Concours

Liens

Recommander

penser

Lundi 26 février 2007 1 26 /02 /2007 12:13
Auteur : Max Gallo
Titre : L'âme de la France
Editeur : Fayard
Collection : Documents
Prix :  23,00 €
Paru le : 01/03/2007
Résumé : Un tableau de l'histoire de France, des premiers hommes du Périgord au début du XXIe siècle. Montre comment, génération après génération, se sont constituées les manières d'être, de penser et de croire, d'éprouver, d'agir et de réagir, d'approuver et de se révolter, qui composent l'âme de la nation française.
ISBN : 978-2-213-63007-6
Description : 600 p.; 24x16 cm
Thème : Histoire Histoire de France

 

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 26 février 2007 1 26 /02 /2007 12:45

Ernst Cassirer

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

 

Ernst Cassirer né le 28 juillet 1874 à Breslau, Silésie (aujourd'hui Wrocław, Pologne) et mort le 13 avril 1945 à New York. Philosophe allemand, représentant d'une variété de néo-kantisme, courant fondé par Paul Natorp et Hermann Cohen, développé dans ce qu'on appelle aujourd'hui l'école de Marburg.

Sommaire

[masquer]

Biographie [modifier]

Fils d'un commerçant juif de Breslau, il fit des études en droit, littérature allemande et philosophie à l'université de Berlin et, à partir de 1896, à l'université de Marbourg. Il fut fortement influencé par Hermann Cohen et obtint en 1899 son doctorat avec une thèse sur Descartes.

De retour à Berlin, il soutint en 1906 sa thèse d'habilitation, ou thèse d'État, et reste à l'université pendant treize ans en tant qu'assistant. À partir de 1919 il occupa une chaire de philosophie à l'université de Hambourg.

Lors de la montée du national-socialisme et la prise du pouvoir en 1933, il dut quitter l'Allemagne en raison de ses origines juives, enseigna d'abord à Oxford, Angleterre (1933-35), puis à Göteborg, Suède (1935-41). Devenu citoyen suédois en 1939, il s'installa aux États-Unis à partir de 1941, où il travailla aux universités Yale (1941-44) et Columbia (1944-45).

Philosophie [modifier]

Cassirer partit de l'approfondissement de la théorie de la connaissance kantienne, telle qu'elle fut élaborée par le néo-kantisme. Il est d'usage de le considérer comme un membre de l'école de Marbourg. L'originalité de son œuvre, et les orientations qu'il prit en font un penseur original et non pas un simple néo-kantien. Sa plus grande originalité réside sans doute dans sa vision dynamique de la pensée humaine, tant dans sa composante historico-temporelle que constructiviste.

L'esprit comme processus temporel de construction [modifier]

En 1929, il prit part à un séminaire à Davos, resté célèbre de par la confrontation qui y eut lieu entre lui et Heidegger. Alors qu'Heidegger fondait une ontologie, en procédant à une relecture radicale de Kant (et en particulier de la première édition de la 'Critique de la Raison Pure', où l'imagination transcendantale se voit attribuer le rôle d'une faculté de synthèse, susceptible de pouvoir être considérée comme la "racine commune" de l'entendement et de la sensibilité, bref : de pouvoir être considérée comme le cœur du sujet), afin d'explorer l'en-deçà de la représentation. Cassirer ouvrait une voie visant à définir la manière dont le sujet construit sa représentation. En d'autres termes, leurs travaux ne sont pas strictement antagonistes car leurs directions n'étaient pas les mêmes.

Ce qui était en jeu, en revanche, était les orientations à donner à la philosophie du XXème siècle : explorer les fondements existentiels de l'être ou la façon dont la raison se construit et se développe ? Là réside la profonde originalité et l'intérêt de Cassirer. Il anticipe d'une certaine manière, les travaux de Piaget, des structuralistes et des cogniticiens modernes. En effet, il s'attache, dans sa philosophie, à comprendre et décrire comment l'homme construit ses représentations vers toujours plus d'objectivité et la science moderne. Le fil directeur est l'élaboration humaine de symboles, que ceux-ci soient mythiques, linguistiques, artistiques ou scientifiques. L'homme ne naît pas avec des représentations de type kantien, mais il se les construit. C'est là son principal apport à la théorie kantienne de la connaissance.

De ce point de vue, il peut être considéré comme l'un des précurseurs du constructivisme moderne et eut également une influence majeure sur Maurice Merleau-Ponty et en particulier son ouvrage "Phénoménologie de la perception".

Le symbole comme fondateur de sens pour l'humain [modifier]

Sa philosophie peut être qualifiée de philosophie de la culture. L'esprit humain produit des représentations dont on peut écrire l'histoire. Ces représentations constituent la culture humaine, formes objectives de l'esprit. Le langage, le mythe mais également les sciences sont des élaborations de l'esprit humain, qui lui permettent de mieux comprendre le monde et agir sur lui.

Celle-ci vise à unifier les différents aspects de l'esprit humain en définissant l'homme, à la suite de Wilhelm von Humboldt, comme un animal symbolique. Pour lui, l'esprit humain se développe par symbolisation toujours plus précise et sophistiquée. Il jeta les bases de sa philosophie dans un article de 1910 Forme et fonction, qu'il reprit et étoffa dans Philosophie des formes symboliques, son ouvrage majeur. Le symbole produit par l'esprit permet à l'être humain de toujours mieux connaître le monde qui l'entoure. Cette symbolisation part de la perception brute telle qu'elle est donnée par les sens, pour ensuite la structurer au moyen de concepts et idées toujours plus exactes. Ainsi, pour Cassirer, la science moderne constitue l'aboutissement du développement de l'esprit humain, tel que l'histoire de la connaissance et de la pensée le montrent. Pour lui, sans que cela soit explicitement exprimé, la science est le mode supérieur de connaissance.

Il résuma sa philosophie dans L'Essai sur l'homme, qui constitue la synthèse de sa vision de l'homme, plus accessible que sa Philosophie des formes symboliques.

Son dernier ouvrage tente d'analyser le phénomène de l'état nazi Le mythe de l'État.

Œuvre [modifier]

Son principal et plus connu ouvrage est Philosophie des formes symboliques en 3 tomes :

  • T1 - Le langage (1923) ;
  • T2 - la pensée mythique(1925) ;
  • T3 - phénoménologie de la connaissance (1929).

Parmi ses autres ouvrages majeurs disponibles en français mentionnons :

  • Substance et fonction : Eléments pour une théorie du concept
  • Le problème de la connaissance dans la philosophie et la science des temps modernes
  • L'essai sur l'homme
  • Le problème Jean-Jacques Rousseau, (paru en allemand en 1932 dans Archiv für Geschiste der Philosophie
  • Theorie de la relativite d'Einstein ; " Universitaires de France, Paris, 1991.
  • "La philosophie des Lumières" , Ed.: Fayard, 1990, ISBN 2213026033

Liens externes [modifier]

Portail de la philosophie – Accédez aux articles de Wikipédia concernant la philosophie.
Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 26 février 2007 1 26 /02 /2007 17:28
Cassirer, Ernst
Breslau, 1874 - Princeton, 1945
© Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia



 


Ernst Cassirer


Biographie
Philosophe allemand. Important représentant du néo-kantisme et dernière figure de l'idéalisme, il a développé une philosophie des «formes symboliques».    

 

Cassirer étudie la philosophie, la littérature allemande et l'histoire de l'art successivement à Berlin, Leipzig et Heidelberg. De retour à Berlin en 1894, il suit les cours de Georg Simmel, puis ceux du néo-kantien Hermann Cohen à Marburg, en 1896. Privadozent à Berlin en 1909, il est nommé professeur à l'Université de Hambourg en 1919, d'où il fuit le régime national-socialiste dès 1933. Cassirer part alors enseigner à Oxford, puis à Göteborg, Yale et enfin à l'Université de Columbia, à New York, où il meurt subitement.

Cassirer a notamment écrit : le Problème de la connaissance dans la philosophie et la science contemporaine (1906-1920), la Philosophie des formes symboliques (1923-1927), l'Individu et le cosmos dans la philosophie de la Renaissance (1927) et la philosophie des Lumières (1932).


La fonction symbolique
Cassirer apparaît d'abord comme un commentateur de l'œuvre de Kant, qu'il relit à la lumière des progrès récents des sciences exactes et des sciences humaines et sociales.  

