrieussecq confondus,  je risque encore, et ce pour quelques lustres je le crains, de devoir chercher fortune d’une façon beaucoup moins poétique que celle par laquelle ces illustres prosateurs au verbe versicolore ont conquis les cimes de l’excellence marchande.
Une autre critique, de plus d'ampleur, même si elle encore est affreusement banale, consisterait à me faire remarquer que ce livre, rédigé puis publié dans l'urgence, quasiment pas relu, m'est devenu plus étranger (oui, infiniment plus étranger) que celui que j'étais il y a dix ou quinze années.
Quoi qu'il en soit, voici donc que, à son tour, tardivement, sur les brisées de Michel Valensi expliquant l’intérêt du lyber avec des arguments ma foi convaincants (http://www.lyber-eclat.net/lyber/lybertxt.html), le stalker que je suis entame son exploration de la Zone purement virtuelle d’une écriture que le plus modeste, le plus imbécile ou son exact contraire pourront eux aussi parcourir, n’ayant même pas besoin, à la différence des courageux qui suivaient le vrai stalker, de poser exactement leurs pas sur les traces de leur guide, sous peine de s’exposer à des dangers inconnus.
Je commencerai donc le plus bêtement possible, c’est-à-dire logiquement, par la petite présentation de mon ouvrage que je donnai en quatrième de couverture du livre. Une dernière précision toutefois, que je crois utile : les différents extraits que je proposerai de mon livre, un par partie (en plus de l’avant-propos et de la conclusion) ne seront strictement rien de plus que cela, des extraits, n’ayant guère le temps, et encore moins les moyens techniques, de mettre en ligne mon livre dans sa totalité.
***
La Parole souffle sur notre poussière. Essai sur l’œuvre de George Steiner (L’Harmattan, 2001)
 
Nous avons tenté, en faisant dialoguer l'œuvre de Steiner avec d'autres œuvres qu'il admire (celles de Benjamin, de Kraus, de Kierkegaard) ou qu'il passe étrangement sous silence (comme celles de Bernanos ou de Bloy), de la placer sous un éclairage inhabituel : à nos yeux, l'auteur de Réelles présences est moins l'évident critique à l'intransigeante plume que l'exceptionnel sondeur du Mal. Car le siècle passé, qui a été le siècle de l'horreur absolue, n'a peut-être pas fini de nous livrer son noir secret : le Mal, le visage sordide et défiguré du Mal, que l'Occident depuis des siècles s'est complu à revêtir des masques les plus divers, est d'abord une bouche, n'est peut-être même qu'une bouche, prolixe et enjôleuse, de laquelle sort le flot noir du mensonge. C'est ainsi que Karl Kraus pouvait prétendre de façon paradoxale que le premier conflit mondial, avec ses millions de morts, était pourtant peu de chose si on le comparait à la destruction du langage opérée par le mensonge de la propagande. Steiner lui-même est dans ces pages l'héritier de ces auteurs qu'il a nommés pour s'en éloigner : logocrates, Pierre Boutang dont il était l'ami, Martin Heidegger ou Joseph de Maistre. Ceux-ci ont tenté de penser la question d'une détérioration du langage par la banalité et le mensonge, agissant comme une maladie, un cancer. Cette question est, dans l'œuvre de George Steiner, première, séminale ; non pas seulement le goût et le respect pour la culture classique ; non pas seulement le déchirant dialogue avec un christianisme beaucoup trop proche pour ne pas se ficher, dans la chair du penseur, comme une écharde de plus en plus pointue et blessante ; non pas même enfin la terrible question de Dieu. J'irais jusqu'à dire que la blessure que constitue, pour tout Juif, le mystère dévorant de la Shoah, n'est qu'une conséquence extrême du Mal, de ces paroles néfastes délivrées par la bouche de A. H., ce fantôme malfaisant, cet homme creux croupissant sur une terre dévastée.
 
