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Vendredi 22 juin 2007 5 22 06 2007 12:12
Mardi 3 octobre 2006
Une approche de la différence ontologique (être/étant) chez Heidegger par Jean Beaufret que l'on peut aussi retrouver en vidéo ici
Pourquoi est-ce essentiel de distinguer l'être et l'étant ? Qui a saisi cette différence entre l'être et l'étant
chez les pré-socratiques ? Le sens de l'être ? « Topologie de l'être » ? Pourquoi parle t-on de 2 Heidegger ? Qu'apporte Sein und Zeit à propos de la question de l'Être ? Quels rapports entre le cogito de Descartes et le Dasein de Heidegger ?

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Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Mardi 19 juin 2007 2 19 06 2007 11:23

Être et Temps

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Être et Temps (Sein und Zeit, 1927) est une œuvre du philosophe allemand Martin Heidegger.

Cette œuvre est conçue comme une première partie d'un projet qui ne fut pas mené à terme. Elle marque un tournant important de la philosophie continentale. Emmanuel Lévinas — qui s'opposa pourtant à lui — considéra à la lecture de cette œuvre que Heidegger était l'un des plus grands philosophes de l'histoire occidentale. C'est en partie sous son influence que se développent l'existentialisme et la déconstruction.

Cette œuvre pose la question du sens de l'être, question fondamentale de l'ontologie, définie par Aristote comme étant la question de l'être en tant qu'être.

Pour Heidegger, cette question, qui est tombée dans l'oubli et la trivialité (la tradition philosophique qu'il faudra détruire - ou, suivant les traductions - déconstuire), doit être reposée à la lumière du Dasein, étant privilégié parmi les étants.

Sommaire

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Résumé de l’œuvre [modifier]

Généralités [modifier]

Martin Heidegger a un style d’écriture qui lui est propre, un style d’écriture étrange, très technique, qui apparaît d'abord souvent fort abscons, qui exige de la part du lecteur un redoublement d’efforts pour s’emparer d’un commencement de compréhension. Mais Heidegger a sans doute opté pour ce style afin de nous forcer à enlever tout préjugé sur la réflexion menée, sur les termes utilisés et ainsi mieux maîtriser ce qu’il veut dire en nous plongeant dans son style inhabituel qui requiert toute notre attention et notre sapience pour mener à bien la lecture. Heidegger se justifie en évoquant l'effet barbare qu'à dû produire la langue très technique d'Aristote dans sa Métaphysique aux oreilles grecques. L'arrachement à l'oubli de l'être ne peut se produire dans le langage de cet oubli.

‘Sein und Zeit’ tente de répondre à la question du sens de 'être' pris comme tel. Mais cette entreprise reste inachevée, la troisième section, 'Temps et être' n'ayant jamais été publiée. On en trouve cependant une élaboration dans les dernières pages des Problèmes fondamentaux de la phénoménologie, cours professé par Heidegger à Marbourg durant le semestre d'été 1927. Ce livre, qui expose et explicite en toute rigueur des concepts aussi fondamentaux que l’existence, le monde, la réalité, la vérité, la mort, la conscience, l’histoire et bien sûr le temps, ne traite finalement que du sens de l'être du Dasein, l’étant fondamental, sans effectuer encore le tournant dans la question de l'être pris comme tel.

La question est donc celle du sens de l'être du Dasein. Heidegger écrit surtout sur la déchéance du Dasein et comment sortir à l'indentification au ‘On’, la manière impropre d'exister, état initial, inévitable dans lequel se trouve le Dasein de prime abord et le plus souvent, au quotidien. Ainsi la phénoménologie d’Heidegger, loin d’être une simple philosophie qui ne cherche qu’à explorer le royaume éthéré de la pensée, révèle ces buts pratiques et par là son véritable intérêt. ‘Sein und Zeit’, est l’exposition rigoureuse de l’existence et des idées pragmatiques pour s’extraire de la déchéance…

Place maintenant au résumé détaillé du livre qui va tenter d’expliciter et surtout d’aller au-delà du caractère a priori hermétique et abscons d’une des plus grandes œuvres philosophiques du XXème siècle dans le domaine de la phénoménologie.

Tout ce qui va suivre utilisera la terminologie heideggérienne employée dans ‘Sein und Zeit’ (en français et allemand) et y ajoutera éventuellement une reformulation en termes un peu moins techniques pour essayer d’aider à la compréhension.

Introduction de la problématique [modifier]

‘Sein und Zeit’ débute par une citation du Sophiste de Platon : « Car manifestement, vous êtes bel et bien depuis longtemps familiers de ce que vous visez à proprement parler lorsque vous employez l’expression “étant”; mais pour nous, si nous croyions certes auparavant le comprendre, voici que nous sommes tombés dans l’embarras ». La question de l’être (sein) que s’étaient posés, sans réel succès, Platon et Aristote il y a fort longtemps est tombée en désuétude, maintenant balayée d’un simple revers de main soit parce qu’elle est trop « évidente », soit parce qu’elle ne sert à rien ou parce que, comme le disait Pascal, tenter de définir ‘être’ est impossible car la définition nécessiterait le verbe être… Cependant cet oubli est plus que regrettable dixit Heidegger et il est franchement temps et nécessaire de reposer cette question de l’être, répétition dont il souligne l’intérêt au cours des premiers chapitres.

Dans les premières pages de cet ouvrage, Heidegger nous expose en profondeur la méthode qu’il va suivre pour construire correctement la réponse à cette question. Il délimite donc le sujet : l’étant (Seiende ; ce qui est) à questionner en priorité sera le Dasein, « terme intraduisible » qu’Heidegger choisit pour signifier « l’étant que je suis à chaque fois moi-même » (Nous verrons plus bas pourquoi Heidegger n’utilise pas le terme ‘moi’ pour exprimer ‘Dasein’, terme qui semblerait a priori plus approprié ; en guise de traduction du mot ‘Dasein’, Heidegger a proposé « dans un français sans doute impossible » l’expression ‘être-le-là’, dans la mesure où Dasein signifie être l'ouverture). L’interrogé principal sera le Dasein car c’est un étant insigne, ayant la primauté ontique (ontische ; qui concerne l’étant) car je le suis à chaque fois moi-même, la primauté ontologique (ontologische) car le Dasein est un étant qui peut s’interroger sur l’être. Mais aussi et surtout le Dasein s’interrogera lui-même pour répondre à la question de l’être car il contient en lui-même une précompréhension de l’être, une « entente de être » (le terme de ‘compréhension’ sera développé rigoureusement plus bas). Être, il n'y a que par la compréhension de l'être. Seul le Dasein s'ouvre à de l'étant compris en tant que tel, comme étant, et il ne le peut que parce qu'il comprend toujours déjà l'être. Comprendre, cependant, ne signifie pas encore concevoir, et c'est à l'ontologie fondamentale heideggerienne d'élaborer explicitement cette compréhension préontologique.

Ensuite Heidegger met en lumière la différence entre cette recherche du sens de ‘être’ et d’autres disciplines tel que l’anthropologie, la psychologie et la biologie, disciplines des « sciences positives » (la science moderne quoi) qui n’effectuent leur recherches sur l’étant à partir d’une entente préalable qui est la leur sur l’être, autrement dit leurs recherches sont construites en ayant pour base une « axiomatique implicite » loin d’être bien explicitée. Pour l’ontologie fondamentale, il ne doit pas y avoir d’axiomatique implicite.

Il exprime aussi le fait qu’il ne considèrera pas pour acquis ce que d’autres ont fait avant lui, préférant « tout reconstruire par lui-même », annonçant même la tâche de déconstruire (Destruktion) la métaphysique traditionnelle (la déconstruction de l’histoire de l’ontologie) afin de mener à bien la question de l’être. En ce sens, ‘Sein und Zeit’ est un livre qui se suffit à lui-même ie sa lecture ne nécessite a priori pas la connaissance d’autres œuvres littéraires ou philosophiques. Cependant, Martin Heidegger ne rédigera pas ces chapitres sur la déconstruction de la métaphysique, chapitres qui étaient pourtant annoncés au début de l’ouvrage. Cependant, la déconstruction d'Aristote et de Kant a été élaboré dans ses cours à l'université de Marbourg durant les années d'élaboration de ‘Sein und Zeit’.

