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Lundi 12 mars 2007 1 12 /03 /2007 18:25

Philip K. Dick

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Cet article fait partie de la série
Science-fiction
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Catégorie:science-fiction

Philip Kindred Dick, mieux connu sous le nom de plume Philip K. Dick, (16 décembre 1928 à Chicago - 2 mars 1982 à Santa Ana, 56 km au sud de Los Angeles, Californie) était un auteur américain de romans et de nouvelles de science-fiction.

Sommaire

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Biographie [modifier]

Jeunesse [modifier]

La mort de sa sœur jumelle, Jane Charlotte, le 26 janvier 1929 (alors à peine âgée de 6 semaines), l'affecte profondément jusqu'à la fin de sa vie. Ce décès assez incompréhensible est attribué à une allergie au lait maternel. Toute sa vie Philip Dick ressent qu'une partie de lui-même est manquante, ce qui est très probablement à l'origine de la dualité exceptionnellement forte de son œuvre. (On en voit un écho dans son roman "Dr Bloodmoney", en la personne du petit frère "interne", mort-né, en relation télépathique avec son jumeau adulte ). Assez jeune, il souffre de vertiges et plus tard on lui diagnostique une schizophrénie qui sera réfutée par la suite. Terrorisé par ce qu'il imagine dans son esprit, il découvre la science-fiction dans le magazine de nouvelles Stirring Science Stories et y décèle la seule issue possible pour extérioriser ses angoisses intérieures.

À quatre ans, ses parents divorcent et il reste seul avec sa mère, à Berkeley. Bien que le psychologue conjugal ait prédit que la séparation n'affecterait pas l'enfant, celui-ci s'en plaindra pourtant toute sa vie. Son père rompt définitivement toute relation avec la famille.

Après avoir commencé à l'Université de Californie des études philosophiques qu'il ne terminera jamais (le maccarthysme étant alors à son apogée, il est renvoyé pour sympathies communistes), il s'adonne à sa passion principale : la musique, au point d'en faire son métier. Il travaille en effet comme programmateur pour une station de radio, et dans le même temps, comme vendeur de disques dans un magasin à Berkeley, Universal Music. On reconnaît là de nombreux éléments autobiographiques utilisés dans "Radio free Albemuth", son fascinant roman posthume et paranoïde, qui recrée avec un remarquable pouvoir évocateur l'époque très particulière ou se préparait, à Berkeley, la vague hippie et les mouvements ultérieurs des années 60.

La plupart des biographes supposent que ce sont les pulps américains (Galaxy, Fantasy and Science-fiction, Astounding Stories, etc.) qui lui ont fait découvrir la science-fiction. Alors qu'il est encore au collège, il commence à écrire ses premiers textes de SF (et de poésie), dont certains sont publiés dans le Berkeley Gazette, le tout premier étant The Devil, daté du 23 janvier 1942.

En mai 1948, Jeanette Marlin devient sa première femme. Il en divorcera 6 mois plus tard (leurs centres d'intérêt divergeaient totalement) pour se remarier en juin 1950 avec Kleo Apostolides, d'origine grecque, militante gauchiste mineure, fichée au FBI car accusée de communisme. Dick doit alors affronter la visite de deux agents fédéraux, qui lui demandent d'enquêter sur sa femme. Il refuse, mais finit pourtant par se lier avec l'un d'entre eux, George Scruggs, fasciné par les discours de Dick et sa profession mystérieuse d'écrivain. Là encore, cette épouse ultragauchiste et ces évènements sont relatés presque sans changement dans "Radio free albemuth"

Écrivain [modifier]

Poussé par sa femme, il entame en 1952 une carrière d'écrivain professionnel. Ses débuts sont ignorés par le monde de la SF qui regarde avec circonspection cet auteur dont les concepts scientifiques sont assez bizarres et le style littéraire non exempt de défauts. Après de très nombreuses nouvelles écrites durant cette période, comme Beyond Lies the Wub, Mr Spaceship, The Gun, The Variable Man, The Builder, Second Variety, pour ne citer que les plus connues, il décide de se lancer dans le roman, plus rémunérateur.

Son premier roman, Loterie solaire, très politique, est publié en 1955. Il s'inspire de l'idée des stratégies mixtes en théorie des jeux pour suggérer l'idée qu'en contexte concurrentiel des nations il peut être avantageux de tirer au sort les gouvernants avec une périodicité aléatoire.

Côté vie de famille, les relations se dégradent peu à peu. Dick, qui écrit surtout la nuit, ne peut plus supporter de voir sa femme plus active que lui, et le regard des voisins, qui le voient chaque matin paresser dans la véranda, le met mal à l'aise. Il se sent sans cesse traqué, épié, surveillé. Pour réussir à soutenir un rythme de travail rapide, il prend toutes sortes de médicaments, en particulier des amphétamines, qui le plongent régulièrement dans des dépressions terribles.

Son côté paranoïde s'amplifie au fil des mois : s'il ne réussit pas, estime-t-il, c'est parce qu'il est victime de complots fomentés contre lui. Un double effet joue en fait contre lui :

  • la science-fiction n'est plus un genre à la mode, le phénomène des pulps étant passé.
  • le style de Dick arrive trop en avance pour le public des États-Unis de l'époque, dont l'humeur est davantage à l'euphorie qu'à la suspicion. Ses nouvelles et romans ne rencontreront le succès en France qu'après 1968 et aux États-Unis que dans la foulée du film Blade runner.

Cela n'arrange en rien, dans l'immédiat, la situation psychologique ni financière du romancier.

Il divorce de sa femme en 1958 et rencontre Anne Williams Rubinstein, dont le mari vient de mourir. Commence un flirt où Anne et Philip ont l'impression de se comprendre l'un et l'autre comme s'ils n'avaient jamais connu personne d'autre. Les trois petites filles de Anne se lient très vite avec ce gros homme barbu qui débarque chez elles sans crier gare et épouse leur mère le 1eravril 1959. Une fille, Laura Archer, naît de cette union le 25 février 1960.

La femme de Philip l'encourage à écrire une œuvre qui fasse de lui un auteur célèbre et reconnu. Il commence alors la rédaction du Maître du Haut Château.

Encore une fois, le couple tourne mal. Anne voit en Dick l'image d'un écrivain qu'il n'est pas et ne tient pas à être, celui-ci ne pouvant se décider à abandonner son genre de prédilection, la science-fiction, bien que son rêve soit d'être reconnu comme écrivain de littérature générale. Sa femme ouvre une bijouterie. Philip se sent une nouvelle fois entretenu par sa femme, bon à rien. Il soupçonne Anne d'avoir contre lui des idées de meurtres.

Il déclarera plus tard : « C'était une psychotique meurtrière. Elle me faisait peur et par deux fois elle a tenté de me tuer. »

Lorsque Anne quitte la maison en emmenant sa fille, il sombre dans la dépression. Le divorce a lieu en 1964.

En 1962, Le Maître du Haut Château est publié : c'est un immense succès. Un public "dickien" commence à se créer, enthousiasmé par l'œuvre. L'année suivante, le roman gagne le prix Hugo. En 1963 et 1964, il enchaîne les romans : Les Clans de la lune alphane, Nous les martiens, Simulacres et le Dieu venu du Centaure, ce dernier étant l'un de ses romans les plus connus.

En 1964, il se remarie avec Nancy Hackett, qui a 21 ans. Il a avec elle un second enfant, Isolde Freya (surnommée tout simplement Isa). À nouveau, le mariage ne fonctionne pas. Dick accuse sa femme de « vouloir faire comme les autres », et de chercher malgré lui à l'intégrer dans ce qu'il appelle « la bonne société californienne ». La vie mondaine ne l'intéresse pas : il se consacre entièrement à ses livres, et sort de moins en moins de chez lui. Les assassinats de John F. Kennedy et de Martin Luther King le révoltent, et il cesse de voter cette même année.

Durant cette période, Dick écrit Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, qui servira de base au film Blade Runner, mais aussi et surtout Ubik qui sera plus tard vu comme le chef-d'œuvre de l'écrivain.

En 1970, il est au bout du rouleau : il a de forts ennuis avec le fisc et sa femme, l'actualité mondiale le rend amer (en particulier la guerre du Viêt Nam). Il écrit à cette époque Coulez mes larmes, dit le policier, qui porte l'empreinte de sa déprime du moment. Nancy part en emmenant Isa en septembre.

Cette période est la plus sombre de sa vie. Seul, abandonné par sa femme, l'auteur ouvre sa maison à tous les drogués, hippies ou junkies de passage. Plus une journée ne passe sans qu'il se drogue, ce qui provoque chez lui de longues périodes de délire. Cette expérience le pousse à écrire Substance mort, écrit en 1975, publié en 1977.

Il cherche à plusieurs reprises, sans succès, à se faire interner en hôpital psychiatrique, parvenant cependant à passer quelques jours en salle d'examination. Dick est peut-être paranoïaque, schizophrène, mais ne présente pas les symptômes caractéristiques d'un drogué dur : il est bien en chair et en forme physiquement.

Le 17 novembre 1971, un événement bouleverse sa vie. Lorsqu'il rentre chez lui, il trouve « les fenêtres fracassées, les portes fracturées, les serrures forcées » et constate « la disparition de plusieurs de [ses] affaires : on avait fait sauter [son] armoire-classeur à l'épreuve du feu, manifestement au moyen d'explosifs du type plastic », classeur où il conservait tous ses « trésors » : textes, vieux pulps de sa jeunesse, collections diverses... Aussitôt, ses peurs paranoïaques remontent à la surface : il accuse tour à tour le FBI et le KGB de vouloir attenter à sa vie.

Puis il part s'installer à Vancouver, qu'il a découvert lors d'une conférence de science-fiction le 12 février 1972, et où il a directement envisagé d'émigrer. Il tente de refaire sa vie là-bas, tombe plusieurs fois amoureux de filles bien plus jeunes que lui, qui le repoussent à chaque fois, prenant souvent peur devant cet homme gauche qui réclame leur affection. Il tente alors de se suicider, en prenant une forte dose de tranquillisants.

Il survit, et se fait interner à X-Kalay, centre de désintoxication pour héroïnomanes (bien qu'il ne ressemblât pas du tout, comme on l'a vu auparavant, à un drogué de ce type, ni n'en fût réellement un). Il y découvre l'enfer des drogués durs, dont le cerveau a subi des lésions irrémédiables.

Après trois semaines à X-Kalay, Dick émigre à Fullerton. Il est hébergé par deux étudiantes fans de ses œuvres, et rencontre l'écrivain amateur Tim Powers.

En juillet, il fait la connaissance de Tessa Busby, jeune fille réservée, qui a alors dix-huit ans. Le couple emménage et ils fondent ensemble un foyer. Il recommence alors à écrire.

L'Europe, en particulier la France, commence à s'intéresser à lui. Substance Mort se voit publié durant cette période, ainsi que la version finale de Coulez mes larmes, dit le policier, qui gagne en février 1974 le prix Nebula et le prix Hugo. On lui propose d'adapter Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? en film.

Dick avait fait de son corps, comme l'écrit Emmanuel Carrère dans sa biographie, « un shaker à cocktails chimiques ». À cette époque, on parlait beaucoup des flashbacks d'acide, où les anciens drogués des années soixante avaient soudain des hallucinations hors du commun, et pouvaient être pris de pulsions meurtrières inattendues, phénomène qui faisait peur et fascinait les américains moyens. Peut-être cela explique-t-il la raison qui poussa Philip à verser dans le mystique, lui qui avait toujours voulu prouver que notre monde était faux, qu'il existait une réalité supérieure, et que lui seul semblait s'en apercevoir.

Il s'abonna à des revues sectaires, lut les publications de l'église de scientologie, prétendit avoir plusieurs révélations divines, et, invité en 1977 à une conférence de SF à Metz en France, prononça devant une foule ébahie un discours très étrange où il expliqua qu'il aurait été contacté par des extra-terrestres en mars 1974 et qu'il entretenait avec eux, depuis cette date, une correspondance.

L'Exégèse, ouvrage énorme, date de cette époque. Il s'agit d'un essai où toutes ses révélations sont soigneusement notées, et où s'affrontent Philip K. Dick et Horselover Fat, unique et même personnage (Philippe signifie en grec « l'ami des chevaux » qui s'écrit en anglais « horse lover » ; Dick signifie gros en allemand, « fat » en anglais). Dans plusieurs de ses romans de cette dernière période, l'ancien président Richard Nixon, sous son nom (dans VALIS) ou une version fictive, apparaît comme une figure maléfique de ce que Dick qualifie d'"Empire" (L'Empire n'a jamais pris fin est une phrase récurrente dans VALIS).

Il a un accident vasculaire cérébral le 18 février 1982, et meurt le 2 mars 1982 d'une défaillance cardiaque quelques jours avant la sortie du film Blade Runner tiré de son roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Il commençait juste à en recevoir les droits d'auteur. Il est enterré à Fort Morgan, aux côtés de sa sœur Jane, sans avoir jamais su à quel point son œuvre allait devenir mythique.