Placée sous un tel éclairage, nous donnons à l'œuvre de ce penseur respecté mais bien souvent décrié sa place véritable, rien moins que vitale pour notre siècle : en sondant les ténèbres, nul doute que George Steiner nous enseigne de quelle réelle présence la réflexion contemporaine doit se charger si elle veut ne pas s'enfoncer piteusement dans la tourbière de la futilité et du bavardage.
***
Voici encore, pour finir, l'une des très rares critiques (quelques lignes...) qui ont paru sur ce livre, signée par Sébastien Lapaque :
« Dans un bel essai consacré à l’auteur de Passions impunies, Juan Asensio s’attarde […] sur les « relations compliquées, profondes, à la fois sombres et par moments festives », qu’entretient le christianisme avec la survivance juive et dont témoigne la belle et mystérieuse amitié entre Boutang et Steiner : « Cette rencontre entre Boutang et Steiner ne peut-être que la préfiguration redoutable – car une espèce de présence dangereuse rôde autour de ces deux hommes lorsqu’ils dialoguent, comme un ange terrible qui les oblige à dénuder leur vérité commune et pourtant indéracinablement autre – de la rencontre entre le Judaïsme et le Christianisme, appelés l’un et l’autre, tous deux appelés, non pas à nouer de plus inextricables liens que ceux qui les unissent depuis deux millénaires […], mais à éclaircir ces derniers. » Nous sommes loin des catégories racornies d’un œcuménisme bêtifiant : certains agents de la circulation idéologique s’en effraieront. N’importe. »
Sébastien Lapaque, Le Figaro Littéraire (7 février 2002)
Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Jeudi 12 juillet 2007 4 12 /07 /2007 18:01
Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Jeudi 12 juillet 2007 4 12 /07 /2007 19:50

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Kierkegaard

Livre broché - 11,00 €  Ajouter 
 
Résumé   |   Fiche technique
 

Sören Kierkegaard (1813-1855), philosophe et théologien danois, est considéré comme le père de l’existentialisme.

Dans ce livre, qui ne se veut qu’introduction à son œuvre, on rappelle en premier lieu le contexte historique, social et philosophique, dans lequel sa pensée s’est formée.

On propose ensuite un itinéraire philosophique à travers les stades de l’existence et un parcours thématique où sont abordés les concepts fondamentaux de Kierkegaard : l’angoisse, l’ironie, la liberté, la responsabilité, le choix, l’authenticité, le désespoir, la finitude, l’Histoire, la communication indirecte.

On insiste sur l’apport de Kierkegaard au débat philosophique en explicitant son appel au “devenir chrétien”, projet existentiel qui donne sens à sa critique de Hegel : le Sujet est singulier, indéterminé, libre ; il n’est pas pièce ou moment d’un Système, il produit son horizon, il a à être.

On esquisse, enfin, les prolongements contemporains de cette œuvre unique, à mi-chemin entre la littérature et la philosophie, entre la logique et l’intuition mystique, qui a eu tant d’influence sur Gabriel Marcel, Jean-Paul Sartre, Karl Barth, Martin Heidegger, Léon Chestov, Emmanuel Lévinas, et Vladimir Jankélévitch, notamment.

Charles Le Blanc, germaniste et docteur en philosophie, a publié une édition critique des Fragments de Friedrich Schlegel et Le miroir de l’âme, recueil de pensées de Lichtenberg.

 

Langue français
144 p. (1998)
ISBN-10 2-251-76009-1
ISBN-13 978-2-251-76009
Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Samedi 14 juillet 2007 6 14 /07 /2007 16:24

Genre : Religions, Psychanalyse
Collection : Essais Payot
Traduit de l'Anglais par Corinne Marotte
Postface de Fabrice Midal

Comme la psychanalyse, le bouddhisme parle de la souffrance, de ses causes, et du moyen de la faire cesser. L’une et l’autre affirment aussi qu’il est possible de changer et de se transformer : nous ne sommes pas voués à reproduire les comportements qui nous entravent ; nous pouvons comprendre ce qui nous arrive.

Psychanalyste et bouddhiste, membre de la British Psycho-Analytical Society, Nina Coltart (1917-1997) a longtemps dirigé la London Clinic of Psychoanalysis. Unanimement respectée par ses pairs et ses innombrables patients pour son écoute, son indépendance d’esprit, son intégrité intellectuelle et sa limpidité d’expression, elle montre ici comment la pratique conjointe de la psychanalyse et du bouddhisme peut être harmonieuse, riche d’enseignement, et en quoi ces deux approches se renforcent mutuellement.
 
Nina Coltart
Nina Coltart (1917-1997), psychanalyste et bouddhiste, membre de la British Psycho-Analytical Society, a longtemps dirigé la London Clinic of Psychoanalysis.
 
 
 

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Dimanche 15 juillet 2007 7 15 /07 /2007 17:13

Ludwig Binswanger

    Fort d'une double formation médicale et philosophique, Ludwig Binswanger tentera une synthèse des idées freudiennes et des théories phénoménologiques de Husserl et Heidegger. Il sera le grand penseur de tout le courant de l'analyse existentielle qui a beaucoup marqué certains courants de la psychanalyse et de la psychiatrie moderne. 