Il présente ensuite la démarche choisie pour la recherche : la recherche sera menée par la méthode phénoménologique. Pour cela, il définit les deux termes composant le mot, à savoir ‘phénomène’ et ‘λωγωζ’, revenant à leur racine grecque, puis le terme ‘phénoménologie’ dans son entier. Un ‘phénomène’ est « ce qui se montre à même lui-même ». Le phénomène montre donc l’étant tel il est. Quant au λωγωζ, il s’agit du discours qui « fait voir quelque chose comme quelque chose », qui montre (« …l’extraire de sa retraite et le faire voir comme sans retrait »). Le λωγωζ a donc pour vocation de révéler l’étant tel qu’il est, révélation qui n’est rien d’autre que le concept grec présocratique d’άλήθεια (ouvert-sans-retrait, vérité). Ainsi nous dit Heidegger, l’αίσθησις (la sensation) est originellement bien plus proche de l’άλήθεια (la vérité) que le λωγωζ (le discours). Ceci est un point important dans ‘Sein und Zeit’, nous verrons plus loin pourquoi. Et la phénoménologie alors ? La phénoménologie peut être défini par cette phrase : « ce qui se montre, tel qu’il se montre de lui-même, le faire voir à partir de lui-même. ». Et « l’ontologie n’est possible que comme phénoménologie » nous dit Heidegger.

La partie méthode de la recherche est dès lors terminée. La recherche à proprement parler va pouvoir enfin commencer.

Dasein et être-au-monde [modifier]

L’analyse existentiale [modifier]

Le Dasein (étant qui permettra de répondre à la question du sens de « être ») existe et est le seul à « exister ». Ainsi l’arbre, Dieu, le chat « sont » mais n’« existent » pas. Simple emploi technique de terme. L’existence (Existenz) est le rapport particulier qu’entretient le Dasein avec son être, car même si le Dasein a la même « texture » que tout autre étant qu’il est amené à rencontrer, pour lui, il est évident qu’il est un étant insigne. (A ce sujet, dans Sein und Zeit il y a la fameuse phrase « “l’essence” du Dasein tient dans son existence », phrase signifiant que le Dasein est un étant insigne pour qui « en son être, il y va de cet étant de cet être », que le Dasein est cet étant obligé à s’ouvrir (le « ex » de existence), à soutenir son être. Cette phrase célèbre a été mal interprétée par des existentialistes tel Sartre qui semblait voir ici que « l’existence précède l’essence » dans un sens totalement différent à ce qu’Heidegger a voulu signifier.)

De l’existence, Heidegger définit 2 autres termes : « existential » (Existenzial ; à rapprocher d’ontologie ; qui se rapporte à l’être de l’étant qui existe, le Dasein) et « existentiel » (Existenziell ; à rapprocher d’ontique ; qui se rapporte à l’étant qui existe). Les structures d’être du Dasein sont appelées les « existentiaux ». Pour répondre à la question de l’être, Heidegger va mener « l’analyse existentiale » du Dasein et ainsi déterminer quels sont les existentiaux. Avec cette signification pour le terme « existence », Heidegger se détache de l’existentia scolastique qui ne traite que ce que Heidegger nomme l’être-là-devant (Vorhandenheit), l’étant se présentant « aux yeux de tous », qui correspond à l'ontologie traditionnelle de la substantialité. L’existence s’oppose à l’existentia au sens où l’existence qui est ouverture du Dasein vers son « là », n’est pas seulement de l’ordre de l’étant là-devant.

Etudions le Dasein dans sa quotidienneté (Alltäglichkeit), tel qu’il est à chaque fois lui-même, de prime abord et le plus souvent. Quotidiennement le Dasein se caractérise par son être-au-monde (In-der-Welt-sein). Comme nous l’avons dit précédemment, le Dasein est un étant obligé à s’ouvrir, obligé à être son « là ». Le Dasein est au monde. Mais qu’est le monde ? Et qu’est ce que signifie pour le Dasein « être son là », l’être-au ? Finalement que signifie l’expression « être-au-monde » dans sa globalité ? C’est ce sur quoi va porter la première partie de l’analyse existentiale.

Le monde [modifier]

La ‘mondanéité’ (Weltlichkeit) du monde est ce qui fait qu’ontologiquement le monde est monde. Après moult subtils raisonnements, Heidegger finit par nous dire que le 'monde', loin d’être un ensemble d’étants, de « choses » incluses dans un machin dans lequel le Dasein ne serait qu’une « chose » parmi d’autres (la vision classique et cartésienne du monde…), doit être compris comme ‘ouverture en projet’ du Dasein, ‘projet d’exister’ (certains traduisent plutôt ‘ouvertude’ nous verrons pourquoi c’est peut être mieux qu’ouverture…). Le Dasein est toujours son ‘là’ et ce ‘là’ est le ‘monde’, l’ouverture pour le ‘projet d’exister’. Le Dasein est quoiqu’il advienne toujours au monde, il est toujours être-au-monde. Il n’est pas quelque chose qui peut être ou ne pas être au monde, au choix selon son « bon vouloir » : le monde est l'horizon hérméneutique de la compréhension de l'étant, il est ce à partir de quoi l'étant est compris comme ce qu'il est. Un marteau, par exemple, n'est jamais ce qu'il est si on le prend abstraitement, tout seul. Le marteau renvoi au clou, le manche renvoi à la main... Le marteau est pour quelque chose, pour quelqu'un, avec lui, il retourne de faire quelque chose (marteler), autrement dit il est signifiant, et ne l'est que pris dans ce contexte qu'est le monde ambiant.

De plus, le Dasein est ‘en vue de soi’. Le ‘monde’, qui est ‘projet d’exister’, est donc toujours ‘projet en vue de soi-même’. Et je le comprends, ce ‘monde’, par ce projet en vue de moi-même. De là provient l’ensemble des significations, des renvois dans lequel se meut le Dasein, la ‘mondanéité’. La ‘mondanéité’ est la significativité (Bedeutsamkeit), l’ensemble des significations toujours-déjà ouvertes, l’ensemble des renvois. Et tout étant « intramondain » se donne au Dasein à partir de cet ensemble de significations. La ‘mondanéité’ a donc des conséquences directes sur l’étant que sera amené à goûter le Dasein, il conditionne l’ouverture de son ‘là’.

On pourrait reprocher là à Heidegger le fait que ce ‘monde’, ce ‘là’ du Dasein découle purement et « subjectivement » de lui puisque il est ‘ouverture en tant que projet d’exister’. Heidegger réfute cela. Le monde n’est rien d’étant (puisqu’il est ouverture…), il est à la fois au-delà de l’étant et condition de possibilité. Le monde est transcendant et l’être-au-monde est la structure même de la transcendance. En fait, le réel problème ici nous dit Heidegger est de saisir comment le Dasein « sort de lui », saisir cette sortie originelle du ‘là’, véritable mystère de l’existence que Heidegger tente de saisir dans les paragraphes traitant de l’être-au. À noter qu’Heidegger s’est toujours défendu d’avoir une pensée individualiste. Ceci s’éclairera peut être dans la partie suivante où sera évoquer l’ipséité du Dasein (le fait d’être lui-même), l’impropriété (Dasein en tant que On) et la propriété du Dasein.

Etre-au-monde et préoccupation [modifier]

Revenons au Dasein en tant qu’être-au-monde. Au quotidien, l’étant se donne au Dasein dans la préoccupation (Besorge), et non dans la visée théorétique d'un objet de connaissance. L'intentionnalité husserlienne est réinterprétée comme un se-soucier-de l'étant, dont la visée d'un objet de connaissance dérive. Le Dasein utilise l’étant qui se donne à lui comme ‘util’ (Zeug, ce qui signifie le "machin", le "truc" dont je me sers pour faire ceci ou cela). Cette relation, plus originaire que la simple relation « sujet-objet » analysée par la tradition philosophique, est caractérisée ontologiquement par la préoccupation pour l'à-portée-de-la-main (Zuhandenheit ; à noter la différence avec l’être-là-devant Vorhandenheit, la particule ‘Zu’ au lieu de ‘Vor’), pour l'étant disponible.