En France, le quotidien Libération a publié sa nécrologie le même jour que celle d'un autre écrivain, Georges Perec, décédé le 3 mars. Les deux articles se trouvaient des deux côtés d'une même feuille du journal.

Il a publié 36 romans et cinq recueils de nouvelles.

En 1983, un an après sa mort, un prix littéraire est créé en son hommage et baptisé le Prix Memorial Philip K. Dick.

Œuvre [modifier]

Toutes les histoires de Philip K. Dick ont pour thèmes la modification de la réalité et la manipulation de cette réalité. Ils sont particulièrement présents dans les nouvelles Jeu de guerre, Souvenir à vendre, ainsi que dans les romans Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, La vérité avant-dernière, Le dieu venu du centaure ou Ubik.

Nombreux sont ceux qui pensent que ces caractéristiques proviennent directement de la paranoïa qui marquait sa santé mentale fragile, notamment en raison de sa consommation de drogues (surtout des amphétamines) et de médicaments. Mais la critique sociale et le cynisme des puissants qui "imposent une réalité fictive" sont aussi très présents chez lui.

Il est très connu pour avoir créé dans ses romans une atmosphère glauque, inspirant ainsi les cyberpunks bien qu'il ait vécu trop tôt pour les connaître. Mais cette atmosphère « glauque » tient en fait à l'intrigue héritée du gnosticisme qui hante la plupart des romans de Dick : le faux, qui régit ce monde, et que nous percevons comme le vrai, doit être démasqué.

Durant les dernières années de sa vie, il consacre la plupart de son temps à écrire l'Exégèse, texte monumental sur son œuvre dont une seule partie est publiée aux États-Unis. Elle est issue des interrogations de Dick sur une expérience mystique qu'il a vécue en mars 1974, laquelle est aussi à l'origine de Siva, œuvre emblématique de la fin de sa vie. On y trouve des fragments de l'Exégèse, à l'intérieur d'une histoire qui est une véritable mise en abyme de sa propre vie. À sa mort on découvre chez lui plus de 8 000 pages du dialogue qu'il entretient avec lui-même depuis cette expérience. Un exemple parmi d'autres : en écoutant la chanson des Beatles Strawberry Fields Forever, il diagnostique que son fils est atteint d'une hernie inguinale, ce qui sera confirmé par des examens ultérieurs.

Il existe deux biographies en français sur Dick :

  • Emmanuel Carrère Je suis vivant et vous êtes morts, Seuil - collection Points, 1993. Carrère aborde la vie de Dick sous forme romanesque.
  • Lawrence Sutin Invasions divines. Très complète et détaillée.

Citations de Philip K. Dick [modifier]

  • La réalité, c'est ce qui continue d'exister lorsqu'on cesse d'y croire.
  • Notre perception est limitée parce que nous n’avons que des aperçus fragmentaires de la réalité. (À rebrousse-temps)
  • Reality is just a point of view ("La réalité n'est qu'une façon de voir les choses.")
  • Votre réalité n’est pas la mienne. La vôtre n’est qu’une illusion que votre perception a figée.
  • La science-fiction est une nouvelle dimension de nous-mêmes et une extension de notre sphère de réalité tout entière ; elle ne connaît de ce point de vue aucune limite.

Œuvres [modifier]

Les recueils publiés chez Omnibus comportent une bibliographie ayant 294 entrées rien que pour ses œuvres de fictions.

Romans [modifier]

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Mardi 13 mars 2007 2 13 /03 /2007 20:09

Michel Henry

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Michel Henry est un philosophe et un romancier français né le 10 janvier 1922 à Haiphong (Viêt Nam) et décédé le 3 juillet 2002 à Albi (France).

Vie et œuvre de Michel Henry [modifier]

Biographie [modifier]

Michel Henry a vécu au Viêt Nam jusqu’à l’âge de 7 ans où il a très tôt perdu son père dans un accident de voiture alors qu'il n'avait que dix-sept jours, qui était commandant dans la marine. Il s’est ensuite installé en France avec sa mère et a fait ses études à Paris. Il va se découvrir une véritable passion pour la philosophie qui va le conduire au désir d’en faire sa profession. Dès juin 1943, il s’engage dans la Résistance où il rejoint le maquis du Haut Jura sous le nom de code de Kant, et devra redescendre de la montagne pour accomplir ses missions dans Lyon occupé par les allemands et quadrillé par les nazis, une expérience de la clandestinité qui va profondément marquer sa philosophie.

À l’issue de la guerre, il passe l’agrégation de philosophie, puis se consacre à la préparation d’une thèse sous la direction de J. Hyppolite, J. Wahl, P. Ricoeur, F. Alquié et H. Gouhier. Il rédige ensuite à partir de cette thèse son premier livre : Philosophie et phénoménologie du corps et le termine en 1950. Puis il se consacre à son premier grand ouvrage qui sera publié en 1963, L’essence de la manifestation. Il lui a en effet fallu de longues années de recherche pour surmonter la principale lacune de toute philosophie intellectualiste qui est l’ignorance de la vie telle que chacun l’éprouve.

Michel Henry a été, à partir de 1960, professeur de philosophie à l’Université de Montpellier où il a patiemment édifié son œuvre à l’écart des modes philosophiques et loin des idéologies dominantes. Le sujet unique de sa philosophie, c’est la subjectivité vivante, c’est-à-dire la vie réelle des individus vivants, cette vie qui traverse toute son œuvre et qui en assure la profonde unité en dépit de la diversité des thèmes abordés.

Une phénoménologie de la vie [modifier]

Le travail de Michel Henry est fondé sur la phénoménologie, qui est la science du phénomène. Le phénomène n’est pas ce qui apparaît, mais l'acte même d'apparaître. Sa réflexion le conduit au renversement de la phénoménologie de Husserl, qui ne connaît comme phénomène que l'apparaître du monde, c'est-à-dire l'extériorité. Michel Henry oppose à cette conception de la phénoménalité une phénoménologie radicale de la vie.

Michel Henry définit la vie d'un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir de se sentir et de « s'éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour Michel Henry, la vie est essentiellement force et affect, elle est par essence invisible, elle consiste en une pure épreuve de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie, elle est un passage toujours recommencé de la souffrance à la joie. La pensée n'est pour lui qu'un mode de la vie car ce n’est pas la pensée qui nous donne accès à la vie, mais c’est la vie qui permet à la pensée d’accéder à soi.

La vie ne se voit pas de l’extérieur, elle n’apparaît jamais dans l’extériorité du monde. La vie se sent et s’éprouve elle-même dans son intériorité invisible et dans son immanence radicale. Dans le monde nous ne voyons jamais la vie elle-même, mais seulement des êtres vivants ou des organismes vivants, nous ne pouvons pas voir la vie en eux. De même qu’il est impossible de voir l’âme d’autrui avec nos yeux ou de l’apercevoir au bout de notre scalpel.

Notre vie n’est pas son propre fondement, nous ne nous sommes pas apportés nous-mêmes et par nos propres moyens dans la condition de vivant, la vie nous est donnée en permanence sans que nous n’y soyons pour rien. Nous subissons la vie dans une passivité radicale, nous sommes réduits à la supporter à chaque instant comme ce que nous n’avons pas voulu, c’est cette passivité radicale de la vie qui est le fondement et la cause de la souffrance. Dans le même temps, le simple fait de vivre, d’être vivant et de se sentir soi-même plutôt que de n’être rien et de ne pas exister est déjà la plus grande joie et le plus grand des bonheurs. La souffrance et la joie appartiennent à l’essence de la vie, elles sont les deux tonalités affectives fondamentales de sa manifestation et de son auto-révélation pathétique.

Pour Michel Henry, la vie n’est pas une substance universelle, aveugle, impersonnelle et abstraite, elle est nécessairement la vie personnelle et concrète d’un individu vivant, elle porte en elle une Ipséité qui lui est consubstantielle et qui désigne le fait d’être soi-même, le fait d’être un Soi. Qu’il s’agisse de la vie personnelle et finie des hommes, ou de la vie personnelle et infinie de Dieu.

Des informations complémentaires sur cette conception phénoménologique de la vie peuvent être trouvées dans les articles sur la vie et sur la philosophie de la vie.

Une théorie de la subjectivité [modifier]

Alors que la question de l'être reprenait de l'importance en France dans la postérité de Heidegger, et que la question du sujet était relancée, Michel Henry a su combiner les apports les plus vivants de la philosophie pour produire ce qui reste aujourd'hui le dernier système philosophique complet. La vie en est le socle, elle est le principe indéductible, et donc l'essence de la vérité, de toute vérité. La vie, échappant par essence à toute mise à distance, à toute transcendance, confondant dans l'unité d'une épreuve la puissance spéculative d'un principe et la présence matérielle d'une expérience, la vie est le propos unique de Michel Henry.

Qu'elle soit brimée, retournant ses forces contre elle-même, qu'elle se déploie dans l'art, dans l'amour, dans le travail, la vie focalise toutes les préoccupations de sa pensée. La phénoménologie atteint donc ses limites, puisque la texture elle-même du phénoménal nous renvoie sans cesse à l'effectivité de la vie, qu'elle nécessite à titre de condition. C'est le sens du titre de l'ouvrage principal de Michel Henry, L'essence de la manifestation : le monde ne se déploie que devant un sujet, qui ne découvre cet espace d'extériorité que parce qu'il est d'abord en relation de passivité à l'égard de lui-même, comme vivant. Michel Henry a proposé la théorie de la subjectivité la plus profonde du XXe siècle.

Deux modes de manifestation [modifier]

Il existe selon Michel Henry deux modes de manifestation des phénomènes qui sont deux façons d’apparaître : l’extériorité qui est le mode de manifestation du monde visible, et l’intériorité phénoménologique qui est le mode de manifestation de la vie invisible. Notre corps par exemple nous est donné de l’intérieur dans la vie ce qui nous permet par exemple de bouger notre main ou de la sentir, et il nous apparaît également de l’extérieur comme n’importe quel autre objet que l’on peut voir dans le monde.

L’invisible dont il est question ici ne correspond pas à ce qui est trop petit pour être vu à l’œil nu ou à des rayonnements auxquels notre œil n’est pas sensible, mais à cette vie à jamais invisible parce qu’elle est radicalement immanente et qu’elle n’apparaît jamais dans l’extériorité du monde : personne n’a jamais vu une force, une pensée ou un sentiment dans leur réalité intérieure apparaître dans le monde, personne ne les a jamais trouvés en creusant les couches d’argile du sol.

Certaines de ses affirmations semblent à première vue paradoxales et difficiles à comprendre, non seulement parce qu’elles sont extraites de leur contexte, mais surtout à cause de nos habitudes de penser qui nous conduisent à réduire toute chose à son apparence visible dans le monde au lieu de chercher à atteindre sa réalité invisible dans la vie. C’est cette séparation entre l’apparence visible et la réalité invisible qui permet la dissimulation de nos véritables sentiments et qui fonde la possibilité de la feinte et de l’hypocrisie qui sont des formes de mensonges.

L’originalité de sa pensée [modifier]

Toute la philosophie depuis ses origines grecques ne reconnaît que le monde visible et l’extériorité comme seul mode de manifestation, elle est enfermée dans ce que Michel Henry appelle dans L’essence de la manifestation le « monisme ontologique », elle ignore complètement l’intériorité invisible de la vie, son immanence radicale et son mode de révélation originaire qui est irréductible à toute forme de transcendance et à toute extériorité. Lorsqu’il est question de la subjectivité ou de la vie, celles-ci ne sont jamais saisies dans leur pureté, elles sont systématiquement ramenées à la vie biologique, à leur rapport extérieur au monde, ou comme chez Husserl à une intentionnalité c’est-à-dire à une orientation de la conscience vers un objet qui lui est extérieur.

Michel Henry rejette le matérialisme, qui n’admet comme réalité que la matière, puisque la manifestation de la matière dans la transcendance du monde présuppose constamment la révélation de la vie à elle-même, que ce soit pour y accéder, pour pouvoir la voir ou pour pouvoir la toucher. Il rejette également l’idéalisme, qui ramène l’être à la pensée et qui est incapable par principe de saisir la réalité de l’être qu’il réduit à une image irréelle, à une simple représentation. Pour Michel Henry, la révélation de l’absolu réside dans l’affectivité et se trouve constituée par elle.

La profonde originalité de la pensée de Michel Henry et sa nouveauté radicale par rapport à toute philosophie antérieure explique la réception assez limitée de sa philosophie, une philosophie pourtant admirable par sa rigueur et par sa profondeur. Mais il s’agit d’une pensée à la fois difficile et exigeante, même si le thème central et unique de la vie phénoménologique dont elle cherche à communiquer l’expérience est ce qu’il y a de plus simple et de plus immédiat. Une immédiateté et une transparence absolue de la vie qui explique la difficulté de la saisir au moyen d’une pensée : il est beaucoup plus facile de parler de ce que l’on voit que de cette vie invisible qui échappe par principe à tout regard extérieur.