La science moderne, cherchant à objectiver le réel, veut établir des principes d'invariance. Or le modèle scientifique ne suffit pas à exprimer tous les invariants de la réalité, dont Cassirer perçoit l'essence dans le symbole.   Il va alors appliquer les catégories kantiennes - qui sont les fonctions du jugement grâce auxquelles la connaissance du monde est possible (espace, temps, nombre, causalité) en ce qu'elles permettent d'unifier, au sein de la conscience, le divers en un tout - à d'autres objets que ceux de la connaissance physico-mathématique : la culture et ses différentes formes - langage, religion, mythe, art -, qui sont un autre modèle d'objectivation de la réalité.  

Cassirer va donc procéder à l'inventaire des diverses «formes culturelles». Le langage apparaît comme un système privilégié de signes : il est une activité symbolique qui donne forme au réel, il est un moyen par lequel les multiples impressions sensibles sont formées en objets de la pensée. Vecteur de sens, il exprime les relations symboliques, d'espace, de temps et de nombre. Pour Cassirer, la fonction symbolique s'étend à «la totalité des phénomènes qui, sous quelque forme que ce soit, manifestent un sens au sein du sensible».

 

Pour en savoir plus

La philosophie des Lumières

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 1 mars 2007 4 01 /03 /2007 15:55

La chronique de Frédéric Beigbeder
A quoi sert la princesse de Clèves?

par Frédéric Beigbeder
Lire, mars 2007


© Franck Courtès

   

C'était il y a un an, autant dire un siècle dans l'ère du vite et du vide. La maladie qui décrit le mieux notre époque, métaphoriquement, c'est celle d'Alzheimer. Nous sommes programmés pour oublier notre passé. Ceux qui ont de la mémoire peuvent désormais être considérés comme des résistants. C'était il y a un an, en février 2006: dans un meeting à Lyon, Nicolas Sarkozy s'est moqué de La princesse de Clèves. Rappelons la phrase du futur président des Français: «L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle!» De nombreuses chroniques se sont déjà moquées de ce dérapage méprisant, comme de la «bravitude» créée par Ségolène Royal. En matière de bévues francophobes, les deux candidats sont à égalité. Si je reviens sur celle de Sarkozy, c'est qu'elle me semble trahir une opinion communément admise: la plupart des gens «normaux» n'en ont rien à foutre de La princesse de Clèves; quant aux «importants», ils ont mieux à faire que d'étudier de vieux grimoires du patrimoine national. En quoi La princesse de Clèves (1678) peut-elle nous aider à réformer l'économie de notre pays? Que peut Mme de La Fayette pour résorber le chômage des jeunes et le déficit des comptes sociaux? Bref, quelqu'un peut-il me dire à quoi sert cette romance d'une aristocrate éplorée?

C'est simple, il suffit d'avoir une heure de libre. Asseyez-vous, Monsieur le ministre de l'Intérieur. Il y a de nombreux fauteuils place Beauvau. Ouvrez le roman fondateur de la littérature française. Inutile de rechercher une vieille édition reliée en cuir: le petit Librio à 2 euros est nettement plus maniable, et moins intimidant. La première phrase a tout d'une caresse: «La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second.» On souhaite à tout futur chef de l'Etat français d'inspirer d'aussi beaux débuts chez les romancières du futur. La langue la plus parfaite, la plus précise, décrit ensuite une femme très belle et très triste, qui tombe amoureuse d'un autre homme que son mari, refuse de lui parler pendant vingt-deux pages, avoue sa souffrance à son époux, se retire de la cour sans avoir fauté, se sacrifie pour garder son honneur. Le mari, persuadé d'être cocu, meurt de chagrin, et la princesse lui restera fidèle même après sa mort. C'est un grand roman sur l'amour impossible, sur le désir et la vertu, un livre incroyablement ciselé, d'une acuité psychologique indépassable, une prose d'une absolue et éternelle finesse. L'allergie du candidat de la droite aurait-elle un lien avec le pitch du roman? Il aurait tort. La princesse de Clèves montre un mari malheureux qui n'est jamais ridicule. La princesse de Clèves est d'une lecture urgente. Lire ce livre rend patriote! Seul notre pays rigoureux et passionné pouvait accoucher d'un tel chef-d'œuvre. Entendre cette langue, c'est entendre la musique de l'intelligence: «Je vous adore, je vous hais, je vous offense, je vous demande pardon; je vous admire, j'ai honte de vous admirer.» La solution à tous les problèmes de la France n'est pas dans les programmes électoraux mais dans ce petit roman. Parce que la seule chance de survie de la France au XXIe siècle, c'est sa beauté.

Toutes les chroniques par date de publication

 Envoyer à un ami
 Imprimer
  Recherche  
 
Recherche avancée multicritère
Hors-série Tintin
Retrouvez en kiosque notre hors-série Tintin, les secrets d'une oeuvre


Librairie en ligne


La librairie Lire.fr : achetez en ligne les guides et hors-série de Lire
 
Chapitre.com
 


© LIRE


Réalisé par Fluxus

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 2 mars 2007 5 02 /03 /2007 18:56
Un karma du tonnerre
Malgré ses 44 ans passés en exil, le chef spirituel tibétain croit toujours en sa bonne étoile

PAR MARY AIKINS


Quand on discute avec Tenzin Gyatso, on sent dans la pièce une autre présence: la joie. Le «simple moine» salue la vie avec une bonne humeur qu’il ponctue souvent de grands éclats de rire.

Né en 1935 dans une famille de fermiers, Tenzin Gyatso est reconnu, à l’âge de deux ans, comme le 14e dalaï-lama. Trois ans plus tard, il devient le chef spirituel des bouddhistes tibétains.

Les dalaï-lamas sont restés pendant des siècles les souverains temporels et spirituels de ce «pays des neiges». Puis, en 1950, la Chine envahit le Tibet. Durant neuf ans, le dalaï-lama résiste et tente de négocier la paix avec l’occupant. Ce n’est qu’en 1959, après la sanglante répression d’un soulèvement populaire, qu’il s’exile en Inde avec 80 000 Tibétains.

Même expatrié, Tenzin Gyatso reste le souverain politique et spirituel de tous les Tibétains. Symbole du Tibet libre, il est admiré dans le monde entier par des fidèles de toutes les
religions.

Nous nous entretenons avec lui dans la salle de réception du monastère indien Theckchen Choeling, de Dharmshala, où il vit la plus grande partie de l’année. L’écho des psalmodies d’une centaine de moines bouddhistes en robe safran s’élève au-dessus des pinèdes odorantes tapissant les contreforts himalayens.

Sélection: Votre assistant nous dit que vous êtes à moitié végétarien. Comment peut-on être à moitié végétarien?

Dalaï-lama: [Rires.] Je suis devenu végétarien au début des années 60, et je le suis resté pendant près de deux ans. Puis j’ai contracté une hépatite, mon corps est devenu jaune. Mes pupilles, mes ongles étaient jaunes ! J’étais comme le Bouddha, mais cela n’avait rien à voir avec la spiritualité, c’était la maladie! Alors je suis revenu à mon régime précédent. Végétarien un jour, non-végétarien le lendemain.

Depuis l’année dernière, mon régime est surtout constitué de légumes et de riz ; c’est bon pour mon tour de taille. Mais on ne peut pas dire que je suis tout à fait orthodoxe: quand je suis ailleurs, je mange ce qu’on me sert.

Sélection: Quels sont vos animaux favoris?

Dalaï-lama: Les oiseaux. Je nourris ceux qui sont pacifiques. Je suis contre la violence, mais, si un faucon attaque mes protégés, je me fâche et je vais chercher ma carabine à air comprimé.

Sélection: Vous avez une carabine?

Dalaï-lama: Uniquement pour faire peur aux faucons.

Sélection: Chaque matin, vous vous levez à trois heures et vous méditez jusqu’à six heures. Quand le temps vous manque pour méditer, ça vous rend bougon?

Dalaï-lama: Il faut une certaine accumulation de journées stressantes, pendant plusieurs mois, pour que je devienne bougon. Ça m’arrive aussi quand je côtoie des gens qui manquent de sérieux. Mais j’ai toujours envie de découvrir de nouveaux endroits, de nouveaux visages.

Sélection: Les personnes avec lesquelles vous avez le plus d’affinités ?