Le Dasein qui est au monde, se préoccupe des étants, utils, qui s’offrent à lui, étants intramondains déjà inclus dans un monde. En se préoccupant de tel ou tel util, il le met en relief par rapport aux autres étants intramondains. Ainsi dans l’utilisation, le Dasein n’est pas touché de la même façon par les étants se trouvant a priori dans sa sphère d’action. Le Dasein en privilégie certains, en néglige d’autres. La préoccupation ou la focalisation sur une partie de l’étant intramondain, la mise en relief de l’util dans l’utilisation…

Il convient de relier la préoccupation et la mondanéité. En effet la mondanéité, l’ensemble des significations, des renvois qu’a le Dasein lui permet ou justement ne lui permet pas de se préoccuper de tel ou tel util, de privilégier tel ou tel étant à-portée-de-main. On peut donc dire que la mondanéité conditionne l’étant du Dasein en lui offrant ou non toute une palette d’utilisable qu’il pourrait rencontrer dans sa sphère d’action, dans son étant quotidien.

L’ipséité : être soi-même ? [modifier]

Passons maintenant à la question de l’ipséité du Dasein, réflexion qui va permettre de répondre du choix d’Heidegger de nommer l’étant insigne ‘Dasein’ et pas plus simplement ‘moi’ ou ‘Je’. On verra que cette réflexion est un des fils rouges de l’œuvre, renvoyant à la tâche pour le Dasein de sortir du ‘On’, de l’étant impropre.

Etre soi-même ? Le Dasein est il lui-même ? La réponse peut sembler aller a priori de soi puisqu’il est écrit que le Dasein est « l’étant que je suis à chaque fois moi-même ». De plus, on est plus que tenté de dire qu’à chaque instant que le Dasein est, il se donne comme « moi », il est « moi ». Mais justement répondre ainsi à la question de l’ipséité du Dasein nous ferait passer au travers de la question.

Mais revenons à cette réponse qui nous est venue directement, cette évidence qui semble impossible à faire taire. Partons de l’être-avec. Le Dasein est caractérisé par un être-avec (Mitsein) et de ce fait dans sa préoccupation quotidienne, il y a autrui (« les autres font encontre à partir du monde »), que Heidegger fixe sous le terme de Mitdasein. Pour le Dasein, étant que je suis à chaque fois moi-même, autrui est au quotidien vu comme ‘ce qu’il fait’, comme util pourrait on dire. Par exemple, je suis dans le train et le contrôleur arrive. Cet étant arrivant à ma rencontre n'st pas compris en son Dasein, mais comme "contrôleur". Le Dasein ne perçoit d'abord autrui que dans le cadre de sa préoccupation.

Cette identification à ce qu’on fait nous fait tomber dans le travers de l’impropriété de l’ipséité, le Dasein se donnant alors non comme « soi » mais comme son « contraire », comme le ‘On’, même si le Dasein sera toujours tenté de réfuter cela et de crier sur tous les toits « non, non, je suis toujours ‘Je’ », celui qui n'est pas lui-même ayant justement la tendance caractéristique consistant à répéter toujours "Moi je, moi je". Absorbé dans sa préoccupation pour l’étant intramondain, noyé dans la marre de l’identification à ce qu'il fait, le Dasein ne peut être que comme ‘On’ est. Les « autres » lui donnent la mesure de tout. Ainsi le Dasein pense comme ‘On’ pense, il critique comme ‘On’ critique et même « il se sépare de la « masse » comme ‘On’ s’en sépare ; s’indigne de ce dont ‘On’ s’indigne ». Le Dasein patauge dans un horizon de compréhension moyen, qui s’impose à lui tout en restant insoupçonné de lui, dictature silencieuse mais pourtant ô combien effective du ‘On’. Le Dasein est en un premier temps improprement un être-public. Et cet être-public du ‘On’ le décharge du poids de la singularité, de son authentique unicité. Il n'existe pas à partir de lui-même, en propre, mais à partir des autres, de manière non-propre. Et aussi étrange que cela puisse paraître cette décharge qui l’empêche pourtant d’être lui-même en propre, lui complaît, car elle le rassure constemment en le détournant de la vérité mortelle et angoissée de son existence. Ce mode du laisser-aller, mode initial du Dasein, semble tellement « lui aller » qu’il ne verrait vraiment pas pourquoi il devrait en sortir. Cette idée n’effleure même pas son esprit, de sorte que le Dasein est aliéné de la manière la plus extrême, lui qui ne soupçonne pas ce laisser-aller, cette décharge, cette impropriété car baignant dans les fanges, bercé par « ses » habitudes, par les habitudes du 'On'… La tâche du Dasein pour être lui-même en propre sera de sortir de cette fuite première et de rompre avec le ‘On’ et sa dictature.

Dasein et être-au [modifier]

Structure de l’être-au [modifier]

Le Dasein existe. Il est ouverture, il est son ‘là’. Mais justement comment est-il ce ‘là’ ? C’est ce que va tenter de répondre la partie qui suit, traitant de l’être-au sur le mode de la neutralité ie sans évoquer son caractère propre ou impropre. Heidegger répond à cette question en 3 rounds : le Dasein est son ‘là’ par la ‘disposition’, le ‘comprendre’ et le ‘discourir’.

La 'disposition' [modifier]

La ‘disposition’ (Befindlichkeit) est sans aucun doute une des clés de voûte de l’ouverture du ‘là’ du Dasein. Distinguons d’abord les différents aspects que peut revêtir la ‘disposition’.

Tout d’abord, la ‘disposition’ est ‘pré-disposition’, disposition générale au projet d’exister, au ‘monde’. Et c’est cette tonalité, la ‘pré-disposition’, cette impression d’ensemble qui augmente ou au contraire rétrécit notre ouverture au ‘monde’ qui permet au Dasein d’être ‘disposé’ à l’étant intramondain qui fait encontre à lui. ‘Disposé’, le Dasein peut être concerné, il peut être abordé, « affecté » par l’étant intramondain. En fait, dans l’existence, le Dasein est toujours-déjà abordé par l’étant. ‘Disposé’ à l’étant intramondain, il peut le saisir, l’user dans l’utilisation ‘préoccupée’. On voit bien ici la relation intime entre ‘disposition’ et ouverture du ‘là’ ; un Dasein « indisposé » n’est tout bonnement pas « vraiment là » car glissant à côté de l’étant intramondain, de l’être-à-portée-de-main.

Autre point important, l’être-jeté. ‘Disposé’, le Dasein fait quotidiennement encontre avec lui-même, s’ouvre à lui-même (Befindlichkeit, la disposition, pris au sens de sich befinden, se trouver, aller à la rencontre de soi-même). Par la ‘disposition’ il fait l’expérience du fait de son existence. Cette expérience du fait de soi-même est sa ‘facticité’ (Dass). Le Dasein existe facticement, et ce fait il le constate par le sentiment (Stimmung), clameur inhérente au fait d’exister. Car sentiment il y a toujours tant que le Dasein existe. Ceci est ce que Martin Heidegger appelle l’expérience sentimentale de l’être-jeté (Geworfenheit) du Dasein. Je suis jeté au monde. Etre m’est à charger et ce devoir est un poids auquel je ne peux me soustraire. Et sur ce coup là rien ne peut venir à mon aide, ni croyances, ni « idéaux ». Le Dasein n’est pas seulement jeté, nous dit Heidegger, il est toujours-déjà jeté.

Cependant me direz-vous, les sentiments ne se limitent pas à cette seule expérience de l’être-jeté, sentiment du fardeau de l’existence. La joie, l’amour à l’opposé de l’angoisse semblent bien loin de ce sentiment pénible nous écrasant sous son terrible poids. Mais justement ces sentiments s’y rapportent, car l’impression de « délivrance » qu’ils nous procurent n’est rien d’autre que l’expérience de la facticité de l’ouverture sous le mode de la refermeture : ces sentiments de « délivrance » nous faisant ainsi fuir le fardeau de l’être-jeté.