La réception de sa philosophie [modifier]

Sa thèse sur L’essence de la manifestation a été accueillie chaleureusement par les membres du jury qui ont reconnu la valeur intellectuelle et le sérieux de son auteur, pourtant cette thèse n’a guère eu d’influence sur leurs travaux ultérieurs. Son ouvrage prophétique sur Marx a été rejeté par les marxistes qui étaient durement critiqués, comme par ceux qui refusaient de voir en Marx un philosophe et qui le réduisaient à un idéologue responsable du marxisme. Son livre sur La barbarie a été considéré par certains comme un discours anti-scientifique un peu simpliste et trop tranchant. Pourtant la technique poursuit son développement aveugle et sans limite au mépris trop souvent de la vie.

Quant à ses ouvrages sur le christianisme, ils semblent avoir plutôt déçu certains théologiens professionnels et exégètes catholiques qui se sont contentés de relever et de corriger ce qu’ils considéraient comme des « erreurs dogmatiques ». Son livre C’est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme a fait l’objet d’un pamphlet dans Le tournant théologique de la phénoménologie française de la part de Dominique Janicaud qui ne voit dans l’immanence de la vie que l’affirmation d’une intériorité tautologique. Antoine Vidalin vient cependant de publier un livre intitulé La parole de la Vie dans lequel il montre que la phénoménologie de Michel Henry permet une approche renouvelée de tous les domaines de la théologie.

Comme le dit Alain David dans un article paru dans la Revue philosophique de la France et de l’Etranger (numéro 3 de juillet - septembre 2001), la pensée de Michel Henry semble trop radicale, elle change trop profondément nos habitudes de penser, sa réception se fait difficilement, même si tous ses lecteurs se disent impressionnés par sa « puissance », par « l’effet sidérant » d’une pensée qui « déblaye tout sur son passage », qui « provoque l’admiration » et qui pourtant « n’emporte pas la conviction ». Car on ne sait pas si l’on est confronté à « la violence d’une parole prophétique ou à une pure folie ». Rolf Kühn affirme également dans cette même revue, pour expliquer la difficile réception de l’œuvre de Michel Henry, que « si l’on ne pactise avec aucun pouvoir de ce monde, on se soumet inévitablement au silence et aux critiques de tous les pouvoirs possibles, puisqu’on rappelle à toute institution que son pouvoir visible ou apparent n’est, en somme qu’une impuissance, car personne ne s’apporte lui-même dans la vie phénoménologique absolue. »

Ses ouvrages ont pourtant fait l’objet de nombreuses traductions, notamment en anglais, en allemand, en espagnol, en italien, en portugais et en japonais. Un nombre important d’ouvrages lui ont été consacrés, surtout en français, mais aussi en allemand, en espagnol et en italien. Plusieurs colloques internationaux ont également été consacrés à la pensée de Michel Henry à Beyrouth, Cerisy, Namur, Prague et Paris. Michel Henry est considéré par ceux qui connaissent son œuvre et qui reconnaissent la valeur de son travail comme l’un des philosophes contemporains les plus importants, et sa phénoménologie de la vie commence à « faire école ». Un Centre d’études Michel Henry a même été créé à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (Liban) sous la direction du Professeur Jad Hatem.

Conséquences de sa philosophie [modifier]

Sur les problèmes de société [modifier]

Michel Henry a fait un travail important sur Karl Marx, qu’il considère paradoxalement comme l'un des premiers penseurs chrétiens et comme l’un des plus grands philosophes de l’Occident, du fait de l'importance qu'il accorde dans sa pensée au travail vivant et à l'individu vivant en lequel il voit le fondement de la réalité économique. La raison pour laquelle la véritable pensée de Marx a été si mal comprise et si mal interprétée tient à l’ignorance complète des écrits philosophiques fondamentaux de cet auteur dans la constitution de la doctrine officielle du marxisme du fait de leur publication très tardive, par exemple en 1932 seulement pour L’idéologie allemande.

Dans son essai sur La barbarie, Michel Henry s’interroge sur la science, qui se fonde sur l’idée d’une vérité universelle et comme telle objective et qui conduit donc à l’élimination des qualités sensibles du monde, de la sensibilité et de la vie. La science n’est pas mauvaise en soi aussi longtemps qu’elle se borne à étudier la nature, mais elle tend à exclure toutes les formes traditionnelles de culture, à savoir l’art, l’éthique et la religion. La science livrée à elle-même conduit à la technique dont les processus aveugles se développent d’eux-mêmes de façon monstrueuse sans référence à la vie.

La science est une forme de culture dans laquelle la vie se nie elle-même et se refuse toute valeur, elle est une négation pratique de la vie, qui se prolonge dans une négation théorique sous la forme de toutes les idéologies qui ramènent tout savoir possible à celui de la science, à savoir les sciences humaines dont l’objectivité même les prive de leur objet : que valent des statistiques face au suicide, que disent-elles du désespoir dont il procède ? Ces idéologies ont envahi l’université et la précipitent vers sa destruction par l’élimination de la vie de ses recherches et de son enseignement. La télévision est la vérité de la technique, elle est la pratique par excellence de la barbarie, elle réduit tout événement à l’actualité, à des faits incohérents et insignifiants.

Cette négation de la vie résulte selon Michel Henry de la « maladie de la vie », de son secret mécontentement de soi qui la conduit à se nier elle-même, à se fuir elle-même pour fuir son angoisse et sa propre souffrance. Dans le monde moderne, nous sommes presque tous condamnés dès notre enfance à fuir notre angoisse et notre propre vie dans la médiocrité de l’univers médiatique, une fuite de soi et un mécontentement qui conduisent à la violence, au lieu de recourir aux formes traditionnelles les plus élaborées de la culture qui permettaient le dépassement de cette souffrance et sa transformation en joie. La culture subsiste malgré tout, mais dans une sorte d’incognito, elle est vouée à la clandestinité dans notre société matérialiste qui est en train de sombrer dans la barbarie.

Le communisme et le capitalisme ne sont pour Michel Henry que les deux visages d’une même mort, qui consiste en une même négation de la vie. Le marxisme élimine la vie individuelle au profit d’abstractions universelles comme la société, le peuple, l’histoire ou les classes sociales. Le marxisme est une forme de fascisme, c’est-à-dire une doctrine qui procède de l’abaissement de l’individu dont elle considère l’élimination comme légitime. Tandis que le capitalisme substitue des entités économiques telles que l’argent, le profit ou l’intérêt aux besoins véritables de la vie. Le capitalisme reconnaît cependant la vie comme source de la valeur, le salaire étant la représentation objective du travail réel subjectif et vivant. Mais le capitalisme cède progressivement la place à l’exclusion de la subjectivité par la technique moderne, qui remplace le travail vivant par des processus techniques automatisés, éliminant du même coup le pouvoir de créer de la valeur et ainsi la valeur elle-même : les biens sont produits en abondance, mais le chômage augmente et l’argent manque constamment pour les acheter. Ces thèmes sont développés dans son livre Du communisme au capitalisme, théorie d’une catastrophe.

Le prochain livre qu’il projetait d’écrire devait s’intituler Le Livre des Morts et devait traiter de ce qu’il appelait la "subjectivité clandestine". Un thème qui évoque la condition de la vie dans le monde moderne et qui fait aussi allusion à son engagement dans la Résistance et à son expérience personnelle de la clandestinité.

Sur l’art et la peinture [modifier]

Michel Henry était un grand admirateur et connaisseur de la peinture ancienne, de la grande peinture classique qui précède la figuration scientiste des XVIIIe et XIXe siècles, mais aussi des créations abstraites qui résultent d’une quête spirituelle authentique comme celles du fondateur de l’art abstrait, le peintre Wassily Kandinsky. Michel Henry lui a consacré un très beau livre intitulé Voir l’invisible, sur Kandinsky où il décrit son œuvre en des termes magnifiques. Il analyse dans cet ouvrage les écrits théoriques de Kandinsky sur l’art et sur la peinture dans leur dimension spirituelle et culturelle comme moyen d’accroissement de soi et d’affinement de notre sensibilité. Il explore les moyens de la peinture que sont les formes et les couleurs, il étudie leurs effets sur la vie intérieure de celui qui les regarde émerveillé en suivant les analyses rigoureuses et presque phénoménologiques qu’en propose Kandinsky. Il nous explique que toute forme de peinture susceptible de nous émouvoir est en réalité abstraite, c’est-à-dire qu’elle ne se contente pas de reproduire le monde, mais cherche à exprimer cette force invisible et cette vie invisible que nous sommes. Il évoque aussi la grande pensée de Kandinsky qui est la synthèse des arts, leur unité dans l’art monumental ainsi que la dimension cosmique de l’art.

Sur le christianisme [modifier]

La Vie s’aime elle-même d’un amour infini et ne cesse de s’engendrer elle-même, elle ne cesse d’engendrer chacun de nous comme son fils ou sa fille bien-aimés dans le présent éternel de la vie. La Vie n’est pas autre chose que cet absolu d’amour que la religion appelle Dieu. C’est pourquoi la Vie est sacrée et c’est pour cela que personne n’a le droit de l’agresser ou de porter atteinte à elle. Le problème du mal est celui de la mort, c’est-à-dire de la dégénérescence de cette condition originelle de Fils de Dieu, lorsque la vie se retourne contre elle-même dans la haine ou le ressentiment. Car comme le dit Jean dans sa première épître, celui qui n’aime pas demeure dans la mort, tandis que quiconque aime est né de Dieu. Le commandement d’aimer n’est pas une loi éthique, mais la Vie elle-même. Ces thèmes sont développés dans son livre C’est moi la Vérité, pour une philosophie du christianisme.

Comme il le dit dans son dernier livre Paroles du Christ, c’est dans le cœur que parle la vie, dans son auto-révélation pathétique immédiate, mais ce cœur est aveugle à la Vérité, il est sourd à la parole de Vie, il est dur et égoïste, et c’est de lui que vient le mal. C’est dans la violence de son auto-révélation silencieuse et implacable, qui porte témoignage contre cette vie dégénérée et contre le mal qui en provient, que se tient le Jugement qui est identique à la venue de chaque Soi en lui-même et auquel nul ne peut échapper.

Dans son livre Incarnation, une philosophie de la chair, Michel Henry commence par opposer la chair vivante et sensible, telle que nous l’éprouvons en permanence de l’intérieur, au corps matériel et inerte, tel que nous pouvons le voir de l’extérieur, semblable aux autres objets que l’on trouve dans le monde. La chair ne correspond pas du tout dans sa terminologie à la partie molle de notre corps matériel et objectif, par opposition aux os par exemple, mais à ce qu’il appelait dans ses livres antérieurs notre corps subjectif. Pour Michel Henry, un objet ne possède pas d’intériorité, il n’est pas vivant, il ne se sent pas lui-même et ne sent pas qu’on le touche, il ne fait pas l’expérience subjective d’être touché. Après avoir situé le problème difficile de l’incarnation dans une perspective historique en remontant à la pensée des Pères de l’Église, il fait dans cet ouvrage une relecture critique de la tradition phénoménologique qui aboutit au renversement de la phénoménologie. Il propose ensuite d’élaborer une phénoménologie de la chair qui conduit à la notion de chair originaire non constituée mais donnée dans l’archi-révélation de la Vie, ainsi qu’une phénoménologie de l’Incarnation.

Bien que la chair soit traditionnellement comprise comme le siège du péché, elle est aussi pour le christianisme le lieu du salut, qui consiste en la déification de l’homme, c’est-à-dire dans le fait de devenir Fils de Dieu, de revenir à la Vie éternelle et de renaître à la Vie absolue que nous avions oubliée en nous perdant dans le monde, en ne nous souciant que des choses et de nous-mêmes. Dans la faute, nous faisons l’expérience tragique de notre impuissance à faire le bien que l’on voudrait faire et de notre incapacité à éviter le mal. Ainsi face au corps magique de l’autre, c’est le désir angoissé de rejoindre la vie en lui qui conduit à la faute. Dans la nuit des amants, l’acte sexuel accouple deux mouvements pulsionnels, mais le désir érotique échoue dans le désir d’atteindre le plaisir de l’autre là où il est éprouvé, dans une fusion amoureuse totale. La relation érotique se double cependant d’une relation affective pure, étrangère à l’accouplement charnel, une relation faite de reconnaissance réciproque ou d’amour. C’est cette dimension affective qui est niée dans cette forme de violence qu’est la pornographie, qui arrache la relation érotique au pathos de la vie pour la livrer au monde, et qui consiste en une véritable profanation de la vie.