Dalaï-lama: Des chefs religieux, bien sûr. Le pape. Vaclav Havel, l’ex-président tchèque. C’est de lui que je me sens le plus proche. Sa spiritualité est très profonde.

Le pandit Nehru [artisan, avec Ghandi, de l’indépendance de l’Inde] manifestait un profond intérêt pour le règlement du problème tibétain; sur cette question, c’est avec lui que j’ai eu la relation la plus étroite. J’admire aussi Willy Brandt, l’ancien chancelier de l’Allemagne de l’Ouest. En pleine guerre froide, il a réussi à gagner la confiance des dirigeants de l’Union soviétique sans que cela porte atteinte aux droits de son pays. C’est la meilleure stratégie: défendre ses droits et ses valeurs tout en gardant une attitude amicale.

Sélection: Qui d’autre?

Dalaï-lama: Le président Mao. Notre première rencontre a été plutôt formelle. J’étais très inquiet. Plus tard, lors de dîners officiels, il m’a souvent fait asseoir à ses côtés. Il me traitait comme un fils. Il allait jusqu’à me faire goûter certains plats avec ses baguettes! Ça me rendait un peu nerveux: il toussait tellement que j’avais peur d’attraper ses microbes! [Rires.]

Il m’a souvent félicité de ne pas fumer. Il était incapable d’arrêter. J’aimais la candeur avec laquelle il m’avouait ça. Je crois que nous avons fini par devenir amis. J’avais beaucoup de respect pour lui; il était un grand révolutionnaire. Son comportement était parfois fruste, mais il était très attentionné.

Sélection: Les relations peuvent-elles s’améliorer entre la Chine et le Tibet?

Dalaï-lama: En septembre dernier, une délégation tibétaine s’est rendue en Chine et a été bien accueillie. Auparavant, les Chinois sermonnaient durement nos représentants, mais, cette fois, ils se sont montrés plus conciliants. La Chine évolue. Tôt ou tard, le système communiste changera lui aussi.

Sélection: Mais plus lentement, sans doute…

Dalaï-lama: Je préfère cela. Un changement trop radical engendre parfois le chaos. Personne n’y trouve son compte. Je crois que certaines personnalités chinoises réalisent que le pouvoir devra être plus décentralisé. La situation présente au Tibet est dangereuse pour les Chinois. C’est pour ça qu’ils suppriment tant de gens ou qu’ils les endoctrinent. Mais je crois que l’intelligentsia et certains dirigeants éclairés trouveront des solutions plus raisonnables et plus réalistes. Quand ? Je ne le sais pas.

Sélection: Croyez que de jeunes Tibétains pourraient recourir à la violence si les négociations échouaient?

Dalaï-lama: Ce danger existe.

Sélection: Comment réagiriez-vous?

Dalaï-lama: Je démissionnerais.

Sélection: En tant que chef du gouvernement tibétain ou en tant que dalaï-lama?

Dalaï-lama: [Rires.] La réincarnation du dalaï-lama ne peut abdiquer. Pour cela, il faudrait que je change de corps!

Depuis 2001, nous avons un gouvernement élu. Je suis donc quasi retraité. Mais il est certain que, jusqu’à ma mort, je continuerai à promouvoir les valeurs humaines, l’harmonie entre les religions et la protection de l’environnement.

Sélection: En tant que moine, vous êtes passé à côté de certains plaisirs. Vous le regrettez?

Dalaï-lama: Non. La chasteté, pour les moines et les moniales, est plus qu’une règle. Notre but primordial est de faire en sorte de réduire toutes les émotions négatives. Le désir sexuel et l’attachement sont agréables, mais ils peuvent produire colère, jalousie et haine.

Les moines jeûnent, leur habillement est très simple. Ces pratiques n’apportent pas seulement la paix de l’esprit, mais la moksha, la libération.

Sélection: Il y a plus de 40 ans, vous avez été forcé de fuir votre terre natale. Depuis, la culture tibétaine a été anéantie et beaucoup de gens sont morts. Ressentez-vous de la colère et de la haine?

Dalaï-lama: De la colère, parfois. De la haine, presque jamais. Un moine ne peut se laisser aller à de tels sentiments.

J’ai rencontré récemment un vieux moine tibétain qui a passé près de 20 ans dans un goulag chinois. Il m’a décrit ce qu’il y avait subi. Puis il a évoqué des moments particulièrement difficiles. Je croyais qu’il faisait allusion aux dangers pour sa vie, mais ce n’était pas cela. Le véritable danger, m’a-t-il expliqué, était de perdre sa compassion envers les Chinois. Il savait que ces gens qui le faisaient souffrir créaient un nouveau karma qu’ils devraient affronter pendant très longtemps. Alors, il s’inquiétait pour eux.

Mais atténuer la colère ne veut pas dire qu’on abandonne la lutte. Nous continuons à nous battre pour nos droits, pour la justice, mais nous le faisons sans colère. Je crois que l’essence de la non-violence ne réside pas seulement dans l’action, mais dans la motivation.

Dans l’une de ses vies antérieures, le Bouddha a tué un homme pour sauver la vie de 499 personnes. Cet homme avait l’intention d’éliminer ses compagnons pour s’emparer de leurs biens ; s’il mettait son dessein à exécution, s’est dit le Bouddha, non seulement toutes ces personnes mourraient, mais il commettrait un péché. Alors, par pure compassion, le Bouddha a pris le péché sur ses épaules et a ainsi sauvé 499 personnes.

Sélection: Quel message donnez-vous aux parents?

Dalaï-lama: S’aimer et se respecter l’un l’autre. Cette attitude a une influence positive sur l’esprit des enfants. Les parents doivent saisir toutes les occasions de manifester leur affection envers leur progéniture. C’est primordial.

Je ne suis pas sûr que j’aurais été un bon père, car j’ai mauvais caractère… Je tiens cela de mon père, qui s’emportait facilement.

Sélection: Il vous punissait?

Dalaï-lama: Oh oui!

Sélection: La leçon la plus importante à donner aux enfants?

Dalaï-lama: Leur apprendre la compassion, l’affection. Leur démontrer que tout est dans l’action, pas dans les mots.

Sélection: L’intolérance religieuse est une source majeure de violence dans le monde. Comment l’endiguer?

Dalaï-lama: J’ai quatre suggestions. Premièrement, des rencontres au cours desquelles des érudits discuteraient des religions, de leurs différences et de leurs similarités. Deuxièmement, des entretiens entre des pratiquants de différentes religions. Ces échanges leur permettraient de comprendre les autres traditions.

Troisièmement, des pèlerinages dans les lieux saints. Je suis allé à Jérusalem, à Lourdes et à Fatima, au Portugal. Ici, en Inde, j’ai visité des églises, des synagogues, des mosquées et des temples jaïns et hindous. Je ne crois pas en Dieu. Je ne crois pas qu’il y ait un créateur. Mais je respecte toutes les religions.

Il y a quelques années, des catholiques d’Angleterre sont venus en Inde, à Bodh Gaya (la ville où le Bouddha a reçu l’« éveil ») pour y participer à un séminaire. Chaque matin, sous un figuier, chrétiens, bouddhistes, musulmans et jaïns se réunissaient pour méditer. Leurs croyances étaient différentes, mais ils recherchaient tous la paix intérieure et voulaient devenir des êtres meilleurs.

Ma quatrième suggestion est de tenir des conférences comme celles d’Assise, où des chefs religieux se retrouvent pour parler de leur foi.

Pour ce qui est des intégristes, je crois qu’une des causes principales de leur intolérance est l’isolement. Lorsqu’ils étaient au Tibet, beaucoup de moines, y compris moi-même, pensaient que le bouddhisme surpassait tout. Mais, lorsqu’on rencontre d’autres croyants, on devient plus ouvert, plus respectueux de leur religion. Essayer de convertir est contre-productif et crée un tas de problèmes.

C’est sans doute parce qu’il y a beaucoup d’hindous, de jaïns et de sikhs en Inde que l’attitude des musulmans indiens est plus ouverte que celle des musulmans arabes, qui sont isolés. Des contacts plus étroits, plus fréquents, avec d’autres traditions permettraient d’atténuer l’intégrisme.

Sélection: Existe-t-il aujourd’hui un plus grand esprit d’œcuménisme chez les dirigeants religieux ?