La facticité du Dasein se déployant dans le ‘sentiment’… sans aucun doute une charnière de l’étant du Dasein : le sentiment de l’être-jeté, du fardeau de l’existence et le sentiment qui nous donne goût à cette existence, qui la supporte, qui supporte l’ouverture du ‘là’…

Le 'comprendre' [modifier]

Passons maintenant au ‘comprendre’. C’est avec ce mode d’ouverture du ‘là’ qu’est le ‘comprendre’ qu’Heidegger tire toutes les conclusions pragmatiques des notions de ‘monde’ et surtout de ‘mondanéité’ élaborées précédemment (cf paragraphes précédents).

Heidegger nous dit que le ‘comprendre’ (verstehen) est « ouverture en projet comme être-au-monde ». C’est un mode d’être du Dasein déterminé par le possible, le pouvoir-être. Mais reprenons l’analyse à partir des notions de ‘monde’ et de ‘mondanéité’. Le Dasein est ‘en vue de soi’. De ce fait, le ‘monde’ (‘projet d’exister’) est toujours ‘projet en vue de soi-même’. Je comprends donc ce ‘monde’ par ce projet en vue de moi-même. De là s’inscrit la notion de ‘mondanéité’, l’ensemble des significations, des renvois dans lequel se meut le Dasein. Le ‘comprendre’ lui, est ce mode d’être qui oriente le champ des possibles du Dasein. Absorbé dans la ‘préoccupation’ par le commerce avec l’étant intramondain, je suis « aspiré » dans un pouvoir-être lié à cette ‘préoccupation’ ; ainsi un étant se présentant à moi ne fait pas « sens à mes yeux » s'il ne s’inscrit pas dans l’orientation du pouvoir-être dans lequel je me meus. On voit bien ici le lien entre ‘comprendre’ et ouverture du ‘là’, ainsi qu’avec la ‘mondanéité’.

Nous avons dit que le ‘comprendre’ était « ouverture en projet comme être-au-monde ». Dans cette expression, le projet (pro-jet, jeté) est à saisir comme un « tendre vers », « aspiration vers », une perspective qui nous tend à elle. Le ‘comprendre’ en tant qu’orientation du champ des possibles n’est autre que la capacité de s’orienter, de se « diriger », de « faire des choix » pourrait-on dire, en un sens l’idée « classique » du ‘comprendre’. Le ‘comprendre’ heideggérien n’est donc pas du seul domaine théorétique, bien que le « comprendre théorétique » dérive de lui, il est d'abord une compréhension existentielle du Dasein par lui-même. Le ‘comprendre’ heideggérien est somme toute deux choses : le possible en tant que capacité, connaissance d’être-au-monde (le « savoir-faire » du Dasein en tant qu’être-au-monde, « tour de main » rendant utilisable l’étant qu’on manie, étant qui se dévoile alors tel qu’il est, dans l’utilisation) ; et le possible en tant que perspectives d’étant (le « savoir-quoi-faire », horizon dans lequel s’inscrit la recherche d’étants possibles pour le Dasein). Heidegger formalise donc le ‘comprendre’, qui est orientation, « savoir-faire » et « savoir-quoi-faire », comme la « vue » du Dasein (Sicht), sa « lucidité » (Durchsichtigkeit) concernant sa propre existence, sa propre situation. Grâce au ‘comprendre’, le Dasein sait « où il en est », saisit ce qu’il fait, et même perce jusqu’à l’être : le Dasein a une compréhension implicite (préontologique) de ce qu’être veut dire, un des points de départ qu’avait pris Heidegger pour qualifier le Dasein d’« étant insigne ».

Nous avons vu que le projet en vue de soi fait voir au Dasein son étant comme possible. Mais évidemment cette possibilité est limitée, le Dasein étant toujours-déjà engagé dans un ‘monde’ et dans un ensemble de significations (‘mondanéité’). De plus cette notion de pouvoir-être est limité par un autre facteur : la possibilité une fois « choisie » tranche sur les autres possibilités présentent initialement. Ainsi le Dasein est toujours sa possibilité « et rien qu’elle » (sa possibilité est donc sa plus propre « réalité »), et une fois engagé, une fois jeté dans cette possibilité, il ne peut s’y soustraire.

Le Dasein étant initialement improprement lui-même, il se trouve jeté dans un ‘comprendre’ moyen, anonyme, impropre. Son pouvoir-être (orientation, « savoir-faire », « savoir-quoi-faire ») est donc on ne peut plus limité. Il va donc falloir qu’il s’arrache de sa compréhension impropre s’il veut pouvoir jouir d’un pouvoir-être propre, ouverture véritable, thème qu’on n’a pas du tout évoqué pour l’instant.

Le 'discourir' [modifier]

Bientôt à venir…

Le ‘On’ ou la déchéance du Dasein [modifier]

Bientôt à venir…

L’angoisse et le souci [modifier]

Bientôt à venir…

 

Réalité et vérité [modifier]

A rédiger…

Etre-pour-la-mort [modifier]

A rédiger…

Etre en totalité, être en propre [modifier]

A rédiger…

Temporalité [modifier]

A rédiger…

Commentaires sur ‘Sein und Zeit’ [modifier]

Plan de l’ouvrage [modifier]

INTRODUCTION : L’EXPOSITION DE LA QUESTION DU SENS DE L’ÊTRE

CHAPITRE PREMIER : NECESSITÉ, STRUCTURE ET PRIMAUTÉ DE LA QUESTION DE L’ÊTRE

§ 1. La nécessité d’une répétition expresse de la question de l’être

§ 2. La structure formelle de la question de l’être

§ 3. La primauté ontologique de la question de l’être

§ 4. La primauté ontique de la question de l’être


CHAPITRE II: LA DOUBLE TÂCHE DE L’ÉLABORATION DE LA QUESTION DE L’ÊTRE; MÉTHODE ET PLAN DE LA RECHERCHE

§ 5. L’analytique ontologique du Dasein comme libération de l’horizon pour une interprétation de l’être en général

§ 6. La tâche d’une destruction de l’histoire de l’ontologie

§ 7. La méthode phénoménologique de la recherche

- A. Le concept de phénomène

- B. Le concept de logos

- C. Le préconcept de la phénoménologie

§ 8. Plan de l’ouvrage

PREMIÈRE PARTIE L’INTERPRÉTATION DU DASEIN PAR RAPPORT À LA TEMPORALITÉ ET L’EXPLICATION DU TEMPS COMME HORIZON TRANSCENDANTAL DE LA QUESTION DE L’ÊTRE

PREMIÈRE SECTION: L’ANALYSE-FONDAMENTALE PRÉPARATOIRE DU DASEIN

CHAPITRE PREMIER: L’EXPOSITION DE LA TÂCHE D’UNE ANALYSE PRÉPARATOIRE DU DASEIN

§ 9. Le thème de l’analytique du Dasein

§ 10. Délimitation de l’analytique du Dasein par rapport à l’anthropologie, la psychologie et la biologie

§ 11. L’analytique existentiale et l’interprétation du Dasein primitif. les difficultés de l’obtention d’un « concept naturel du monde »


CHAPITRE II : L’ÊTRE-AU-MONDE EN GÉNÉRAL COMME CONSTITUTION FONDAMENTALE DU DASEIN

§ 12. Esquisse préparatoire de l’être-au-monde à partir de l’orientation sur l’être-au comme tel

§ 13. Exemplification de l’être-au à partir d’un mode dérivé : la connaissance du monde


CHAPITRE III : LA MONDANÉITÉ DU MONDE

§ 14. L’idée de la mondanéité du monde en général

A. ANALYSE DE LA MONDANÉITÉ AMBIANTE ET DE LA MONDANÉITÉ EN GÉNÉRAL

§ 15. L’être de l’étant qui fait encontre dans le monde ambiant

§ 16. La mondialité du monde ambiant telle qu’elle s’annonce dans l’étant intra-mondain

§ 17. Renvoi et signe

§ 18. Tournure et significatiance ; la mondanéité du monde

B. DISSOCIATION DE L’ANALYSE DE LA MONDANEITÉ PAR RAPPORT A L’INTERPRÉTATION CARTÉSIENNE DU MONDE

§ 19. La détermination du « monde » comme res extensa

§ 20. Les fondements de la détermination ontologique du « monde »

§ 21. Discussion herméneutique de l’ontologie cartésienne du « monde »