Sur la psychanalyse [modifier]

Michel Henry a fait une étude de la genèse historique et philosophique de la psychanalyse à la lumière de la phénoménologie de la vie dans son livre Généalogie de la psychanalyse, le commencement perdu, dans lequel il montre que la notion freudienne d’inconscient résulte de l’incapacité de Freud, son fondateur, à penser l’essence de la vie dans sa pureté. La représentation refoulée n’est pas de l’inconscient, elle n’est simplement pas formée : l’inconscient n’est qu’une représentation vide, il n’existe pas, ou plutôt le véritable inconscient, c’est la vie elle-même dans sa réalité pathétique. Et ce n’est pas le refoulement qui provoque l’angoisse, dont l’existence tient au seul fait de pouvoir, mais l’énergie psychique ou la libido inemployée. Quant à la notion de conscience, elle signifie simplement le pouvoir de voir, elle n’est qu’une conscience d’objet qui conduit à une subjectivité vide.

Citations de Michel Henry [modifier]

Sur l’affectivité [modifier]

  • « L'affectivité a déjà accompli son œuvre quand se lève le monde. » (L'essence de la manifestation, § 54)
  • « La souffrance forme le tissu de l'existence, elle est le lieu où la vie devient vivante, la réalité et l'effectivité phénoménologique de ce devenir. » (L'essence de la manifestation, § 70)
  • « La puissance du sentiment est le rassemblement édificateur, l’être saisi par soi, son embrasement, sa fulguration, est le devenir de l’être, le surgissement triomphant de la révélation. Ce qui advient, dans le triomphe de ce surgissement, dans la fulguration de la présence, dans la Parousie et, enfin, quand il y a quelque chose plutôt que rien, c’est la joie. » (L'essence de la manifestation, § 70)
  • « Mais la joie n'est rien au sujet de quoi elle puisse être joyeuse. Loin de venir après la venue de l'être et de s'émerveiller devant lui, elle lui est consubstantielle, le fonde et le constitue. » (L'essence de la manifestation, § 70)

Sur les problèmes de société [modifier]

  • « Le marxisme est l'ensemble des contresens qui ont été faits sur Marx. » (Marx, une philosophie de la réalité)
  • « Ce n'est donc pas l'autoréalisation que l'existence médiatique propose à la vie, c'est la fuite, l'occasion pour tous ceux que leur paresse, refoulant leur énergie, rend à jamais mécontents d'eux-mêmes d'oublier ce mécontentement. » (La barbarie)
  • « Aucune abstraction, aucune idéalité n'a jamais été en mesure de produire une action réelle ni, par conséquent, ce qui ne fait que la figurer. » (Du communisme au capitalisme)
  • « Quand ce qui ne sent rien et ne se sent pas soi-même, n'a ni désir ni amour, est mis au principe de l'organisation du monde, c'est le temps de la folie qui vient, car la folie a tout perdu sauf la raison. » (Du communisme au capitalisme)

Sur l’art et la peinture [modifier]

  • « Le spectacle de la beauté qui s'incarne dans un être vivant est infiniment plus émouvant que celui de l'œuvre la plus grandiose. » (L'amour les yeux fermés)
  • « Qui voudra représenter cette force représentera la colonne, les lourds blocs de pierre du fronton et du toit – représentera le temple, représentera le monde. Briesen dessine la force de la musique, la force originelle de la Souffrance et de la Vie : il ne dessine rien. » (Article « Dessiner la musique, théorie pour l’art de Briesen », dans Phénoménologie de la vie, tome III)
  • « Nous regardons pétrifiés, immobiles eux aussi ou évoluant lentement sur le fond d’un firmament nocturne, les hiéroglyphes de l’invisible. Nous les regardons : des forces qui sommeillaient en nous et attendaient depuis des millénaires, depuis le commencement, obstinément, patiemment, les forces qui éclatent dans la violence et le rutilement des couleurs, qui déroulent les espaces et engendrent les formes des mondes, les forces du cosmos se sont levées en nous, elles nous entraînent hors du temps dans la ronde de leur jubilation et ne nous lâchent pas, elles n’arrêtent pas – parce que même elles ne pensaient pas qu’il fût possible d’atteindre « un tel bonheur ». L'art est la résurrection de la vie éternelle. » (Voir l'invisible, sur Kandinsky)

Sur le christianisme [modifier]

  • « La communauté est une nappe affective souterraine et chacun boit la même eau à cette source et à ce puits qu'il est lui-même. » (Phénoménologie matérielle)
  • « J'entends à jamais le bruit de ma naissance. » (C'est moi la Vérité, pour une philosophie du christianisme)
  • « Naître, ce n’est pas venir dans le monde. Naître, c’est venir dans la vie. » (C'est moi la Vérité, pour une philosophie du christianisme)
  • « Aucun objet n'a jamais fait l'expérience d'être touché. » (Incarnation, une philosophie de la chair)
  • « Ma chair n’est donc pas seulement le principe de la constitution de mon corps objectif, elle cache en elle sa substance invisible. Telle est l’étrange condition de cet objet que nous appelons un corps : il ne consiste nullement en ces espèces visibles auxquelles on le réduit depuis toujours ; en sa réalité précisément il est invisible. Personne n’a jamais vu un homme, mais personne n’a jamais vu non plus son corps, si du moins par « corps » on entend son corps réel. » (Incarnation, une philosophie de la chair)
  • « Notre chair porte en elle le principe de sa manifestation, et cette manifestation n’est pas l’apparaître du monde. En son auto-impressionnalité pathétique, en sa chair même, donnée à soi en l’Archi-passibilité de la Vie absolue, elle révèle celle-ci qui la révèle à soi, elle est en son pathos l’Archi-révélation de la Vie, la Parousie de l’absolu. Au fond de sa Nuit, notre chair est Dieu. » (Incarnation, une philosophie de la chair)
  • « La vie est incréée. Étranger à la création, étranger au monde, tout procès conférant la Vie est un procès de génération. » (Paroles du Christ)

Description de quelques livres [modifier]

Sur les problèmes de société [modifier]

  • La barbarie : La culture, qui est l'auto-développement de la vie, est menacée dans notre société par la barbarie de l’objectivité monstrueuse de la technoscience, dont les idéologies rejettent toute forme de subjectivité, tandis que la vie est condamnée à fuir son angoisse dans l'univers médiatique.
  • Du communisme au capitalisme, théorie d'une catastrophe : L'effondrement des régimes communistes de l'Est correspond à la faillite d'un système qui prétendait nier la réalité de la vie au profit d'abstractions faussement universelles. Mais la mort est aussi au rendez-vous dans l'empire du capitalisme et de la technique moderne.

Sur l'art et la peinture [modifier]

  • Voir l'invisible, sur Kandinsky : L'art peut sauver de son désarroi l'homme abandonné de notre civilisation technique. C’est cette quête qui a conduit Kandinsky à la création de la peinture abstraite. Il ne s'agit plus de représenter le monde mais notre vie intérieure, au moyen de lignes et de couleurs qui correspondent à des forces et à des sonorités intérieures.

Sur le christianisme [modifier]

  • C'est moi la Vérité, pour une philosophie du christianisme : Ce livre met en évidence le genre de vérité que le christianisme cherche à transmettre aux hommes. Le christianisme oppose à la vérité du monde la Vérité de la Vie, selon laquelle l'homme est le Fils de Dieu. L'autorévélation de la Vie qui s'éprouve elle-même dans son intériorité invisible est l'essence de Dieu qui fonde tout individu. Dans le monde, Jésus a l'apparence d'un homme, mais c'est dans la Vérité de la Vie qu’il est le Christ, le Premier Vivant.
  • Incarnation, une philosophie de la chair : La chair vivante s’oppose radicalement au corps matériel. Car c'est la chair qui, s'éprouvant soi-même, jouissant de soi selon des impressions toujours renaissantes, est capable de sentir le corps qui lui est extérieur, de le toucher et d'être touchée par lui. C'est la chair qui nous permet de connaître le corps. La parole fondamentale du prologue de l’Évangile de Jean, qui dit que le Verbe s’est fait chair, affirme cette thèse invraisemblable que Dieu s’est incarné dans une chair mortelle semblable à la notre, elle affirme l’unité du Verbe et de la chair dans le Christ. Qu’est-ce que la chair pour être le lieu de la révélation de Dieu, et en quoi consiste cette révélation ?
  • Paroles du Christ : L'homme peut-il entendre dans son propre langage la parole de Dieu, une parole qui parle dans un autre langage que le sien ? Les paroles du Christ semblent à beaucoup d’une prétention démesurée car elles ne prétendent pas seulement transmettre la vérité ou une révélation divine, mais être elle-même cette Révélation et cette Vérité, la Parole de Dieu lui-même, de ce Dieu que le Christ dit être lui-même.

Œuvres littéraires [modifier]

  • Le jeune officier : Ce premier roman évoque la lutte d’un jeune officier contre le mal incarné par des rats sur un navire.
  • L’amour les yeux fermés : Ce roman qui a obtenu le prix Renaudot est le récit de la destruction d’une ville arrivée au sommet de son développement et son raffinement et qui est atteinte par un mal insidieux.
  • Le fils du roi : Ce livre est l’histoire de la vie enfermée dans un hôpital psychiatrique et confrontée à la rationalité des psychiatres.
  • Le cadavre indiscret : Ce roman nous raconte l’inquiétude des assassins du trésorier occulte trop honnête d’un parti politique qui financent une enquête pour savoir ce que l’on sait vraiment d’eux et pour se rassurer.

Œuvres [modifier]

Œuvres philosophiques [modifier]

  • L’Essence de la manifestatio
Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Mardi 13 mars 2007 2 13 /03 /2007 23:11
 



Michel Henry

Livre broché - 19,00 €  Ajouter 
 
Résumé   |   Fiche technique
 

Michel Henry (1922-2002), philosophe et romancier, appartient à la famille des phénoménologues « sans monde » (avec Lévinas, et peut-être Derrida), que l’on pourrait opposer à celle des phénoménologues « du monde » (Heidegger, Merleau-Ponty).
Reprochant aux systèmes philosophiques d’oublier l’essentiel de la vie, Michel Henry élabore une « phénoménologie de la vie » qui entend ne pas trahir son mode de manifestation, qui reste dans cette sphère d’immanence où la vie apparaît comme ce qui se sent soi-même. Comprendre le « Moi » et les phénomènes du monde à partir du « vivre » et de son auto-affection, tel est le vrai ressort de cette œuvre dense et rigoureuse.
On se propose ici d’en restituer le mouvement, depuis l’Essence de la manifestation jusqu’à Paroles du Christ en passant notamment par Marx, Généalogie de la psychanalyse et Voir l’invisible. Sur Kandinsky, et d’expliciter certains de ses thèmes majeurs : la duplicité de l’apparaître ; la vie en tant qu’autorévélation dynamique et pathétique ; l’auto-affection comme essence de l’affectivité ; le corps ; l’ipséité du sujet ; le rapport à l’Autre ; l’immanence.
En conclusion, on fait le point sur la trajectoire parcourue par cette philosophie, partie d’une révélation phénoménologique pour aboutir à une Révélation religieuse. En quoi la rencontre d’Henry avec la « vérité du christianisme » demeure-t-elle de nature philosophique ? Penser « l’essence de la manifestation » permet-il d’emprunter d’autres chemins que ceux qui conduisent au seuil de la foi ? On proposera un début de réponse et quelques perspectives.

 

Langue français
258 p. (2006)
ISBN-10 2251760555
ISBN-13 978-2-251-76055-1
Prix 19,00 €
Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Vendredi 16 mars 2007 5 16 /03 /2007 15:36

Jacques Gernet l’avoue : les textes anciens des auteurs chinois ne nous sont guère accessibles et l’oeuvre de Wang Fuzhi (prononcez Fou-Tcheu) est "difficile et volumineuse". Après avoir travaillé sur cet auteur chinois du XVII ème siècle durant vingt ans, Jacques Gernet le tient pour le plus éminent penseur de son époque et nous permet ici de découvrir non seulement une personnalité intellectuelle très méconnue en occident mais également une pensée philosophique très éloignée de notre philosophie occidentale. Puisque Wang Fuzhi s’interroge sur la nature de la réalité, du visible, du sensible, du rapport entre l’homme et ce qui l’entoure, en ce sens, il est bien philosophe. Et pourtant, Jacques Gernet explique pourquoi on ne peut lui appliquer ce qualificatif.

Précisons, simplement pour mémoire, que Wang Fuzhi (1619-1692) est presque contemporain de Galilée (condamné en 1633), et de Descartes, mort en 1650. Les dates de Wang prouvent qu’il a rédigé ses oeuvres durant le Grand siècle, celui de Louis XIV... Et pourtant, lorsque le jésuite Mattéo Ricci portera en Chine l’idée d’un Créateur, un penseur tel que Wang ne pourra l’admettre, et Jacques Gernet explique pourquoi.