Dalaï-lama: Oui, ils respectent le pluralisme. Il y a longtemps, à Paris, un prêtre catholique a essayé de me convertir au christianisme. C’était perdu d’avance ! [Rires.]

Sélection: Avez-vous une pensée que vous vous répétez souvent ?

Dalaï-lama: Oui. Une prière. Quand je suis triste ou découragé, quand je me demande si la vie a un sens, ces quelques mots me donnent une réponse et restaurent ma force intérieure :

Tant que durera l’univers
Tant que des êtres y souffriront
Je serai là pour aider, pour servir…

Quand les gens font les louanges du dalaï-lama, ce poème m’inspire davantage. Je ne suis qu’un serviteur. S’il en était autrement, cela voudrait dire que je m’accorde trop d’importance. C’est cela qui crée l’arrogance et le désir d’exploiter les autres.

Lorsqu’on apporte bonheur et réconfort à ses semblables, on est en accord avec soi-même et avec la vie. Lorsqu’on ne leur apporte que problèmes et souffrances, cette vie perd tout son sens.

Remonter

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 2 mars 2007 5 02 /03 /2007 19:18
par Claire Mercier
La non-dualité comme voie d'éveil
Quel est le problème maintenant, si vous n'y pensez pas ?
Conversations avec Bob Adamson « Le marin ».


Bob Adamson
"Le marin"
La recherche de Bob s'est terminée en la présence de Nisargadatta : « Nisargadatta m'a montré la réalité que JE SUIS. Maintenant je réside en Cela. » Bob Adamson.
Depuis, il partage sa compréhension avec ceux qui recherchent des réponses aux questions essentielles de la vie. Ce livre rassemble des échanges qui ont lieu chaque semaine, chez lui, à Melbourne, en Australie. (Extrait)




Q : Où commence la dualité ?

Avec l'habitude ou la croyance que je suis celui qui fait !

Q : Je n'ai pas le courage d'accepter que je ne contrôle pas ma vie.

Voyez la limitation que vous vous imposez. Qu'est-ce que l'intelligence et l'énergie ? N'est-ce pas le courage même ? N'est-ce pas l'amour, la compassion ? Vous avez tout le courage dont vous avez besoin. Mais nous nous imposons une limitation avec "je n'ai pas le courage". Une fois qu'il est clairement vu qu'il n'y a pas de centre, même si vous vous laissez reprendre par l'habitude, vous ne l'aviez perdue qu'en apparence. Dans la connaissance et la profonde réalité de la connaissance, cela ne se perd jamais. Cela ne possède ni début, ni fin. Y a-t-il seulement une séparation ? Etes-vous séparé de l'air que vous respirez ? Etes-vous séparé de la terre sur laquelle vous vous tenez ? Quelle est donc cette séparation ? N'est-ce pas juste un autre concept ?

Vous entendez le tram rouler, dehors ?

Q : Oui.

Vous savez immédiatement que c'est le tram, avant même que la pensée ne parvienne au mental. C'est l'intelligence pure qui enregistre tout, tel quel. Une fraction de seconde plus tard, vous direz : "C'est un tram" ou "quelqu'un vient de tousser" ou "quelqu'un a bougé". À ce moment-là, vous n'êtes plus sur le fil du rasoir. Juste avant, c'est le simple enregistrement de tout ce qui est, tel qu'il est. L'intelligence pure ne change rien, ne modifie rien, elle se comporte comme un miroir, elle reflète chaque chose telle qu'elle est. La seule différence dans cette analogie avec un miroir, c'est que le miroir lui, a besoin d'objets extérieurs à lui-même.


Quel est le problème maintenant,
si vous n`y pensez pas ?

Comme le soleil, cette intelligence pure rayonne. Toutes ces vibrations, ces mouvements d'énergie sont enregistrés tels quels. Le mental lui, se présente avec des discriminations. Il a des préférences, il est partial et utilise des comparaisons. C'est la nature même du mental que de diviser. C'est la nature de cette manifestation que de fonctionner par couples d'opposés. Le silence pourrait-il exister sans le son, le calme sans le mouvement ? À quoi pourriez-vous les comparer, sans ces opposés ? De ce point de vue, il n'y a pas de grand méchant loup dans tous ces couples d'opposés, ils sont compris pour ce qu'ils sont.

Votre expérience directe est donc bien là, ici, maintenant, à l'instant présent. Cela constituera toujours une expérience directe. Stop, arrêtez-vous !

(Pause)

Le mental commence à pouvoir s'échapper avec des : "Et si… ? " Entendre, voir, sentir, vivre, respirer ! C'est immédiat ! Immédiat ! Vous verrez, c'est toujours là en premier, et c'est seulement l'habitude du mental que de s'accrocher et de vous entraîner en apparence. Mais quand cela arrive-t-il ? C'est bien maintenant, non ? Vous ne pouvez penser que dans l'instant présent. Si vous pensez au passé, vous le faites dans l'instant présent. De même que pour le futur, vous y pensez au présent. Vous n'êtes jamais sorti du présent, vous en avez seulement l'impression.

Un peu d'attention soutenue et vous voyez ce qui se passe en réalité, allez-vous, pour autant, en être dépendant ? Non. Vous en avez perçu le faux. Cela ne va pas vous empêcher d'aller dans le passé ou le futur, mais vous avez compris, vous avez vu au travers de l'illusion.

Q : Alors comment fonctionne le Jnani (le sage) ?

Comme tout le monde. Les choses se font. Il sait qu'il n'y a pas de sujet qui agit, car il a vu précisément qu'il ne pouvait pas y en avoir. L'idée d'une personne s'avère être une croyance complètement erronée, la croyance en ce sentiment de « séparation », le "moi".



Post-scriptum : Commander en ligne :
Quel est le problème maintenant, si vous n`y pensez pas ?



Répondre à cet article








Copyright © 2002 L'ORIGINEL MAGAZINE - Tous droits réservés. Responsable

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 5 mars 2007 1 05 /03 /2007 10:47
UN TEXTE INÉDIT DU PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 2004

Le mot déguisé en chairFaut-il se mettre en colère face au besoin de tant de gens d’avoir un dieu, ou prendre la fuite devant le danger ? Quelle éducation humaine peut éviter le sang des martyrs ? Pourquoi ces « sacrificateurs » croient-ils que leur personne est la chose la plus précieuse qu’ils puissent offrir à leur Dieu ? Et quelles sont ces « promesses d’éternelle récompense » qui les réconfortent ? De quoi doivent-ils se protéger ? Pourquoi cette envie de punitions et de récompenses, si c’est pour entrer au paradis juste après sans avoir eu besoin de contribuer aux merveilles de ce paradis qui se présente comme une table bien mise – en fait, ils craignent de revenir sur terre. Bien entendu, on leur a dit que ce n’était possible qu’à condition d’oublier qu’ils y avaient été. Donc, à quoi bon ? On préfère alors s’installer au paradis des vierges qui ne sont peut-être que des raisins blancs (1).

Je ne fais pas jaillir du sang, seulement des mots. Mais qui en a besoin, si contemporains qu’ils s’efforcent d’être, qui donc en a besoin ? J’ai fignolé, j’ai tout fait pour que les mots s’améliorent, pour qu’ils aient droit de cité. Tout cela pour qu’ils soient oubliés, même par moi. Je ne peux me projeter dans l’éternité pour me convaincre que tout ce que je « dois oublier » aujourd’hui ne sera pas « oublié pour toujours », comme dit Lessing dans le livre généalogique des hommes (2). A quoi servent ces armées entières qui viennent à ma rencontre mais qui courent en sens inverse et me rouleraient dessus sans crier gare ? Dans quelle direction dois-je souffler mes mots quand d’autres ne demandent qu’à mourir poussés par un instinct de vérité et non d’un vide intérieur – poussés, en fait, par le manque d’instinct ou une sorte d’excès d’honneur ou quelque chose de ce genre, dans le seul but de se débarrasser de leur vie ?

Moi, par exemple, je n’ai même pas de but. Disons qu’il m’est déjà arrivé de croire à un but en écrivant, non pas pour laisser une certaine impression ou pour éduquer le genre humain – j’ai eu assez d’éducation dans ma vie, et elle m’a fait si peu de bien que je ne voudrais pas en encombrer d’autres, comme avec un costume sur mesure qui ne sied pas bien à l’homme et ne le grandit guère, peu importe de quoi le genre humain est submergé tous les jours et avec quel matraquage. Non, même l’arrosage intensif ne sert à rien. J’aurais dû prendre les mesures avant, mais les êtres humains sont souvent si terriblement démesurés.