C. L’AMBIANCE DU MONDE AMBIANT ET LA SPATIALITÉ DU DASEIN

§ 22. La spatialité de l’à-portée-de-la-main intramondain

§ 23. La spatialité de l’être-au-monde

§ 24. La spatialité du Dasein et l’espace


CHAPITRE IV: L’ÊTRE-AU-MONDE COMME ÊTRE-AVEC ET ÊTRE-SOI-MÊME. LE « ON »

§ 25. L’amorçage de la question existentiale du qui du Dasein

§ 26. L’être-Là-avec des autres et l’être-avec quotidien

§ 27. L’être-Soi-même quotidien et le On

CHAPITRE V: L’ETRE-AU COMME TEL

§ 28. La tâche d’une analyse thématique de l’être-au

A. LA CONSTITUTION EXISTENTIALE DU LA

§ 29. Le Da-sein comme disposition affective

§ 30. Là peur comme mode de la disposition affective

§ 31. Le Da-sein comme compréhension

§ 32. Comprendre et explication

§ 33. L’énoncé comme mode second de l’explication

§ 34. Da-sein et discours. La parole

B. L’ÊTRE QUOTIDIEN DU LÀ ET LA DE DU DECHEANCE DU DASEIN

§ 35. La bavardage

§ 36. La curiosité

§ 37. L’équivoque

§ 38. La déchéance et l’être-jeté


CHAPITRE VI : LE SOUCI COMME ÊTRE DU DASEIN

§ 39. La question de la totalité originaire du tout structurel du Dasein

§ 40. La disposition affectiove fondamentale de l’angoisse comme ouverture privilégiée du Dasein

§ 41. L’être du Dasein comme souci

§ 42. Confirmation de l’interprétation existentiale du Dasein comme souci à partir de l’auto-explication préontologique du Dasein

§ 43. Dasein, mondanéité et réalité

- a) La réalité comme problème de l’être et de la démontrabilité du « monde extérieur »

- b) La réalité comme problème ontologique

- c) Réalité et souci

§ 44. Dasein, ouverture et vérité

- a) Le concept traditionnel de la vérité et ses fondements ontologiques

- b) Le phénomène originaire de la vérité et ses fondements ontologiques

- c) Le mode d’être de la vérité et la présupposition de la vérité

DEUXIÈME SECTION : DASEIN ET TEMPORALITÉ

§ 45. Le résultat de l’analyse-fondamentale préparatoire du Dasein et la tâche d’une interprétation existentiale originaire de cet étant

CHAPITRE PREMIER: L’ÊTRE-TOUT POSSIBLE DU DASEIN ET L’ÊTRE VERS LA MORT

§ 46. L’impossibilité apparente d’une saisie et d’une détermination ontologiques de l’être-tout propre au Dasein

§ 47. L’expérimentabilité de la mort des autres et la possibilité de saisie d’un Dasein en son tout

§ 48. Excédent, fin et totalité

§ 49. Délimitation de l’analyse existentiale de la mort par rapport à d’autres interprétations possibles du phénomène

§ 50. Pré-esquisse de la structure ontologico-existentiale de la mort

§ 51. L’être vers la mort et la quotidienneté du Dasein

§ 52. L’être quotidien pour la fin et le concept existential plein de la mort

§ 53. Projet existential d’un être authentique vers la mort

CHAPITRE II : L’ATTESTATION PAR LE DASEIN DE SON POUVOIR-ÊTRE AUTHENTIQUE ET LA RÉSOLUTION

§ 54. Le problème de l’attestation d’une possibilité existentielle authentique

§ 55. Les fondements ontologico-existentiaux de la conscience

§ 56. Le caractère d’appel de la conscience

§ 57. La conscience comme appel du souci

§ 58. Compréhension de l’ad-vocation et dette

§ 59. L’interprétation existentiale de la conscience et l’explicitation vulgaire de la conscience

§ 60. La structure existentiale du pouvoir-être authentique attesté dans la conscience

CHAPITRE III : LE POUVOIR-ÊTRE -TOUT AUTHENTIQUE DU DASEIN ET LA TEMPORALITÉ COMME SENS ONTOLOGIQUE DU SOUCI

§ 61. Pré-esquisse du pas méthodique conduisant de la délimitation de l’être-tout authentique propre au Dasein à la libération phénoménale de la temporalité

§ 62. Le pouvoir-être-tout existentiellement authentique du Dasein comme résolution devançante

§ 63. La situation herméneutique conquise pour une interprétation du sens d’être du souci et le caractère méthodique de l’analytique existentiale en général

§ 64. Souci et ipséité

§ 65. La temporalité comme sens ontologique du souci

§ 66. La temporalité du Dasein et la tâche qu’elle impose d’une répétition plus originaire de l’analytique existentiale

CHAPITRE IV: TEMPORALITÉ ET QUOTIDIENNETÉ

§ 67. La réalité fondamentale de la constitution existentiale du Dasein et la pré-esquisse de son interprétation temporelle

§ 68. La temporalité de l’ouverture en général

- a) La temporalité de la compréhension

- b) La temporalité de la disposition affective

- c) La temporalité de la déchéance

- d) La temporalité du discours

§ 69. La temporalité de l’être-au-monde et le problème de la transcendance du monde

- a) La temporalité de la préoccupation circon-specte

- b) Le sens temporel de la modification de la préoccupation circon-specte

en découverte théorique du sous-la-main intramondain

- c) Le problème temporel de la transcendance du

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Mardi 19 juin 2007 2 19 06 2007 07:13
LIVRE DE BOB ADAMSON : QUEL EST LE PROBLEME MAINTENANT , SI VOUS N' Y PENSEZ PAS ?


                                                    INTRODUCTION

Ce livre est une édition révisée de " Quel est le problème maintenant ,si vous n' y pensez pas ? " . La première édition s'est avérée ètre un tournant pour ceux qui l'ont lu . Les indications claires qui y sont données, ramènent l'attention vers cet endroit ou se fait la cognition directe . Le mental ,en quelque sorte vagabonde ,avec l'espoir de toujours rassembler ou d'accumuler quelque connaissance secrète. Bob ,en permanence ,montre le chemin du retour ,qui consiste à éliminer les fausses croyances . Au fur et à mesure que celles- ci sont nettoyées ,la clarté d'une conscience simple ,ouverte ,révèle sa subtilité ,toujours présente . Elle est avec vous maintenant ,mème si elle peut vous sembler enfouie sous les activités incessantes du mental .

Ce livre peut vous aider à vous ramener à ce qui ne change jamais en vous ,à l'essence mème de ce que vous ètes - le tout premier moment de l' ètre ,dont vous ne vous ètes jamais éloigné . C'est la paix qui dépasse toute compréhension .

Gilbert Schultz - Rédacteur .
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Mercredi 28 mars 2007 3 28 03 2007 11:34

 

Le miroir du monde

Évolution par sélection naturelle et mystère de la nature humaine

Voir dans ce livre, (et ici) « Les preuves de l'évolution », page 9.




Texte de la couverture arrière

Le monde a-t-il un sens ? Pourquoi existons-nous ? Qu'est-ce qu'un humain ? Ces questions émergent de notre cerveau. Tout comme notre pancréas, ce cer­veau est un produit de l'évolution par sélection naturelle. La biologie évolutionnaire peut contribuer grandement à éclairer ces questions existentielles normale­ment réservées à la philosophie, à la théologie ou, malheureusement, de plus en plus à l'ésotérisme. Mais ce terrain est miné : les réponses simplistes y abondent et il faut s'y méfier autant du réductionnisme excessif de la science actuelle que du pire ennemi de la raison : le désir de croire. Cet ouvrage propose des pistes de réflexion fondées sur la biologie darwinienne moderne.

L'auteur présente d'abord l'évolution et la théorie unificatrice de la biologie, la sélection naturelle. Il y montre, entre autres, que :

• la sélection naturelle est plus que la survie du plus fort ;

• elle s'exerce sans sélectionneur ;

• la reproduction est plus importante que la survie ;

• L'évolution n'a pas de projet ;

 

• l'être humain est un produit accidentel de l'évolution.

 

Ensuite, l'auteur utilise ce qu'on connaît de la biologie darwinienne pour tenter de comprendre le mystère de la nature humaine. Il constate que, tout en étant indéniablement un animal, l'être humain est seul capable d'être libre, proactif et angoissé. Grâce à son cerveau, il est un miroir de carbone qui réfléchit sur le monde dont il fait partie et auquel il tente de donner un sens.