Ludwig Binswanger     Originaire des environs du Lac de Constance, Binswanger (1881-1966) provient d'une famille d'érudits. Son père œuvrait déjà dans le domaine clinique et un de ses oncles avait traité Nietzsche. Sa formation terminée, Binswanger vint combler le poste d'assistant de Bleuler laissé vacant par le départ de Karl Abraham pour Berlin. C'est au Burghölzli, auprès de Bleuler et Jung qu'il s'initiera à la pensée freudienne. Il aura l'occasion de visiter Freud avec qui il liera une certaine amitié qui perdurera malgré un certain éloignement sur le plan professionnel. 

    Lorsque, au début des années 1910, Jung rompt violemment avec le courant freudien, entraînant l'essentiel des disciples suisses, Binswanger reste un peu à l'écart, prenant ses distances face à tout ce conflit. Il sera, en 1919, du comité qui relancera la psychanalyse en Suisse en créant une Société officielle. Peu à peu toutefois il développera sa propre pensée sans que l'estime réciproque le liant à Freud ne soit remise en question. 

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Lundi 16 juillet 2007 1 16 /07 /2007 20:21
Asoka
Les Inscriptions d'Asoka

bilingue francais/dialectes prâkrit

Livre broché - 25,00 €  Ajouter 
 
Résumé   |   Fiche technique
 

Sacré vers – 260 avant J.-C., l’empereur Asoka, de la dynastie Maurya, régna durant trente-six ans et unifia le plus vaste territoire connu de l’histoire indienne. Souverain longtemps légendaire, réputé pour avoir tué ses quatre-vingt-dix-neuf frères afin d’accéder au pouvoir, il entra dans l’Histoire avec la découverte, à partir de 1837, de plusieurs piliers situés à des milliers de kilomètres les uns des autres et portant de longues inscriptions rédigées à la première personne : ce sont ses Édits. Dans ces textes, qui commencent par la formule « Le roi ami des dieux au regard amical parle ainsi », Asoka énonce, dans les six premiers : le progrès de la Loi, la définition de la Loi, le péché, les devoirs des contrôleurs et la protection des animaux. S’y ajoutent ensuite diverses mesures pour le bien-être des populations et autres ordonnances. La philosophie qui inspire les Édits est bouddhiste, et l’Empereur regrette les guerres du début de son règne, mais il ne renie pas le brahmanisme. Soucieux d’être compris de ses sujets, Asoka a fait écrire ses Édits en divers dialectes locaux, proches du prâkrit (lui-même dérivé du sanscrit), et adoptant les graphies du lieu. Ces Édits, qui forment un bref traité de politique et de morale, sont uniques dans l’histoire humaine : jamais Empereur ne s’est exprimé en termes semblables.

Traduit et commenté par Jules Bloch.

 

Langue français
216 p. Index. Bibliographie. Commentaires. Cartes. (2007)
ISBN-10 2251720154
ISBN-13 978-2-251-72015-9
Prix 25,00
Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Jeudi 19 juillet 2007 4 19 /07 /2007 15:26

L’innommable

par Jacques Brosse

Au nom de Dieu, on a commis tant d’injustices, tant d’infamies que le mot en est resté souillé. Nommer Dieu, n’est-ce pas, ainsi que le croit la pensée primitive, vouloir se l’approprier, lui assigner un rôle, en faire un masque sous lequel s’abritent le fanatisme, le refus de celui qui ne pense pas comme vous ? Ainsi agirent les monothéismes qui, à l’origine, firent de Dieu le chef de la tribu, le maître d’un peuple qu’il aurait élu, excluant tous les autres, un Dieu vengeur, un Père céleste et tout puissant, qui récompense et qui punit.

Une telle conception de Dieu, on comprend qu’on l’ait combattue avec acharnement. L’Être suprême n’était plus que l’horloger de l’univers une hypothèse commode, mais provisoire et en définitive invérifiable. Enfin, on a pu penser que l’on n’avait même plus besoin de lui. Dieu était mort : on était libre. Alors l’athéisme militant devint à son tour un culte, aussi persécuteur que le précédent. Pouvaient à nouveau s’exprimer ce que l’on avait cru éliminer, l’intolérance, le refus d’autrui. Comment formuler ce qui est par essence indicible ? Aujourd’hui cependant il le faut, même si l’on préfère le non-dit, si l’on sait que dans ce cas dire peut trahir, car les autres interrogent, il ont besoin que l’on nomme ce qu’ils n’osent plus nommer.

Dieu meurt peut-être, mais il ressuscite, tant il a dans le coeur de l’homme de profondes racines. Seulement, il ne peut ressusciter que sous une autre forme. C’est à une telle renaissance que nous assistons aujourd’hui.