***
Il est vrai que souvent ils ne sont pas faits pour ma mesure, qui n’est pourtant pas démesurée. Elle rentre parfaitement dans la reliure d’un livre. Les gens veulent s’adapter à des mesures de plus en plus grandes dans lesquelles ils gigotent alors nerveusement – à quoi bon se seraient-ils gonflés autant ? – sans atteindre les limites, sans même les trouver. Ils ont aussi oublié de bien mesurer les êtres humains qu’ils tuent ou qu’ils veulent tuer, pour ne pas tuer les mauvais avec une fausse mesure et en quantité démesurée. Cela leur est égal. Pourvu qu’ils soient nombreux ! Pour leur cause, ils se mettent à déchiqueter la chair et les os d’autres hommes tout en croyant que c’est un honneur de payer avec leur propre vie. La chair pour la chair, la chair contre la chair. Contre cela, les lunettes. Le livre. Il paraît que ce sont là les derniers mots de Heiner Müller.

***
Pendant longtemps je me souciais de ce que j’écrivais, pour qui et pourquoi. Maintenant ça m’est devenu égal. Ecrire n’a pas eu de conséquences, le prétendu engagement non plus, sauf peut-être pour moi-même. Maintenant je m’en fiche, car quoi qu’on dise cela ne sert à rien. Je continue à dire des choses, mais j’ai compris que ceux qui m’écoutent m’écouteront par hasard. Et cela non plus n’a pas d’importance. Car il ne s’agit pas de savoir pour qui et pourquoi on écrit. Au contraire. Ce que l’on dit ne doit pas avoir d’effet, il faut volontairement renoncer – totalement renoncer – à l’efficacité, à tout pouvoir d’influence. Personne ne doit s’agenouiller devant personne, encore moins devant moi. Moi non plus, je ne me mets à genoux devant personne, je suis tout au plus allongée calmement sur mon lit, à mes côtés d’autres élèves, plus ou moins bons, qui lisent également et ne font rien d’autre, devenant ainsi d’éternels élèves du cours élémentaire, une condition qu’ils devraient d’ailleurs dépasser.

Non, nous n’avons pas le temps pour la chair maintenant, bien qu’on soit déjà au lit, ce qui est pratique. Nous refusons par principe la chair humaine, bien qu’il soit intéressant de la regarder. Il y a là quelqu’un qui est pendu et qui saigne, ça peut être intéressant, supposons-nous, moi et mes coélèves. On en a même tiré un film à suspense dernièrement (3) ! Remarquons-nous déjà cette chair qui dépasse le livre et qui nous intéresse sous toutes ses formes ? La chair de Dieu, du martyr crucifié ?

Non, nous ne nous agenouillons pas non plus devant une doctrine. La parole de Dieu, peu importe le Dieu, est devenue si connue qu’elle est à nouveau oubliée. Cette parole a fait son temps, elle a eu sa chance. C’est fini, maintenant. Elle ne nous a même pas effleurés. Ce sont la chair ou l’image qui l’ont emporté, le mot ne peut sortir vainqueur, quelle que soit la célébrité atteinte, depuis qu’on l’a vu ou entendu pour la dernière fois.

Idem pour la parole écrite dans le Coran qui « à chaque page ébranle le bons sens », comme polémique Voltaire. L’imaginaire est chauffé à blanc dans le four charnel, jusqu’à ce que l’on croie n’importe quoi et que l’on fasse ce qui a été impossible jusqu’à présent. Après l’avoir bien inspecté, Lessing retourne alors tout cela pour voir si l’envers est aussi présentable. Et tout d’un coup l’islam devient la religion la plus raisonnable et le christianisme une doctrine qui fait croire les choses les plus déraisonnables. Peu importe ce qu’on croit pour avoir raison, je piétine tout cela et le laisse sans premier secours. Je n’en ai que faire. Une de ces religions a besoin de miracles pour faire croire – et pour que d’autres croient – en elle ; l’autre s’en passe, elle n’a pas besoin de faire croire à l’inintelligible par d’autres faits inintelligibles. Elle diffuse des doctrines contenues dans un livre, ça lui suffit. Mais malheureusement certains ne se contentent pas de lunettes, du livre et pas davantage de « Lumières » – qu’ils jugent insuffisants.

***
L’Ancien Testament, le Nouveau Testament, le Coran, pas de livre du tout, mes quelques pauvres livres à moi, ceux-ci, heureusement, ne représentant même pas la lie sur les ondulations de l’étang de mon jardin. Lorsqu’un orage approche, il n’a pas de drapeau, il survient tout simplement, on n’y peut rien. Où sont les enfants qui lisent maintenant les livres élémentaires, où sont les enfants de l’humanité pour lire les livres de l’humanité (heureusement, ce ne sont pas les miens !), qui croient les comprendre, qui croient en avoir besoin ? L’Ancien Testament est le livre de l’enfance, le livre du cours élémentaire, le bon élément pour le petit enfant, mais avec l’enfant doit prendre ses distances, dit Lessing. Qui peut savoir comment il doit évoluer ? S’il évolue, c’est pour arriver chez lui, et il n’a toujours rien d’autre à perdre que lui-même et rien d’autre à rater que l’éternité. Presque personne ne peut penser plus loin que le jet d’une pierre, pas plus que l’enfant qui grandit aujourd’hui quelque part dans le monde. A peine grandi, il lance déjà la pierre. D’autres qui entourent leur corps d’explosifs pensent d’autant plus loin ; ils pensent plus loin que ne peuvent voler leurs propres morceaux de chair et ceux des autres ; ils pensent au Tout dans sa Totalité. Ils sont prêts, à tout moment, à entrer dans l’ici-bas pour accéder à l’éternité.

J’adore les calembours. Vous ne pouvez rien contre cela, je vous le dis tout de suite, avec moi, il faut en passer par là ! Car les calembours vous font rapidement perdre votre efficacité, et c’est finalement ce que je veux. De toute façon il vaut mieux écrire que faire. Vous n’arriverez pas à me faire renoncer à mes blagues stupides, à mes bons mots désabusés, même en employant la force – bon, peut-être avec la force. Lorsque je veux dire quelque chose, je le dis comme je veux. Je veux au moins avoir cette gratification-là, même si je ne récolte rien d’autre, même si je n’ai plus aucun écho.

***
Chaque livre élémentaire est adapté à un âge, dit Lessing. Il s’agit donc d’y mettre plus que ce que l’enfant peut absorber, le maximum. Autrefois, on s’est d’ailleurs servi de presses d’imprimerie qu’on n’utilise plus que pour des livres particulièrement beaux. L’enfant doit être serré comme une botte de foin pour qu’il puisse atteindre Dieu. On le bourre de secrets dont personne ne possède la clé. Comment Lessing appelle-t-il encore l’intelligence de l’enfant ? Mesquine, alambiquée, vétilleuse. Bien dit ! Cela le rend mystérieux, superstitieux, plein de mépris envers tout ce qui est intelligible et facile. Le rabbin éduque ses enfants avec l’écriture, il bourre ces enfants du genre humain avec tout ce qu’ils peuvent absorber. Le caractère du peuple ainsi éduqué devient exactement semblable à ce qui entre dans l’écriture, et ce qui en sort aussi, mais cela reste de l’écriture. Cela reste cette écriture merveilleuse, qui ne porte pas à conséquence, qu’on peut suivre, ou non. Ne suivez pas la mienne, restez en arrière ! Ne m’approchez pas trop !

L’écriture peut fustiger, agiter, enfoncer, mais elle ne peut pas tuer et ne peut pas être tuée. Elle peut être raisonnable, mais néanmoins provoquer la plus grande bêtise, justement là où elle est le plus raisonnable. Tout est possible. La doctrine peut rendre un enfant intelligent, parce qu’il croit aux miracles, et ainsi, au fond, rien ne peut lui arriver. Malheureusement, une autre doctrine peut rendre un autre enfant stupide, parce qu’il ne croit pas aux miracles, et, ainsi, tout peut lui arriver. Il peut tout faire à tous les autres. La patrie peut tuer, la science peut tuer, la guerre le peut évidemment depuis longtemps. Même Jésus a été tué, pour que d’autres, en son nom, puissent encore tuer.