 

Ce livre s'adresse aux femmes et aux hommes qui ont soif de comprendre, font confiance à leur raison, se méfient des superstitions et des mirages et souhaitent réfléchir à l'éclairage que la biologie darwinienne peut apporter au mystère de notre existence.


Cyrille Barrette est professeur de biologie à l'Université Laval depuis 1975. Spécialiste reconnu du comportement et de l'écologie des mammifères, il a publié de nombreux articles dans plusieurs revues scientifiques de calibre international. Soucieux de partager ses réflexions et de faire prévaloir la pen­sée scientifique, il a collaboré activement à de nombreuses initiatives de vulgarisation scientifique auprès des jeunes et du public en général, parallèlement à ses activités de recherche et d'enseignement.


   
Ce livre est formidable. C'est un des meilleurs livres que j'aie eu l'occasion de lire sur le sujet.
Voir aussi les ouvrages suivants :
  • Steven, Wienberg, Les Trois premières minutes de l'Univers (Paris ; Seuil, 1980)
  • Carl Sagan, Cosmos (Select, 1981).
  • Voir l'ouvrage de Hubert Reeves, Poussière d'étoile (Paris ; Seuil, 1984).
  • Voir mon article Évolution ou création 1987 pour discussion à propos de la
    présence du sable sur la terre.
  • Voir mon article Évolution ou création 1987, appendice A pour description
    de 11 méthodes de datation.

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Mercredi 28 mars 2007 3 28 03 2007 10:25

 

 

Quel est le problème maintenant, si vous n`y pensez pas?
Auteur: Bob Adamson
 
Quel est le problème maintenant, si vous n`y pensez pas?

 

Témoignages.

Lire ce livre va remettre en question et défier tout ce que vous croyez être la réalité, ce que vous croyez être la vérité.

Vous commencerez à voir la vie sous une perspective totalement différente, une perspective, qui va vous libérer du bagage qui vous empêche de vivre une vie pleinement heureuse et satisfaisante. Puisse cette compréhension vous venir, comme cela s'est passé pour moi à travers l'enseignement de Bob.

David Black


J'ai rencontré Bob Adamson la première fois, il y a deux ans. Ce qui m'a d'abord attiré dans son enseignement est le concept de l'un-sanssecond de Dieu: l'omnipotence, l'omniscience et l'omniprésence. Si Dieu est tout, quelle place reste-t-il pour cette idée d'une entité très importante appelée "moi"? Puis vint la compréhension que je ne suis pas mes pensées, que "ma" vie est vécue, et que les événements ne sont pas contrôlés par "mes" pensées. Les pensées elles-mêmes sont une expression de cette conscience ou présence. Une autre réalisation fut qu'il n'y a pas d'autre temps que maintenant. Tout pouvoir et toute connaissance ne sont disponibles que dans cet instant de toute-présence. Le mental lui-même n'est qu'un outil qui ne peut penser qu'en termes de passé ou futur. Ce n'est pas le facteur de contrôle.

Bob, qui a été très généreux de sa sagesse, m'a aidé à voir que peu importe ce qui se passe dans l'apparence de la vie, tout est fondamentalement juste, vu de la position d'ici, maintenant. Regarder la vie de la position de la présence ou de la conscience, plutôt que du point de référence changeant du "moi" ou de "mon" mental, m'a aidé à rendre la vie plus insouciante, dépourvue d'efforts, et productive. Je peux maintenant voir la vie comme une grande aventure, une
aventure qui se passe toujours, maintenant.

Cliff.


Ce que j'aime dans le fait de parler avec Bob ou de l'écouter, c'est sa
parfaite clarté, inébranlable. Quand je l'ai écouté la première fois, j'étais rempli de colère, malheureux et plein de souffrance. Tout cela est parti avec la réalisation, comme Bob l'a indiqué, que je suis la conscience. Il m'a montré que c'était mon mental, qui en répétant des vieux schémas de tourments, créait la souffrance. Si nous sommes tous la pure conscience, alors "tous" signifie "tous", pas d'exception, il n'y a pas "moi" et la "conscience", mais une seule conscience.

Quand Bob m'a demandé de regarder où est le "moi", j'ai vu qu'il n'y avait rien que je pouvais localiser et appeler "moi". Il y a dans la mémoire, une collection d'idées et d'interprétations, que j'ai appelé "moi", mais en réalité il n'y a que la conscience.

Si la conscience est tout, comment peut-il y avoir "moi" et "l'autre"? Nous sommes tous cette conscience. Avec cette compréhension, comment pourrait-il y avoir de l'animosité pour cet apparent "autre"? Si je sais qu'il y a juste cette conscience et rien d'autre, alors comment pourrait-il y avoir jamais eu séparation?

Bob exprime la vérité avec une telle clarté et simplicité qu'il n'y a aucune incompréhension, aucun doute. Nul besoin de comprendre un jargon ou 'interpréter ce qu'il dit. C'est clair. Il n'y a rien à faire, pas de pratique à suivre. Je comprends que je suis conscience – maintenant.

Jan Dobbs.


La recherche a commencé dans l'enfance. Je me suis d'abord tourné vers le Christianisme, puis vers la science et la logique pour trouver des réponses à la vie. Adulte, ma recherche s'est déplacée vers la psychologie et puis plus tard vers la philosophie orientale et le Bouddhisme. J'approchais! Au début de la cinquantaine, j'étais bien avancé sur le chemin! C'était les écrits sur la non-dualité des sages du début du XXème siècle, j'ai même voyagé pour en rencontrer quelques uns.

Puis en 1994 j'ai rencontré Bob. Son approche était très différente et très simple. "La réponse n'est pas dans le mental" me dit-il. A d'autres moments il demandait: "Qui pose la question?" Je souris maintenant de la rage que je ressentais dans ces moments-là.

Eh bien, après avoir assisté quelques temps aux réunions de Bob, il devint très clair qu'il n'y avait rien à obtenir et personne pour le faire. Je ne suis pas ce chercheur et paradoxalement ne l'ai jamais été.

Lisez ce livre. La profonde sagesse des mots de Bob est simple et magnifiquement claire. Ils vous montrent que votre recherche est futile, ils vous montrent ce que vous n'êtes pas, ils vous montrent ce que vous êtes et ce que vous avez toujours été. Et de cela, vous pouvez rire et rire encore!

Col.


Bob d'une façon claire et simple m'a ramené à ce que je suis.

Réaliser ma vraie nature a changé ma vie.

Brione.


Rencontrer Bob Adamson ou lire ses commentaires sur la vie n'est pas qu'un simple cadeau. Simplement et humblement, et cependant en des termes non moins directs, il rend parfaitement clair "qui nous sommes" en montrant sans discontinuer "qui et ce que nous ne sommes pas".

Le message de Bob n'est pas pollué par des vanités ou carottes spirituelles. Il n'a pas besoin de vous distiller lentement le "quelque chose" d'imaginaire que le mental puisse "un jour" (dans le futur) envisager d'atteindre.

Au contraire, il montre avec la plus grande conviction la seule chose ou "non-chose" qui ne peut être niée, et qui est notre conscience présente "Cela et rien que cela – non altéré, non modifié, non corrigé". Je recommande très fortement la lecture et l'écoute de Bob Adamson.
Avec beaucoup d'amour et d'appréciation pour cet homme.

John Linland.


Dès que j'ai rencontré l'enseignement de Bob Adamson au travers de son livre et des CD, des changements intérieurs ont commencé à se produire. Il n'y avait pas d'effort conscient, mais je pouvais sentir l'emprise des pensées conceptuelles commencer à lâcher spontanément. Les choses étaient en train de basculer et tomber. Intuitivement c'était une expérience de liberté et je sentais que c'était juste.

En 2003 j'ai pu rendre visite à Bob, assister à ses réunions et avoir plusieurs entretiens avec lui. Rapidement, il m'est apparu que j'avais enfin trouvé quelqu'un qui avait une compréhension claire et inébranlable de sa vraie nature.