Il y a de moins en moins de "fidèles", mais de plus en plus de "convertis", en prenant ce mot en son sens premier : celui qui s’est retourné, qui a regardé derrière lui. La véritable conversion est retournement vers le dedans et révélation d’une Présence. Il s’agit d’un éveil, du réveil du Dieu intérieur, celui du Mémorial de Pascal, du Mémorial de Jakob Böhme ; révélation soudaine, toujours inattendue, qui n’arrive pas seulement aux incroyants, mais peut aussibien intervenir dans la vie du croyant qu’elle change du tout au tout, ainsi qu en témoignent ceux que Je viens de citer. Pour eux, elle est "seconde naissance". "Il faut que vous naissiez de nouveau, si vous voulez voir le royaume de Dieu" (Evangile de Jean, III, 7).

Ce Dieu caché, qui au plus intime de l’être se révèle comme son principe, comme sa source, n’est plus celui de la foi historique, transmise et reçue ; il fait l’objet d’une expérience personnelle, la plus profonde, la plus bouleversante qui soit. Ce qui en nous l’appréhende n’est plus la raison, mais l’intuition qui seule procure évidence et certitude, puisque annulant toute distance entre le sujet et l’objet : elle les réunifie.

Lorsque Dieu parle à Moïse à travers le Buisson ardent et que celui-ci demande par quel nom il faut l’appeler, Dieu répond : "Je suis celui qui suis", ce qui ne peut signifier que ceci : il est le seul Être dont nous sommes les existants. Exister, c’est se tenir dehors, l’existant est à l’extérieur, au-dedans il y a Dieu. Nous sommes des créatures sorties de Lui, des êtres vivants qui naissent et par conséquent meurent, mais susceptibles peut-être d’un autre destin, puisque conçus "à l’image et à la ressemblance de Dieu", donc comme ses reflets, mais aussi comme des miroirs qui Le reflètent et avec Lui sa manifestation, la Création, dont nous faisons partie. S’il s’agissait seulement d’un Dieu intérieur, le péril serait grand de s’égarer, de s’abuser ; ce pourrait n’être là qu’une idée, qu’une rêverie qui retrancheraient l’individu en lui faisant croire qu’il est seul en commu­nication personnelle avec le Divin.

Mais le Dieu intérieur est aussi le plus extérieur qui soit puisque, créateur de toutes choses visibles et invisibles, il est l’univers entier, l’Essence unique de la folle diversité des existants. Une telle vue aurait pu naguère être qualifiée de panthéiste, mais seulement dans le cadre du christianisme occidental, non dans l’orthodoxie pour laquelle Dieu est à la fois transcendant et immanent ; ce ne sont là en effet que des mots, ceux d’un vocabulaire rationaliste et scolastique qui n’a ici guère de sens.

La Création, pour qui sait la voir, est la manifestation tangible du Divin. Humainement, le Créateur peut être considéré comme l’Artiste suprême et incomparable, centre, source et unité de l’oeuvre. De cette Création, nous avons en tant qu’humains le privilège d’être les témoins par excellence, les témoins conscients. Notre rôle en son sein devient dès lors évident. Nous sommes nés pour la contempler, en jouir, mais la respecter, non pour la "maîtriser", usurpant une place qui ne saurait être la nôtre, ce qui veut dire finalement la violenter, la détruire, et nous avec. La vie de l’esprit propre à l’homme ne lui indique-t-elle pas sa véritable destinée ?

Pour celui qui a accompli la traversée des apparences, tout change de signe, tout redevient sacré. N’est-ce pas au fond ce que recherche, sans oser se l’avouer, l’homme d’aujourd’hui, celui tout au moins qui s’est rendu compte de l’absurdité d’un monde exclusivement profane, matérialiste et faussement rationaliste, qui ne peut trouver en lui-même sa signification, qui n’est plus que mort et anéantissement ?