Mais l’écriture en tant qu’écriture ne tue personne. Intelligence et vérité, oui, je crois bien que les mots nous sont nécessaires, car celui qui s’arrête de parler assassine peut-être juste après. Il faut donc un meilleur pédagogue pour enfin arracher « le livre élémentaire épuisé » aux mains de l’enfant. Le Christ est venu et même lui s’est mis à déchirer. Le rideau du Temple s’est déchiré, Jésus a déchiré aussi, littéralement, et une nouvelle ère d’immortalité a commencé, mais une immortalité pour laquelle il fallait d’abord mourir. Impossible de faire le contraire, ça ne donne même pas une chaussure, un morceau de pied déchiqueté qui dépasse, la chaussure gisant sur le sol. Donc le Christ est venu, et si vous voulez savoir, je n’aurais pas voulu être à sa place. Il vaut mille fois mieux rester sans écho et sans écoute que de devenir un Christ ! Enfant, il a révélé des vérités, mais l’enfance est finie, maintenant Dieu s’ouvre lui-même, on lui ouvre un côté pour voir ce que contient la chair humaine : du sang. Et, quand elle est morte, du sang et de l’eau.

Lorsque j’étais enfant, Dieu m’a souvent parlé, et longtemps je craignais même d’être stigmatisée, tellement j’ai cru à tout ce que j’ai entendu de lui. « Qu’est-ce qui fait que tous les philosophes confondent leurs convictions avec la vérité ? Leur supériorité, leur intelligence pratique ? », demande Nietzsche. Je ne sais pas. Mais j’ai comme une petite idée sur cette arrogance que j’avais aussi autrefois, même si je n’ai jamais pu être philosophe. De toute façon, cette place ne convient pas à une femme, il y a des courants d’air, plus on pense, moins on devient attirante. Alors la femme – qui n’est que chair et donc particulièrement périssable – commence tout de suite à coller un poème dans l’album de poésie, pour qu’il y ait moins de courants d’air. Car la femme a un côté pratique. Autrefois, elle a volontiers renoncé à tout pouvoir. Mais, maintenant, la femme aussi se fait exploser pour sa cause, pour qu’il y ait le plus grand nombre de morts possible. C’est horrible. Je peux le dire seulement comme je le sens, et j’aime beaucoup le mot horreur, toutefois je le préfère dans des histoires qui font frissonner, pas dans la réalité. Malheureusement, la réalité n’est pas une histoire à frissons, elle devient Histoire.

Pour ce qui est du frisson, d’autres le provoquent, pas les poètes qui ont écrit du mieux qu’ils pouvaient, mais cela ne leur a pas suffi. Moi, ça me suffit. Je voulais prendre quelque chose pour la vérité, et le dire au plus grand nombre. L’envie d’un peu plus de justice, je crois bien qu’il était là, mon premier élan, mais en Autriche où je vis, ce qui compte davantage ce sont les élans [NdT : traces] qui s’inscrivent dans la neige (et la neige fraîche les recouvre tout en favorisant le tourisme et en effaçant tout). Cette « écriture »-là y a toujours plus compté que tout ce que l’on pourrait « fixer » sur le papier – c’est ridicule, on dit « bannir » en allemand, car ce qu’on « bannit » prétendument sur le papier a souvent conduit à la mise au ban dans ce pays, alors il vaut mieux ne rien dire.

On me l’a souvent conseillé. Gentiment, s’entend. Maintenant, je ne veux plus essayer d’avoir de l’effet. Non, je tricote et je n’ai pas d’effet, je ne peux pas faire des miracles. Si ce martyr sur la croix n’y est pas arrivé avec tout son corps, alors comment puis-je y arriver avec mon ridicule « bannissement sur le papier » ? Ou bien est-ce que je fais passer pour un bannissement incontournable ce qui n’était en fait que l’amour du papier ? N’ai-je pas, tout simplement, aimé faire quelque chose, parce que je ne savais rien faire d’autre ? Et n’ai-je pas amplifié ce que j’ai fait, afin de pouvoir le faire passer, avec vantardise, pour une obligation d’éduquer le genre humain, ne l’ai-je pas grandi jusqu’à ce qu’il ne tienne plus debout tout seul, parce que la pesanteur le fait retomber à sa place, par terre, même si ce n’est pas le terrain des réalités, réalités que je ne connais malheureusement pas personnellement, parce que je ne connais rien, et que je ne sors que rarement pour connaître quelqu’un. Est-ce un avantage de se mentir à soi-même, en se persuadant qu’on poursuit un grand objectif avec ce que l’on fait, et en quoi le pathos de ce mensonge envers soi-même se distingue-t-il du pathos de la conviction, demanderait Nietzsche.

Je produis moi-même. Imaginez cela ! Je n’ai produit personne d’autre. Je ne me suis même pas produite moi-même, Je ne veux rien produire qui puisse aller au-delà de moi-même. Mais j’entretiens quand même une petite manufacture, vous n’imaginez pas à quel point elle est minuscule ! Elle ne lance rien, elle ne tire pas, elle ne fait rien sauter, peut-être offense-t-elle, mais elle marche, c’est sain. J’utilise des idées pour me fabriquer mon propre dieu ou n’importe quoi d’autre, la nature par exemple, peu importe les idées que je me fais, en tout cas, c’est moi qui les fais. Et si vous voulez savoir de quoi je peux me faire une idée, vous n’avez qu’à lire, rien de plus.

(Traduction de Brigitte Pätzold.)
Elfriede Jelinek.Culture, Femmes, Idées, Littérature, Religion, Autriche

Lien Imprimer

Elfriede Jelinek
Le texte publié ci-dessus est extrait du discours prononcé par Elfriede Jelinek, le 3 mai 2004, à l’académie Lessing (RFA).

(1) NDLR. Le terme de « houris » qui figure dans le Coran et qui désigne les vierges est traduit par certains spécialistes de la langue de l’époque par « raisins blancs ».

(2) NdT. Gotthold Ephraim Lessing (1729-1781), auteur notamment de Nathan le Sage (1779).

(3) NdT. L’auteure fait allusion à La Passion du Christ, film de Mel Gibson (mars 2004).

A découvrir en français
- Avidité, Seuil, Paris, 2003.

- Les Amantes, Jacqueline Chambon, Nîmes, 2003.

- Maladie ou femmes modernes, L’Arche, Paris 2001.

- Méfions-nous de la nature sauvage, Jacqueline Chambon, Nîmes, 1995.

- Tolenauberg, Jacqueline Chambon, Nîmes, 1994.

- Ce qui arriva quand Nora quitta son mari, L’Arche, Paris, 1993 (théâtre).

- Lust, Jacqueline Chambon, Nîmes, 1992 (réédition 2004).

- Les Exclus, Jacqueline Chambon, Nîmes, 1989 (théâtre).

- La Pianiste, Jacqueline Chambon, Nîmes, 1988.

Lire : La « scandaleuse » de Vienne
Édition imprimée — décembre 2004 — Pages 28 et 29
Traductions de cet article >> Português do Brasil — A palavra disfarçada em carne Qui sommes-nous ? - Ours - Abonnements - Boutique - Informatique et libertés - Logiciels - Articles récents




Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /2007 15:34
J'apprécie aussi ce style direct et franc ,cette limpidité
d'écriture est trés reposante et fait du bien..(le début n'est pas
emprunté à Jean-Pierre Coffe , je puis vous le confirmer!)

__________________________________________________________

Chapitre I : Se vider par la bouche .

Une chose est évidente : tout est de la merde . Les humains sont de
la merde . Ce qu'ils aiment c'est parler ,éjaculer de la bouche . Il
suffit de leur préter l'oreille et ils vous déballent tous leurs
problèmes . Ensuite, ils sont trés contents et ils vous remercient de
leur avoir prété attention . Ils se fichent pas mal de ce que vous
pensez . Et encore moins si en réalité vous les avez écoutés ou non .
Ce qu'ils veulent c'est avoir l'impression d' ètre entendus .

C'est la raison pour laquelle les psychothérapies de toutes sortent
fonctionnent parfaitement . Combien de psychanalystes pendant que
leur client débite sa problématique ,rèvent à autre chose ,et s'ils
ne disent mot,à la fin de la séance ,cela doit ètre interprété par le
patient comme un acte voulu de compréhension .