Un effondrement

Jacques Gernet estime qu’on ne peut comprendre la conception de Wang qu’en connaissant le contexte dans lequel il vécut. Il donne donc des précisions sur son lieu de naissance, son entourage familial, ses études et surtout sur cette période historique très dure que fut le renversement de la dynastie Ming au profit de celle des Mandchous.

Wang lui-même s’interroge longuement sur les causes de ce désastre, de cet effondrement : l’égoïsme du pouvoir impérial, le laisser-aller et le fatalisme qui s’emparent des élites sous l’influence de courants de pensée en vogue au siècle précédent qui vantent le rejet de toutes entraves et le détachement de ce monde. Wang rejette donc à la fois le bouddhisme, le taoisme et la tradition lettrée. Ces courants, il les qualifie de "beaux parleurs aux discours vicieux".

la critique du langage

L’une des principales critiques de Wang Fuzhi vise le langage qu’il tient pour artificiel. Le langage est en effet une création humaine qui, de ce fait, ne peut pas rendre compte de la réalité du monde. « les mots nous cachent la réalité du monde » dit en substance Wang.

Les choses, les êtres, nous sont insaisissables dans leur réalité même, parce que tout change en permanence. Mais, curieusement, Wang affirme aussi que le monde est fait de constantes. Comment concilier ces deux affirmations ? Parce que, explique Jacques Gernet, pour Wang, il y a une réalité invisible à nos yeux, parce que le rien n’est pas vide, il est plein, rempli d’énergies. Toute la face cachée des choses nous échappe. L’invisible et l’inaudible sont faits des mêmes éléments que ce que nous voyons et entendons.

Donc, il n’y a pas de différence de nature entre le visible et l’invisible, seulement une différence de perception. Wang pense qu’il n’y a pas de rapport adéquat entre l’image que nous avons de l’univers et ce qu’il est dans sa réalité.

Nos sens insuffisants

Selon Wang, nos sens sont insuffisants parce que les phénomènes que nous ne pouvons pas voir se produisent à un niveau d’énergies infinitésimales.

Wang écrit : « l’homme distingue les quatre points cardinaux afin de se repérer par rapport à ce qu’il a devant ou derrière lui ; il se conforme à la distinction du passé et du présent, du commencement et de la fin pour donner un ordre à ce qu’il voit et à ce qu’il entend... Mais du point de vue du principe d’organisation spontanée (li) et des énergies invisibles, il n’est pas vrai qu’il y ait un avant et un après... Dans l’absence de toute orientation temporelle ou spatiale du chaos dans lequel le principe d’organisation dirige les énergies, le commencement est aussi la fin, le créé est aussi l’origine du créé, ce qui est au repos est aussi ce qui circule, ce qui sépare est aussi ce qui unit . Il n’est rien qui ne commence, rien qui ne soit achevé ».

Mais, -et là on retrouve la critique de Wang envers le bouddhismse- la réalité n’est pas non plus une création de nos sens ni une illusion mentale.

La vie est organisation

Jacques Gernet résume : pour Wang comme pour les chinois en général, ce sont les mêmes mécanismes qui jouent dans le domaine des choses humaines et dans celui des réalités physiques ou naturelles. Il existe un principe spontané d’organisastion (li) inhérent aux énergies qui assurent la formation du vivant... La vie, la nature, l’être humain, la société, c’est une organisation, et cette organisation procède des mêmes mécanismes.

Un vocabulaire très moderne

Jacques Gernet souligne les termes utilisés par Wang : répartition, dosage, fusion, nouage, écoulement, arrêt, principe d’organisation, énergies, ordre, hasard...

Tout cela, rédigé, rappelons-le, au XVII ème siècle. On croirait lire les mathématiciens, les biologistes, les astrophysiciens les plus en pointe aujourd’hui... Les uns se penchent sur l’organisation de la vie, les autres remettent en question l’espace et le temps

Jacques Gernet considère donc Wang comme un auteur très moderne dont les conceptions philosophiques rejoignent, par analogie, celles des sciences les plus avancées :
-  les sciences contemporaines, libérées d’une longue tradition substantialiste et mécaniste, considèrent comme naturelle la coexistence de l’ordre et du hasard,
-  elles admettent que des phénomènes de natures très différentes puissent se fonder sur des mécanismes communs,
-  et que le comportement des énergies au niveau infinitésimal soit aberrant par rapport à celui de nos perceptions
-  elles identifient matière et énergie
-  elles se fondent en biologie sur des combinaisons dans lesquelles place et moment sont décisifs.

Un livre pour découvrir Wang Fuzhi

L’essai de Jacques Gernet consacré à Wang Fuzhi s’intitule La Raison des choses, paru chez Gallimard, en 2005, dans la collection « Bibliothèque de philosophie », dirigée par M. Marcel Gauchet.

Pour en savoir plus sur Jacques Gernet, deux sites à consulter :
- Académie des inscriptions et belles lettres
- Collège de France


Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Dimanche 18 mars 2007 7 18 /03 /2007 15:14

Description du produit
Présentation de l'éditeur
Le déclin des systèmes religieux institutionnalisés a laissé un grand vide moral et affectif au sein de la cultur
occidentale. Après la décomposition du christianisme et de sa théologie, Steiner examine les mythologies de substitution offertes par le programme philosophico-politique de Marx, la psychanalyse freudienne et l'anthropologie structurale de Lévi-Strauss. S'intéressant à leur dimension rédemptrice ou apocalyptique, il s'interroge également sur les racines juives de ces trois grands mouvements prophétiques qui ont pris la relève d'un christianisme qui avait voulu supplanté l'héritage du judaïsme. A côté de ces sommets de l'intelligence spéculative, il examine ensuite la vogue des " petits hommes verts ", mais aussi des sciences occultes ou de l'astrologie, sans oublier les cultes orientaux : autant de tentatives incapables à ses yeux d'apporter une réponse à la " crise du sens " qui frappe l'homme moderne

Détails sur le produit
  • Poche: 88 pages
  • Editeur : Editions 10/18 (6 novembre 2003)
  • Collection : Bibliothèque
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2264036834
  • ISBN-13: 978-2264036834

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Dimanche 18 mars 2007 7 18 /03 /2007 16:29

Autres ouvrages à propos de A.S Neill [modifier]
  • J. F. Saffange, Libres regards sur Summerhill, Lang (Genève), 2000.

Ouvrage comportant une biographie très complète, une modélisation de la pensée de Neill, ainsi qu'une foule de commentaires et de points de vue de chercheurs et pédagogues célèbres (Piaget, Freud, Dolto, Oury,...).

Liens [modifier]

, dans le comté de Suffolk, qu'il « dirigea » jusqu'à sa mort. Il fut alors remplacé dans sa tâche par sa femme jusqu'en 1985, puis par sa fille qui est l'actuelle directrice de l'école.

Sommaire

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Biographie[1] [modifier]

Le 23 septembre 1973 mourait Alexander Sutherland Neill. Cette disparition ne fit guère la une des journaux. Elle marquait la fin de l’aventure de Summerhill considéré comme un haut lieu de la pédagogie libertaire la plus avancée et installé Neill au cœur d’un vif débat pédagogique.

Le pionnier des années 20 [modifier]

Mort à 90 ans, Neill aura passé la plus grande partie de sa vie dans les salles de classe, comme élève, élève maître près de son père, instituteur, puis directeur d’école.

Lecteur des ouvrages de Freud, il était habile à en utiliser les concepts pour railler ses collègues. C'était un adversaire farouche de Maria Montessori, déjà éminente théoricienne de l’éducation à qui il reprochait scientificité et moralisme. Neill sema la controverse et provoqua « beaucoup d’indignation ». On sait tout aussi peu qu’il participa au congrès de Calais, croisant là Decroly, Ferrière et tous les grands pionniers, s’y faisant remarquer comme un auteur d’ouvrage de combat.

Summerhill [modifier]

Neill ouvre sa première école en 1922, au cours d’un périple en Europe, mais c’est en 1924, qu’il fonde Summerhill, près de Leiston, en Angleterre. Au travers d’une vingtaine d’ouvrages et d’innombrables articles, il en a conté la vie quotidienne, ne manquant jamais l’occasion de susciter la polémique, brossant sans cesse le tableau d’un lieu où l’adulte n’a pas imposé sa loi, lieu fait pour le jeu et où règne le plus parfait désordre.

Les journalistes baptisent Summerhill : l’école « à-la-faites-ce-qu’il-vous-plaira ». Pourtant, l’école, avec ses bâtiments de bois, son grand parc et ses arbres, apparaît, surtout l’été, comme un lieu des plus agréables, véritable école à la campagne comme Ferrière pouvait en rêver au début du siècle. Mais, dans cette école, les cours sont facultatifs, les enfants, s’ils le souhaitent, peuvent jouer toute la journée ou se livrer à des activités manuelles dans l’atelier. Les soirées sont réservées à la danse, au théâtre, aux fêtes. S’il ne craignait la fermeture de l’école par les autorités, Neill ne poserait aucun interdit pour la sexualité.

Le vendredi soir est réservé à l’assemblée générale. Durant cette réunion présidée par un élève élu, les enfants exposent leurs problèmes, en débattent, élaborent leurs lois — et, dans cette assemblée, la voix de Neill, ni celle des autres adultes, n’a pas plus de poids que celle d’un enfant.

La pulsion libertaire [modifier]

Neill ne fut ni un scientifique ni un chercheur — peut-être un philosophe, mais surtout un rêveur et un idéaliste. Il ne fut pas l’homme d’une école pédagogique ou psychologique particulière, ne développa jamais une approche méthodique, réfléchie. Son œuvre n’est qu’une extension de sa personnalité. À vrai dire, à l’inverse de ses contemporains, Neill ne pose jamais d’abord les problèmes de l’éducation en termes de besoins, mais en termes de droit.

« Chacun est libre de faire ce qu’il veut aussi longtemps qu’il n’empiète pas sur la liberté des autres » : telle est la philosophie de la liberté qui prévaut à Summerhill. Mes gosses, notait-il à cette époque, ont fait ce qui leur a plu et je ne doute pas qu’ils ont exprimé le meilleur d’eux-mêmes. »

L’individualiste farouche [modifier]

De son enfance, Neill ne sort pas sans difficulté ; la peur de pécher, la peur de mourir sans avoir pu sauver son âme. Et, dans cette famille nombreuse, entre un père qui ne l’estimait guère et une mère distante, le jeune Alexander ne semble pas avoir reçu l’amour qu’il réclamait — cet amour qu’il a su si bien donner à ses élèves. Une telle enfance forge un individualiste farouche, « le genre de gars à peindre son vélo en bleu quand tous les autres les avaient noirs ». Il aura été dans son école, effectivement, un solitaire, un marginal, trouvant là sa permanence, sa force et sa fragilité.

« L’individualisme sauvera le monde, [...] ton pays a besoin de toi », dit-il à chacun de ses élèves dès 1915, car la liberté proposée aux élèves ne vise rien de moins qu’à en faire des hommes aux services des autres. Neill émerge de cette enfance en vouant une haine farouche à tout enseignement religieux et à toute imposition de valeurs quelles qu’en soient les formes. Sa vision de l’école traditionnelle avec les châtiments corporels ou de l’école nouvelle avec la méthode Coué (Père de la pensée positive sa théorie : « Il ne s’agit pas de vouloir guérir, mais de s’imaginer guérit. » Sa phrase de guérison été : « Tous les jours et à tous les points de vue, je vais de mieux en mieux.»), par exemple, exacerbe ses réactions. Neill voudra pour sa part n’en appeler jamais qu’à l’intelligence de l’enfant et à sa libre décision. « Je n’essaye jamais de faire partager mes croyances ou mes préjugés aux enfants. », « Je ne vois pas de quel droit les éducateurs forcent les enfants à adopter ce qu’ils considèrent comme le bon goût »

Pour Neill, le monde est noir, et cette noirceur révèle en creux la bonté de l’homme : « L’idée générale est que l’homme est un pêcheur en naissant et qu’il doit être formé pour être bon. »

La sensibilité chrétienne [modifier]

« Je suis une personne très religieuse ; quel homme de l’Écosse calviniste ne le serait pas ? », redira souvent Neill. C’est qu’en effet son éducation formera en lui une sensibilité chrétienne d’une force exceptionnelle ; par deux fois, Neill souhaitera devenir pasteur.

Neill avait quelques raisons d’écrire que ses élèves « vivaient aussi honnêtement et aussi humainement que tout chrétien qui suit l’Évangile. »

Neill cessera très vite de lire Freud. En fait, il trébuche bel et bien sur la conception de l’homme véhiculée par la psychanalyse, rejette toute la théorie freudienne sur la structuration de la personnalité et ne reconnaîtra jamais l’existence du complexe d'Œdipe (ensemble des pulsions qui pousse l’enfant mâle lors du 3e stade du développement « stade œdipien ou génital », entre 2 ou 3 ans, après le stade « orale » et le stade « sadique-anale »), à ressentir pour sa mère une attirance et une hostilité chez son père. Il va jusqu'à dire qu’il y a plus d’éducation dans la fabrication d’une boule de neige qu’en écoutant de la grammaire pendant une heure.