Vertige de la vérité

Ce Dieu de l’expérience n’a évidemment plus de nom. Il est Celui qui est. Il ne s’appelle ni Yahwé ni Allah, ni même Dieu ni non plus le Tao (la Voie) dont il est dit que le Tao que l’on peut nommer n’est pas le véritable Tao. "Sans nom, il représente l’origine de l’univers. Avec un nom, il est la Mère de tous les êtres." Le Tao tö king distingue donc le Principe préalable à toute création et l’acte créateur. Ainsi, le fait que la Kabbale qui postule l’Infini (Ayn Soph), inconnaissable, impensable, antérieur à toutes extériorisations, mais dont toutes découlent par voie de procession, descendant l’échelle triple des séphiroths qui, d’étage en étage se matérialisent, donc se dégradent pour aboutir à notre monde, le Royaume (Malkhut). Ce schéma correspond au corps humain, de la tête aux Pieds, à celui du premier homme avant la chute, Adam Kadmon, lequel est aussi notre "visage originel", celui que par la méditation nous découvrons, nous redécouvrons au-dedans de nous. A ce titre, on a pu comparer l’arbre triple des séphiroths aux trois nadis du tantrisme que parcourt l’Énergie vitale, la Kundalini, qui monte et qui descend, du divin à l’incarnation, mais que le yogi comme le kabbaliste peut remonter. Ainsi vont et viennent, sur l’échelle de Jacob, les anges entre Dieu et l’homme. Autrement dit, si l’Énergie se dégrade en matière, pourquoi la matière ne redeviendraIt-elle pas Énergie ? Voilà, certes, qui donne le vertige. Mais pourquoi pas ? La Vérité ne peut être que vertigineuse.

Le Tao tö king parle de la création comme de l’œuvre de la Mère de tous les êtres, parèdre divine, comparable à ce qu’est dans le tantrisme la shakti, l’aspect féminin de l’absolu, l’Énergie secrètement à l’oeuvre en l’homme comme dans l’univers. Pourquoi en effet et comment Dieu serait-il seulement Père ? Sinon parce que les monothéismes sont issus de sociétés patriarcales. Les traditions considèrent bien plutôt la divinité comme androgyne, unissant, et transcendant en elle l’un et l’autre sexes, ce qui n’est évidemment encore qu’une façon trop humaine de parler.

La Création serait donc division divine. La réflexion chrétienne, fondée sur la personne du Christ à la fois Dieu et homme, distingue en Dieu trois Personnes, le Père Créateur, le Fils, Verbe et sauveur et l’Esprit, le Souffle, le Feu qui anime tout être, préfigurés dans l’Ancien Testament par les trois anges venus trouver Abraham, scène sublimement représentée par le grand moine peintre russe, Andreï Roublev.

Comment ne pas rapprocher cette Trinité de la Trimurti hindouiste : Brahma, le Créateur, Vishnou, le Mainteneur, le Conservateur et Shiva, le Destructeur, mais qui ne détruit la matière impermanente que pour libérer l’Esprit ? Ces trois dieux distincts ne sont eux aussi que les émanations de Brahma, le Dieu unique, immuable et absolu, mais qui réside pourtant dans le coeur de l’homme. La séparation entre monothéisme et polythéisme est artificielle et de surcroît malveillante. La pluralité des dieux n’est qu’une manière d’exprimer la diversité infinie des aspects du divin pour l’homme, les dieux n’étant que les hypostases du Principe unique.

Enfin, par une évolution inévitable, le christianisme a retrouvé l’antique Mère Divine, qui est Vierge, en la personne de Marie, femme devenue la Mère de Dieu et de ce fait intercesseur naturel entre l’homme et son divin Fils. Seulement, l’orthodoxie chez qui la Théotokos, celle qui enfante Dieu, fut de tout temps l’objet d’un culte fervent, ne présente pas le destin de l’homme, son rapport à Dieu de la même manière que le catholicisme et moins encore que les protestantismes, lesquels empruntèrent à Saint Kadmon, lequel est aussi notre Augustin, manichéen converti, le dogme aberrant de la double prédestination. Les Pères grecs de l’Église montrent que la Rédemption n’a pas seulement pour effet de vaincre le péché originel et sa conséquence, la mort.

Elle permet le retour d’Adam à Dieu - le Christ étant considéré comme le Nouvel Adam -, elle est promesse de la déification de l’homme et par lui de la Création tout entière. Saint Paul déjà l’avait dit : "La Création, en effet, a été assujettie à la vanitas (qu’il faut ici traduire en son sens premier de non-réalité, de vide intrinsèque), non de son gré, mais par la volonté de Celui qui l’y a soumise, avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu" (Romains, 8). Faut-il rappeler que le premier vœu du moine bouddhiste se formule ainsi : "Aussi nombreux que soient les êtres, je fais le voeu de les faire tous parvenir avec moi à l’Eveil" ?

"L’homme a été créé pour participer de tout son être (y compris le corps) à la vie divine, et la communiquer à l’univers" (O. Clément).

Pour l’orthodoxie, "Dieu s’est fait homme afin que l’homme puisse devenir Dieu. Il est devenu chair pour que l’homme devienne esprit." Dans cette perspective, elle met l’accent sur l’aspect intérieur du Divin, privilégie la méditation en tant que réunification du corps et de l’esprit, qui est hésychia, paix du cœur et prépare la contemplation infuse de la Présence divine.

