l’est toujours par delà bien et mal. »
(§153)

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Gouguenheim s'explique |

C'est le rabbin de l'intelligentsia. Ce qui ne l'a pas toujours servi. Gilles Bernheim est celui dont on salue la pensée, pour mieux souligner son austérité. À 56 ans, le philosophe au regard bleu et à l'allure d'éternel étudiant accède enfin à la tête de la communauté juive de France. Alors qu'un jeune juif portant la kippa s'est fait lyncher dans le XIXe arrondissement de Paris. Alors que l'émotion se joue de la raison. Lui choisit la prudence : «Il appartient à la justice de déterminer les circonstances de l'agression et les mobiles des auteurs.» Même si «le caractère antisémite est probable, je ne dis pas certain, seulement probable».
Cette réserve tranche, dans un monde communautaire souvent à fleur de peau. Pourtant, Gilles Bernheim connaît les regards et les insultes dont souffrent certains juifs. «Avec mon chapeau et ma barbe, on m'identifie facilement. À plusieurs reprises, on m'a traité de sale juif», raconte-t-il. Comme le grand rabbin Sitruk avant lui, il conseille aux croyants d'abdiquer d'un symbole, la kippa, pour la remplacer par un couvre-chef plus anodin. Et de rester «exemplaires».
Ce rôle d'éclaireur lui sied. «Le grand rabbin est un homme de morale», rappelle-t-il, «un éducateur». Il devra désormais guider fidèles et rabbins sur les grandes questions religieuses. Et incarner le judaïsme pour les autres. Or ce regard juif sur la société, celui d'Un rabbin dans la cité, titre d'un de ses livres, Gilles Bernheim le cultive depuis des années dans des publications portant aussi bien sur la laïcité que sur l'euthanasie, le mariage, l'Europe… C'est sur ses écrits qu'il a construit sa renommée. «Il donne à réfléchir», assure l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), qui avait ouvertement pris son parti. Un objectif qu'il assume, avec ses contraintes. Avant de formuler une réponse, Gilles Bernheim se plonge dans la réflexion. Longuement. Un cheminement étonnement lent dans un monde où la communication va de slogan en formule, où la religion se décline par commandement. Cette intransigeance lui vaut des détracteurs. On lui reproche d'être loin de la base. Lui assure avoir appris la vie, depuis 1994, lorsque rabbin des étudiants, il s'était présenté pour devenir grand rabbin de France et s'était incliné contre Joseph Sitruk. «Entre-temps, je suis devenu le rabbin d'une communauté (la Victoire), j'ai changé de langage, pour me faire comprendre.» Entre-temps, la «communauté a également évolué», estime pour sa part Rafaël Haddad, de l'UEJF. «Les Séfarades, qui sont largement majoritaires, se sont rapprochés d'un judaïsme français, d'une tradition plus livresque.»
À la Victoire, l'une des plus belles synagogues de Paris, Gilles Bernheim prêche et guide l'étude. Au Consistoire, il travaille au dialogue interreligieux. Il a publié un livre cette année avec le cardinal Barbarin, où ils croisent leurs réflexions sur les rites et croyances. Ses opposants, emportés par un repli qui a saisi une partie de la communauté, le disent fasciné par le christianisme. Lui s'en dit proche. Mais juif. Juif français. Il aurait pu choisir de vivre en Israël, où il a rencontré sa femme, psychanalyste, et où vivent aujourd'hui deux de ses quatre enfants. Mais s'il «aime Israël», dont Jérusalem est pour lui la capitale «indivisible», il refuse «un judaïsme français inféodé à l'étranger». «Il ne faut pas chercher des identités par procuration, ni dans Israël ni dans la mémoire de la Shoah : ce n'est pas ainsi que nous échapperons à l'assimilation», le grand défi des juifs qui, toujours minoritaires, voient chaque jour les filiations se perdre dans des mariages mixtes ou par éloignement. «Dans les petites communautés, il manque des rabbins et la vie juive s'éteint», s'inquiète Gilles Bernheim. Or, «il suffit de très peu de personnes pour assurer la réussite d'une communauté», assure le rabbin, qui veut relancer cet esprit d'accueil, parfois perdu dans les synagogues.
En revanche, il ne songe guère à faciliter les conversions, un enjeu pourtant majeur, tandis qu'une génération d'enfants issus de mariages mixtes aimerait se rapprocher du judaïsme, mais se heurte à un système rigide où seuls les enfants de mère juive sont reconnus par l'institution. Les autres doivent se convertir, dans un processus long et souvent décourageant. Si l'entrée dans le judaïsme n'a pas vocation à être assouplie, le discours, lui, s'adresse à tous : «Ce n'est pas la grandeur d'un rabbin qui fait la grandeur d'une religion, d'une pensée juive, dit-il. C'est sa capacité non pas de conviction mais de donner à penser à ceux qui ne croient pas en lui ou en cette tradition.»
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Bibliothèque publique d'information |
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Rencontres d¿écrivains Où en sommes-nous, aujourd¿hui des rapports de la littérature avec le sacré ? Il y a un siècle, Mallarmé- contemporain de la méditation de Nietzsche sur la «mort de Dieu »- parlait de ce « vieux et méchant plumage, terrassé, heureusement, Dieu ». En un sens, toute la littérature du XXème siècle, que ce soit sur le mode de la profanation artistique ou d¿une recherche spirituelle, fait écho à cet événement. De Claudel à Bernanos, en passant par Giono, l¿exigence du sacré traverse le langage et tente de répliquer aux abîmes de l¿Histoire. Le sacré s¿approfondit à travers l¿affirmation de la condition tragique de l¿humain. Parallèlement, des oeuvres comme celles de Joyce, Bataille, Genet, sont travaillées par un retournement du sacré. La transgression devient alors l¿autre nom de la littérature : elle ouvre à une liberté nouvelle. Pour autant, la désacralisation n¿élimine pas la notion de sacré. Au contraire, celle-ci se métamorphose, au point que dans les oeuvres qui l¿attaquent le plus violemment, un autre sacré s¿invente, lié à la jouissance du langage. Dans tous les cas, le sacré ne se limite pas à la question de Dieu ou de la «mort de Dieu» : il est le lieu de rencontre entre le dicible et l¿indicible, le visible et l¿invisible, le naturel et le surnaturel. Il interroge notre rapport au mal, à la beauté, et met en jeu ce qu¿il en est du langage. Il y a deux siècles, Hölderlin lançait ce défi : « Le sacré soit ma parole ! » Si la littérature, aujourd¿hui, n¿est pas tout à fait absorbée dans la simple langue de communication, c¿est que quelque chose en elle résiste ; et cette chose a à voir avec du « sacré ». Qu¿en est-il, aujourd¿hui, de la question du spirituel dans la littérature ? De quelle nature sont les rapports entre littérature et sacré ? L¿interrogation métaphysique est-elle nécessairement au coeur de l¿écriture ? Comment se manifeste-t-elle, et sous quelles formes ? Ces rencontres réuniront des écrivains pour en débattre. Nous écoutons : Expériences, illuminations, extases - La chute vers le haut par Marie Darrieussecq - Révélation des phrases par Yannick Haenel La question du divin - Perdition 3,14. par Valère Novarina - Temps ordinaire et temps extraordinaire par Florence Delay. |