Principes pédagogiques [modifier]

Grand lecteur de Rousseau, Neill croit en la bonté fondamentale de l'être humain, et préconise de tenir éloignés les enfants de la brutalité de la société des adultes. Il ne faut ainsi rien imposer à l'enfant, afin de jamais brimer ses pulsions, ses désirs, sa curiosités et sa joie de vivre. Le seuls interdits doivent concerner directement la sécurité physique de l'enfant. Ainsi Neill permet volontiers, voire encourage, des comportements qui peuvent paraître associaux : hurler, fainéanter, mentir, voler... À Summerhill les enfants ne sont pas tenus d'assister aux cours.

Neill accorde une très grande attention aux enfants, et s'attache à ne jamais les laisser sans réponses face à leurs interrogations ou problèmes, dès qu'ils en font la demande explicite. Ils leur accorde à volonté des séances individuelles au cours desquelles il réinvente constamment ses méthodes de psychothérapie active.

Les enfants sont fréquemment déstabilisés par les différences radicales de la vie à Summerhill par rapport au reste du monde, mais Neill rapporte que dans la grande majorité des cas, deux à trois mois de comportements associaux libres à Summerhill suffisent pour que les enfants se dirigent d'eux-mêmes vers les salles de classes et les ateliers. Ceci repose sur le principe de Neill "d'épuisement de l'intérêt". Toute activité reposerait sur l'intérêt. Or, les centres d'intérêts réprimés par la société des adultes, qu'il s'agisse des jeux ou de la masturbation, par exemple, demeurent actifs dans l'inconscient, comme autant de haine de l'autre et de soi, ce qui conduit à développer des comportements extrêmes, névrose ou déviance. L'intérêt épuisé, les enfants peuvent grandir "sainement".

Au-delà, Neill, depuis toujours aura renié tous les autres principes pédagogiques, et notamment la pédagogie traditionnelle : ce qui se passe dans les classes ne l'intéresse pas, étant donné que l'intérêt de l'enfant lui fera accepter toutes les contraintes pour parvenir à son but. Et c'est ici que réside le point le plus criticable du modèle neillien.

Bibliographie [modifier]

  • A.S. Neill, La Liberté, pas l'anarchie, (suivi de : À propos de Summerhill, de Bruno Bettelheim), Hart Publishing (New York) 1966, Payot, coll. Petite bibliothèque, 1970.
  • A.S. Neill, Neill ! Neill ! Peau de mandarine !, Hart Publishing (New York) 1972, Hachette, 1980. Autobiographie.
  • A.S. Neill, Journal d'un instituteur de campagne, Payot (Paris), 1975.

Autres ouvrages à propos de A.S Neill [modifier]

  • J. F. Saffange, Libres regards sur Summerhill, Lang (Genève), 2000.

Ouvrage comportant une biographie très complète, une modélisation de la pensée de Neill, ainsi qu'une foule de commentaires et de points de vue de chercheurs et pédagogues célèbres (Piaget, Freud, Dolto, Oury,...).

Liens [modifier]

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Dimanche 18 mars 2007 7 18 /03 /2007 16:34

École de Summerhill

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École de Summerhill

Fondation 1921
Type École privée
Localisation Leiston, Grande-Bretagne
Fondateur Alexander Sutherland Neill
Directeur Zoé Readhead
Niveau Élémentaire, Secondaire
Site web (en)Site de Summerhill
L'école de Summerhill
L'école de Summerhill

L'école de Summerhill est un établissement d'enseignement fondé en 1921 par Alexander Sutherland Neill (1883-1973) afin d'y appliquer ses théories pédagogiques originales. Les principes du fonctionnement de l'école sont la liberté, et une forme de démocratie basé sur l'égalité des voix pour sa gestion. Après avoir occupé plusieurs lieux elle est située depuis 1927 dans le Suffolk près de Leiston en Angleterre. À la mort de Neill, l'école expérimentale survécut à son fondateur. En 2000, l'école fut menacée de fermeture par le gouvernement britannique mais après un recours devant la Haute Cour de Londres elle obtint un accord reconnaissant son droit à disposer d'une philosophie propre. L'école est actuellement dirigée par Zoé Readhead, la fille d'A.S. Neill.

Sommaire

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Qu'est ce que Summerhill ? [modifier]

Summerhill est une communauté de 75 enfants de 5 à 16 ans, répartis en trois groupes suivant leur âge, et d'une douzaine d'adultes, sans compter le personnel de service. La plupart sont internes. L'enseignement structure la communauté mais ce n'est pas l'essentiel. Le plus gros du temps et de l'énergie est consacré à la gestion de la vie quotidienne dans tous ses aspects. Le « self-government » est l'épine dorsale de Summerhill. Cette autogestion n'est pas une demi-concession, c'est un style de vie qui fonctionne grâce à des réunions régulières facilitant les expériences, les changements. Une mobilité et un développement permanents, non pas suscités par une bureaucratie anonyme ou un maître charismatique mais par l'observation, l'interaction de chacun, la discussion, la diplomatie. Chacun exerce son droit à influencer directement la communauté dans laquelle il vit. Tout peut être remis en question.

Les idées de Neill et le fonctionnement de l'école [modifier]

A.S. Neill était psychanalyste et éducateur, il a œuvré durant 40 ans à l'éducation des jeunes. La vocation de cet homme a été durant toutes ces années essentiellement axée sur la liberté. Ainsi, il s'est dressé contre la pédagogie traditionnelle, qui selon lui était trop soucieuse d'instruire au lieu d'éduquer et qui n'avait pour objet que de former de petits robots au service de l'industrie. Il décide d'accueillir dans son école des enfants « difficiles » et de leur appliquer une pédagogie révolutionnaire basée sur la liberté et le respect de chacun.

Dans cette école, les cours sont facultatifs, les enfants, s'ils le souhaitent, peuvent jouer toute la journée ou se livrer à des activités manuelles dans l'atelier. Les soirées sont réservées à la danse, au théâtre, aux fêtes et, s'il n'avait craint la fermeture de l'école par les autorités, Neill n'aurait posé aucun interdit sur la sexualité. L'assiduité aux cours du matin (l'après-midi est réservé aux jeunes qui décident de leurs activités) n'est pas obligatoire, aucune présence n'est requise. Souvent, les élèves arrivant d'écoles traditionnelles ne font que jouer, mais liberté ne veut pas dire anarchie et ceux qui ne veulent pas étudier ne doivent pas gêner ceux qui le veulent. Un jour cependant, quand l'enfant dilettante le décidera, il rattrapera les autres et complétera ses études. Neill cite un cas qui dura ainsi 3 ans. Selon lui, le temps de convalescence est directement proportionnel à la haine que l'enfant a de son ancienne école. Une fois la convalescence terminée, il se remet en général à jour dans ses études avec une vitesse surprenante.

Le vendredi soir est réservé à l'assemblée générale. Durant cette réunion présidée par un élève élu, les enfants exposent leurs problèmes, en débattent, élaborent leurs lois et dans cette assemblée ni la voix de Neill ni celle des autres adultes n'a plus de poids que celle d'un enfant. C'est, disait Neill, le secret de la réussite d'une technique pédagogique apprise au contact d'Homer Lane. C'est pour répondre au but que s'était donné Neill qu'il élabora ainsi son école. Renoncer à toute discipline, toute direction, toute suggestion, toute morale pré-conçue, toute construction religieuse quelle qu'elle soit.

Dans l'ouvrage collectif : Pour ou contre Summerhill, Bruno Bettelheim explique la différence, déjà formulée par Neill, entre la liberté et la licence, différence que bien des parents n'arrivent pas à saisir, c'est-à-dire en fait le respect des autres :

« Le fond de la philosophie de Neill est naïvement rousseauiste : l'enfant humain naît foncièrement bon ; si seulement la société, mauvaise en soi, et les mauvais parents, laissaient l'enfant se développer sans angoisse ni refoulement, il arriverait tout seul à maturation et serait le plus magnifique des êtres humains. Quant à la psychanalyse, Neill n'a retenu d'elle que deux choses : que seule la répression est mauvaise, et que les névroses sont provoquées par les refoulements sexuels. (…) Neill savait très bien que le fait de céder à la force conduit l'enfant et l'adulte à n'avoir l'un pour l'autre que de la haine ou du mépris. Si nous permettons à une personne de nous imposer sa force ou de nous intimider, nous ne pouvons plus faire grand chose pour elle. Nous ne pouvons plus l'aider, parce qu'elle ne nous respecte plus ; et aussi parce que nous ne l'aimons pas, qu'on se l'avoue ou non. »

Curieusement Summerhill a eu beaucoup plus d'impact en France qu'en Angleterre où, malgré son succès, ses résultats et sa longévité, elle est relativement peu connue.

Divers [modifier]

D'après Neill, les élèves ont un jour proposé de voter l'autorisation de fumer. Il aurait proposé un "amendement" n'autorisant que les cigares, et c'est cette proposition qui a été adoptée. Ainsi lui-même étant fumeur de cigare pouvait continuer, et les cigares étant beaucoup plus chers que les cigarettes, le risque était faible d'avoir des élèves fumeurs.

Bibliographie (livres traduits en français) [modifier]

  • Libres enfants de Summerhill A.S. Neill, Hart Publishing (New York, 1962 - traduction en 1971 éditions Maspéro, puis réedition aux éditions de la Découverte et en poche Folio essais N°4, 1985. Ce livre fit, à son arrivée en France, l'effet d'une bombe qui mit à mal le rapport traditionnel à l'autorité. Il tomba à pic dans l'euphorie libertaire de l'après-68, un an plus tard paraissait Une société sans école, d'Ivan Illich. Dans les années qui suivent la parution du livre, Summerhill se met à susciter une telle curiosité que l'école, symbole de la pédagogie anti-autoritaire, devient un lieu de pèlerinage. Hippies ou militants viennent de tous les coins du monde observer ces gamins exemplaires et folkloriques
  • La Liberté, pas l'anarchie, d'A. S. Neill (suivi de : « A propos de Summerhill », de Bruno Bettelheim). Hart Publishing (New York) 1966, Payot, « Petite bibliothèque », 1970.
  • Pour ou contre Summerhill (dossier). Collectif, Hart Publishing (New York), 1970, Payot, « Petite bibliothèque », 1972
  • Neill ! Neill ! Peau de mandarine !, d'A. S. Neill(autobiographie). Hart Publishing (New York) 1972, Hachette, 1980.

Voir aussi [modifier]

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Mardi 20 mars 2007 2 20 /03 /2007 11:36

Pour Paul Veyne, il lui aura fallu trois coups de dés au IVe siècle

Étienne Dumont
Publié le 19 mars 2007

En 312, Constantin se convertit à la suite d'un songe. L'étendard du Christ doit apporter une victoire décisive à celui qui ne gouverne que la Gaule, l'Angleterre et l'Espagne. Le 28 octobre, le co-empereur bat à plates coutures en Italie son rival Maxence. Un usurpateur, mais Rome a l'habitude! Maxence est tué au Pont Milvius. Installé le lendemain dans la capitale, Constantin peut faire de sa foi une «religion favorisée».

La messe est-elle dite, au propre comme au figuré? Non. Professeur honoraire au Collège de France, Paul Veyne le démontre brillamment dans son essai, Quand notre monde est devenu chrétien. L'historien n'hésite pas à aller à l'encontre des idées reçues à force d'avoir été imposées. La progression du monothéisme ne possédait alors rien d'inexorable. Constantin n'avait-il pas adopté la religion de 5% à 10% de ses sujets?

363 et 394, les années fatidiques

Paganisme et christianisme coexistent donc en 312. Les anciens clergés n'en subissent pas moins des vexations, ce qui montre aux ambitieux où souffle le vent. Pour réussir, il faudra se convertir. Le passage se fera au mieux par conformisme, au pire par opportunisme. C'est que l'Eglise veut vite le pouvoir. Le paganisme se limitait à des gestes rituels. Le christianisme s'approprie les consciences.

A deux reprises, tout manquera néanmoins de basculer. Veyne donne deux dates clés: 363 et 394. Que se passe-t-il? En 363, Julien meurt prématurément.

Helléniste de pointe, l'empereur avait les moyens d'enrayer la progression du nouveau culte. Tout se jouera dans le choix de son successeur. Le païen Sallustius décline. Ce sera le chrétien Jovien, choisi par défaut.