Ainsi que l’exprime Maître Eckhart, si proche par certains côtés des mystiques grecs : "Tout ce que Dieu demande de la façon la plus pressante, c’est que tu sortes de toi-même, dans la mesure où tu es la créature, et de laisser Dieu être Dieu en toi."

La théologie occidentale est celle du Verbe qui divise, la théologie orientale celle de l’Esprit, du silence qui réunifie.



Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Jeudi 19 juillet 2007 4 19 /07 /2007 16:26
   

Alan Watts:
regard sur le matérialisme de notre époque

   

Alan Watts est un personnage très important du Nouvel-Âge. Et, plus que cela, il est un exemple des valeurs qui ont subsisté de l’époque des années 60.

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Britannique émigré en Amérique, il est devenu ministre épiscopalien, l’une des églises du protestantisme; on le considère comme un précurseur, au même titre que Aldous Huxley. Son premier ouvrage a paru en 1940 : il a donc eu tout le temps nécessaire pour aller chercher un nombre de lecteurs assez impressionnant et contribuer à changer beaucoup les mentalités.

C’est aussi l’un des premiers animateurs d’Essalen. Aujourd’hui, on ne sait plus trop ce que c’est – tout passe tellement vite! Essalen était un centre de croissance en Californie, considéré, dans la petite histoire de cette époque, comme le centre-mère de tous les centres qui se sont répandus par la suite, un peu partout dans le monde.

Il existe de Alan Watts des centaines d’audio-cassettes d’ateliers qu’il a animés un peu partout, et de conférences qui sont toutes plus intéressantes les unes que les autres. C’est un communicateur étonnant. Ses ouvrages sont un peu denses, mais j’y ai trouvé beaucoup matière à réflexion. D’ailleurs, c’est le titre d’un de ses ouvrages : Matière à réflexion. Coïncidence… Quand il suggère une réconciliation avec la Matière, cela me fait penser à un poème de Teilhard de Chardin, qui, un peu comme une prière, commence par : " Je te salue Matière… "

D’après :

WATTS, Alan. Matière à réflexion, Éd. Denoël/Gonthier, Coll. " Médiations ",1968.

 
À un moment, Watts fait le point sur le matérialisme de notre époque : " Si métaphysiques que puissent paraître ces considérations, il me semble que leurs aboutissants sont terre à terre et pratiques. Car notre civilisation ‘ matérialiste ’, vraiment mal nommée, devrait avant tout cultiver l’amour de ce qui est matériel, de la terre, de l’air et de l’eau, des montagnes et des forêts, de la bonne nourriture, de l’habitat et des vêtements pleins de fantaisie et des contacts tendres et habilement érotiques entre les corps humains. " C’est plein de sens.

On se dit qu’on est matérialiste, mais, en même temps, voyez le tort qu’on cause à la matière, à l’environnement, en particulier. Et à nos corps, aussi. C’est pourquoi Watts préconise une réconciliation avec la Matière. Il faut préciser qu’après sa formation chrétienne, il a fait le tour des écoles de pensée et s’est plus particulièrement attaché au bouddhisme zen d’obédience japonaise. Il a également beaucoup contribué à répandre le courant des drogues psychédéliques et des expériences mystiques associées à ces drogues. À l’époque, c’était important tout cela, encore une fois dans le sillage de Huxley. L’illumination, le nirvana, et tout le reste ne doivent cependant pas faire oublier qu’il faut garder les pieds sur terre et surtout aimer la vie. Aimer la Matière. C’est à quoi nous invite sa réflexion.

D’après :

WATTS, Alan. L’envers du néant. Le testament d’un sage, Éd. Denoël/Gonthier, Coll. " Médiations ",1978.

 
" Le cours du temps ressemble beaucoup à la marche d’un bateau sur l’océan
, écrit Alan Watts dans L’envers du néant. Le testament d’un sage. Derrière lui, le bateau laisse un sillage qui se dissout peu à peu, mais qui indique le passage du bateau, tout comme le passé et notre mémoire du passé nous disent ce que nous avons fait. Mais aussi loin que nous allions dans le passé, jusqu’à la Préhistoire ou bien plus loin encore grâce à toutes sortes d’instruments scientifiques pouvant détecter les traces, il arrive finalement un moment où toutes ces traces ont complètement disparu, comme le sillage du bateau. Ce qu’il est important de retenir de cet exemple, est que le sillage n’entraîne pas plus le navire que la queue du chien n’agite le chien. "

Les textes de Watts sont remplis d’images cocasses...