Bob a expliqué que la compréhension lui était venue par le contact avec Sri Nisargadatta Maharaj en 1976.Bob a pu clarifier des questions et des problèmes spirituels que je n'avais pu résoudre en de nombreuses années de recherche. Alors que j'avais une très bonne compréhension de l'enseignement de la non-dualité (à travers les livres et la rencontre avec différents
enseignants au fil des ans) cela ne s'était vraiment jamais fait mien, jusqu'à ce que je rencontre Bob. Parce qu'il est totalement clair sur tout cela, il m'a permis de le voir par moi-même et ce, assez rapidement. Je n'ai jamais eu ce type d'expérience avec d'autres enseignants contemporains.

Avec Bob, j'ai trouvé une clarté pénétrante et une énergie qui ont vraiment marché pour moi. Son enseignement est le contraire de l'absurde, il pointe directement vers la réalité de notre propre être. Bob est l'un de ces meilleurs "secrets ouverts" dans le monde de la spiritualité contemporaine.

John Wheeler.


Je lis de moins en moins sur "le sujet", car de nombreux écrits me semblent dévier et ne plus montrer le chemin vers le centre, mais votre livre est une joie à partager et je le recommande sans hésitation aux soi-disant autres.

Léon Hartong, auteur de "S'éveiller au rêve"


Son enseignement, comme celui de Nisargadatta, est d'exposer le fondement de l'être. L'enseignement de Bob montre en permanence que la nature du mental est de diviser, que "comprendre est tout" (pour citer Nisargadatta), et que la compréhension vient de l'expérience directe, ici, maintenant, arrêt total, présence-conscience.

Jerry Katz fondateur de http://www.nonduality.com


Avec Bob, j'ai trouvé une clarté pénétrante et une énergie qui ont vraiment marché pour moi. Son enseignement est le contraire de l'absurde, il pointe directement vers la réalité de notre propre être. Bob est l'un de ces meilleurs "secrets ouverts" dans le monde de la spiritualité contemporaine.

John Wheeler auteur de "S'éveiller à l'état naturel"

 

 

 

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Mercredi 28 mars 2007 3 28 03 2007 09:47

 

 

                                      

"Un philosophe est un homme qui ne cesse pas de vivre, de voir, d’entendre, de soupçonner, d’espérer, de rêver des choses extraordinaires, à qui ses propres pensées semblent venir du dehors, d’en haut ou d’en bas, comme des événements ou des coups de foudre à lui destinés. Peut-être est-il lui même un orage gonflé de nouvelles foudres, un homme fatal toujours environné de grondements, de roulements de tonnerre, d’abîmes béants et de sinistres présages." ( Par- delà bien et mal)
Ce n’est pas le doute qui rend fou : c’est la certitude... (Ecce homo)
Friedrich Nietzsche.
 
Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Dimanche 25 mars 2007 7 25 03 2007 10:50

L’illumination, c’est d’abord la liberté d’être le
raté que l’on est… Il nous faut commencer là
où l’on est, de façon entière, sans réserve et
sans regret… En dehors de cette acceptation,
toute tentative de discipline morale ou
spirituelle demeure le combat stérile d’un
esprit divisé et de mauvaise foi.
"

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Dimanche 25 mars 2007 7 25 03 2007 03:43
Sartre a symbolisé la figure de l'intellectuel démoniaque. Examen des charges qui ont pesé contre lui.

Dans la nouvelle édition du « Dictionnaire des idées reçues », à la rubrique Sartre, on peut lire ceci : « Hommes de lettres prolifique, tour à tour romancier, dramaturge, essayiste, pamphlétaire. Philosophe post-cartésien de la conscience et du projet. S'est toujours trompé en politique. » Pour parachever la constitution du mythe Sartre comme figure exemplaire de l'intellectuel démoniaque, il lui est rituellement opposé la sagesse aronienne, aussi modeste que la violence sartrienne fut arrogante.
Eh bien, dira-t-on, cette nouvelle vulgate dominante est à prendre pour ce qu'elle est ; la maque du classique retour de balancier, quand un grand auteur, mort, rentre dans le pénible temps de son purgatoire. Il semble que la question Sartre dépasse ces rituels aléas de l'histoire littéraire et qu'elle fonctionne comme révélateur de ce que chacun tient pour l'essence et la légitimité de l'écriture et de la philosophie.
On connaît les charges qui pèsent sur l'accusé Sartre. Dans l'ordre politique et éthique : une impardonnable complaisance avec le totalitarisme, depuis son compagnonnage avec le PCF, en passant par son soutien enthousiaste aux pires errements du tiers-mondisme, pour finir par sa pitoyable caution au maoïsme français ; Pour ce qu'il en est de la théorie, une incompréhension radicale de la psychanalyse, et, d'une manière générale, des acquis des sciences humaines structurales au profit d'un ravalement de la vieille tradition française, cartésiano-bergsonnienne, une philosophie pour la classe de philo.
l ne s'agit pas, dans le cadre de cet article, de jouer les avocats de la défense, et encore moins de porter un jugement philosophique ou politique d'ensemble sur l'œuvre de Sartre. Plus prosaÏquement, on s'interrogera sur les modalités et le type de fonctionnement de l'erreur pour un intellectuel qui se recommande et s'autorise de la philosophie, et des titres de validité de ceux qui, au nom de l'évidence du droit et du savoir, se croient aptes à la repérer et à la critiquer.
C'est une affaire entendue en 1987, nul ne conteste que le « socialisme existant » est la forme dominante du totalitarisme. Cela veut-il dire que Sartre a eu intrinsèquement tort, parce que dans la lutte contre les guerres coloniales d'Indochine, d'Algérie, dans ses prises de position en faveur des luttes ouvrières contre le patronat, dans son soutien au mouvement de Mai 1968, il s'est trouvé plus près de l'extrême gauche que de la droite libérale ? Le fait qu'il ne se soit jamais inscrit au PCF et que, bien qu'il ait proclamé que le marxisme était l'horizon indépassable de notre temps, il se soit toujours battu contre le stalinisme, devrait déjà nuancer le jugement : Sartre = dérive totalitaire. Est-ce que dans ces trois occurrences historiques il faudrait admettre que seuls ont eu raison ceux qui rétrospectivement portent un jugement d'autant plus juste qu'il s'énonce au futur antérieur ?
Fallait-il défendre l'empire français, ou à tout le moins prônet une évolution lente de la colonisation à l'autonomie car se solidariser avec les guerres de libération nationale, c'était justifier par avance la dictature, l'extension de l'empire russe, le martyre des boat-people, la folie sanguinaire de Sekou Touré ou les atteintes répétées aux droits de l'homme en Algérie et dans d'autres pays africains ? Contester les injustices de la société française, mettre en doute l'autorité de droit divin des castes patronales, mandarinales ou technocratiques, était-ce du même coup excuser ou justifier le centralisme démocratique du PCF, ou pire encore le terrorisme sanglant de la Fraction Armée Rouge en Allemagne ou des brigades rouges en Italie ? Etait-ce une erreur que de soutenir les mouvements sociaux qui aspiraient à plus de démocratie, à plus de transparence ? Ceux qui à l'époque, quand il fallait faire un choix, soutenir ou condamner, préféraient maudire l'esprit manichéen de guerre civile et se retirer du jeu pour sauvegarder leur liberté d'esprit, avaient-ils plus raison ou se trompèrent-ils moins  ? Il est certes loisible d'en disserter. Mais rien ne prouve a priori qu'ils aient, a posteriori, raison, à moins qu'on tienne pour assuré, en droit et en vérité, que l'état du monde et les choses, dans nos sociétés libérales, est intrinsèquement juste et que tout essai de le transformer place ceux qui s'y risquent dans les camps des fourriers de la démocratie et des droits de l'homme.
Certes la conception pragmatico-libérale du monde est parfaitement respectable. Il est à la fois rationnel et compréhensible de concevoir qu'un tiens d'une société libre vaut mieux que deux tu l'auras d'une conquête de nouveaux droits et de nouveaux espaces de liberté, mais il ne s'en déduit pas que ceux qui aspirent à une démocratisation plus radicale dans l'ordre social, institutionnel ou éthique sont les alliés conscients ou les marionnettes manipulées des führers, des despotes ou des petits pères des peuples. Préférer l'idéologie libérale à l'idéologie critique est une prise de position concevable ; stigmatiser la position critique comme seule relevant de l'enfer des idéologies est au mieux un tour de passe-passe rhétorique, au pire un escroquerie intellectuelle.
Or, c'est bien de cela dont il s'agit quand, au nom des leçons macabres de l'histoire ou de la rigueur scientifique, on statufie Aron pour mieux disqualifier Sartre. L'un aurait été un modèle d'objectivité et de tolérance, l'autre un repoussoir de mauvaise foi et de fanatisme « métaphysique ». Il n'est nul besoin de démonologiser l'un ou l'autre pour constater qu'ils ne se référaient pas au même système de valeurs ou de priorités pour juger des mêmes événements historiques et, que, par conséquent, leurs évaluations pouvaient être diamétralement opposées. Cette lapalissade reconnue n'implique nullement que dans la nuit des jugements, toutes les vaches idéologiques sont grises. Mais cela veut dire que dans l'espace de débat démocratique, les critères de jugements ne relèvent pas de l'éthique scientifique de l'exactitude ou de la vérification, mais de celle, tout aussi sévère et astreignante, de la conviction ou de la responsabilité, pour reprendre les catégories wébériennes. Dès lors que chacune de ces éthiques n'outrepasse pas les limites de la loi démocratique, soit l'interdit de la contrainte violente pour imposer son choix ou son jugement, elles ne peuvent se prévaloir d'une hiérarchie scientifique, l'une incarnant le vrai et l'autre l'erreur, mais renvoient à l'irréductibilité des partis pris philosophiques, qui tout à la fois signent et fondent la liberté de pensée, socle de la démocratie.
Dès lors subordonner la sphère du philosophique à la sphère des opinions idéologiques ou politiques qui peuvent s'en réclamer est non seulement une erreur méthodologique, mais plus fondamentalement ruine toute légitimité de la philosophie et par conséquent de la démocratie, qui n'a d'autre valeur universalisable que la libre lutte des idées, dont les citoyens sont les seuls juges.
En fait, au-delà des dénonciations politiques, ce qu'on reproche fondamentalement à Sartre, c'est de penser seul. Ce qui est visé dans le rejet de son « hyperidéologisme », c'est l'exercice même de la philosophie, c'est-à-dire le libre choix de porter un jugement sur l'être et le monde, non pas du point de vue d'un savoir cumulatif, mais à l'aune d'un désir de vérité et d'une intention de sens. Cette prétention ne serait soi disant plus de mise à l'âge des experts, des spécialistes et d'autres grands communicateurs. Que le langage soit autre chose qu'un médium, voilà qui est proprement intolérable à l'heure de la compétition et de la pensée fonctionnant comme une banque de données. Pour Sartre, penser et écrire ce n'est pas produire des stocks, de savoirs instrumentalisés, ni transmettre des signes, des codes ou des ordres, mais c'est faire appel à la liberté de l'autre pour produire un monde non encore connu, toujours à faire, creux toujours en suspens d'être comblé, par le projet d'un sujet en action et en extension. Bref, pour Sartre, le monde et l'autre ne sont pas des choses, mais des situations par rapport auxquelles je peux déployer une pratique et, derechef, me situer dans l'histoire des hommes. Cette éthique n'est pas compatible avec le spectacle hallucinatoire des marchandises et des spots publicitaires que d'aucuns veulent nous faire accroire comme l'horizon indépassable du réel. Irrécupérable Sartre, comme son héros des « Mains sales », donc figure toute désignée pour le ressentiment. Comme de bien entendu, après Voltaire et Rousseau, c'est aujourd'hui « la faute à Sartre ».