Pas étonnant par conséquent si sur notre misérable planète terre des
foyers de luttes s'allument chaque jour . Personne n'entend personne
et tout le monde voudrait ètre écouté . Pas étonnant aussi que les
moments de paix ne soient que des instants transitoires .Comme disait
le Christ : " Je suis venu apporter le glaive et non la paix " .

Il est vrai que parfois c'en est beaucoup trop . En effet ,lorsque
toute la journée on les entend déblatérer sur tout et sur
rien ,parfois il suffirait de peu pour vous faire sortir de vos
gonds ,et de tirer dans le tas ,comme dans un jeu de quilles.

Un monde de fous ou certains enferment d'autres fous pensant qu'ils
sont encore plus fous qu' eux .

Ainsi va le monde . Cirque sans fin . Bien entendu ,il n'est pas
question de le leur montrer ,sinon ils vous enferment . Tout ce qu'il
faut faire c'est écouter , puis conclure par un : " Oui, C'est
exact " . Et ensuite faire ce que vous estimez devoir faire .

Pendant longtemps j'ai cru que toutes ces personnes avaient quelque
chose à dire ,quelque chose à partager ,et que j'avais mème quelque
chose à apprendre . Mais pas du tout ,la seule chose que j'avais à
apprendre ,c'est ce que je viens de dire : rien .

Il faut comprendre définitivement que les gens sont là uniquement
pour se vider en vous ,sans aucune retenue . Vous n'existez pas ,vous
n' ètes qu'un prétexte à leurs vomissements . Rien d'autre .

Je n'ai jusqu' à présent jamais vraiment compris la nature humaine .
S 'il existe un bon dieu ,comme le disent certains ,pourquoi en est-
il ainsi ? Qu'avons -nous exactement à expier ? Car ici c'est un
véritable purgatoire .

On peut s'interroger quant à cette gigantesque farce : peut-on y
échapper ? Oui, certes ,sans aucun doute . Cela j'en suis
certain .Mais la raison exacte de cet enfer je ne parviens toujours
pas à la saisir .

__._,_.___
Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /2007 18:50
Vis ta Vie
Auteur: Antoni Charles
  18.00EUR
Vis ta Vie
Cliquer pour agrandir

ISBN 2-910677-66-4
180 Pages


Il nous faut apprendre à rêver, à rêver encore. Mais il s'agit là du véritable rêve, du rêve créateur, et non pas du rêve de l'homme endormi.
C'est lorsque l'on rêve, paradoxalement, que l'on est éveillé.
La puissance du rêve est gigantesque, il nous faut rêver comme des enfants, aux choses les plus inconcevables, auxquelles l'homme social ne peut avoir accès.
Rêve, jeu, et non plus cette triste réalité dont se gargarisent les bien-pensants.

Téléchargez des extraits du livre :
Article Corse Hebdo (97,5 Ko)
Le jeu
Critiques actuelles: 4
Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 9 mars 2007 5 09 /03 /2007 12:42

Henri Laborit

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

 

Henri Laborit (Hanoï, 21 novembre 1914 - 18 mai 1995) était un biologiste,un philosophe du comportement animal et surtout du comportement humain.

Henri Laborit a dirigé la revue d'Agressologie de 1958 à 1983.

Il se montra toute sa vie esprit curieux et par ailleurs anticonformiste (défense inattendue de la revue Planète contre les attaques de l'Union rationaliste dans les années 1960, rappel discret des massacres de Vendée dans « Mon oncle d'Amérique » en 1980, participation au comité de direction de l'Institut de Sémantique générale de Lakeville). On ne le vit pas néanmoins se laisser étiqueter sous quelque mouvement que ce soit.

En 1969, les étudiants en urbanisme de l'Université de Vincennes, qui est en train de se créer, l'invitent à animer une unité de valeur biologie et urbanisme (jusqu'en 1974)

C'est avec son livre La Nouvelle grille (1974) qu'il fit connaître ses idées sur la biologie comportementale au grand public dans le contexte favorable post-68.
Ses travaux sur le conditionnement sont à la base du film Mon oncle d'Amérique d'Alain Resnais en 1980. Il fait montre de l'expérience scientifique sur des rats qui l'a amené à développer le concept d'Inhibition de l'action (titre de l'un de ses livres voir plus bas) et qui explique dans qeulles conditions se stress des rats isolés somatisent (ulcères).

On doit à Laborit l'introduction (1952) de la chlorpromazine (le premier neuroleptique, dont le nom commercial est Largactil) dans le traitement de la schizophrénie. Avant, il avait introduit l'hibernation artificielle (1951).
Il a donné sa vraie importance à la névroglie ou ensemble de cellules gliales, et aux radicaux libres, bien avant leur irruption dans la presse-radio-TV et même dans la presse scientifique. Il a également été le premier à synthétiser le GHB au début des années années 1960.
Prix Lasker (USA) en 1957, médaillé de l'O.M.S. en 1972, il reçut le prix Anokhin (URSS) en 1981.
Il n'a pas eu le prix Nobel (il était nominé) parce qu'il ne faisait pas partie de l'élite scientifique: il n'était pas membre d'un grand Institut ni d'un grand Centre de recherche.

Un hôpital de Poitiers porte son nom. Il est le grand-père de l'actrice Emmanuelle Laborit.

Sommaire

[masquer]

Inhibition de l'action [modifier]

Dès la première page de son livre « Inhibition de l'action » (Masson, Paris, 1980), le Professeur Henri Laborit (1914-1995) évoque le PBD (programme biologique de survie) : « Quand l'action [pour résoudre un conflit] est impossible, l'inhibition de l'action permet encore la survie puisqu'elle évite parfois la destruction, le nivellement entropique avec l'environnement. C'est en ce sens que la « maladie » [les guillemets sont de Laborit] sous toutes ses formes peut être considérée comme un moindre mal, comme un sursis donné à l'organisme avant de disparaître.» (...) « Le manichéisme qui caractérise la majorité des conduites humaines ne permet d'envisager jusqu'ici que deux conduites à l'égard de la maladie : l'une consiste à agir sur l'organisme malade en ignorant son environnement, l'autre à agir sur l'environnement en croyant que cela suffira à résoudre tous les problèmes organiques. Il serait sans doute préférable dans certains cas, pour traiter un ulcère d'estomac, d'éloigner la belle-mère par exemple plutôt que de pratiquer une gastrectomie qui ne changera rien au facteur environnemental." (...) "Nous sommes les autres, c'est-à-dire que nous sommes devenus avec le temps ce que les autres - nos parents, les membres de notre famille, nos éducateurs - ont fait de nous, consciemment ou non. Nous sommes donc toujours influencés, le plus souvent à notre insu, par les divers systèmes dont nous faisons partie."

Voici l'expérimentation scientifique avec des rats conduisant à l'observation de l'inhibition de l'action: Expérimentation de la cage d'inhibition

1. Un rat est placé dans une cage à plancher grillagé et séparée en deux compartiments par une cloison, dans laquelle se trouve une porte Un signal sonore et un flash lumineux sont enclenchés et après quatre secondes un courant électrique est envoyé dans le plancher grillagé. La porte est ouverte. Le rat apprend très vite la relation temporelle entre les signaux sonores et lumineux et la décharge électrique qu'il reçoit dans les pattes. Il ne tarde pas à éviter cette "punition" en passant dans le compartiment adjacent. A peine est-il arrivé que le plancher bascule légèrement et active les signaux et quatre secondes plus tard le choc électrique. Il doit cette fois parcourir le chemin inverse et le jeu de bascule recommence, ainsi que les signaux et le choc électrique. Il est soumis à ce va et vient pendant dix minutes par jour pendant huit jours consécutifs. A l'auscultation, son état biologique est excellent.

2. Cette fois deux rats sont placés dans la cage mais la porte de communication est fermée. Ils vont subir le choc électrique sans pouvoir s'enfuir. Rapidement ils se battent, se mordent et se griffent. Après une expérimentation d'une durée analogue à la phase 1, ils sont auscultés et leur état biologique, à part les morsures et les griffures, est excellent.

3. Dans cette nouvelle expérience, un rat est placé seul dans la cage avec la porte de communication fermée. Le protocole est identique aux précédentes expérimentations. Au huitième jour, les examens biologiques révèlent : - une chute de poids importante ; - une hypertension artérielle qui persiste plusieurs semaines ; - de multiples lésions ulcéreuses sur l'estomac.