" L’énergie, l’origine du sillage, est toujours dans le navire lui-même, qui représente le présent. Vous pouvez repérer l’itinéraire du navire sur une carte et anticiper sa direction à partir du chemin déjà parcouru. Vous obtiendrez ainsi une tendance générale : vous pourrez donc estimer que puisque vous avez déduit un itinéraire futur à partir d’un itinéraire passé, vous êtes en droit de penser que les endroits où le navire est passé détermine les endroits par où il va passer. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Si vous persistez à dire que votre présent est le résultat de votre passé, vous vous trouvez dans la situation d’une personne qui conduit en regardant constamment dans le rétroviseur. Ce faisant vous n’êtes pas tourné vers le futur, mais vous êtes toujours en train de regarder par dessus votre épaule pour savoir comment il va vous falloir vous comporter.

" Cette attitude est tout à fait caractéristique et c’est pourquoi les êtres humains trouvent si difficile d’apprendre et si difficile de s’adapter à de nouvelles situations. Comme nous recherchons toujours des précédents, des exemples tirés du passé, faisant autorité pour savoir ce que nous devons faire actuellement, nous avons l’impression que le passé nous surdétermine et qu’il est essentiel pour comprendre notre comportement. Mais,

" En d’autres mots, n’allez pas chercher la création en remontant le sillage jusqu’à l’endroit où il s’évanouit. N’allez pas chercher la création de l’univers loin, très loin, dans le passé derrière vous. L’univers est en cours de création maintenant, dans le moment présent. C’est ici que tout commence. C’est à partir de ce point que la création se fraye son chemin pour finir par s’évanouir. "

ajoute-t-il, il n’y a rien de tel. Vie et création jaillissent de vous maintenant.

Et c’est lui, Alan Watts, qui avait eu ce mot merveilleux à la fin d’un atelier au cours duquel on avait soulevé de très grandes questions philosophiques : Métaphysique Zéro : " Ah, après toutes ces questions métaphysiques et philosophiques, il en reste une qu’il va falloir soulever et dont on n’a pas davantage la réponse : " Qui de nous va s’occuper de laver la vaisselle? "

[rires]

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.

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Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Samedi 21 juillet 2007 6 21 /07 /2007 00:10

Heidegger parle de la fin de la philosophie comme en fait la fin de la philosophie métaphysique et dialectique (bref de la pensée académique par genre et non par nuance), dans une conférence  de 1964 et dans l'entretien que vous avons retranscrit et que vous retrouverez en vidéo ici : http://www.youtube.com/watch?v=P57WVtHhxMM&eurl=

(à partir de la première minute voici le texte retranscrit) :

 

 

 

Bon la dernière phrase laisse dans le vague mais on est Heidegger ou on ne l'est pas, sa déréliction laissait déjà le lecteur dans le vague (tout comme l'Etre comme présence ou le Grand oeuvre). Mais cette pensée à la fois complexe, nuancée, tragique et surtout non-dialectique c'est ce à quoi nous nous attachons sur ce site. Sorte de preuve par l'expérience collective.

  " Nul ne sait quel sera le destin de la pensée. En 1964, dans une conférence je n'ai pas prononcée moi-même mais dont le texte a été lu en traduction française, j'ai parlé de la fin de la philosophie et de la tâche de la pensée". J'y ai fait une distinction entre philosophie c'est-à-dire la métaphysique, et la pensée telle que je l'entends. Cette pensée est, fondamentalement, quant à la chose même, beaucoup plus simple que la philosophie, mais, en conséquence, beaucoup plus difficile à accomplir, et elle  exige un nouveau soin apporté au langage, et non une invention de termes nouveaux, comme je l'avais pensé jadis; bien plutôt un retour à la teneur originale de la langue qui nous est propre mais qui est en proie à un dépérissement continuel. Un penseur à venir, qui sera peut-être placé devant la tâche d'assumer effectivement cette pensée que j'essaie seulement de préparer, devra s'accommoder d'un mot qu'écrivit un jour Heinrich von Kleist et qui dit ... : "je m'efface devant quelqu'un qui n'est pas encore là, et m'incline un millénaire à l'avance devant son esprit." "



Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Dimanche 22 juillet 2007 7 22 /07 /2007 13:08
Il a mené une explication silencieuse avec le christianisme »
Propos recueillis par PAUL-FRANÇOIS PAOLI.
 Publié le 18 janvier 2007

Un entretien avec le philosophe Rémi Brague.