En 394, la situation est devenue difficile pour les disciples de Minerve ou de Jupiter, dont la capitale est Rome, le «Vatican du paganisme». Le catholique modéré Eugène, qui règne sur l'Occident, va se retrouver poussé à attaquer l'intégriste Théodose, empereur à Byzance. Ce dernier l'emportera le 6 septembre. Dès lors, le paganisme devient sursitaire.

Mais la fin tardera! Les catholiques sont divisés par des querelles internes. Des hérésies. Dans un long chapitre, Veyne montre bien que le pire ennemi n'est pas l'autre, mais l'analogue. Le «mi chair, mi-poisson» fait peur. L'université païenne d'Athènes pourra du coup tenir jusqu'en 529, le temple d'Isis à Philae jusque vers 550. Certaines régions d'Egypte auront donc été chrétiennes trois générations à peine, avant de doucement s'islamiser.

L'Europe a-t-elle du coup vraiment des «racines chrétiennes»? Pas pour «l'incroyant» Paul Veyne. «Notre Europe est démocrate, laïque, partisane (…) des droits de l'homme, des libertés de penser et sexuelles, du féminisme et du socialisme. (…) Toutes choses qui sont étrangères et parfois opposées au catholicisme.»

 

«Quand notre monde est devenu chrétien, 312-394» de Paul Veyne aux éditions Albin Michel, 322 pages.



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Mercredi 21 mars 2007 3 21 /03 /2007 12:10

Commentaires et appréciations

"Les mots de Bob sont tous très clairs et très simples; ils vont directement au coeur des choses, sans que vous ayez aucunement le sentiment que Bob s'est transformé en superstar spirituelle dans ce processus. Vrai et rafraîchissant.
Je recommande hautement le livre “Qu'est-ce qui ne va pas dans l'instant présent à moins que vous n'y pensiez ?” Bob "Le Marin" est une pure lumière, un exceptionnel joyau.


Joan Tollifson  http://home.earthlink.net/~wakeupjt/

 

"Cher Bob, quand je suis rentré chez moi, la semaine dernière, j'ai trouvé votre livre qui m'attendait (à la poste). C'est une grande chose et j'aime votre clarté directe. La métaphore du fer dans le feu était nouvelle pour moi et elle marche très bien. Je lis de moins en moins de choses sur le "sujet" car de nombreux écrits me paraissent dévier de cette manière pure de pointer vers le centre, mais votre livre est une joie à partager et je le recommande sans hésitation aux soit-disant "autres". Merci beaucoup.

Leo Hartong  http://www.awakeningtothedream.com
 


"Bob Adamson est un Australien qui a terminé sa recherche spirituelle en 1976 en la présence du renommé Sri Nisargadatta Maharaj. Depuis lors, il en a aidé d'autres à mettre fin à la leur. Quand il dit qu'il demeure en Cela, c'est une déclaration audacieuse mais convaincante. Bien que les thèmes de cette collection de causeries soit conventionnels et attendus, le sentiment  de vérité vivante qui en exsude n'a rien à voir avec la certitude des idées, mais tout à voir avec sa certitude d'être. L'Être est le fondement, le point de départ et le point d'arrivée de son enseignement. Comme il demeure Là, Adamson parle avec l'autorité, la force et l'immédiateté de la vérité.
Le titre du livre résume son enseignement : les problèmes n'existent que dans l'esprit, pas dans l'ici et maintenant. C'est un enseignement familier du non-dualisme. Mais comme les étudiants d'Adamson le savent, son approche vers Cela est pénétrante, directe et immédiate. Il insiste sur le fait de rester dans le présent, juste tel qu'il est. Ce qui est remarquablement absent de ses causeries, c'est la mention de l'illumination, de l'éveil, de tout engagement vers un objectif futur à atteindre. Son idée centrale, c'est que vous êtes déjà, que vous êtes déjà complet, que vous êtes déjà éternellement présent en tant que conscience. Pour voir que vous êtes déjà libre,la seule chose qui est nécessaire, c'est la compréhension.
... Les gens ne répondront pas tous, bien sûr, à ce message et à ce mode direct de transmission, de même que les gens n'ont pas tous répondu à ceux de Nisargadatta ou de Ramana Maharshi. Les gens n'entendent pas tous ce qui se dit est réellement là, sans le colorer de leurs propres croyances. C'est la question familière de la maturité. Comme on peut le mesurer par les réponses de ses étudiants, il est clair que les mots d'Adamson passent vraiment au-dessus de la tête de certains.
Peu importe. Pour eux, ce n'est encore qu'une instruction préparatoire bénéfique. Mais il est aussi clair que les mêmes mots percent les coeurs des autres étudiants et les transforment profondément. Pour ceux qui sont déjà prêts, cela peut être le chemin le plus rapide pour comprendre."

Dennis Trunk (extrait d'un commentaire)  http://3mg.fcpages.com/adamson.html



Son enseignement, comme celui de Nisargadatta, est d'exposer le fondement de l'être. L'enseignement de Bob est de toujours montrer que la nature de l'esprit est de diviser, que la “compréhension est tout” (pour citer Nisargadatta) et que la compréhension survient à partir de l'expérience directe : ici même, en ce moment même, arrêt total, présence-conscience.
Chose curieuse, en lisant le livre, je continuais à attendre que la personnalité de Bob perce à travers, je la recherchais même. Mais je ne peux pas dire que je l'ai trouvée. Je n'ai jamais touché sa  personnalité. Je pense que c'est une qualité rare, cet effort de nettoyage. Une personne peut lire ce livre et ne pas sentir l'impression qu'il y a là un "type" qui s'exprime, même si c'est un livre de causeries composé de questions et de réponses. Cela me dit qu'il n'y a pas de Bob là.



Jerry Katz http://www.nonduality.com 

 



Simple conscience

Gilbert Schultz est le collecteur et l'éditeur des causeries de Qu'est-ce qui ne va pas dans l'instant présent à moins que vous n'y pensiez? et des trois CD qui l'accompagnent enregistrés lors de réunions avec Bob Adamson "Le Marin".

"Les questions présentes dans ce livre couvrent complètement les nombreux angles d'où peuvent survenir tous les chercheurs et même bien plus. Les réponses touchent à une qualité d'intemporalité qui éveille chez le lecteur sa propre intelligence immédiate et intemporelle. La signification absolue de son enseignement et tous les mots merveilleux que l'on pourrait dire à ce sujet ne sont qu'insignifiance lorsque l'on repose dans cette simple conscience. Fondamentalement, c'est ce dont traite son enseignement. La redécouverte de notre vraie  nature, la simple conscience. Une introduction à la conscience toujours fraîche et nouvelle, et cependant ordinaire, est tout ce qui est nécessaire. Tous les détails compliqués ne sont que juste que le bagage qui appartient au chercheur. Bob donne cette introduction de manière unique, par ce qu'il montre, tout à fait spontanément, à tous ceux qui assistent à ces réunions. Le livre et le CD aussi peuvent rendre et rendent bien cette introduction possible.
Pour ce qui me concerne, la vérité de ce qu'il dit est claire et sa vérité m'a amené au-delà de tout besoin de la réentendre. Ayant dit cela, je peux ajouter qu'il y a souvent du plaisir à  la réentendre. Mon expérience d'avoir été avec Bob est qu'après ses indications répétées pour montrer comment questionner directement et immédiatement par soi-même, on voit le contenu de l'esprit et on réalise qu'il est insubstantiel et transitoire. Ce goût de n'être pas le contenu de l'esprit avec absence d'identification au corps est le virage de la soit-disant conscience individuelle. Cela ne peut être manigancé ni contrôlé et dans les termes de "maître et disciple", c'est une introduction qui ne peut être réduite à une histoire ou à un compte-rendu qui n'a pas plus d'importance que toute autre recette. Est-ce que la recette est le gâteau ? et même le fait de manger le gâteau ? Manger la recette ne vous donnerait probablement que des douleurs à l'estomac.
Le livre contient de nombreux pointeurs qui aident l'esprit à trouver sa source. Je peux avec une confiance absolue dire que ces pointeurs marchent. Ils sont simples, directs et profonds, ils coupent à travers tous les détails dans lesquels l'esprit se prend. Par exemple,un des pointeurs est "Vous ne trouverez jamais la réponse avec l'esprit." ou "Vous ne comprendrez jamais cela avec l'esprit." L'essentiel, c'est que, si nous entendons réellement ces pointeurs et ce qu'ils indiquent, cela amène un arrêt dans l'esprit, alors ce qui reste, sans la pensée, est très subtil et cependant profondément évident. Cela doit être goûté par soi-même.
Tout en travaillant aux retranscriptions des bandes enregistrées qui forment le contenu de ce livre, j'ai remarqué combien Bob nourrissait rarement les concepts qui suggèrent un passé ou un futur. Certains phrases étaient tout à fait frappantes par l'absence de structure normale et de temps normaux. Je savais que le discours se produisait spontanément lors des réunions et que cela aussi était, d'une certaine manière, significatif.
Alors que je travaillais à ces enregistrements, de plus en plus, tout cela a commencé à me paraître plus que correct. Ce discours retenait l'attention dans l'immédiateté et évitait les structures d'un paysage mental avec passé, présent, futur, qui semble si commun à notre esprit et à notre manière d'exprimer les choses.
Quel effet cela a-t-il eu sur moi ? Eh bien, ce que je peux dire, c'est que le "chercheur" qui paraissait être si fortement présent ici dans cette soit-disant personne, s'est évanoui sans un au-revoir, ni même dans un éclair. En fait, ce que l'on reconnaît, c'est qu'il n'a même jamais existé. Même si je tentais d'y penser maintenant, tout point de référence à un temps ou à un processus aurait peu de sens. Tout est la conscience qui apparaît sous la forme de ceci ou de cela. L'essence connaît et c'est immédiat. Il n'y a que la conscience de tenter de transmettre avec des mots quelque chose qui est dépourvu de mots et qui n'est pas dans le temps.
Comment l'expliquer est au-delà de moi et pourtant l'_expression me traverse. L' "événement de l'éveil", c'est une des choses  que les chercheurs veulent communément entendre. C'est la carotte.
Au début, dès que je demandais à Bob de me parler de "son événement", il rappelait rapidement mon attention à ma "propre" présence-conscience simple et totale. De cette manière, la clé est donnée. Ce n'est peut-être pas ce que le chercheur veut entendre mais la subtilité de la chose peut s'infiltrer. Le chercheur n'est qu'une pensée... Il ne peut penser, ni entendre, ni voir. Lorsqu'on voit cela, il y a perception d'une vision du contenu de l'esprit et sa posture habituelle s'affaiblit, elle est sapée. Dans les termes habituels d'une "progression", on pourrait dire que cette affaiblissement "continue" de se produire et que l'ouverture "s'accroît".
On remarque que les pensées ne sont plus "lourdes" et que les états perturbateurs se montrent de moins en moins. Cela ne se manifeste même plus comme quelque chose de significatif et le repos dans la nouvelle ouverture a lieu dès que l'organisme se détend. Les jeux de l'esprit cessent.
On pourrait dire que le corps a une préférence pour la détente naturelle, qui s'oppose au flot habituel d'anxiétés et de souffrances qui proviennent des drames psychologiques qui ont constitué tant des activités précédentes et cela est rafraîchissant et libéré de la pensée. Plus tard, l'esprit le traduit en mots."

 

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Mercredi 21 mars 2007 3 21 /03 /2007 14:26

Perspectives philosophiques n°1

PHENOMENOLOGIE ET PSYCHIATRIE :

AUTOUR DE LA “ DASEINSANALYSE ”

Bruno TEBOUL

Un tel intitulé mérite une explication tant au sujet de cette mise en relation entre deux disciplines

différentes et éloignées, qu’aux disciplines elles-mêmes, et aux domaines d’études auxquels elles se

consacrent : en effet, la phénoménologie qui a commencé à s’édifier avec Kant et Hegel pour trouver

son accomplissement avec Husserl, a toujours été d’intention philosophique. Mais il est vrai que la

phénoménologie se présente aussi comme une psychologie, non pas la psychologie ordinaire ayant

rapport à l’empirie, mais une “ psychologie eidétique ” ou encore “ transcendantale ”. Le terme

“ transcendantal ” se réserve, depuis Kant, à la discipline qui est à la recherche des conditions de

possibilité de la science. Une psychologie transcendantale serait donc une étude des conditions

psychiques de possibilité de la science. Si Husserl préfère le terme “ eidétique ”, c’est parce que son

point de vue est plus vaste : son projet est plutôt d’étudier les conditions de possibilité de la science

pour toute conscience possible en général. On conçoit que sa psychologie eidétique n’ait, dès lors,

pas grand-chose à voir avec une science particulière, même si elle a trait à la vie psychique.