Inmagazine littéraire n° 248 - Décembre 1987

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Samedi 24 mars 2007 6 24 03 2007 17:43

Bonjour Monsieur Domeracki,

L’invitation que vous me faites dans votre dernier message à “parler philosophie” me convient tout à fait, même si ma façon de lire la philosophie n’est pas celle d’un spécialiste ou d’un professeur de philosophie. En fait, à mes yeux, tout le monde fait de la philosophie en ce sens que tout le monde, à un moment ou à un autre, est contraint à se poser des questions. C’est pour cela, par exemple, que je lis Ludwig (Wittgenstein) avec plaisir, parce qu’il ne propose pas de philosophie, c.à.d. de système, de synthèse, de vision, mais qu’il adopte une méthode de penser analytique et critique. A mes yeux, c’est cela l’attitude philosophique, socratique en somme (pas platonicienne, même si Platon est quand même superbe, non?). D’autre part, j’ai acquis aussi à force de m’intéresser à l’intelligence dite artificielle la conviction que nos perceptions, nos émotions, nos pensées sont des simulations, ce qui rejoint le transcendentalisme de Kant et de Husserl. Notre cerveau est un simulateur et, que ça nous fasse plaisir ou non, toutes nos pensées sont liées à cet organe. D’où mon opposition frontale à toute forme de pensée qui prétendrait que nous avons la capacité de surmonter notre “prison” transcendentale et de parvenir à rejoindre le transcendant. D’où ma réserve à l’égard de la distinction heidegerrienne être/étant. Cette distinction relève pour moi du religieux, dans le sens de C. Rosset (j’ai adoré son livre: “L’anti-nature”), je veux dire d’une tendance humaine à imaginer derrière les phénomènes (”phainomena”!)autre chose de plus fondamental, de moins relatif, de plus certain, de plus crédible etc etc. Pour moi, c’est une forme de pensée magique, enfantine, et cela fait longtemps que j’ai renoncé à me sentir concerné par ce genre de simulation. Or, de l’insistance maniaque de Heide sur ce qu’il appelle “l’oubli de l’être”, je pourrais en somme simplement en sourire, comme me font sourire les êtres humains en quête d’absolu, de Dieu, d’arrières-mondes (comme disait Friedrich), etc etc. Mais voilà, ce genre de simulation ne me fait pas sourire tous les jours, surtout pas en politique. Si Heidegger a pu trouver dans le projet politique des nazis, tel qu’il lui apparaissait, un attrait, c’est que ce projet, comme du reste celui de l’ennemi idéologique des nazis, je veux parler du communisme, avait un caractère absolu, religieux, totalisant. Or, je m’oppose, pour des raisons philsophiques, à toutes les formes de projets politiques à caractère totalisant: la pensée religieuse me fait peur! Et je partage avec M. Faye, même si ce n’est peut-être pas pour les mêmes raisons, son hypothèse de travail (comme nous disons en sciences) à savoir qu’il y a un lien organique entre l’oeuvre de Heide et son engagement politique. Ce dernier n’était pas qu’une Dummheit, à moins qu’il faille appeler Dummheit toutes les formes de pensées religieuses qui sont pour moi, en effet, de malheureuses “nostalgies de l’être” pour parler comme M. Alquié.
Bien cordialement
R. Misslin

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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Samedi 24 mars 2007 6 24 03 2007 15:45

Dieu, la mort et le temps

Emmanuel Lévinas

Le livre de poche

Contenu de l'ouvrage :

Deux cours. Les deux derniers professés par Emmnuel Lévinas en Sorbonne, durant l'année universitaire 1975-1976. Deux cours qui sont comme une glose méditative autour de quelques mots : Dieu, la mort, le temps. En ouverture, la mort et le temps. Pour la première fois, ces deux notions qui parcourent l'oeuvre entière du philosophe sont longuement explicitées. Parallèlement, Lévinas renoue avec sa recherche sur le mot Dieu, inversant les termes du diagnostic heideggerien : lorsque la philosophie a confondu, dès son origine, Dieu et l'être, ce n'est pas tant le second qui a été oublié, c'est d'abord le premier qui a été éclipsé. La tâche de la pensée revient alors à libérer Dieu de l'emprise métaphysique. Au final, ces deux textes éclairent sous un autre jour et à partir d'un angle nouveau trois des thèmes majeurs de la réflexion d'Emmanuel Lévinas. Mais ils reviennent aussi, au gré d'une parole vagabonde, sur d'autres notions fondamentales de l'oeuvre - la responsabilité, Autrui, la patience, le Dire, la transcendance, le témoignage...

Spécifications:   Broché: 285 pages Editeur : LGF - Livre de Poche (25 janvier 1995) Collection : Livre de poche Langue : Français

 

Par DominiqueGiraudet - Publié dans : penser
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