 
LE FIGARO LITTÉRAIRE. - Dans votre livre sur Heidegger, paru sous la direction de Maxence Caron *, vous écrivez que le projet du penseur relevait d'une « transformation de l'homme ». Qu'entendez-vous par là ? 
 
Rémi BRAGUE. - Cette formule n'est pas de moi, mais de Heidegger lui-même, dans ses cours de la fin des années 1920. Il est d'ailleurs encore plus radical, puisqu'il parle de « révolutionner » le concept d'homme, voire d'« attaquer » l'homme. Non en posant des bombes, mais en « libérant l'humanité dans l'homme », en replaçant celui-ci devant sa tâche : être à la hauteur de ce qu'implique l'honneur d'être homme. Cette « humanité » en l'homme est ce que Heidegger appelle le dasein, le fait d'être en sachant que l'on est, et que l'on est responsable et mortel.
 
On a beaucoup évoqué la relation, aussi bien personnelle que philosophique, du penseur avec le christianisme. Comment définiriez-vous celle-ci ? 
 
Complexe, c'est le mot ! Quant à sa biographie, Heidegger est issu d'un milieu catholique de petites gens, fils de sacristain. Son frère Fritz a eu un fils prêtre. Le petit Martin a été lui-même enfant de choeur, et a fait toutes ses études grâce à des bourses de l'Église. Il a été quelques semaines novice chez les jésuites, et, une fois à l'université, a étudié, aussi, la théologie. Il s'est détaché de la foi, à la fin des années 1910, non sans souffrance et peut-être nostalgie. Heidegger a dit avoir mené sa vie durant une « explication silencieuse avec le christianisme ». Sa pensée même s'est élaborée dans un dialogue avec des philosophes chrétiens. Ses cours des années 1920 et 1921 commentent saint Paul et les Confessions de saint Augustin. En 1929, Heidegger mentionne encore Kierkegaard comme celui qui a rendu possible une nouvelle forme d'ontologie. Puis, il s'intéresse moins aux théologiens qu'aux poètes. Hölderlin prend alors pour lui une importance capitale, un peu comparable à celle d'un texte sacré. Si Heidegger critique souvent le christianisme, il parle assez peu du Christ. Mais il attaque de façon répétée l'idée de création du monde, qu'il comprend comme un lien de causalité entre Dieu et ce qui existe. Et il reproche à la foi d'empêcher que l'on s'interroge vraiment sur ce que c'est que l'homme et le monde.
 
Les textes inédits de Heidegger traduits récemment modifient-ils la perception que vous avez du penseur ? 
 
La publication des cours et traités inédits a commencé en 1976 avec l'édition des oeuvres complètes. Celle-ci doit comporter une centaine de volumes. Une cinquantaine sont déjà disponibles, et plusieurs déjà traduits. Rien n'apporte de révélation bouleversante. C'est plutôt une pensée qui se déploie et se montre peu à peu plus riche, plus complexe, plus profonde. Ainsi de la fameuse phrase « seul un dieu peut encore nous sauver », prononcée en 1966, lors d'un entretien avec l'hebdomadaire Der Spiegel, et qui avait soulevé tant de perplexité. On en voit un peu mieux le sens en lisant les Contributions à la philosophie, écrites en 1936, mais qui n'ont été publiées qu'en 1989, et où il est question du « dernier dieu ». Il n'est pas exclu que Heidegger ait rêvé d'une sorte de nouvelle religion qui traduirait, pour le peuple, les pensées de la philosophie. Auquel cas, Heidegger se replacerait dans toute une tradition, car l'idée est déjà présente dans ce qu'on appelle « Le plus ancien programme de l'idéalisme allemand », auquel Hölderlin avec Hegel et Schelling ont contribué.
 
L'ouvrage collectif dirigé par François Fédier peut-il clore le débat concernant les engagements politiques de celui-ci ? 
 
Je serais surpris que le débat puisse se clore. D'abord, parce que reconstituer le contexte, essayer de comprendre, évaluer les erreurs, voire les fautes, que Heidegger a lui-même reconnues, est une tâche de longue haleine. Ensuite, parce que ces polémiques reviennent périodiquement, à peu près tous les vingt ans. Elles profitent à tout le monde, et pas seulement aux éditeurs et journalistes. Aux auteurs : quand on est incapable d'écrire une oeuvre, on peut toujours attaquer Heidegger. Aux lecteurs : une fois un penseur discrédité, on peut s'épargner la peine de l'étudier et de s'exposer aux questions cruciales qu'il pose.
 
* Heidegger, Le Cerf, mars 2005. 565 p. 34 €.
 

 

 


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Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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