Néanmoins, si elle est au fondement de toute science, on doit la retrouver au fondement des sciences

de la vie mentale. Dans quelle mesure ? Et en quel sens ? Quel serait le fondement philosophique de

la psychiatrie ? Quel est cet apport phénoménologique à la psychiatrie ? Quelle nouvelle discipline et

science émane de cette rencontre entre médecine et philosophie ? Plus précisément, quelle science

étudie “ les phénomènes ” de la maladie mentale en tant qu’ils appartiennent “ aux manifestations ”

de l’homme ? Que faut-il entendre par “ Daseinsanalyse ” ?

Un mouvement important dans la philosophie contemporaine porte de nombreux auteurs, parmi les

plus notoires, à l’étude des phénomènes de la maladie mentale, en tant que manifestations essentielles

de l’homme et de son destin. Effectivement, des travaux conjoints de médecins (psychiatres) et de

philosophes, s’est dégagée progressivement une science nouvelle, que l’on reconnaît maintenant sous

le nom de “ psychopathologie ”. Il serait inutile de rappeler la difficile genèse de la psychopathologie.

En revanche, il est important de souligner que la psychiatrie s’est instaurée sous l’égide d’un

médecin-philosophe : Pinel, auteur d’un Traité médico-philosophique. Ludwig Binswanger, un des

chefs de fil de ce courant de psychiatres phénoménologistes, considérait qu’une “ science n’est pas

une science au plein sens du terme aussi longtemps qu’elle ignore sur quelle fondations

aprioriques, sur quel fondement philosophique, donc, elle s’édifie (in Discours, parcours et

Freud, p. 105, “ analytique existentielle et psychiatrie ”). Selon Binswanger, toujours, “ la

psychiatrie, science de l’homme psychéiquement malade, n’est pas possible sans une intelligence de

la structure apriorique ou de la constitution d’être de l’être homme en général ” (op. cit.).

Cette considération se dévoile dans une langue, sans nulle doute, empruntée à la phénoménologie,

mais de quelle phénoménologie s’agit-il ? Pourquoi un psychiatre s’intéresse-t-il (au point de faire

sien l’outil conceptuel du phénoménologiste), à cette discipline philosophique inaugurée par Edmund

Husserl ? Que peut attendre la psychiatrie de la phénoménologie en matière d’étude de la folie ? Non

pas une “ méthode ” d’investigation qui viendrait doubler la science d’observation clinique, comme le

rappelle avec juste raison Georges Lanteri-Laura : “ la phénoménologie de Husserl ne va pas

prétendre pratiquer la psychiatrie mieux que le psychiatre, comme les sophistes de Platon, qui

viennent parler de la médecine mieux que le médecin ” (La Psychiatrie phénoménologique, Paris,

1963, p. 86-87).

Mais si la phénoménologie se situe dans la perspective d’une recherche des fondements de la

connaissance, alors elle est susceptible d’aider la psychiatrie et la psychopathologie comme d’autres

sciences, à reconnaître leur propre sens et l’origine de leur validité, de leur évidence et de leur

certitude. Et comme elle rattachera inévitablement les sciences de l’homme mentalement malade à

toutes les sciences de l’homme, puisque son point de départ est un ego transcendantal qui ne les

distingue pas encore, la psychologie eidétique, découlant des sciences de l’existence et de ses

“ apparitions ” principielles, pourrait nous mener à mieux saisir l’origination de la maladie mentale et

sa spécificité (puisque la maladie mentale n’est d’abord qu’un mode d’apparaître de l’existence). En

outre, on admettra que la phénoménologie de Husserl a eu une influence diffuse jusque dans la

pratique clinique. Mais son rapport n’est pas immédiat. Parce qu’elle n’est pas une branche de la

connaissance générale mais une recherche de ses fondements, elle est une philosophie générale, et en

tant que telle, aucune branche de la connaissance ne peut l’ignorer tout à fait, car selon le souhait de

Claude Bernard, elle répond à “ cet esprit philosophique, sans être nulle part, et partout et qui, sans

appartenir à aucun système, doit régner non seulement sur toutes les sciences, mais sur toutes les

sciences humaines ”, (Introduction à 1’étude de la médecine expérimentale, 1912, p. 351).

Ainsi peut-on définir une attitude phénoménologique chez le clinicien même, qui ne sera nullement

obligé de “ mettre entre parenthèses ” les acquisitions de la psychophysiologie, ni les descriptions

sémiologiques des maîtres illustres de l’observation, ni même les classifications syndromatiques des

grands systèmes nosologiques, quand il laissera apparaître tout malade, chaque type de malade avec

l’originalité et la particularité qui lui est propre, dans laquelle il se montre et dévoile sa manière

d’être de façon à déterminer les essences propres (eidos) du sujet en question. il est vrai que la

phénoménologie de Husserl ne voit pas les faits psychiques comme des phénomènes qui peuvent être

observés. Il faut en élucider l’essence qui est le sens même de l’être ; la “ vision des essences ” est

une intuition qui nous livre l’objet en sa personne même, et qui est une relation immédiate du sujet et

l’être dont on dégage les structures profondes par la pénétration de son vécu. C’est une totale

rupture avec la conception classique de l’observation et de ses déductions scientifiques. Car ce qui

est objet d’analyse du psychiatre phénoménologiste, c’est bien l’existence et l’être-au-monde du

malade, seuls capables de rendent compte des causes de la maladie mentale, comme manifestation

possible de l’humanité : la personnalité est comme une expérience vécue. Il n’y a plus de maladie

mentale, plus de malades mentaux ; il y a pour chacun une expérience, des événements vécus qui lui

sont propres et qui constituent son moi. C’est ce moi opposé au moi d’autrui qu’il faut pénétrer par

l’intuition. Ludwig Binswanger fut le premier à pratiquer cette nouvelle conception et approche de la

maladie mentale, à la lumière de l’analyse de l’existence, du vécu des malades mentaux, ou personnes

considérées comme telles : Binswanger se réfère à la phénoménologie de Husserl, mais la filiation est

déjà lointaine et, d’après lui, la phénoménologie s’est transformée de façon telle qu’on puisse en

attendre des applications jusque dans le monde empirique : “ le concept de la phénoménologie s’est

depuis [i.e. depuis 1932] transformé à plus d’un égard... il faut distinguer rigoureusement entre la

phénoménologie pure ou eidétique de Husserl, comme discipline transcendantale, et

l’interprétation phénoménologique de formes humaines d’être-présent, comme discipline

empirique ”, (op. cit., p. 53). La transformation à laquelle notre auteur fait allusion est celle qu’aurait

subie la phénoménologie husserlienne à la suite des recherches de Heidegger. Il ne peut être ici

question de discuter la doctrine de Heidegger, et on reconnaîtra à Binswanger le droit de s’en

inspirer ; mais on peut se poser la question de savoir si, lorsqu’on s’inspire explicitement d’un auteur,

il faut encore faire référence à ceux dont lui-même tire quelques éléments, importants sans aucun

doute, mais qui ne forment plus la véritable originalité de son oeuvre. Pour l’instant, on se contentera

d’entériner ce constat que la source de Binswanger est Heidegger. Or, il est vrai que le sens que

donne ce dernier à la phénoménologie marque “ une transformation ” du concept par rapport à

Husserl, ce que Binswanger aperçoit très clairement ; la problématique heideggerienne est

fondamentalement ontologique (quand le point de départ husserlien est gnoséologique).

Lorsque Heidegger aperçoit la constitution fondamentale de l’être-présent dans l’être-dans-lemonde,

il veut énoncer par là quelque chose sur la condition de possibilité de l’être présent.

L’énoncé de l’être-dans-le-monde a donc, chez Heidegger, le caractère d’une thèse ontologique,

c’est-à-dire d’une énonciation sur un contenu essentiel qui détermine l’être-présent en général

(op. cit., p. 52). Et c’est bien sur ce point de départ ontologique que se fonde “ l’analyse

existentielle ” ou “ Daseinanalyse ” : “ C’est de la découverte et de l’exposition de ce contenu

essentiel que l’analyse existentielle a reçu son impulsion décisive, son fondement et sa justification

philosophique, ainsi que ses directives méthodologiques ” (ibid., p. 52). L’ontologie heideggerienne

procure donc à “ l’analyse existentielle ” des directives méthodologiques. Mais celles-ci doivent être

soigneusement interprétées : Heidegger se meut toujours dans le domaine transcendantal (les

conditions de possibilité de l’être-dans-le-monde), tandis que l’analyse existentielle veut rester

empirique. C’est pourquoi Binswanger distingue “ analytique ” et “ analyse ” : l’analytique

existentielle serait le corps théorique adoné à l’étude des conditions transcendantales de “ 1’êtredans-

le-monde ” ; l’analyse existentielle étudierait “ l’être-présent ” donné, sous forme de “ faits ”,

réunis en des “ structures ” : “ Par analytique existentielle, j’entends la clarification philosophiquephénoménologique

de la structure apriorique ou transcendantale de l’être-présent, comme êtredans-

le-monde, due à Martin Heidegger ; par analyse existentielle, l’analyse empirique,

phénoménologique, scientifique des modes de structures d’être présent factuels ” (Binswanger,

ibid., p. 52).

Qu’est-ce que la seconde emprunte à la première en fait de méthode ? Il est assez difficile de le

cerner de près en suivant les textes de Binswanger. Nous pensons cependant qu’il s’agit

principalement de l’intersubjectivité qui permettrait de surmonter les problèmes d’accès à autruiobjet,

afin de comprendre son monde : “ Avec Sein und Zeit, le problème de la subjectivité s’est

détaché de la corrélativité (de la relation) sujet-objet, et même du cadre étroit de la connaissance,

pour se situer sur le vaste terrain de l’être-dans-le-monde comme transcendance. La subjectivité

signifie maintenant la structure apriorique non seulement de la connaissance, mais aussi de la

subjectivité transcendantale en général, terminologiquement et ontologiquement déterminée comme

être-présent ou être-dans-le-monde ”, (ibid., p. 91). Par ailleurs, en effet, les principes

méthodologiques de l’analyse existentielle ne semblent pas doués d’une originalité qui les

distinguerait nettement de la psychiatrie ou de la psychopathologie. Ces principes se réduiraient à

deux : l’utilisation de la notion de “ structure de l’être-présent ” et l’interprétation du contenu de son

langage en tant que ce contenu est considéré comme phénoménal : “ La recherche analyticoexistentielle

présente... premièrement l’avantage de ne pas avoir à traiter avec un concept aussi

vague que l’est celui de la vie, mais avec une structure dégagée fondamentalement et dans tous ses

aspects, la structure de l’être-présent comme être-dans-le-monde ; elle a, deuxièmement,

l’avantage de pouvoir effectivement laisser l’être-présent s’exprimer sur soi, de le laisser venir au

mot ; ce qui veut dire que les phénomènes dont elle interprète le contenu sont principalement des

phénomènes de langage ” (ibid., p. 65). L’analyse existentielle est donc une analyse logique des

contenus structuraux de la parole du Da-sein, présent comme être-dans-le-monde, doué d’un logos

propre. La structure phénoménologique du Da-sein associée étroitement à l’être-présent-dans-lemonde,

au-monde principalement. L’être n’existe, n’est complet que par ses relations avec le monde

qui l’entoure. Et l’analyse du Da-sein ou Daseinsanalyse consiste en l’étude de l’être-présent, dans

l’histoire de la vie, au sens de l’accord avec autrui., dans le contact de la participation à la joie et la

peine d’autrui.

L’exploration des structures, la Daseinsanalyse, cherche à établir le niveau de la communication du

sujet avec le monde, à pénétrer le sentiment de son “ être-dans-le-monde ”. Ainsi, la Daseinanalyse

se destine à la compréhension et l’interprétation des modalités et structures de l’existence conçue en

phénomène biographique, en tant que manière d’être et d’exister, expérience vécue, et, en la

circonstance, une rupture d’avec notre réalité. Ce thème biographique est une explication, une

étiologie de ce que nous appelons la maladie. La maladie mentale est remplacée par le concept du

phénomène biographique et existentiel, de la succession des événements dans le vécu, avec des

interprétations qui varient selon la position théorique de l’observateur. La Daseinsanalyse se borne à

l’investigation des fondements de l’être-là, à l’exposé de la manière dont le malade ressent son

existence-au-monde, sans qu’il soit question d’en considérer l’expression comme un symptôme et

une maladie. L’analyse existentielle s’attache, non pas aux catégories cliniques comme le fait la

psychiatrie, mais à la compréhension du Dasein comme être-dans-le-monde. L’analyse existentielle

se donne pour tâche de percer à jour les méandres de la structure des modes existentiels

(Daseinsweisen) sur lesquels viennent se greffer folie de persécution, prétentions, extravagances,

affection, c’est-à-dire “ la perte du Moi dans l’existence ”, dans le cadre de la schizophrénie par

exemple. Par Daseinsanalyse, il faut donc entendre clairement et simplement le sens littéral qui est

fixé à ce concept (Da-Seins-Analyse) !

Bruno TEBOUL

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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