Constatation : L'animal qui peut réagir par la fuite (expérience N°1), ou par la lutte (expérience N°2) ne développe pas de troubles organiques. L'animal qui ne peut ni fuir ni lutter (expérience N°3) se trouve en inhibition de son action et présente des perturbations pathologiques. Il en est de même pour l'être humain. Dès qu'il se trouve enfermé, coincé dans une situation sans issue et qu'il ne peut réagir par la fuite ni l'attaque il se trouve dans une situation qui provoque des symptômes plus ou moins importants selon son état de santé physique et psychique antérieur et la durée de la situation.

4. L'expérience numéro trois est à nouveau proposée à un rat avec le même protocole. Chaque jour l'animal isolé est soumis, immédiatement après les dix minutes d'inhibition dans la cage fermée, un électrochoc convulsivant avec coma. Au bout des huit jours, et malgré l'intensité agressive de l'électrochoc, l'état de santé du rat est excellent. Dans cette expérience il est démontré que l'électrochoc interdit le passage de la mémoire immédiate, à court terme, à la mémoire à long terme. L'oubli forcé est ici, pour le rat, un moyen efficace de sauvegarde face à une situation inhibitrice qui se répète."

Ces expérimentations sont aussi à mettre en lien avec les découvertes concernant l'origine psychobiologique de la plupart des maladies du Dr Geerd Hamer ; en effet, sa première des 5 Lois biologiques, la "Loi d'airain du cancer" (prendre suivant ce qu'en dit le Dr Hamer le mot cancer comme désignant toute maladie) montre qu'un "cancer" apparaît suite à un choc, vécu dans l'isolement, ayant entraîné un conflit psychique et qui ne se résout pas (cf. cas du rat seul dans la cage dans l'expérience N°3) [1]. Ses découvertes ont reçu de nombreuses vérifications scientifiques [2] ; il faut encore noter qu'elles sont à mettre en résonnance et en concordance compatible avec les autres découvertes scientifiques de notamment Hans Selye [3].

Citations [modifier]

"Au delà de la vision étroite des perturbations "psychosomatiques" auxquelles on se référait alors, il ouvre la voie de la neuro-psycho-immunologie, une des approches les plus prometteuse du comportement humain en relation avec les mécanismes moléculaires et cellulaires. L'inhibition de l'action peut être le facteur déclenchant de désordres neuro-psycho-immulogiques. La preuve est faite aujourd'hui des interrelations entre macrophages, hormones peptidiques et régulateurs du fonctionnement cérébral. Les trois réseaux qui assurent l'homéostasie du corps (système nerveux, immunitaire et hormonal) convergent et s'interpénètrent. " "Henri Laborit, homme total et libre dans l'univers fragmenté des disciplines, restera en cette fin du 20ème siècle comme un pionnier de la pensée complexe et l'inspirateur d'un nouveau sens de la vie" Joël de Rosnay (Directeur de la Prospective et de l'Evaluation Cité des Sciences et de l'Industrie – Paris )

"(…) pour faire une infection ou une affection néoplasique [cancer], il ne suffit pas d'un contact avec un microbe ou un virus ou un irritant local chroniquement subi. On a trop focalisé sur le microbe, le virus ou le toxique cancérogène et pas assez sur le sujet, sur son histoire passée et présente, ses rapports avec son environnement. Les toxiques eux-mêmes doivent sans doute présenter une toxicité variable suivant le contexte et le statut social de l'individu qu'ils atteignent. (...) Contentons-nous maintenant de rappeler que les schizophrènes parvenus au stade de la démence, isolés du contexte social par leur folie, sont parmi les populations les moins atteintes par les affections cancéreuses, infectieuses et psychosomatiques (...)". "(...).il n'y a pas que les maladies psychiques et psychosomatiques qui soient du ressort des comportements individuels en situation sociale (…) , sans doute toute la pathologie en dépend." (...) "Nous sommes les autres, c'est-à-dire que nous sommes devenus avec le temps ce que les autres - nos parents, les membres de notre famille, nos éducateurs - ont fait de nous, consciemment ou non. Nous sommes donc toujours influencés, le plus souvent à notre insu, par les divers systèmes dont nous faisons partie." (...) "la pathologie réactionnelle aiguë à une lésion, elle-même brutale et soudaine, dépend aussi de ce qu'il est convenu d'appeler le "terrain" et qui nous paraît être l'état de la dynamique métabolique tissulaire au moment où elle s'installe. Cette dynamique elle-même dépend de toute l'histoire antérieure du sujet, c'est-à-dire de ses rapports historiques avec ses environnements.".(…) "Quand, il y a peu d'années encore, un médecin observait chez un malade une raideur des muscles de la nuque, une céphalée avec obnubilation, coma parfois, hyperthermie, pouls ralenti, vomissements, il faisait le diagnostic de syndrome méningé. Notons qu'il avait fallu des millénaires pour réunir ces signes disparates en faisceau et montrer qu'ils exprimaient un état d'irritation des méninges. Mais en se limitant aux symptômes par ignorance des processus sous-jacents, la thérapeutique se limitait généralement à prescrire de la glace sur la tête et de l'aspirine. La plupart des malades mouraient."(…) "La séparation entre l'esprit et le corps est sans doute un des concepts les plus difficiles à détruire, car fondé sur une apparente évidence. C'est lui qui distingue encore les écoles philosophiques, les sciences humaines des sciences physiques, et par exemple les psychiatries pavlovienne et freudienne, c'est-à-dire les méthodes cherchant à s'appuyer sur des mesures objectives de faits observés de celles basées sur une approche entièrement subjective et introspective des comportements humains. C'est la barrière qui persiste entre la pathologie cortico-viscérale et la pathologie psychosomatique." Henri LABORIT « Inhibition de l'action » (Editions Masson Paris & Presses Universitaires de Montréal, 1980)

A l'issue d'une conférence que donnait Laborit en 1966, un psychiatre se leva pour déclarer, non sans emphase, qu'il le voyait comme un " hardi explorateur qui, tel un Viking, s'élance sans peur sur les eaux profondes et dangereuses de la pensée scientifique à la découverte de nouveaux rivages".Laborit étudie systématiquement toutes les grandes familles de molécules agissant au niveau du système nerveux central. Il déplore les effets abrutissants de tranquillisants tels l'équanil et les benzodiazépines qui ne remédient en rien aux causes de l'anxiété. [4].

Œuvres [modifier]

  • Physiologie et biologie du système nerveux végétatif au service de la chirurgie (1950)
  • L’anesthésie facilitée par les synergies médicamenteuses (1951)
  • Réaction organique à l’agression et choc (1952)
  • Pratique de l’hibernothérapie en chirurgie et en médecine (1954)
  • Résistance et soumission en physio-biologie : l’hibernation artificielle (1954)
  • Excitabilité neuro-musculaire et équilibre ionique. Intérêt pratique en chirurgie et hibernothérapie (1955)
  • Le delirium tremens (1956)
  • Bases physio-biologiques et principes généraux de réanimation (1958)
  • Les destins de la vie et de l’homme. Controverses par lettres sur des thèmes biologiques (1959)
  • Physiologie humaine (cellulaire et organique) (1961)
  • Du soleil à l’homme (1963)
  • Les régulations métaboliques (1965)
  • Biologie et structure (1968)
  • Neurophysiologie. Aspects métaboliques et pharmacologiques (1969)
  • L’homme imaginant : Essai de biologie politique (1970)
  • L’homme et la ville (1971)
  • L’agressivité détournée : Introduction à une biologie du comportement social (1970)
  • La Société informationnelle : Idées pour l’autogestion (1973)
  • Les Comportements : Biologie, physiologie, pharmacologie (1973)
  • La Nouvelle grille (1974)
  • Éloge de la fuite (1976)
  • Discours sans méthode (1978)
  • L’Inhibition de l’action (1979)
  • La Colombe assassinée (1983)
  • Dieu ne joue pas aux dés (1987)
  • La vie antérieure (1987)
  • Les récepteurs centraux et la transduction de signaux (1990)
  • L’esprit dans le grenier (1992)
  • Etoiles et molécules (1992)
  • La légende des comportements (1994)
  • Une Vie - Derniers entretiens (1996)

Liens externes [modifier]

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Calendrier

Janvier 2010
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés